par Ignacio Ramonet
Sur la rive texane de la vallée du Rio Grande, à deux pas de la frontière avec le Mexique, se trouve Harlingen, coquette petite ville américaine où, le 5 mai dernier, Judy Trunnell est décédée. Cette institutrice de 33 ans venait de donner naissance, par césarienne, à une jolie petite fille en pleine santé. « C’était une personne admirable et chaleureuse qui se consacrait à l’éducation d’enfants handicapés » ont déclaré ses parents et amis réunis pour les funérailles [1].
Le destin a voulu que Judy ait été la première victime, aux Etats-Unis, de la nouvelle grippe que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) appelle désormais A(H1N1) - un nom aseptisé afin d’éviter l’emploi de « grippe mexicaine », qui déplait aux autorités mexicaines, ou de « grippe porcine » qui contrarie les grands industriels de viande de porc.
Sans se laisser berner par cette astuce terminologique, le mari de Judy, Steven Trunnel, a dénoncé devant la justice, le 11 mai dernier, l’entreprise de production de viande de porc la plus importante au monde : Smithfield Foods Inc. Cette multinationale possède, par le biais de sa filiale mexicaine Granjas Carroll, des élevages de porcs gigantesques près d’un village de trois mille habitants, La Gloria, dans la municipalité de Perote de l’État mexicain de Veracruz.
L’avocat de Steven Trunnell, Marc Rosenthal [2], a révèlé que cette firme élève plus d’un million de porcs entassés dans quelque deux cents porcheries situées dans cette vallée de Perote. Il ajoute que les habitants de la région se plaignent de la puanteur et des conditions d’hygiène exécrables des porcheries. Le plaignant demande des dommages et intérêts pour la « mort injuste de Judy causée par Smithfield Foods » et réclame « environ un milliard de dollars ». Marc Rosenthal se propose de dénoncer l’horreur des élevages industriels de porcs et d’apporter les preuves que la grippe A(H1N1) trouve probablement son origine dans ces fétides porcheries de La Gloria d’où elle s’est propagée au reste de la planète.
L’entreprise Smithfields Foods nie une toute relation entre ses installations et l’apparition d’un foyer de nouvelle grippe aux portes de ses fermes [3], mais un récent rapport de l’association GRAIN [4] semble le confirmer. Les experts de cette organisation non gouvernementale dénoncent l’augmentation à grande échelle des porcheries industrielles qui créent les conditions parfaites pour l’apparition et la propagation de nouvelles formes de grippes fortement virulentes. Ces élevages sont des bombes à retardement prêtes à libérer des épidémies mondiales. « La concentration d’énormes quantités d’animaux entassés dans un tout petit espace facilite une transmission rapide ainsi que le brassage des virus » déclarent, par exemple, en 2006, des chercheurs de l’Institut National de Santé (NIH) des Etats-Unis [5].
Trois ans auparavant, en mars 2003, la revue Science [6] avait déjà averti que la grippe porcine était en train d’évoluer en phase rapide du fait de l’augmentation de la taille des élevages industriels et de l’utilisation généralisée d’antibiotiques et de vaccins. Les virologues mettaient en garde précisément le Mexique et les Etats-Unis contre un cocktail explosif viral à venir [7]. Ils affirmaient qu’ « après des années de stabilité, le virus de la grippe porcine nord-américaine semble se trouver dans une phase de rapide évolution et produit chaque année de nouvelles variantes ».
Ils imputaient la mutation fulgurante des virus à l’entassement de porcs dans des élevages insalubres de plus en plus immenses, et à la vaccination des femelles ce qui produit une sélection des nouveaux virus mutants. Ces deux facteurs, avisaient les experts « augmentent la possibilité de l’émergence d’un nouveau virus transmissible entre humains ». Ensuite, le virus s’échappe et se disperse de façon imparable.
Dans ce même article, le Dr Christopher Olsen, virologue à la Faculté de Vétérinaire de l’Université du Wisconsin, à Madison, allait jusqu’à prophétiser : « Maintenant, nous devons chercher au Mexique la ferme où va apparaître la prochaine pandémie [8]. » Tout indique que cette ferme a été localisée. Et que l’enfer de l’épidémie actuelle a commencé à La Gloria, à faible distance des porcheries de Smithfield.
Smithfield Foods Inc. est une des plus grandes entreprises agroalimentaires de la planète et le numéro un mondial de la viande de porc. Son siège se trouve à Smithfield en Virginie et elle possède des filiales dans plusieurs pays à travers le monde. En Espagne, Smithfield Foods contrôle 24% du capital de Campofrío, leader espagnol de la production de viande de porc. Campofrío a fusionné en juin 2008 avec la filiale européenne Smithfield Holdings [9] du géant américain pour constituer une nouvelle entreprise Campofrío Food Group, leader européen du marché de la charcuterie (http://www.medelu.org/www.campofriofoodgroup.com) [10]. La firme avait acquis, en 2006, le groupe Aoste, leader français de la charcuterie, dont le siège (Smithfield France Services) se trouve à Landivisiau (Finistère) et détient les marques Justin Bridou, Cochonnou et Jean Caby (http://www.medelu.org/www.smithfield.fr).
Avec un chiffre d’affaires de près de 12 milliards de dollars, Smithfield Foods, qui approvisionne les chaînes de restauration rapide McDonald’s et Subway, est la troisième compagnie américaine la plus puissante de production alimentaire, après Archer Daniels Midland et Tyson Foods. En 2008, elle occupait le 222e rang parmi les 500 firmes les plus importantes au monde, selon la revue Fortune [11]. Mais elle a été fréquemment accusée de contaminer l’eau, le sol et l’air et de ne pas respecter les droits de ses travailleurs. Dans son rapport de 2005, intitulé Du sang, de la sueur et de la peur. Les droits des travailleurs dans les exploitations de viande et les granges avicoles aux Etats-Unis, l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch dénonce durement ses abus [12]. En 1997, elle s’était vu infliger une amende de 12 millions trois cent mille dollars pour violation de la Loi américaine sur les Eaux potables [13].
Afin d’éviter ces accusations, Smithfield Foods a délocalisé une partie de ses élevages dans des pays comme le Mexique, la Roumanie et la Pologne, où les lois pour la protection de l’environnement sont moins strictes (ou inexistantes), et où certains hommes politiques sont plus disposés à se laisser corrompre [14]. Grâce à sa filiale Granjas Carroll, Smithfield s’est donc installé dans une zone rurale reculée au Mexique, près de La Gloria, en 1994, profitant de l’Accord de libre échange nord-américain (Alena), entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada, et où il n’a plus besoin de s’inquiéter d’être accusé de violer quelque loi sur l’environnement.
Dans des baraquements à ventilation défectueuse et constamment éclairés pour stimuler leur croissance, les cochons vivent enfermés dans des cages qui empêchent tout mouvement. On les gave jusqu’à ce qu’ils atteignent environ 120 kilos. Les élevages sont de véritables cités de porcs, entourées d’océans d’excréments et de pourriture. La contamination et son impact sur la santé des habitants, ainsi que les fosses où sont déposés les déchets animaux, ont favorisé, dès 2004, la création d’un mouvement écologique protestataire. Granjas Carrol a réagi en le réprimant. De nombreux habitants de La Gloria et d’une dizaine de communautés qui vivent depuis des années dans cette infection et respirent jour et nuit un air nauséabond, se sont unis pour protester contre l’expansion de la transnationale. Ils ont organisé des réunions et des manifestations. L’entreprise les a attaqués en justice. Plusieurs activistes ont été arrêtés et condamnés, d’autres incarcérés et obligés de payer des amendes.
Un correspondant du quotidien La Jornada [15], Andrés Timoteo, s’est rendu sur les lieux pour décrire l’atmosphère dans laquelle vivent les habitants : « Des nuages de mouches émanent des fosses d’oxydation où l’entreprise Granjas Carrol déverse les déchets fécaux de ses fermes porcines. La pollution à ciel ouvert a déjà entraîné une épidémie d’infections respiratoires (…) Le vecteur épidémique serait des nuages de mouches qui sortent des fermes porcines et des fosses d’oxydation où l’entreprise mexico-étasunienne déverse des tonnes de fumier. »
Les habitants attribuent l’apparition des maladies à cette pollution et à l’empoisonnement de l’eau et de l’atmosphère.
Des cadavres de cochons abandonnés à l'extérieur. (source photo :
http://observers.france24.com/)
Un autre reporter, Jorge Morales Vásquez, raconte dans Milenio [16] comment les habitants ont passé des années à protester contre l’expansion de l’entreprise porcine et comment ils souffrent de la répression policière et de persécutions. Durant son enquête, le journaliste a constaté à son tour « l’odeur fétide qui provient des fermes de porcs et que l’on respire toute la journée dans la petite communauté d’à peine trois mille habitants, ainsi que l’existence d’essaims de mouches qui infestent les domiciles des familles. ». Il a inspecté les alentours des « fosses d’oxydation » dans lesquelles les matières fécales des porcs sont soumises à un procédé de décomposition à l’air libre les transformant en gaz méthane, responsable des effluves empuantis qui inondent la zone. Le reporter a pu observer ce qu’on appelle les « biodigestores », sont de simples tranchées couvertes avec une porte métallique où sont jetés les cadavres des porcs malades, ou morts en se battant dans les porcheries. Il rapporte que « dans ces trous creusés dans le sol, les charognes se décomposent, représentant un foyer de contamination et de prolifération de mouches de la taille d’une abeille qu’on appelle au Mexique « muerteras », c’est-à-dire « croquemorts », et qui, poussées par le vent, voyagent en essaim jusqu’à La Gloria et envahissent les foyers… » De nombreuses familles déclarent avoir été affectées par de fréquents maux de têtes, des maladies gastro-intestinales et des voies respiratoires, et avoir développé des diarrhées, toux, infections de la gorge, vomissements et fièvres.
C’est à cet endroit, selon toute vraisemblance, que le virus A(H1N1) est passé du porc à l’humain, entre novembre 2008 et janvier 2009. Et il peut avoir commencé à infecter d’importantes quantités de personnes courant mars [17]. Mais les autorités fédérales mexicaines n’ont pas diffusé publiquement l’information. Mais le phénomène était tellement insolite que plusieurs organismes internationaux de santé ont commencé à s’inquiéter de ce qui se passait à La Gloria.
A tel point que, dès le 6 avril - soit 18 jours avant que le gouvernement mexicain alerte l’OMS de l’apparition d’un nouveau virus de grippe humaine -, le site web de Biosurveillance, qui appartient à Veratect [18], Centre du gouvernement américain chargé de l’information épidémiologique, rapportait que, à La Gloria, on avait constaté une série de cas étranges d’ « infections respiratoires semblables à la bronchite pneumonique avec fièvre et forte toux » et que « 60% des habitants » souffraient d’une nouvelle maladie atypique.
Les autorités mexicaines ont su rapidement qu’un foyer infectieux grave d’une grippe inconnue s’était déclaré dans la vallée de Perote. Et que les traitements habituels se révélaient incapables d’empêcher le mal de se diffuser rapidement. Mais elles n’ont pas donné l’alerte. Elles n’ont pas mobilisé sérieusement les services de santé et les chercheurs scientifiques. Elles n’ont pas non plus informé l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), à ce moment-là, de la gravité d’une situation dont le contrôle était en train de leur échapper.
