Jean Dornac
* * *
L’embryon de la mort
Par Cristina Castello*
« Quelles lois dicteraient déjà les sénateurs ? /
Quand ils arrivent les barbares les dicteront [...]
Pourquoi empoignent-ils des cannes si précieuses
Sculptées merveilleusement dans l’or et l’argent ?
Parce qu'aujourd'hui arrivent les barbares »
Constantino P. Kavafis
Parce qu'aujourd'hui arrivent les barbares »
Constantino P. Kavafis

C'est une prison secrète qui se lève dans les terres qui ont été volées aux habitants originaires du lieu. De sa piste de vol ils ont décollé les bombardiers des USA, pour envahir le Cambodge, l'Afghanistan et l'Irak, à coups de feu, crimes et impiété ; pour contrôler le Moyen Orient et ... plus encore, mais voyons déjà.
« Diego García » est un embryon de la mort. C'est l’abîme qu'ont choisi les barbares — avec l'excuse d’un « terrorisme » supposé — pour mieux torturer. C'est un vrai trésor pour l'Amérique du Nord et le Royaume-Uni. C'est la base militaire la plus importante que l'Empire a, pour surveiller le monde ; et près de ses paires —les bases de Guam et d'Ascension — sont les clés pour l'envahisseur. C'est un endroit idéal pour accueillir des missiles de l'ogive nucléaire, bien qu'ils soient interdits par les traités internationaux. Mais : est-ce que cela importe aux barbares ?
Les barbares ne demeurent pas dans l'océan Indien, où « Diego García », cet atoll qui, né avec un destin d'oasis s’est lui-même converti en enfer. Non. Les barbares donnent les ordres aux barbares de la CIA nord-américaine, appuyés par la Grande-Bretagne et par l'Union Européenne, qui savent si bien se taire quand le Pouvoir est cause de la terreur.
« Diego García», est la juste enclave, s’il venait à l'esprit aux barbares une action sanglante contre l'Iran. C'est le lieu où la torture exhibe sa plus grande sophistication. C'est un sort de torture — la mort en vie — et la première marche, pour mériter le soulagement de passer Guantánamo : cet échafaud avec lequel Barack Obama a promis d’en finir. « Diego García » : personne ne la nomme et elle ne figure pas dans les agendas présidentiels, bien qu'il soit pis encore que Guantánamo. Il est dit : « pis ». Mais comparer deux horreurs ne jette pas de clarté : Qui est le pire, Drácula ou Frankestein ?
La terre de la planète n'a pas été suffisante pour le Pouvoir impérial. Les États-Unis du nord sillonnent les mers du monde avec entre dix-sept et vingt bateaux - « prisons flottantes ». Dans celles-ci ont été arrêtées et interrogées sous supplice, des milliers de personnes. Mais presque personne n'informe de cela. Non, on ne parle pas de ça.
Qui parle, oui, et qui agit par la justice, c’est l'ONG Londonienne des droits de l'homme « Reprieve » qui représente trente détenus, non inculpés de Guantánamo, aux bagnards qui attendent des condamnations et aux accusés d’un supposé « terrorisme ».
C’était en 1998, durant la présidence de Bill Clinton et la vice-présidence d'Al Gore —prix Nobel de la Paix— lorsqu’ils ont commencé les arrêts contre toute loi et tout sens de l'existence humaine. Et George Bush les a promus en progression géométrique. Quand il était encore président, il a admis l'existence d'au moins 26.000 personnes dans des prisons flottantes ; mais selon les sondages de « Reprieve », les chiffres recensés étaient de 80.000, à dater de 2001. Qui croire ? L’option est claire.

Châtrer l'île
« Sans égards, sans pudeur, sans pitié,
de hauts, de larges murs ils m'ont environné »
Constantino Kavafis
Constantino Kavafis
Les 44 kilomètres de « Diego García », sentent l’absence. Sous son ciel, la grande absente est la sacralité de l'existence humaine. L'île est un territoire britannique d'outremer, situé dans l'archipel de Chagos, dans l'océan indien. En 1966 un mariage parfait s'est produit entre les barbares. Le lieu — si beau qu’il semble un sourire de la nature — a été offert par l'Angleterre à l'Amérique du Nord, qui le voulait pour installer cette base militaire. C'était un échange ignominieux : la location pour cinquante ans de terres anglaises, en échange de quatorze millions de dollars et de missiles du sous-marin nucléaire « Polaris ». Musique Maestro !
Mais —certes, il y avait une condition à respecter— à ce moment-là, plus tôt que tard, il fallait empêcher les « problèmes de population ». Il fallait désinfecter l'archipel, des êtres humains.
