vendredi 11 juin 2021

La gifle : le combat émancipateur n'a pas besoin de la violence, il a besoin de force

Antoine Manessis

L'histoire ne connaît pas d'autres responsables du niveau de violence que les dominants.

S'il est évident que le geste du militant monarcho-fasciste (et surtout confus) est stupide, puisque nécessairement condamné par toutes les forces politiques donc sans effet sur les rapports de force politiques, il faut tout de même tenter d'introduire un peu de politique dans ce micro-événement.

Certes personne ne va suggérer d'écarteler l'abruti qui a giflé Macron. Car malgré les stupidités de Macron sur le rapport entre les Français-es et le roi*, il y a un bon moment que personne ne considère le chef de l'Etat comme sacré. Le 21 janvier c'est toujours avec plaisir que les républicains mangent une tête de veau*.

Mais il est certain que la sacralisation de la fonction de président de la République est une tentative idéologique d'intimidation de ceux qui considèrent le président et tous les élus, comme des simples mandataires du peuple. Ces fonctions doivent être respectées puisqu'elles ont l'onction du suffrage universel. Point. Il est vrai que les institutions de la Ve République, avec l'élection du président au suffrage universel, ont une inspiration plébiscitaire monarcho-boanpartiste dont il faudra se débarrasser au plus vite. Ce qui ne semble pas si évident même à ceux qui dénonçaient ces institutions comme "un coup d'Etat permanent". Il faut croire que ces gens-là n'aiment pas la démocratie et le peuple souverain.

La condamnation du geste imbécile qu'est cette gifle doit être politique : cela ne sert à rien, n'est en rien révolutionnaire ni même protestataire. C'est un acte politiquement vain, dépourvu de signification autre qu'individuelle. Pour ce qui est de "l'irruption de la violence dans la vie politique" il faudrait être un peu sérieux.

La violence a toujours fait partie de la vie politique. "La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens" disait Clausewitz. Les rapports de forces ont toujours animés et déterminés le combat politique. L'histoire est l'histoire de la lutte des classes dont les intérêts sont antagonistes. Donc que les chefs du bloc bourgeois cessent de jouer aux pucelles effarouchées pour une baffe surtout quand ils ont provoqué, organisé, voulu, approuvé la violence d'Etat autrement plus violente contre les syndicalistes, les militants, les jeunes des quartiers populaires ou les gilets jaunes. Et ne parlons pas de la violence sociale qui frappe les catégories populaires. Et ne parlons pas des violences symboliques que sont le mépris et l'arrogance de classe de la macronie et du bloc bourgeois dans son ensemble (LREM, LR, PS, RN, EELV).

Ces gens qui déchaînent la misère et le chômage de masse, qui cassent les services publics, qui chassent les syndicalistes, les migrants...etc, s'offusquent quand des travailleurs privés d'emploi déchirent la chemise d'un laquais du capital. " Pas vous et pas ça !" comme disait Jaurès aux fondés de pouvoir de la bourgeoisie.

Précisons que la violence, toute l'histoire le prouve, vient toujours de la contre-révolution qui veut préserver ses privilèges alors que la révolution veut donner chair, donner une existence réelle aux principes proclamés de Liberté, d'Egalité et de Fraternité. Les minorités privilégiées usent de la violence car c'est un ultime moyen de terroriser les masses. 

Le combat émancipateur n'a pas besoin de la violence, il a besoin de force et sa force c'est le nombre. 

*  "Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le Roi n'est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d'y placer d'autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l'espace. On le voit bien avec l'interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au coeur de la vie politique. Pourtant, ce qu'on attend du président de la République, c'est qu'il occupe cette fonction. Tout s'est construit sur ce malentendu." E. Macron (2015 dans la revue Le1).

* 21 janvier 1793 anniversaire de l'exécution de Louis Capet, place de la Révolution. C'est pour célébrer celle-ci que les Sans-culottes fondèrent cette tradition.

Antoine Manessis

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