Pourquoi le gouvernement mexicain a-t-il agi ainsi ? Selon des experts locaux, une telle « discrétion » s’expliquerait parce que les premiers cas sont apparus à la veille des vacances de Pâques, période cruciale pour l’industrie touristique mexicaine… Mais tout indique que la raison principale est diplomatique. Il s’agissait d’éviter que la visite de Barack Obama, prévue les 16 et 17 avril, deuxième visite à l’étranger du président des Etats-Unis après son séjour au Canada en février, soit reportée pour des raisons de sécurité sanitaire.
Pour le président mexicain Felipe Calderón, dont l’élection en juillet 2006 fut très controversée [19], la visite de Barack Obama signifiait une reconnaissance définitive. Rien, pas même la menace d’un nouveau virus dévastateur, ne devait la retarder. A cette date, l’épidémie avait déjà atteint l’entourage de Felipe Calderón. La preuve : un archéologue, Felipe Solis, qui - avec le président Calderón - avait accueilli au Musée National d’Anthropologie de Mexico, le président des Etats-Unis, était lui-même porteur du virus et devait décéder six jours plus tard… Un conseiller du secrétaire américain à l’Energie, Steven Chu, qui s’était rendu au Mexique pour préparer la venue du Président Obama, a été également contaminé par la nouvelle maladie. Le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, a reconnu que même l’épouse, le fils et le neveu du fonctionnaire avaient présenté des symptômes de la nouvelle grippe [20].
Devant les proportions que prenait la pandémie, les services de santé mexicains ont enfin décidé d’agir en envoyant des échantillons médicaux pris sur certains malades de La Gloria à des laboratoires aux Etats-Unis et au Canada. Le 23 avril, le Laboratoire National de Microbiologie de l’Agence de Santé Publique du Canada à Winnipeg détectait le nouveau virus contenant à la fois des éléments de grippe aviaire, porcine et humaine, après analyse d’un échantillon provenant d’un enfant de cinq ans tombé malade en mars.
Cet enfant, aujourd’hui guéri, a été identifié comme le premier être humain infecté - le « patient zéro » - par la souche virulente de la nouvelle grippe porcine. Il s’appelle Edgar Hernández et son histoire, rapportée par le New York Times [21], l’a rendu célèbre. Edgar a raconté les sévères symptômes dont il a souffert quand tout a commencé à La Gloria le 9 mars dernier : sa tête le brûlait, il toussait, il avait mal au ventre, à la gorge, et avait perdu l’appétit [22].
Selon la revue Science [23], dans un article publié le 11 mai dernier, on estime que le 24 avril, jour où la pandémie a été rendue publique au Mexique, il y avait déjà probablement entre 6 000 et 32 000 cas de grippe porcine dans le pays, c’est-à-dire beaucoup plus que le chiffre annoncé par les laboratoires.
Il n’est pas évident que cette vague de grippe A(H1N1) soit, pour le moment, plus dangereuse que les infections communes des souches habituelles des virus saisonniers qui tuent chaque année entre 250 000 et 500 000 personnes dans le monde. Mais, selon Science, le virus A(H1N1) semble beaucoup plus contagieux que celui de la grippe banale. Pour sa part, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a averti que le nouveau virus pouvait encore muter, devenir beaucoup plus virulent et provoquer une pandémie qui pourrait se propager en trois temps. L’OMS signale que « la gravité de cette grippe vient de la tendance des pandémies à faire le tour du monde au moins deux, voire trois fois ». Actuellement l’époque habituelle de la grippe commence dans l’hémisphère sud. Le virus A(H1N1) pourrait s’y accoutumer aux antiviraux (Tamiflu) et passer par une nouvelle mutation avant de revenir dans l’hémisphère nord en octobre prochain, avec beaucoup plus de virulence, comme la terrible « grippe espagnole » en 1918. Tout indique cependant que la nouvelle épidémie sera moins sévère que celle de 1918 ; mais certains experts estiment qu’elle sera aussi létale que celle de 1957 (la « grippe asiatique ») qui avait provoqué plus de deux millions de morts…
Afin de protéger leurs citoyens, les gouvernements de la planète se sont approvisionnés en grande quantité du médicament antiviral Tamiflu (oseltamivir), un des rares traitements efficaces contre le virus mutant H1N1 (il se prend en comprimés par voie orale) et recommandé également par l’OMS.
L’histoire du Tamiflu dans ces circonstances, est des plus instructives. Il a été découvert par l’entreprise pharmaceutique Gilead Sciences Inc, dont le siège se trouve à Foster City en Californie. Gilead a cédé ses droits de fabrication et de commercialisation à la firme multinationale suisse Roche, laquelle lui reverse 22% de ses bénéfices annuels pour les ventes de Tamiflu.
Il est intéressant de noter que Donald Rumsfeld, ancien secrétaire américain de la Défense dans le gouvernement du président George W. Bush, et un des principaux idéologues de l’invasion illégale de l’Irak [24], fut président de Gilead Sciences Inc de décembre 1997 jusqu’à sa nomination au Pentagone en 2001, et en conserve un nombre important d’actions.
Une des premières mesures de Rumsfeld quand il est arrivé au gouvernement, a été de déclarer le Tamiflu d’usage obligatoire au sein des forces armées [25]. Les bénéfices de Roche et de Gilead, et par conséquent les gains personnels de Donald Rumsfeld, sont montés en flèche. Les actions de l’entreprise ont également monté en Bourse, à partir de 2003 quand sont apparues en Asie les menaces d’épidémie du Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et du virus H5N1 de la grippe aviaire.
Fascinés par la théorie du complot, certains en sont venus à en conclure que le détesté Rumsfeld devait être impliqué d’une façon ou d’une autre dans l’apparition de ces épidémies et en particulier dans celle du nouveau virus mutant A(H1N1).
C’est peu probable. La principale cause de cette grave menace sanitaire réside dans l’horreur de industrialisation délirante de l’élevage d’animaux de boucherie. L’impitoyable système de nourrissage intensif a radicalement transformé le secteur de l’élevage. Aujourd’hui, il ressemble plus à l’industrie pétrochimique qu’à l’heureuse ferme familiale dont parlent les manuels scolaires [26]. En 1965, par exemple, il y avait aux Etats Unis 53 millions de cochons répartis dans plus d’un million de fermes. Aujourd’hui, il y a 65 millions de porcs concentrés dans seulement 65 000 exploitations. Au sein de l’Union européenne, la production porcine atteint environ 260 millions de têtes… En France, le nombre de porcs à l’engrais, dans quelque 23 000 exploitations, s’élève à quelque 6 millions. En Espagne, il y a actuellement 25 millions de porcs (plus d’un demi porc par habitant…) et 92 % d’entre eux sont élevés dans des exploitations intensives semblables à celles de Granjas Carroll à La Gloria.
On est passé, en très peu de temps, des porcheries traditionnelles aux enfers concentrationnaires dans lesquels s’entassent des dizaines de milliers d’animaux qui échangent, au milieu de la puanteur et sous des chaleurs asphyxiantes, des virus pathogènes en grande quantité.
Ce type d’agriculture inhumaine, intensive et productiviste qui dés-animalise l’animal et le considère comme un simple produit industriel, un simple matériel à viande, et procure des bénéfices financiers, est le vrai responsable de la pandémie en cours [27]. Tant que sévira ce modèle insensé, le désastre sanitaire nous menacera tous.
Notes
[1] Dépèche AP, 6 mai 2009.
[2] Austin American-Statesman, 13 mai 2009.
[3] Smithfield Foods Reaffirms No Incidence of A(H1N1) In Any of Its Herds or Employees. http://investors.smithfieldfoods.com/releasedetail.cfm?ReleaseID=381309
[4] Influenza porcine : un système alimentaire qui tue. L’industrie de la viande libère une nouvelle épidémie. http://www.grain.org/articles/?id=49
[5] http://cruzrojoepidemiologia.wordpress.com/
[6] Bernice Wuethrich, « Infectious Disease : Chasing the Fickle Swine Flu », Science, mars 2003, Vol. 299, n° 5612.
[7] L’Organisation Mondiale de la Santé avertit aussi en 1999 d’une possible vague de grippe porcine au Mexique et recommande la création de laboratoires afin de développer des traitements d’immunisation, avec pour objectif de garantir la disponibilité de vaccins. Malgré ces avertissements, le Mexique est resté sans infrastructures de développement et de production de vaccins contre le virus de la grippe porcine. Pis, le gouvernement fédéral a fermé deux instituts spécialisés et abandonné ses investissements pour la recherche en produits biologiques.
[8] www.agenciamn.com/index.php/De-Pe-a-Pa/Mexico-sabia-de-la-amenaza.html
[9] Cette firme est présente en France, au Portugal, en Belgique, aux Pays Bas et en Allemagne. En France, elle contrôle les groupes Aoste (marques Calixte, Cochonou, Justin Bridou) et Jean Caby.
[10] Ses principaux actionnaires sont : Smithfield Foods (37 %), Oaktree Capital (24 %), Pedro et Fernando Ballvé (12 %), la famille Díaz (5 %), Caja Burgos (4 %), QMC (2%) et le groupe Fuertes (2%)
[11] Fortune, 28 mars 2008, http://money.cnn.com/magazines/fortune/fortune500/2008/snapshots/728.html
[12] www.hrw.org/reports/2005/usa0105/resumen_sp.pdf
[13] F. William Engdahl, « Cerdos voladores, Tamiflu y granjas industriales », 3 mai 2009. (Traduit de l’anglais par Felisa Sastre : http://www.lahaine.org/index.php?p=37648)
[14] Luis Hernández Navarro, « Las ciudades de cerdos de Smithfield » (Les villes de porcs de Smithfield), La Jornada, México, 12 mai 2009.
[15] La Jornada, México, 5 avril 2009.
[16] http://impreso.milenio.com/node/8559659
[17] « Pandemic Potential of a Strain of Influenza A (H1N1) : Early Findings », Science, 11 mai 2009.
[18] www.veratect.com/media.html
[19] Lire Ignacio Ramonet, Le Mexique fracturé, Le Monde diplomatique, août 2006.
[20] www.rtve.es/noticias/20090430/miembro-del-sequito-obama-muestra-sintomas-gripe/273070.shtml
[21] The New York Times, 29 avril 2009.
[22] www.abc.es/20090430/nacional-sociedad/todo-empezo-edgar-20090430.html
[23] op.cit. à la note 3.
[24] Léase, Ignacio Ramonet, Irak, Histoire d’un désastre, Galilée, Paris, 2004.
[25] Ernesto Carmona, L’influenza porcine bénéficie-t-elle au Tamiflu de Donald Rumsfeld ?, http://www.rebelion.org/ , 2 mai 2009.
[26] Mike Davis, La grippe porcine et le monstrueux pouvoir de la grande industrie agricole, http://www.sinpermiso.info/textos/index.php?id=2528
[27] Carlos Martinez, « Una multinacional americana es denunciada como culpable del brote de la gripe porcina » - (Une multinationale américaine accusée d’être coupable de la vague de grippe porcine), http://www.rebelion.org/
Le destin a voulu que Judy ait été la première victime, aux Etats-Unis, de la nouvelle grippe que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) appelle désormais A(H1N1) - un nom aseptisé afin d’éviter l’emploi de « grippe mexicaine », qui déplait aux autorités mexicaines, ou de « grippe porcine » qui contrarie les grands industriels de viande de porc.