Châtrer l'île. Lui couper les racines, clôturer la vie. À l’œuvre immédiatement, le Royaume-Uni a bloqué toute entrée d'aliments. Cette vieille et maléfique sorcière —la faim—, a fait sonner un concert d'estomacs vides, en même temps que les habitants commençaient à partir… ou à être rejetés. La destinée de ces exilés a été, et se trouve, dans les villes de misère de l’Ile Maurice.
Là, à plus de 200 kilomètres de la terre qui les a vus naître, les exilés rêvent autant de manger, que de retourner à leur patrie dépatriée.
Sauvagement les 2.000 habitants nés dans l'île, ont été expulsés. Un cas, qui synthétise beaucoup de semblables, est celui de Marie Aimée, née et élevée dans « Diego García », qui en 1969 a porté ses fils à Port Louis (Maurice), pour un traitement médical. Le gouvernement britannique ne lui a jamais permis de remonter sur le bateau pour repartir et jamais plus elle n’a pu y retourner.
Son mari, est resté deux ans dans l'île puis il est arrivé à retrouver son épouse, avec seulement une bourse et dans un état lamentable. Il avait été rejeté de sa terre. Les histoires des autres milliers d'insulaires abandonnés, sont terrifiantes ; exilés et humiliés, ont été réunis dans des taudis, où ils vivaient dans des boîtes ou des huttes de fer-blanc. Ils s’étaient affranchis de bien d’autres avec promesses mensongères de vacances gratuites, dans des lieux de rêve. Il fallait les balayer de l'île : la stériliser de la présence de ses compatriotes.
La majorité des chagossiens ont été arrêtés, expulsés de leurs foyers, littéralement « emballés » et déposés dans les caves d’embarcations, entre des cris et des pleurs ; avant, ils avaient vu exterminer leurs animaux domestiques et leur bétail. Ainsi, ils pouvaient bombarder plus facilement le Viêt-Nam, le Laos et le Cambodge ; menacer la Chine lors de la Révolution culturelle, puis suivre avec le Golfe Persique, l'Afghanistan, l'Irak, et... y a beaucoup plus. Ces barbares n'ont pas de cœur.
Et ce n’est pas tout ! Plusieurs sont morts de tristesse, se sont suicidés, ou sont devenus alcooliques, tandis qu'ils rêvaient de la terre promise. Mais personne n'a abandonné l'idée de revenir à son île de coraux et de palmiers ; à l'île qui — jusqu'à ce qu'ils la vissent — n'était pas contaminée par les armes et la méchanceté. Dans le « Times » de Londres du 9 novembre 2007, l'une des villageoises a résumé : « C'était le paradis, nous étions comme oiseaux libres, et maintenant nous sommes comme en prison ».
La Haute Cour britannique d'abord, et la Cour d'Appel ensuite, ont condamné l'expulsion comme étant illégale et ont donné à la population le droit de rentrer; mais aucun gouvernement n'a voulu accomplir ces sentences. Et le Bureau des affaires Internes et Internationales du Royaume-Uni a dit en revanche qu'il n'y aurait pas de population indigène. Le droit unique à une citoyenneté était accordé aux mouettes.
Aujourd'hui, de 2000 expulsés originairement, moins de 700 conservent la vie. Les barbares jouent-ils à l'extinction finale ?
Les USA ont loué l'île jusqu'en 2016. Et jusqu'alors, et après : quoi ?
Dracula, Frankenstein et les euphémismes
«Ah ces murs qu'on dressait, comment n'y ai-je pas pris garde ?
Mais aucun bruit de bâtisseurs ne me parvenait, pas un son :
tout doucement, ils m'ont emmuré hors du monde »
Constantino Kavafis
Mais aucun bruit de bâtisseurs ne me parvenait, pas un son :
tout doucement, ils m'ont emmuré hors du monde »
Constantino Kavafis
Et que dire, sur la prison de « Diego García » ? « Diego García » est le plus grand centre de tortures —ils appellent d’une façon tout euphémistique « interrogatoires »— pour les prisonniers réputés les plus « importants » par l'Empire. C'est là que le prisonnier Ibn Al-Sheikh Al-Libi a dû mentir, puisqu'il ne résistait pas au supplice auquel il était soumis. Il a dit, pour éviter qu'ils continuent de le lacérer, que Saddam Hussein était allié d'Al-Qaeda, et qu'il avait les fameuses armes de destruction massive, desquelles on a tant parlé.
