lundi 20 mai 2013

Le boycott de Stephen Hawkings frappe Israël là où cela fait mal : la science


Hillary Rose et Stephen Rose - The Guardian -         

Ce qui irrite Israël c’est que ce rejet vient d’un scien­ti­fique célèbre, et que c’est la science qui entraîne son économie, son prestige et sa puis­sance militaire. 

La décision de Stephen Haw­kings de boy­cotter la confé­rence du pré­sident israélien est devenue virale. Plus de 100 000 par­tages facebook de l’article du Guardian au dernier décompte. Quelque soit la suite de l’histoire, la lettre d’Hawkings est sans équi­voque. Son refus est intervenu à la suite à de demandes d’universitaires pales­ti­niens. Témoin la vitesse avec laquelle le lobby pro-​​israélien s’est emparé de la décla­ration ini­tiale, erronée, de l’Université de Cam­bridge selon laquelle Haw­kings s’était retiré pour raisons de santé, pour condamner le mou­vement de boycott ; et leur embarras lorsque, quelques heures plus tard, l’université a dû rec­tifier d’un air penaud. Haw­kings a aussi précisé que si il y était allé, il aurait cri­tiqué la poli­tique d’Israël envers les Palestiniens.
Tandis que les jour­na­listes l’appelaient “l’affiche publi­ci­taire du boycott uni­ver­si­taire” et que les sup­porters du mou­vement de boycott, dés­in­ves­tis­sement et sanc­tions (BDS) pavoi­saient, Ha’aretz, le journal le plus pro­gres­siste de la presse israé­lienne, a attiré l’attention sur les termes incen­diaires uti­lisés par les orga­ni­sa­teurs de la confé­rence, qui se sont dépeints eux-​​mêmes comme “outragés”, plutôt que de dire qu’ils “regret­taient” la décision d’Hawkings.
Le fait que le scien­ti­fique le plus célèbre du monde ait reconnu la jus­tesse de la cause pales­ti­nienne est poten­tiel­lement un tournant pour la cam­pagne BDS. Et que cette prise de position ait été approuvée par une majorité de deux contre un dans le sondage du Guardian qui a suivi son annonce, montre tout sim­plement à quel point l’opinion publique s’est retournée contre les vols de terre inces­sants et l’oppression d’Israël.
Le refus public d’Hawkings suit celui de chan­teurs, d’artistes, et d’écrivains éminents de Brian Eno à Mike Leigh, Alice Walker et Adrienne Rich, qui ont tous publi­quement décliné des invi­ta­tions à se pro­duire en Israël. Ce qui irrite Israël cette fois-​​ci, c’est que le rejet vient d’un scien­ti­fique célèbre, alors que c’est la science et la tech­no­logie qui tirent son économie. La décision d’Hawkings menace d’ouvrir les vannes, de plus en plus de scien­ti­fiques se mettant alors à le consi­dérer comme un état paria. Il lui faut pro­téger les liens de sa recherche avec les scien­ti­fiques euro­péens et amé­ri­cains. Le fait qu’Israël, un pays du Moyen-​​Orient, ait réussi à décrocher son adhésion à la Zone de recherche euro­péenne et à se garantir de nom­breuses col­la­bo­ra­tions avec des labo­ra­toires euro­péens sou­ligne l’importance de ces liens. Lorsque les par­le­men­taires euro­péens ont contesté son adhésion, sur la base de ses nom­breuses vio­la­tions des réso­lu­tions de l’ONU et des conven­tions euro­péennes des droits de l’Homme, la Com­mission euro­péenne a répondu que la recherche est plus impor­tante que les droits de l’Homme.
La science et la tech­no­logie d’Israël ne sont pas sim­plement une source de prestige et d’innovation tech­no­lo­gique, elles sous-​​tendent aussi sa puis­sance mili­taire. C’est un ingé­nieur israélien qui a déve­loppé les drones employés main­tenant en grande quantité par les USA. Les armes chi­miques pro­duites en Israël égalent au moins celles de la Syrie, et les uni­ver­sités israé­liennes four­nissent amplement aux Forces de Défense israé­liennes les méthodes socio­lo­giques, psy­cho­lo­giques et tech­no­lo­giques qu’elles uti­lisent pour réprimer les mani­fes­ta­tions des Pales­ti­niens contre l’occupation.
La com­plicité du monde uni­ver­si­taire israélien dans la poli­tique de l’état d’Israël est irré­fu­table. Cependant, c’est la pre­mière fois qu’un scien­ti­fique de la stature d’Hawkings prend position aussi publi­quement – et en lui souf­flant dans les bronches, les orga­ni­sa­teurs de la confé­rence de Jéru­salem (il est important de sou­ligner que l’Université hébraïque de Jéru­salem, où devait se tenir la confé­rence à laquelle Haw­kings a refusé de par­ti­ciper, a été construite sur des terres pales­ti­niennes illé­ga­lement annexées) n’ont fait qu’ajouter à son impact public.
En défi­nitive, ce sont les débats publics sur les avan­tages et les incon­vé­nients du boycott uni­ver­si­taire qui ont attiré l’attention sur l’asservissement des uni­ver­sités israé­liennes à l’état. Jusqu’à ce que le boycott com­mence, les cri­tiques internes étaient rares, et les plus acerbes, tels Ilan Pappé ont été chassés. Cependant, cet asser­vis­sement com­mence à céder. Lorsqu’en 2012 le ministre de l’éducation a essayé de fermer le dépar­tement de poli­tique à l’université Ben Gourion sur des “argu­ments uni­ver­si­taires”, cela a été immé­dia­tement reconnu comme une attaque poli­tique sur l’un des dépar­te­ments dont les ensei­gnants sont dis­posés à traiter Israël d’état d’apartheid. Le Prof Gilad Haran de l’Institut Weizmann a lancé une pétition affirmant “Nous avons le sen­timent que la liberté uni­ver­si­taire dans le système d’enseignement supé­rieur d’Israël est en grand danger“.   

Le dépar­tement est tou­jours ouvert – une petite victoire.

Hillary Rose est une socio­logue des sciences, fémi­niste, et pro­fesseur émérite à l’Université de Bradford. Steven Rose est pro­fesseur émérite de neu­ros­ciences à l’Université ouverte. Ils ont récemment été co-​​auteurs de Gênes, cel­lules et cerveau : Les pro­messes pro­mé­théennes de la nou­velle bio­logie, et ils font partie des co-​​fondateurs du BRICUP, le Comité bri­tan­nique pour les uni­ver­sités de Palestine.

Traduction : AFPS/​RP
Source : The Guardian

France Palestine Solidarité

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