Sans se laisser berner par cette astuce terminologique, le mari de Judy, Steven Trunnel, a dénoncé devant la justice, le 11 mai dernier, l’entreprise de production de viande de porc la plus importante au monde : Smithfield Foods Inc. Cette multinationale possède, par le biais de sa filiale mexicaine Granjas Carroll, des élevages de porcs gigantesques près d’un village de trois mille habitants, La Gloria, dans la municipalité de Perote de l’État mexicain de Veracruz.
L’avocat de Steven Trunnell, Marc Rosenthal [2], a révèlé que cette firme élève plus d’un million de porcs entassés dans quelque deux cents porcheries situées dans cette vallée de Perote. Il ajoute que les habitants de la région se plaignent de la puanteur et des conditions d’hygiène exécrables des porcheries. Le plaignant demande des dommages et intérêts pour la « mort injuste de Judy causée par Smithfield Foods » et réclame « environ un milliard de dollars ». Marc Rosenthal se propose de dénoncer l’horreur des élevages industriels de porcs et d’apporter les preuves que la grippe A(H1N1) trouve probablement son origine dans ces fétides porcheries de La Gloria d’où elle s’est propagée au reste de la planète.
L’entreprise Smithfields Foods nie une toute relation entre ses installations et l’apparition d’un foyer de nouvelle grippe aux portes de ses fermes [3], mais un récent rapport de l’association GRAIN [4] semble le confirmer. Les experts de cette organisation non gouvernementale dénoncent l’augmentation à grande échelle des porcheries industrielles qui créent les conditions parfaites pour l’apparition et la propagation de nouvelles formes de grippes fortement virulentes. Ces élevages sont des bombes à retardement prêtes à libérer des épidémies mondiales. « La concentration d’énormes quantités d’animaux entassés dans un tout petit espace facilite une transmission rapide ainsi que le brassage des virus » déclarent, par exemple, en 2006, des chercheurs de l’Institut National de Santé (NIH) des Etats-Unis [5].
Trois ans auparavant, en mars 2003, la revue Science [6] avait déjà averti que la grippe porcine était en train d’évoluer en phase rapide du fait de l’augmentation de la taille des élevages industriels et de l’utilisation généralisée d’antibiotiques et de vaccins. Les virologues mettaient en garde précisément le Mexique et les Etats-Unis contre un cocktail explosif viral à venir [7]. Ils affirmaient qu’ « après des années de stabilité, le virus de la grippe porcine nord-américaine semble se trouver dans une phase de rapide évolution et produit chaque année de nouvelles variantes ».
Ils imputaient la mutation fulgurante des virus à l’entassement de porcs dans des élevages insalubres de plus en plus immenses, et à la vaccination des femelles ce qui produit une sélection des nouveaux virus mutants. Ces deux facteurs, avisaient les experts « augmentent la possibilité de l’émergence d’un nouveau virus transmissible entre humains ». Ensuite, le virus s’échappe et se disperse de façon imparable.
Dans ce même article, le Dr Christopher Olsen, virologue à la Faculté de Vétérinaire de l’Université du Wisconsin, à Madison, allait jusqu’à prophétiser : « Maintenant, nous devons chercher au Mexique la ferme où va apparaître la prochaine pandémie [8]. » Tout indique que cette ferme a été localisée. Et que l’enfer de l’épidémie actuelle a commencé à La Gloria, à faible distance des porcheries de Smithfield.
Smithfield Foods Inc. est une des plus grandes entreprises agroalimentaires de la planète et le numéro un mondial de la viande de porc. Son siège se trouve à Smithfield en Virginie et elle possède des filiales dans plusieurs pays à travers le monde. En Espagne, Smithfield Foods contrôle 24% du capital de Campofrío, leader espagnol de la production de viande de porc. Campofrío a fusionné en juin 2008 avec la filiale européenne Smithfield Holdings [9] du géant américain pour constituer une nouvelle entreprise Campofrío Food Group, leader européen du marché de la charcuterie (http://www.medelu.org/www.campofriofoodgroup.com) [10]. La firme avait acquis, en 2006, le groupe Aoste, leader français de la charcuterie, dont le siège (Smithfield France Services) se trouve à Landivisiau (Finistère) et détient les marques Justin Bridou, Cochonnou et Jean Caby (http://www.medelu.org/www.smithfield.fr).
Les lacs où sont acheminés par des tuyaux
les excréments et le sang des animaux.
(source photo : http://observers.france24.com/)
les excréments et le sang des animaux.
(source photo : http://observers.france24.com/)
Avec un chiffre d’affaires de près de 12 milliards de dollars, Smithfield Foods, qui approvisionne les chaînes de restauration rapide McDonald’s et Subway, est la troisième compagnie américaine la plus puissante de production alimentaire, après Archer Daniels Midland et Tyson Foods. En 2008, elle occupait le 222e rang parmi les 500 firmes les plus importantes au monde, selon la revue Fortune [11]. Mais elle a été fréquemment accusée de contaminer l’eau, le sol et l’air et de ne pas respecter les droits de ses travailleurs. Dans son rapport de 2005, intitulé Du sang, de la sueur et de la peur. Les droits des travailleurs dans les exploitations de viande et les granges avicoles aux Etats-Unis, l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch dénonce durement ses abus [12]. En 1997, elle s’était vu infliger une amende de 12 millions trois cent mille dollars pour violation de la Loi américaine sur les Eaux potables [13].Afin d’éviter ces accusations, Smithfield Foods a délocalisé une partie de ses élevages dans des pays comme le Mexique, la Roumanie et la Pologne, où les lois pour la protection de l’environnement sont moins strictes (ou inexistantes), et où certains hommes politiques sont plus disposés à se laisser corrompre [14]. Grâce à sa filiale Granjas Carroll, Smithfield s’est donc installé dans une zone rurale reculée au Mexique, près de La Gloria, en 1994, profitant de l’Accord de libre échange nord-américain (Alena), entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada, et où il n’a plus besoin de s’inquiéter d’être accusé de violer quelque loi sur l’environnement.
Dans des baraquements à ventilation défectueuse et constamment éclairés pour stimuler leur croissance, les cochons vivent enfermés dans des cages qui empêchent tout mouvement. On les gave jusqu’à ce qu’ils atteignent environ 120 kilos. Les élevages sont de véritables cités de porcs, entourées d’océans d’excréments et de pourriture. La contamination et son impact sur la santé des habitants, ainsi que les fosses où sont déposés les déchets animaux, ont favorisé, dès 2004, la création d’un mouvement écologique protestataire. Granjas Carrol a réagi en le réprimant. De nombreux habitants de La Gloria et d’une dizaine de communautés qui vivent depuis des années dans cette infection et respirent jour et nuit un air nauséabond, se sont unis pour protester contre l’expansion de la transnationale. Ils ont organisé des réunions et des manifestations. L’entreprise les a attaqués en justice. Plusieurs activistes ont été arrêtés et condamnés, d’autres incarcérés et obligés de payer des amendes.
Un correspondant du quotidien La Jornada [15], Andrés Timoteo, s’est rendu sur les lieux pour décrire l’atmosphère dans laquelle vivent les habitants : « Des nuages de mouches émanent des fosses d’oxydation où l’entreprise Granjas Carrol déverse les déchets fécaux de ses fermes porcines. La pollution à ciel ouvert a déjà entraîné une épidémie d’infections respiratoires (…) Le vecteur épidémique serait des nuages de mouches qui sortent des fermes porcines et des fosses d’oxydation où l’entreprise mexico-étasunienne déverse des tonnes de fumier. »
Les habitants attribuent l’apparition des maladies à cette pollution et à l’empoisonnement de l’eau et de l’atmosphère.
Des cadavres de cochons abandonnés à l'extérieur. (source photo :http://observers.france24.com/)
Un autre reporter, Jorge Morales Vásquez, raconte dans Milenio [16] comment les habitants ont passé des années à protester contre l’expansion de l’entreprise porcine et comment ils souffrent de la répression policière et de persécutions. Durant son enquête, le journaliste a constaté à son tour « l’odeur fétide qui provient des fermes de porcs et que l’on respire toute la journée dans la petite communauté d’à peine trois mille habitants, ainsi que l’existence d’essaims de mouches qui infestent les domiciles des familles. ». Il a inspecté les alentours des « fosses d’oxydation » dans lesquelles les matières fécales des porcs sont soumises à un procédé de décomposition à l’air libre les transformant en gaz méthane, responsable des effluves empuantis qui inondent la zone. Le reporter a pu observer ce qu’on appelle les « biodigestores », sont de simples tranchées couvertes avec une porte métallique où sont jetés les cadavres des porcs malades, ou morts en se battant dans les porcheries. Il rapporte que « dans ces trous creusés dans le sol, les charognes se décomposent, représentant un foyer de contamination et de prolifération de mouches de la taille d’une abeille qu’on appelle au Mexique « muerteras », c’est-à-dire « croquemorts », et qui, poussées par le vent, voyagent en essaim jusqu’à La Gloria et envahissent les foyers… » De nombreuses familles déclarent avoir été affectées par de fréquents maux de têtes, des maladies gastro-intestinales et des voies respiratoires, et avoir développé des diarrhées, toux, infections de la gorge, vomissements et fièvres.
C’est à cet endroit, selon toute vraisemblance, que le virus A(H1N1) est passé du porc à l’humain, entre novembre 2008 et janvier 2009. Et il peut avoir commencé à infecter d’importantes quantités de personnes courant mars [17]. Mais les autorités fédérales mexicaines n’ont pas diffusé publiquement l’information. Mais le phénomène était tellement insolite que plusieurs organismes internationaux de santé ont commencé à s’inquiéter de ce qui se passait à La Gloria.
A tel point que, dès le 6 avril - soit 18 jours avant que le gouvernement mexicain alerte l’OMS de l’apparition d’un nouveau virus de grippe humaine -, le site web de Biosurveillance, qui appartient à Veratect [18], Centre du gouvernement américain chargé de l’information épidémiologique, rapportait que, à La Gloria, on avait constaté une série de cas étranges d’ « infections respiratoires semblables à la bronchite pneumonique avec fièvre et forte toux » et que « 60% des habitants » souffraient d’une nouvelle maladie atypique.
Les autorités mexicaines ont su rapidement qu’un foyer infectieux grave d’une grippe inconnue s’était déclaré dans la vallée de Perote. Et que les traitements habituels se révélaient incapables d’empêcher le mal de se diffuser rapidement. Mais elles n’ont pas donné l’alerte. Elles n’ont pas mobilisé sérieusement les services de santé et les chercheurs scientifiques. Elles n’ont pas non plus informé l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), à ce moment-là, de la gravité d’une situation dont le contrôle était en train de leur échapper.
Pourquoi le gouvernement mexicain a-t-il agi ainsi ? Selon des experts locaux, une telle « discrétion » s’expliquerait parce que les premiers cas sont apparus à la veille des vacances de Pâques, période cruciale pour l’industrie touristique mexicaine… Mais tout indique que la raison principale est diplomatique. Il s’agissait d’éviter que la visite de Barack Obama, prévue les 16 et 17 avril, deuxième visite à l’étranger du président des Etats-Unis après son séjour au Canada en février, soit reportée pour des raisons de sécurité sanitaire.
Pour le président mexicain Felipe Calderón, dont l’élection en juillet 2006 fut très controversée [19], la visite de Barack Obama signifiait une reconnaissance définitive. Rien, pas même la menace d’un nouveau virus dévastateur, ne devait la retarder. A cette date, l’épidémie avait déjà atteint l’entourage de Felipe Calderón. La preuve : un archéologue, Felipe Solis, qui - avec le président Calderón - avait accueilli au Musée National d’Anthropologie de Mexico, le président des Etats-Unis, était lui-même porteur du virus et devait décéder six jours plus tard… Un conseiller du secrétaire américain à l’Energie, Steven Chu, qui s’était rendu au Mexique pour préparer la venue du Président Obama, a été également contaminé par la nouvelle maladie. Le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, a reconnu que même l’épouse, le fils et le neveu du fonctionnaire avaient présenté des symptômes de la nouvelle grippe [20].
Devant les proportions que prenait la pandémie, les services de santé mexicains ont enfin décidé d’agir en envoyant des échantillons médicaux pris sur certains malades de La Gloria à des laboratoires aux Etats-Unis et au Canada. Le 23 avril, le Laboratoire National de Microbiologie de l’Agence de Santé Publique du Canada à Winnipeg détectait le nouveau virus contenant à la fois des éléments de grippe aviaire, porcine et humaine, après analyse d’un échantillon provenant d’un enfant de cinq ans tombé malade en mars.
Cet enfant, aujourd’hui guéri, a été identifié comme le premier être humain infecté - le « patient zéro » - par la souche virulente de la nouvelle grippe porcine. Il s’appelle Edgar Hernández et son histoire, rapportée par le New York Times [21], l’a rendu célèbre. Edgar a raconté les sévères symptômes dont il a souffert quand tout a commencé à La Gloria le 9 mars dernier : sa tête le brûlait, il toussait, il avait mal au ventre, à la gorge, et avait perdu l’appétit [22].
Selon la revue Science [23], dans un article publié le 11 mai dernier, on estime que le 24 avril, jour où la pandémie a été rendue publique au Mexique, il y avait déjà probablement entre 6 000 et 32 000 cas de grippe porcine dans le pays, c’est-à-dire beaucoup plus que le chiffre annoncé par les laboratoires.
Il n’est pas évident que cette vague de grippe A(H1N1) soit, pour le moment, plus dangereuse que les infections communes des souches habituelles des virus saisonniers qui tuent chaque année entre 250 000 et 500 000 personnes dans le monde. Mais, selon Science, le virus A(H1N1) semble beaucoup plus contagieux que celui de la grippe banale. Pour sa part, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a averti que le nouveau virus pouvait encore muter, devenir beaucoup plus virulent et provoquer une pandémie qui pourrait se propager en trois temps. L’OMS signale que « la gravité de cette grippe vient de la tendance des pandémies à faire le tour du monde au moins deux, voire trois fois ». Actuellement l’époque habituelle de la grippe commence dans l’hémisphère sud. Le virus A(H1N1) pourrait s’y accoutumer aux antiviraux (Tamiflu) et passer par une nouvelle mutation avant de revenir dans l’hémisphère nord en octobre prochain, avec beaucoup plus de virulence, comme la terrible « grippe espagnole » en 1918. Tout indique cependant que la nouvelle épidémie sera moins sévère que celle de 1918 ; mais certains experts estiment qu’elle sera aussi létale que celle de 1957 (la « grippe asiatique ») qui avait provoqué plus de deux millions de morts…
Afin de protéger leurs citoyens, les gouvernements de la planète se sont approvisionnés en grande quantité du médicament antiviral Tamiflu (oseltamivir), un des rares traitements efficaces contre le virus mutant H1N1 (il se prend en comprimés par voie orale) et recommandé également par l’OMS.
L’histoire du Tamiflu dans ces circonstances, est des plus instructives. Il a été découvert par l’entreprise pharmaceutique Gilead Sciences Inc, dont le siège se trouve à Foster City en Californie. Gilead a cédé ses droits de fabrication et de commercialisation à la firme multinationale suisse Roche, laquelle lui reverse 22% de ses bénéfices annuels pour les ventes de Tamiflu.
Il est intéressant de noter que Donald Rumsfeld, ancien secrétaire américain de la Défense dans le gouvernement du président George W. Bush, et un des principaux idéologues de l’invasion illégale de l’Irak [24], fut président de Gilead Sciences Inc de décembre 1997 jusqu’à sa nomination au Pentagone en 2001, et en conserve un nombre important d’actions.
Une des premières mesures de Rumsfeld quand il est arrivé au gouvernement, a été de déclarer le Tamiflu d’usage obligatoire au sein des forces armées [25]. Les bénéfices de Roche et de Gilead, et par conséquent les gains personnels de Donald Rumsfeld, sont montés en flèche. Les actions de l’entreprise ont également monté en Bourse, à partir de 2003 quand sont apparues en Asie les menaces d’épidémie du Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et du virus H5N1 de la grippe aviaire.
Fascinés par la théorie du complot, certains en sont venus à en conclure que le détesté Rumsfeld devait être impliqué d’une façon ou d’une autre dans l’apparition de ces épidémies et en particulier dans celle du nouveau virus mutant A(H1N1).
Des cadavres de cochons empilés sur
un chariot avant d'être emmenés.
(source photo :
http://observers.france24.com/)
un chariot avant d'être emmenés.
(source photo :
http://observers.france24.com/)
C’est peu probable. La principale cause de cette grave menace sanitaire réside dans l’horreur de industrialisation délirante de l’élevage d’animaux de boucherie. L’impitoyable système de nourrissage intensif a radicalement transformé le secteur de l’élevage. Aujourd’hui, il ressemble plus à l’industrie pétrochimique qu’à l’heureuse ferme familiale dont parlent les manuels scolaires [26]. En 1965, par exemple, il y avait aux Etats Unis 53 millions de cochons répartis dans plus d’un million de fermes. Aujourd’hui, il y a 65 millions de porcs concentrés dans seulement 65 000 exploitations. Au sein de l’Union européenne, la production porcine atteint environ 260 millions de têtes… En France, le nombre de porcs à l’engrais, dans quelque 23 000 exploitations, s’élève à quelque 6 millions. En Espagne, il y a actuellement 25 millions de porcs (plus d’un demi porc par habitant…) et 92 % d’entre eux sont élevés dans des exploitations intensives semblables à celles de Granjas Carroll à La Gloria.On est passé, en très peu de temps, des porcheries traditionnelles aux enfers concentrationnaires dans lesquels s’entassent des dizaines de milliers d’animaux qui échangent, au milieu de la puanteur et sous des chaleurs asphyxiantes, des virus pathogènes en grande quantité.
Ce type d’agriculture inhumaine, intensive et productiviste qui dés-animalise l’animal et le considère comme un simple produit industriel, un simple matériel à viande, et procure des bénéfices financiers, est le vrai responsable de la pandémie en cours [27]. Tant que sévira ce modèle insensé, le désastre sanitaire nous menacera tous.
Notes
[1] Dépèche AP, 6 mai 2009.
[2] Austin American-Statesman, 13 mai 2009.
[3] Smithfield Foods Reaffirms No Incidence of A(H1N1) In Any of Its Herds or Employees. http://investors.smithfieldfoods.com/releasedetail.cfm?ReleaseID=381309
[4] Influenza porcine : un système alimentaire qui tue. L’industrie de la viande libère une nouvelle épidémie. http://www.grain.org/articles/?id=49
[5] http://cruzrojoepidemiologia.wordpress.com/
[6] Bernice Wuethrich, « Infectious Disease : Chasing the Fickle Swine Flu », Science, mars 2003, Vol. 299, n° 5612.
[7] L’Organisation Mondiale de la Santé avertit aussi en 1999 d’une possible vague de grippe porcine au Mexique et recommande la création de laboratoires afin de développer des traitements d’immunisation, avec pour objectif de garantir la disponibilité de vaccins. Malgré ces avertissements, le Mexique est resté sans infrastructures de développement et de production de vaccins contre le virus de la grippe porcine. Pis, le gouvernement fédéral a fermé deux instituts spécialisés et abandonné ses investissements pour la recherche en produits biologiques.
[8] www.agenciamn.com/index.php/De-Pe-a-Pa/Mexico-sabia-de-la-amenaza.html
[9] Cette firme est présente en France, au Portugal, en Belgique, aux Pays Bas et en Allemagne. En France, elle contrôle les groupes Aoste (marques Calixte, Cochonou, Justin Bridou) et Jean Caby.
[10] Ses principaux actionnaires sont : Smithfield Foods (37 %), Oaktree Capital (24 %), Pedro et Fernando Ballvé (12 %), la famille Díaz (5 %), Caja Burgos (4 %), QMC (2%) et le groupe Fuertes (2%)
[11] Fortune, 28 mars 2008, http://money.cnn.com/magazines/fortune/fortune500/2008/snapshots/728.html
[12] www.hrw.org/reports/2005/usa0105/resumen_sp.pdf
[13] F. William Engdahl, « Cerdos voladores, Tamiflu y granjas industriales », 3 mai 2009. (Traduit de l’anglais par Felisa Sastre : http://www.lahaine.org/index.php?p=37648)
[14] Luis Hernández Navarro, « Las ciudades de cerdos de Smithfield » (Les villes de porcs de Smithfield), La Jornada, México, 12 mai 2009.
[15] La Jornada, México, 5 avril 2009.
[16] http://impreso.milenio.com/node/8559659
[17] « Pandemic Potential of a Strain of Influenza A (H1N1) : Early Findings », Science, 11 mai 2009.
[18] www.veratect.com/media.html
[19] Lire Ignacio Ramonet, Le Mexique fracturé, Le Monde diplomatique, août 2006.
[20] www.rtve.es/noticias/20090430/miembro-del-sequito-obama-muestra-sintomas-gripe/273070.shtml
[21] The New York Times, 29 avril 2009.
[22] www.abc.es/20090430/nacional-sociedad/todo-empezo-edgar-20090430.html
[23] op.cit. à la note 3.
[24] Léase, Ignacio Ramonet, Irak, Histoire d’un désastre, Galilée, Paris, 2004.
[25] Ernesto Carmona, L’influenza porcine bénéficie-t-elle au Tamiflu de Donald Rumsfeld ?, http://www.rebelion.org/ , 2 mai 2009.
[26] Mike Davis, La grippe porcine et le monstrueux pouvoir de la grande industrie agricole, http://www.sinpermiso.info/textos/index.php?id=2528
[27] Carlos Martinez, « Una multinacional americana es denunciada como culpable del brote de la gripe porcina » - (Une multinationale américaine accusée d’être coupable de la vague de grippe porcine), http://www.rebelion.org/
Source : http://www.medelu.org/spip.php?article231
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La gran amenaza A(H1N1)
Los culpables de la gripe porcina
Ignacio Ramonet
Le Monde Diplomatique
No se trata de una maldición del cielo ni de un azaroso dictado del destino. La epidemia de gripe A(H1N1) surgida en México tiene responsables concretos: el primer nombre propio es el de la empresa estadounidense Smithfield Foods Inc., la productora de carne porcina más importante del mundo. Varias investigaciones apuntan a los gigantescos criaderos de cerdos que esta transnacional posee en el pueblito mexicano de La Gloria –cuyas condiciones higiénicas y de hacinamiento son espantosas– como el origen del flagelo.
En la ribera texana del ancho Valle del Río Grande, a dos pasos de la frontera con México, se halla Harlingen. En esa pequeña y coqueta ciudad estadounidense, el pasado 5 de mayo falleció Judy Trunnell, una joven maestra de escuela de 33 años que acababa de dar a luz, por cesárea, a una niña radiante y saludable. “Era una persona maravillosa, cálida. Se consagraba a la educación de niños discapacitados”, declararon sus familiares y amigos, que acudieron a su vivienda, situada en una luminosa calle de esa localidad, para expresar su pésame en el funeral (1).
El destino quiso que Judy fuese la primera estadounidense fallecida a causa del virus de la nueva gripe que la Organización Mundial de la Salud (OMS) llama ahora A(H1N1). Un nombre aséptico para evitar el uso de “gripe mexicana”, que contraría a las autoridades aztecas, o de “gripe porcina”, que enfada a los grandes industriales de carne de cerdo.
Sin dejarse distraer por esa astucia terminológica, el marido de Judy, Steven Trunnell, presentó ante un juez, el pasado 11 de mayo, una demanda contra la empresa productora de carne porcina más importante del mundo: Smithfield Foods Inc. Esta multinacional detenta –vía su filial mexicana Granjas Carroll– unos gigantescos criaderos de cerdos cerca de un pueblito de tres mil habitantes, La Gloria, perteneciente al municipio Perote, en el Estado mexicano de Veracruz.
El abogado de Steven Trunnell, Marc Rosenthal, reveló que esa compañía posee más de un millón de cerdos hacinados en las 200 porquerizas situadas en los alrededores de La Gloria. Añadió que los habitantes locales se quejan de la hediondez y de las pésimas condiciones higiénicas de las cochiqueras. La demanda tratará de reclamar daños y perjuicios por “la muerte injusta de Judy, provocada por Smithfield Foods”, y reclamará “unos mil millones de dólares”. Marc Rosenthal (2) se propone denunciar el horror de los insalubres criaderos industriales de puercos y aportar pruebas de que la gripe A(H1N1) tuvo su origen en esas inmundas pocilgas de La Gloria, desde donde se está propagando a todo el planeta.
Paraísos para virus Aunque la empresa Smithfield Foods niega cualquier relación entre sus instalaciones y la aparición de un foco de nueva gripe a las puertas de sus granjas (3), un informe reciente de GRAIN (4) parece confirmarlo. Los expertos de esta organización no gubernamental alertan que el aumento en gran escala de zahúrdas industriales ha creado las condiciones perfectas para el surgimiento y dispersión de nuevas formas de gripe altamente virulentas. Tales criaderos constituyen bombas de tiempo listas para desencadenar epidemias mundiales. Ya en 2006, unos investigadores del Instituto Nacional de Salud (NIH, por su sigla en inglés) de Estados Unidos habían declarado: “La alta concentración de enormes cantidades de animales apretujados en muy poco espacio facilita la rápida transmisión y mezcla de los virus” (5).
Tres años antes, en marzo de 2003, la revista Science (6) ya había advertido que la gripe porcina estaba evolucionando en fase rápida a causa del aumento del tamaño de los criaderos industriales y del uso generalizado de antibióticos y vacunas. Los virólogos alertaban precisamente a México y a Estados Unidos del peligroso cóctel vírico que estaba por venir (7). Afirmaban lo siguiente: “Parece que después de años de estabilidad, el virus de la gripe porcina de América del Norte se halla en una fase de rápida evolución y cada año produce nuevas variantes”.
Achacaban la fulgurante mutación de los virus a dos causas: el hacinamiento en criaderos insalubres de un número cada vez mayor de cerdos, y la práctica de vacunar a las hembras, ya que la vacuna actúa seleccionando nuevos virus mutantes. Esos dos factores, avisaban los expertos, “aumentan la probabilidad de que emerja un nuevo virus transmisible entre humanos”. Luego, ya sea por los excrementos, el alimento, el agua, o incluso las botas de los trabajadores, el virus se disemina de modo imparable.
En ese mismo artículo, el Dr. Christopher Olsen, virólogo molecular en la Facultad de Veterinaria de la Universidad de Wisconsin, en Madison, hasta se atrevió a profetizar: “Ahora debemos buscar en México la granja donde va a aparecer la próxima pandemia”. (8)
Aunque la OMS, en sus últimos comunicados, no haya confirmado que el brote tuvo ahí su origen, todo indica que esa granja se ha localizado. Y que el infierno de la actual epidemia empezó en La Gloria, a escasa distancia de los criaderos de cerdos de la empresa Smithfield.
Gigante productor de carne porcina, Smithfield Foods Inc. es una de las mayores empresas agroalimentarias del planeta y el número uno mundial de la carne de cerdo. Su sede se encuentra en la ciudad de Smithfield, Virginia, y posee filiales en nueve países a través del mundo. En España, Smithfield Foods controla el 24% del capital de Campofrío, líder español de la producción de carne de cerdo. Campofrío se fusionó, en junio de 2008, con la filial europea Smithfield Holdings (9) del gigante norteamericano para formar una nueva empresa: Group Campofrío (10).
Con una cifra de negocios de casi 12 mil millones de dólares, Smithfield Foods es la tercera compañía estadounidense más poderosa en la producción de alimentos, después de Archer Daniels Midland y de Tyson Foods. En 2008, ocupó el lugar número 222 entre las 500 firmas más importantes del mundo, según la revista Fortune (11). Pero esta compañía, que abastece a las cadenas de comida rápida McDonald’s y Subway, ha sido frecuentemente acusada de contaminar agua, suelo y aire, y de no respetar los derechos de sus trabajadores. En su informe de 2005, Sangre, sudor y miedo. Derechos de los trabajadores en las plantas cárnicas y avícolas de Estados Unidos, la organización no gubernamental Human Rights Watch denunció duramente sus abusos (12). También fue multada, en 1997, con 12.300.000 dólares por violar la Ley de Aguas Potables (13).
Contaminar el Tercer Mundo
Para evitar esas acusaciones, Smithfield Foods trasladó parte de sus criaderos a países como México, Rumania y Polonia, en los que las leyes en favor del medio ambiente son más relajadas o inexistentes, y donde algunos políticos están más dispuestos a dejarse corromper (14). Mediante su filial Granjas Carroll, Smithfield se instaló en la remota zona rural mexicana de La Gloria en 1994, aprovechando el Acuerdo de Libre Comercio entre México, Estados Unidos y Canadá. Allí, gracias a la complicidad de políticos locales, no tiene que preocuparse de ser acusado de violar ley alguna sobre el medio ambiente.
En el interior de barracas con ventilación deficiente e iluminación constante para estimular su crecimiento, los cochinos viven encerrados en jaulas que impiden su movimiento. Son engordados hasta alcanzar unos 120 kilos. Los criaderos son verdaderas ciudades de cerdos, rodeadas de mares de heces y bazofias.
La contaminación provocada y su impacto en la salud de los habitantes vecinos, así como las lagunas en que depositan los desechos animales, propiciaron a partir de 2004 el surgimiento de un movimiento ecologista de protesta. Granjas Carroll respondió reprimiéndolo.
Muchos vecinos de La Gloria y de una decena de comunidades, que viven desde hace años con esa hediondez y respiran día y noche una peste infernal, se unieron para protestar en contra de la expansión de la trasnacional. Organizaron asambleas y marchas, y la empresa los demandó por difamación. Varios activistas fueron reprimidos y procesados, otros detenidos y obligados a pagar una fianza para salir de prisión.
Un corresponsal del diario La Jornada (15), Andrés Timoteo, se desplazó al poblado para describir el ambiente en el que viven los habitantes: “Nubes de moscas emanan de las lagunas de oxidación donde la empresa Granjas Carroll vierte los desechos fecales de sus granjas porcícolas; y la contaminación a cielo abierto ya generó una epidemia de infecciones respiratorias (…) El vector epidémico serían las nubes de moscas que despiden las granjas porcícolas y las lagunas de oxidación donde la empresa mexicana-estadounidense arroja toneladas de estiércol”.
Los habitantes atribuyen la aparición de infecciones a esa polución y al envenenamiento de las aguas y de la atmósfera.
Otro reportero, Jorge Morales Vázquez, contó en Milenio (16) cómo los pobladores llevan años protestando contra la expansión indiscriminada de la empresa porcícola y cómo han sufrido persecución policíaca, represión y amenazas. A su vez, durante su recorrido, el periodista constató “el fétido olor proveniente de las granjas de cerdos que se respira durante todo el día en la pequeña comunidad de apenas tres mil habitantes, así como la existencia de enjambres de moscas que infestan los domicilios de las familias”. Verificó asimismo la proximidad de las “lagunas de oxidación” en las que se someten a un proceso de descomposición aéreo los desechos fecales de los cerdos –que se convierten en gas metano–, responsables del nauseabundo hedor que inunda la zona. El reportero transmitió que se sospecha, además, que haya problemas de filtración a los mantos freáticos. Y pudo observar los llamados “biodigestores”, fosas cubiertas con una puerta de metal, en donde se arrojan los cadáveres de cerdos enfermos o muertos por peleas en las pocilgas.
“En esos agujeros cavados en el suelo –relató– los cadáveres se descomponen, lo que representa una fuente más de contaminación y proliferación de moscas del tamaño de abejas que llaman ‘muerteras’, las cuales, empujadas por el viento, viajan en enjambres hasta La Gloria e invaden los domicilios…” Muchas familias declaran haber sido afectadas por frecuentes dolores de cabeza, enfermedades gastrointestinales y de las vías respiratorias, y han desarrollado diarreas, tos, infecciones de garganta, vómitos y fiebre.
Ocultamiento diplomático
En este lugar, presumiblemente, el virus A(H1N1) saltó de los cerdos a los humanos en algún momento entre noviembre de 2008 y enero de 2009. Y pudo haber comenzado a infectar a grandes cantidades de personas a partir de principios de marzo (17).
Las autoridades federales mexicanas no difundieron públicamente la información. Pero, a fines del año pasado y principios de 2009, el número de enfermos fue tan insólito que varios organismos internacionales de salud empezaron a preocuparse por lo que estaba ocurriendo en La Gloria.
De tal modo que el pasado 6 de abril –o sea, 18 días antes de que el Gobierno mexicano alertara a la OMS de la aparición de un nuevo virus de gripe humana–, la web de Biosurveillance, que pertenece a Veratect (18), Centro del Gobierno estadounidense encargado de la información epidemiológica, reportó que en La Gloria se estaba produciendo una serie de extraños casos de “infecciones respiratorias parecidas a la bronquitis neumónica, con fiebre y fuerte tos” y que “el 60% de los habitantes” padecía de una nueva y atípica enfermedad.
Es probable que el Ejecutivo azteca supiera pronto que un foco infeccioso grave de una gripe desconocida se había producido en el valle de Perote y que, sin que los tratamientos habituales pudieran impedirlo, el mal se estaba difundiendo rápidamente a través del país. Pero no dio la alerta, ni movilizó seriamente a sus servicios de salud y a sus investigadores científicos. Tampoco informó, en ese momento, a la Organización Mundial de la Salud de la gravedad de una situación que se le estaba yendo de las manos.
¿Por qué actuó de ese modo el Gobierno mexicano? Según algunos analistas locales, esa “discreción” se puede explicar porque, cuando surgieron los primeros casos, se acercaban las vacaciones de Semana Santa. Período crucial, en tiempos de recesión, para la industria turística del país.
Pero todo indica que la causa principal de semejante silencio fue diplomática. Se trataba de evitar a toda costa que, por razones de seguridad sanitaria, se pospusiese la visita oficial de Barack Obama, prevista para los días 16 y 17 de abril, que representaba la segunda salida al extranjero del Presidente estadounidense tras su estancia en Canadá en febrero pasado. Para el presidente Felipe Calderón, cuya elección en julio de 2006 fue muy controvertida (19), la visita del mandatario estadounidense era una consagración definitiva. Nada –ni siquiera la amenaza de un nuevo virus devastador– debía retrasarla.
Prueba de lo avanzada que estaba ya por esas fechas la epidemia es que ya había llegado al propio entorno de Felipe Calderón. El arqueólogo Felipe Solís, quien recibió –con Felipe Calderón– en el Museo Nacional de Antropología de México al Presidente de Estados Unidos, estaba contaminado y murió seis días después de la visita del mandatario estadounidense. Un asesor del secretario estadounidense de Energía, Steven Chu, que había ido a México para preparar el viaje del presidente Obama, se contagió también con la nueva enfermedad. El portavoz de la Casa Blanca, Robert Gibbs, reconoció que la esposa, el hijo y hasta el sobrino del funcionario también presentaron síntomas de la nueva gripe (20).
Ante la amplitud que tomaba la pandemia, los servicios mexicanos de salud decidieron por fin actuar enviando muestras médicas tomadas de algunos enfermos de La Gloria a laboratorios de Estados Unidos y Canadá. Fue el Laboratorio Nacional de Microbiología de la Agencia de Salud Pública de Canadá, en Winnipeg, el que detectó el 24 de abril el nuevo virus que contiene elementos de la gripe aviar, de la porcina y de la humana juntos, al analizar una muestra tomada en un niño de cinco años que se había enfermado en marzo pasado.
Ese niño, hoy ya curado, identificado como el primer ser humano infectado por la virulenta cepa de la nueva gripe porcina –el “paciente cero”–, se llama Edgar Hernández y su historia, narrada por The New York Times (21), lo ha hecho famoso en el mundo entero. Edgar ha contado los severos síntomas que sufrió cuando todo empezó en La Gloria el 9 de marzo pasado: su cabeza le ardía, tosía, le dolía la barriga, la garganta y no tenía ganas de comer (22).
Según la revista Science (23), en su artículo difundido el pasado 11 de mayo, se estimaba que el 24 de abril, fecha en que México hizo pública la pandemia, ya presumiblemente había en ese país entre 6.000 y 32.000 casos de gripe porcina, o sea, muchos más que los confirmados por los laboratorios.
Hay poca evidencia de que este brote de gripe A(H1N1) sea, por el momento, más peligroso que las infecciones rutinarias de las cepas usuales de los virus estacionales, que cada año causan la muerte de entre 250.000 y 500.000 personas en el planeta. Sin embargo, según Science, el virus A(H1N1) parece mucho más contagioso que el de la gripe común. Otro elemento preocupante: ataca más a los jóvenes sanos. Por ejemplo, en La Gloria hubo el doble de niños de menos de 15 años contaminados, en comparación con los adultos. Según datos publicados en la web del New England Journal of Medicine (24), el 40% de los afectados tiene entre 10 y 18 años; y apenas el 5% tiene más de 50.
Por su parte, la Organización Mundial de la Salud ha advertido que el nuevo virus aún puede mutar, hacerse mucho más virulento y causar una pandemia que se podría propagar hasta tres veces. La OMS señala que “la gravedad de esta gripe está influida por la tendencia de las pandemias a dar la vuelta al mundo en al menos dos y quizás tres oleadas”.
Actualmente, en el hemisferio austral empieza el período habitual de la gripe, y el virus A(H1N1) podría allí foguearse con los antivirales (Tamiflu) y proceder a una nueva mutación para regresar al hemisferio boreal en octubre próximo en condiciones mucho más virulentas, como lo hizo la terrible “gripe española” en 1918. Todo indica sin embargo que la nueva epidemia será menos severa que la de 1918, aunque algunos expertos estiman que será tan letal como la de 1957 (la “gripe asiática”), que causó más de dos millones de muertos ... Otro riesgo es que el virus se combine con el de la gripe aviar, el temible H5N1 asentado en varios países, y produzca un letal mutante asesino de masas…
Para proteger a sus ciudadanos, los gobiernos del planeta están ahora adquiriendo cantidades importantes del medicamento antiviral Tamiflu (oseltamivir), uno de los pocos tratamientos eficaces (se toma en cápsulas por vía oral) para combatir el virus mutado H1N1, y recomendado incluso por la OMS.
Rumsfeld se enriquece
La historia del Tamiflu, en estas circunstancias, no deja de ser sugestiva. Fue descubierto por la firma biofarmacéutica Gilead Sciences Inc., cuya sede se encuentra en Foster City, California. Gilead cedió los derechos de fabricación y de comercialización a la empresa multinacional suiza
Roche, la cual le revierte el 22% de los beneficios anuales por las ventas de Tamiflu.
Es interesante notar que Donald Rumsfeld, el ex-secretario de Defensa del presidente George W. Bush y uno de los principales instigadores de la invasión ilegal de Irak (25), fue presidente de Gilead Siences Inc. desde diciembre de 1997 hasta hacerse cargo del Pentágono en 2001, y conserva un importante paquete de acciones.
Una de las primeras medidas de Rumsfeld cuando asumió su cargo en el gobierno fue declarar el Tamiflu de uso obligado en el seno de las fuerzas armadas (26). Las ganancias de Roche y de Gilead –y por consiguiente el enriquecimiento personal de Donald Rumsfeld– se dispararon. Las acciones de la empresa se vieron también altamente beneficiadas en Bolsa a partir de 2003, cuando surgieron en Asia las amenazas de epidemias del Síntoma Respiratorio Agudo Severo (SRAS) y del virus H5N1 de la gripe aviar.
Fascinados por la teoría del complot, algunos han llegado a deducir que el detestado Rumsfeld debe estar implicado, de una manera u otra, en el surgimiento de estas epidemias y en particular en la aparición del nuevo virus mutante A(H1N1).
Es poco probable. La principal responsabilidad de esta grave amenaza sanitaria reside en la industrialización delirante de la producción pecuaria. El despiadado sistema de cría intensiva ha transformado radicalmente el sector. Hoy se parece más a la industria petroquímica que a la feliz granja familiar que aún describen los manuales en las escuelas (27). En 1965, por ejemplo, había en Estados Unidos 53 millones de cochinos repartidos entre más de un millón de granjas; ahora hay 65 millones de cerdos concentrados en sólo 65.000 explotaciones. En España hay actualmente 25 millones de cerdos (más de medio cerdo por habitante…), el 92% de ellos criados en explotaciones intensivas semejantes a las de las mexicanas Granjas Carroll de La Gloria. Se ha pasado en poco tiempo de las porquerizas caseras a infiernos concentracionarios en los que se hacinan, en medio de la hediondez y bajo calores asfixiantes, decenas de millares de animales que intercambian virus patógenos con gran intensidad.
Ese tipo de ganadería inhumana, intensiva y productivista, que desanimaliza al animal y lo considera como un mero “producto industrial”, un simple “material” que da carne y procura beneficios financieros, es el culpable de la pandemia en curso (28). Cuando, por los propios excesos de empresarios insensatos, ese depravado modelo revienta, el desastre sanitario amenaza con afectarnos a todos…
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1 AP, 6-5-09.
2 Austin American-Statesman, 13-5-09.
3 “Smithfield Foods Reaffirms No Incidence of A(H1N1) In Any of Its Herds or Employees”, http://investors.smithfieldfoods.com/releasedetail.cfm?ReleaseID=381309
4 “Influenza porcina: un sistema alimentario que mata. La industria de la carne desata una nueva plaga”, www.grain.org/articles/?id=49
5 http://cruzrojoepidemiologia.wordpress.com/
6 Bernice Wuethrich, “Infectious Disease?: Chasing the Fickle Swine Flu”, Science, vol. 299, n° 5612, marzo de 2003.
7 La Organización Mundial de la Salud también alertó, en 1999, de un posible brote de gripe porcina en México y recomendó crear laboratorios para desarrollar tratamientos de inmunización, con el objetivo de garantizar la disponibilidad de vacunas. A pesar de esas advertencias, México sigue sin poseer la infraestructura para desarrollar y producir vacunas contra el virus de gripe porcina. Peor aun, el Gobierno federal desmanteló dos institutos especializados y dejó de invertir en la creación de productos biológicos.
8 http://www.agenciamn.com/index.php/De-Pe-a-Pa/Mexico-sabia-de-la-amenaza.htmlMexico-sabia-de-la-amenaza.html
9 Esta firma opera en Francia, Portugal, Bélgica, Holanda y Alemania. En Francia controla los grupos Aoste (marcas Calixte, Cochonou, Justin Bridou) y Jean Caby.
10 Sus principales accionistas son: Smithfield Foods (37%), Oaktree Capital (24%), Pedro y Fernando Ballvé (12%), la familia Díaz (5%), Caja Burgos (4%), QMC (2%) y el grupo Fuertes (2%).
11 Fortune, 28-5-08, http://money.cnn.com/magazines/fortune/fortune500/2008/snapshots/728.html
12 www.hrw.org/reports/2005/usa0105/resumen_sp.pdf
13 F. William Engdahl, “Cerdos voladores, Tamiflu y granjas industriales”, 3-5-09. (Traducido del inglés por Felisa Sastre, www.lahaine.org/index.php?p=37648)
14 Luis Hernández Navarro, “Las ciudades de cerdos de Smithfield”, La Jornada, México, 12-5-09.
15 La Jornada, México, 5-4-09.
16 http://impreso.milenio.com/node/8559659
17 “Pandemic Potential of a Strain of Influenza A (H1N1): Early Findings”, Science, 11-5-09.
18 www.veratect.com/media.html
19 Ignacio Ramonet, “México fracturado”, Le Monde diplomatique, ed. Cono Sur, Buenos Aires, agosto de 2006.
20 www.rtve.es/noticias/20090430/miembro-del-sequito-obama-muestra-sintomas-gripe/273070.shtml
21 The New York Times, 29-4-09.
22 www.abc.es/20090430/nacional-sociedad/todo-empezo-edgar-20090430.html
23 Véase nota 17.
24 http://healthmap.org/nejm/
25 Véase Ignacio Ramonet, Irak, Historia de un desastre, Debate, Madrid, 2005.
26 Ernesto Carmona, “La influenza porcina ¿beneficia al Tamiflu de Donald Rumsfeld?”, www.rebelion.org
27 Mike Davis, “La gripe porcina y el monstruoso poder de la gran industria pecuaria”, www.sinpermiso.info/textos/index.php.?id=25258
28 Carlos Martínez, “Una multinacional americana es denunciada como culpable del brote de la gripe porcina”, http://www.rebelion.org/noticia.php?id=84566
http://www.rebelion.org/noticia.php?id=86425
En la ribera texana del ancho Valle del Río Grande, a dos pasos de la frontera con México, se halla Harlingen. En esa pequeña y coqueta ciudad estadounidense, el pasado 5 de mayo falleció Judy Trunnell, una joven maestra de escuela de 33 años que acababa de dar a luz, por cesárea, a una niña radiante y saludable. “Era una persona maravillosa, cálida. Se consagraba a la educación de niños discapacitados”, declararon sus familiares y amigos, que acudieron a su vivienda, situada en una luminosa calle de esa localidad, para expresar su pésame en el funeral (1).
El destino quiso que Judy fuese la primera estadounidense fallecida a causa del virus de la nueva gripe que la Organización Mundial de la Salud (OMS) llama ahora A(H1N1). Un nombre aséptico para evitar el uso de “gripe mexicana”, que contraría a las autoridades aztecas, o de “gripe porcina”, que enfada a los grandes industriales de carne de cerdo.
Sin dejarse distraer por esa astucia terminológica, el marido de Judy, Steven Trunnell, presentó ante un juez, el pasado 11 de mayo, una demanda contra la empresa productora de carne porcina más importante del mundo: Smithfield Foods Inc. Esta multinacional detenta –vía su filial mexicana Granjas Carroll– unos gigantescos criaderos de cerdos cerca de un pueblito de tres mil habitantes, La Gloria, perteneciente al municipio Perote, en el Estado mexicano de Veracruz.
El abogado de Steven Trunnell, Marc Rosenthal, reveló que esa compañía posee más de un millón de cerdos hacinados en las 200 porquerizas situadas en los alrededores de La Gloria. Añadió que los habitantes locales se quejan de la hediondez y de las pésimas condiciones higiénicas de las cochiqueras. La demanda tratará de reclamar daños y perjuicios por “la muerte injusta de Judy, provocada por Smithfield Foods”, y reclamará “unos mil millones de dólares”. Marc Rosenthal (2) se propone denunciar el horror de los insalubres criaderos industriales de puercos y aportar pruebas de que la gripe A(H1N1) tuvo su origen en esas inmundas pocilgas de La Gloria, desde donde se está propagando a todo el planeta.
Paraísos para virus Aunque la empresa Smithfield Foods niega cualquier relación entre sus instalaciones y la aparición de un foco de nueva gripe a las puertas de sus granjas (3), un informe reciente de GRAIN (4) parece confirmarlo. Los expertos de esta organización no gubernamental alertan que el aumento en gran escala de zahúrdas industriales ha creado las condiciones perfectas para el surgimiento y dispersión de nuevas formas de gripe altamente virulentas. Tales criaderos constituyen bombas de tiempo listas para desencadenar epidemias mundiales. Ya en 2006, unos investigadores del Instituto Nacional de Salud (NIH, por su sigla en inglés) de Estados Unidos habían declarado: “La alta concentración de enormes cantidades de animales apretujados en muy poco espacio facilita la rápida transmisión y mezcla de los virus” (5).
Tres años antes, en marzo de 2003, la revista Science (6) ya había advertido que la gripe porcina estaba evolucionando en fase rápida a causa del aumento del tamaño de los criaderos industriales y del uso generalizado de antibióticos y vacunas. Los virólogos alertaban precisamente a México y a Estados Unidos del peligroso cóctel vírico que estaba por venir (7). Afirmaban lo siguiente: “Parece que después de años de estabilidad, el virus de la gripe porcina de América del Norte se halla en una fase de rápida evolución y cada año produce nuevas variantes”.
Achacaban la fulgurante mutación de los virus a dos causas: el hacinamiento en criaderos insalubres de un número cada vez mayor de cerdos, y la práctica de vacunar a las hembras, ya que la vacuna actúa seleccionando nuevos virus mutantes. Esos dos factores, avisaban los expertos, “aumentan la probabilidad de que emerja un nuevo virus transmisible entre humanos”. Luego, ya sea por los excrementos, el alimento, el agua, o incluso las botas de los trabajadores, el virus se disemina de modo imparable.
En ese mismo artículo, el Dr. Christopher Olsen, virólogo molecular en la Facultad de Veterinaria de la Universidad de Wisconsin, en Madison, hasta se atrevió a profetizar: “Ahora debemos buscar en México la granja donde va a aparecer la próxima pandemia”. (8)
Aunque la OMS, en sus últimos comunicados, no haya confirmado que el brote tuvo ahí su origen, todo indica que esa granja se ha localizado. Y que el infierno de la actual epidemia empezó en La Gloria, a escasa distancia de los criaderos de cerdos de la empresa Smithfield.
Gigante productor de carne porcina, Smithfield Foods Inc. es una de las mayores empresas agroalimentarias del planeta y el número uno mundial de la carne de cerdo. Su sede se encuentra en la ciudad de Smithfield, Virginia, y posee filiales en nueve países a través del mundo. En España, Smithfield Foods controla el 24% del capital de Campofrío, líder español de la producción de carne de cerdo. Campofrío se fusionó, en junio de 2008, con la filial europea Smithfield Holdings (9) del gigante norteamericano para formar una nueva empresa: Group Campofrío (10).
Con una cifra de negocios de casi 12 mil millones de dólares, Smithfield Foods es la tercera compañía estadounidense más poderosa en la producción de alimentos, después de Archer Daniels Midland y de Tyson Foods. En 2008, ocupó el lugar número 222 entre las 500 firmas más importantes del mundo, según la revista Fortune (11). Pero esta compañía, que abastece a las cadenas de comida rápida McDonald’s y Subway, ha sido frecuentemente acusada de contaminar agua, suelo y aire, y de no respetar los derechos de sus trabajadores. En su informe de 2005, Sangre, sudor y miedo. Derechos de los trabajadores en las plantas cárnicas y avícolas de Estados Unidos, la organización no gubernamental Human Rights Watch denunció duramente sus abusos (12). También fue multada, en 1997, con 12.300.000 dólares por violar la Ley de Aguas Potables (13).
Contaminar el Tercer Mundo
Para evitar esas acusaciones, Smithfield Foods trasladó parte de sus criaderos a países como México, Rumania y Polonia, en los que las leyes en favor del medio ambiente son más relajadas o inexistentes, y donde algunos políticos están más dispuestos a dejarse corromper (14). Mediante su filial Granjas Carroll, Smithfield se instaló en la remota zona rural mexicana de La Gloria en 1994, aprovechando el Acuerdo de Libre Comercio entre México, Estados Unidos y Canadá. Allí, gracias a la complicidad de políticos locales, no tiene que preocuparse de ser acusado de violar ley alguna sobre el medio ambiente.
En el interior de barracas con ventilación deficiente e iluminación constante para estimular su crecimiento, los cochinos viven encerrados en jaulas que impiden su movimiento. Son engordados hasta alcanzar unos 120 kilos. Los criaderos son verdaderas ciudades de cerdos, rodeadas de mares de heces y bazofias.
La contaminación provocada y su impacto en la salud de los habitantes vecinos, así como las lagunas en que depositan los desechos animales, propiciaron a partir de 2004 el surgimiento de un movimiento ecologista de protesta. Granjas Carroll respondió reprimiéndolo.
Muchos vecinos de La Gloria y de una decena de comunidades, que viven desde hace años con esa hediondez y respiran día y noche una peste infernal, se unieron para protestar en contra de la expansión de la trasnacional. Organizaron asambleas y marchas, y la empresa los demandó por difamación. Varios activistas fueron reprimidos y procesados, otros detenidos y obligados a pagar una fianza para salir de prisión.
Un corresponsal del diario La Jornada (15), Andrés Timoteo, se desplazó al poblado para describir el ambiente en el que viven los habitantes: “Nubes de moscas emanan de las lagunas de oxidación donde la empresa Granjas Carroll vierte los desechos fecales de sus granjas porcícolas; y la contaminación a cielo abierto ya generó una epidemia de infecciones respiratorias (…) El vector epidémico serían las nubes de moscas que despiden las granjas porcícolas y las lagunas de oxidación donde la empresa mexicana-estadounidense arroja toneladas de estiércol”.
Los habitantes atribuyen la aparición de infecciones a esa polución y al envenenamiento de las aguas y de la atmósfera.
Otro reportero, Jorge Morales Vázquez, contó en Milenio (16) cómo los pobladores llevan años protestando contra la expansión indiscriminada de la empresa porcícola y cómo han sufrido persecución policíaca, represión y amenazas. A su vez, durante su recorrido, el periodista constató “el fétido olor proveniente de las granjas de cerdos que se respira durante todo el día en la pequeña comunidad de apenas tres mil habitantes, así como la existencia de enjambres de moscas que infestan los domicilios de las familias”. Verificó asimismo la proximidad de las “lagunas de oxidación” en las que se someten a un proceso de descomposición aéreo los desechos fecales de los cerdos –que se convierten en gas metano–, responsables del nauseabundo hedor que inunda la zona. El reportero transmitió que se sospecha, además, que haya problemas de filtración a los mantos freáticos. Y pudo observar los llamados “biodigestores”, fosas cubiertas con una puerta de metal, en donde se arrojan los cadáveres de cerdos enfermos o muertos por peleas en las pocilgas.
“En esos agujeros cavados en el suelo –relató– los cadáveres se descomponen, lo que representa una fuente más de contaminación y proliferación de moscas del tamaño de abejas que llaman ‘muerteras’, las cuales, empujadas por el viento, viajan en enjambres hasta La Gloria e invaden los domicilios…” Muchas familias declaran haber sido afectadas por frecuentes dolores de cabeza, enfermedades gastrointestinales y de las vías respiratorias, y han desarrollado diarreas, tos, infecciones de garganta, vómitos y fiebre.
Ocultamiento diplomático
En este lugar, presumiblemente, el virus A(H1N1) saltó de los cerdos a los humanos en algún momento entre noviembre de 2008 y enero de 2009. Y pudo haber comenzado a infectar a grandes cantidades de personas a partir de principios de marzo (17).
Las autoridades federales mexicanas no difundieron públicamente la información. Pero, a fines del año pasado y principios de 2009, el número de enfermos fue tan insólito que varios organismos internacionales de salud empezaron a preocuparse por lo que estaba ocurriendo en La Gloria.
De tal modo que el pasado 6 de abril –o sea, 18 días antes de que el Gobierno mexicano alertara a la OMS de la aparición de un nuevo virus de gripe humana–, la web de Biosurveillance, que pertenece a Veratect (18), Centro del Gobierno estadounidense encargado de la información epidemiológica, reportó que en La Gloria se estaba produciendo una serie de extraños casos de “infecciones respiratorias parecidas a la bronquitis neumónica, con fiebre y fuerte tos” y que “el 60% de los habitantes” padecía de una nueva y atípica enfermedad.
Es probable que el Ejecutivo azteca supiera pronto que un foco infeccioso grave de una gripe desconocida se había producido en el valle de Perote y que, sin que los tratamientos habituales pudieran impedirlo, el mal se estaba difundiendo rápidamente a través del país. Pero no dio la alerta, ni movilizó seriamente a sus servicios de salud y a sus investigadores científicos. Tampoco informó, en ese momento, a la Organización Mundial de la Salud de la gravedad de una situación que se le estaba yendo de las manos.
¿Por qué actuó de ese modo el Gobierno mexicano? Según algunos analistas locales, esa “discreción” se puede explicar porque, cuando surgieron los primeros casos, se acercaban las vacaciones de Semana Santa. Período crucial, en tiempos de recesión, para la industria turística del país.
Pero todo indica que la causa principal de semejante silencio fue diplomática. Se trataba de evitar a toda costa que, por razones de seguridad sanitaria, se pospusiese la visita oficial de Barack Obama, prevista para los días 16 y 17 de abril, que representaba la segunda salida al extranjero del Presidente estadounidense tras su estancia en Canadá en febrero pasado. Para el presidente Felipe Calderón, cuya elección en julio de 2006 fue muy controvertida (19), la visita del mandatario estadounidense era una consagración definitiva. Nada –ni siquiera la amenaza de un nuevo virus devastador– debía retrasarla.
Prueba de lo avanzada que estaba ya por esas fechas la epidemia es que ya había llegado al propio entorno de Felipe Calderón. El arqueólogo Felipe Solís, quien recibió –con Felipe Calderón– en el Museo Nacional de Antropología de México al Presidente de Estados Unidos, estaba contaminado y murió seis días después de la visita del mandatario estadounidense. Un asesor del secretario estadounidense de Energía, Steven Chu, que había ido a México para preparar el viaje del presidente Obama, se contagió también con la nueva enfermedad. El portavoz de la Casa Blanca, Robert Gibbs, reconoció que la esposa, el hijo y hasta el sobrino del funcionario también presentaron síntomas de la nueva gripe (20).
Ante la amplitud que tomaba la pandemia, los servicios mexicanos de salud decidieron por fin actuar enviando muestras médicas tomadas de algunos enfermos de La Gloria a laboratorios de Estados Unidos y Canadá. Fue el Laboratorio Nacional de Microbiología de la Agencia de Salud Pública de Canadá, en Winnipeg, el que detectó el 24 de abril el nuevo virus que contiene elementos de la gripe aviar, de la porcina y de la humana juntos, al analizar una muestra tomada en un niño de cinco años que se había enfermado en marzo pasado.
Ese niño, hoy ya curado, identificado como el primer ser humano infectado por la virulenta cepa de la nueva gripe porcina –el “paciente cero”–, se llama Edgar Hernández y su historia, narrada por The New York Times (21), lo ha hecho famoso en el mundo entero. Edgar ha contado los severos síntomas que sufrió cuando todo empezó en La Gloria el 9 de marzo pasado: su cabeza le ardía, tosía, le dolía la barriga, la garganta y no tenía ganas de comer (22).
Según la revista Science (23), en su artículo difundido el pasado 11 de mayo, se estimaba que el 24 de abril, fecha en que México hizo pública la pandemia, ya presumiblemente había en ese país entre 6.000 y 32.000 casos de gripe porcina, o sea, muchos más que los confirmados por los laboratorios.
Hay poca evidencia de que este brote de gripe A(H1N1) sea, por el momento, más peligroso que las infecciones rutinarias de las cepas usuales de los virus estacionales, que cada año causan la muerte de entre 250.000 y 500.000 personas en el planeta. Sin embargo, según Science, el virus A(H1N1) parece mucho más contagioso que el de la gripe común. Otro elemento preocupante: ataca más a los jóvenes sanos. Por ejemplo, en La Gloria hubo el doble de niños de menos de 15 años contaminados, en comparación con los adultos. Según datos publicados en la web del New England Journal of Medicine (24), el 40% de los afectados tiene entre 10 y 18 años; y apenas el 5% tiene más de 50.
Por su parte, la Organización Mundial de la Salud ha advertido que el nuevo virus aún puede mutar, hacerse mucho más virulento y causar una pandemia que se podría propagar hasta tres veces. La OMS señala que “la gravedad de esta gripe está influida por la tendencia de las pandemias a dar la vuelta al mundo en al menos dos y quizás tres oleadas”.
Actualmente, en el hemisferio austral empieza el período habitual de la gripe, y el virus A(H1N1) podría allí foguearse con los antivirales (Tamiflu) y proceder a una nueva mutación para regresar al hemisferio boreal en octubre próximo en condiciones mucho más virulentas, como lo hizo la terrible “gripe española” en 1918. Todo indica sin embargo que la nueva epidemia será menos severa que la de 1918, aunque algunos expertos estiman que será tan letal como la de 1957 (la “gripe asiática”), que causó más de dos millones de muertos ... Otro riesgo es que el virus se combine con el de la gripe aviar, el temible H5N1 asentado en varios países, y produzca un letal mutante asesino de masas…
Para proteger a sus ciudadanos, los gobiernos del planeta están ahora adquiriendo cantidades importantes del medicamento antiviral Tamiflu (oseltamivir), uno de los pocos tratamientos eficaces (se toma en cápsulas por vía oral) para combatir el virus mutado H1N1, y recomendado incluso por la OMS.
Rumsfeld se enriquece
La historia del Tamiflu, en estas circunstancias, no deja de ser sugestiva. Fue descubierto por la firma biofarmacéutica Gilead Sciences Inc., cuya sede se encuentra en Foster City, California. Gilead cedió los derechos de fabricación y de comercialización a la empresa multinacional suiza
Roche, la cual le revierte el 22% de los beneficios anuales por las ventas de Tamiflu.
Es interesante notar que Donald Rumsfeld, el ex-secretario de Defensa del presidente George W. Bush y uno de los principales instigadores de la invasión ilegal de Irak (25), fue presidente de Gilead Siences Inc. desde diciembre de 1997 hasta hacerse cargo del Pentágono en 2001, y conserva un importante paquete de acciones.
Una de las primeras medidas de Rumsfeld cuando asumió su cargo en el gobierno fue declarar el Tamiflu de uso obligado en el seno de las fuerzas armadas (26). Las ganancias de Roche y de Gilead –y por consiguiente el enriquecimiento personal de Donald Rumsfeld– se dispararon. Las acciones de la empresa se vieron también altamente beneficiadas en Bolsa a partir de 2003, cuando surgieron en Asia las amenazas de epidemias del Síntoma Respiratorio Agudo Severo (SRAS) y del virus H5N1 de la gripe aviar.
Fascinados por la teoría del complot, algunos han llegado a deducir que el detestado Rumsfeld debe estar implicado, de una manera u otra, en el surgimiento de estas epidemias y en particular en la aparición del nuevo virus mutante A(H1N1).
Es poco probable. La principal responsabilidad de esta grave amenaza sanitaria reside en la industrialización delirante de la producción pecuaria. El despiadado sistema de cría intensiva ha transformado radicalmente el sector. Hoy se parece más a la industria petroquímica que a la feliz granja familiar que aún describen los manuales en las escuelas (27). En 1965, por ejemplo, había en Estados Unidos 53 millones de cochinos repartidos entre más de un millón de granjas; ahora hay 65 millones de cerdos concentrados en sólo 65.000 explotaciones. En España hay actualmente 25 millones de cerdos (más de medio cerdo por habitante…), el 92% de ellos criados en explotaciones intensivas semejantes a las de las mexicanas Granjas Carroll de La Gloria. Se ha pasado en poco tiempo de las porquerizas caseras a infiernos concentracionarios en los que se hacinan, en medio de la hediondez y bajo calores asfixiantes, decenas de millares de animales que intercambian virus patógenos con gran intensidad.
Ese tipo de ganadería inhumana, intensiva y productivista, que desanimaliza al animal y lo considera como un mero “producto industrial”, un simple “material” que da carne y procura beneficios financieros, es el culpable de la pandemia en curso (28). Cuando, por los propios excesos de empresarios insensatos, ese depravado modelo revienta, el desastre sanitario amenaza con afectarnos a todos…
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1 AP, 6-5-09.
2 Austin American-Statesman, 13-5-09.
3 “Smithfield Foods Reaffirms No Incidence of A(H1N1) In Any of Its Herds or Employees”, http://investors.smithfieldfoods.com/releasedetail.cfm?ReleaseID=381309
4 “Influenza porcina: un sistema alimentario que mata. La industria de la carne desata una nueva plaga”, www.grain.org/articles/?id=49
5 http://cruzrojoepidemiologia.wordpress.com/
6 Bernice Wuethrich, “Infectious Disease?: Chasing the Fickle Swine Flu”, Science, vol. 299, n° 5612, marzo de 2003.
7 La Organización Mundial de la Salud también alertó, en 1999, de un posible brote de gripe porcina en México y recomendó crear laboratorios para desarrollar tratamientos de inmunización, con el objetivo de garantizar la disponibilidad de vacunas. A pesar de esas advertencias, México sigue sin poseer la infraestructura para desarrollar y producir vacunas contra el virus de gripe porcina. Peor aun, el Gobierno federal desmanteló dos institutos especializados y dejó de invertir en la creación de productos biológicos.
8 http://www.agenciamn.com/index.php/De-Pe-a-Pa/Mexico-sabia-de-la-amenaza.htmlMexico-sabia-de-la-amenaza.html
9 Esta firma opera en Francia, Portugal, Bélgica, Holanda y Alemania. En Francia controla los grupos Aoste (marcas Calixte, Cochonou, Justin Bridou) y Jean Caby.
10 Sus principales accionistas son: Smithfield Foods (37%), Oaktree Capital (24%), Pedro y Fernando Ballvé (12%), la familia Díaz (5%), Caja Burgos (4%), QMC (2%) y el grupo Fuertes (2%).
11 Fortune, 28-5-08, http://money.cnn.com/magazines/fortune/fortune500/2008/snapshots/728.html
12 www.hrw.org/reports/2005/usa0105/resumen_sp.pdf
13 F. William Engdahl, “Cerdos voladores, Tamiflu y granjas industriales”, 3-5-09. (Traducido del inglés por Felisa Sastre, www.lahaine.org/index.php?p=37648)
14 Luis Hernández Navarro, “Las ciudades de cerdos de Smithfield”, La Jornada, México, 12-5-09.
15 La Jornada, México, 5-4-09.
16 http://impreso.milenio.com/node/8559659
17 “Pandemic Potential of a Strain of Influenza A (H1N1): Early Findings”, Science, 11-5-09.
18 www.veratect.com/media.html
19 Ignacio Ramonet, “México fracturado”, Le Monde diplomatique, ed. Cono Sur, Buenos Aires, agosto de 2006.
20 www.rtve.es/noticias/20090430/miembro-del-sequito-obama-muestra-sintomas-gripe/273070.shtml
21 The New York Times, 29-4-09.
22 www.abc.es/20090430/nacional-sociedad/todo-empezo-edgar-20090430.html
23 Véase nota 17.
24 http://healthmap.org/nejm/
25 Véase Ignacio Ramonet, Irak, Historia de un desastre, Debate, Madrid, 2005.
26 Ernesto Carmona, “La influenza porcina ¿beneficia al Tamiflu de Donald Rumsfeld?”, www.rebelion.org
27 Mike Davis, “La gripe porcina y el monstruoso poder de la gran industria pecuaria”, www.sinpermiso.info/textos/index.php.?id=25258
28 Carlos Martínez, “Una multinacional americana es denunciada como culpable del brote de la gripe porcina”, http://www.rebelion.org/noticia.php?id=84566
http://www.rebelion.org/noticia.php?id=86425

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