Certes, il a été démontré que ces armes n'existaient pas. Mais c'étaient les arguments dont George W. avait besoin, pour la guerre du pétrole : celle qu’il a lancée, affamé de dollars, avec l'excuse du « terrorisme » ; comme s'il avait été salvateur du monde, alors qu'il l’anéantissait et c’est pourquoi, aujourd'hui on essaye de le juger. De part toute la planète, elles se lèvent, de plus en plus de voix qui demandent, précisément, de le présenter face à la justice comme un inculpé qui a commis des crimes contre l'humanité.

Le cachot de «Diego García » est connu comme « Campement de Justice ». Nous poursuivons avec des euphémismes. Et les six mille bases militaires mondiales des USA sont mentionnées comme « des traces » dans le jargon militaire américain. Entre celles-ci, « Diego García » a un nom où sonne la moquerie : « Trace de la liberté ». Les mots ont perdu leur signification.
Durant ce temps, les déplacements de prisonniers drogués, encapuchonnés et fort torturés, de là jusqu'au Guantanamo, c'était habituel. Des personnes captives déplacées d'une horreur, à l'autre. De « Diego García » à Guantanamo. De Dracula, il était dit, à Frankenstein.
Les 2.000 soldats yankees destinés d'une manière permanente dans le lieu, sont la population centrale de « Diego García ». La torture a besoin d'une surveillance, ça alors ! Des ironies de la vie, il y a aussi 2.000 bannis : les armes remplacent la vie.
Les barbares nient tout, mais les évidences et les preuves existent. Par exemple, celles d'ex-prisonniers qui, par un miracle, ont obtenu la liberté, et ils racontent comment ils ont été déplacés à Guantanamo, ainsi que la frayeur des tortures, impossibles même à imaginer pour tout esprit humain. Par exemple, le témoignage fondé de l'historien britannique Andy Worthington, l'auteur de « The le Guantanamo files : the stories of the 774 detainees in America's illegal prison » (« Les archives de Guantanamo : les histoires des 774 détenus en prison illégale de l'Amérique »).
Worthington raconte qu’ « une personne honnête avec accès à une information privilégiée », Barry McCaffrey, général américain en retraite et professeur prestigieux d'études de Sécurité internationale, a reconnu par deux occasions qu’à « Diego García » des personnes accusées de terrorisme sont retenues ; de la même manière, il a accepté que la même chose arrive dans Bagram, Guantanamo, certes, et l'Irak. De sa part, Clive Stafford Smith, directeur de l'ONG « Reprieve », dont personne ne doute le sérieux, a assuré à « The Guardian » qu’il est catégoriquement certain de l'existence des prisonniers dans l'île.
Aussi le sénateur suisse Dick Marty, a confirmé en 2006 les «remises extraordinaires» de détenus, de là vers Guantanamo. Dans un rapport qu'il a remis au « Conseil de l'Europe », il a certifié que, sous la responsabilité légale internationale du Royaume-Uni, les USA ont utilisé cet atoll de l'Indien comme prison secrète pour « des détenus de haute valeur ». Le narrateur spécial sur la Torture de l'ONU, Manfred Novak, l'a ratifié.
Le Guantanamo semble être priorité dans l'agenda de Barack Obama. Et « Diego García » ? Il est vrai que le président flambant neuf de la Maison Blanche a trop de défis, casse-tête et de crises à résoudre, ainsi qu'une opposition conservatrice qui ne rend pas facile de gouverner. Mais : a-t-il la volonté politique pour en finir avec cette abjection ? Pourra-t-il — et surtout voudra-t-il — aller contre les semailles de mort des barbares ?
La liberté, la justice et les exilés de « Diego García » attendent son mot et celui de l'Union Européenne. Ils attendent, « comme les beaux corps de morts qui n'ont pas vieilli / et ils les ont enfermés, avec larmes, dans une tombe splendide / — avec roses sur la tête et dans les pieds des jasmins » (Constantino Kavafis).
* Poète et journaliste
http://www.cristinacastello.com/
http://les-risques-du-journalisme.over-blog.com/
castello.cristina@gmail.com
http://les-risques-du-journalisme.over-blog.com/
castello.cristina@gmail.com
* Cet article est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur
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A l'appui de l'article de Cristina, ce témoignage important...
Diégo Garcia ou l’archipel des oubliés
L’atoll de Diégo Garcia est situé au cœur de l’océan Indien, ce joyau corallien d’une rare beauté, pourtant en sécurité hors de la zone des cyclones, a subi trente années d’agressions.
Volées à leurs habitants, les Ilois, ces îles ont été transformées en base aéronavale anglo-américaine de lancement de missiles balistiques.
Spoliée, abîmée, Diégo Garcia est devenue l’escale de la mort pour la défense des intérêts du consommateur américain et européen.
Les Ilois ou Chagossiens habitaient leur archipel et formaient une population paisible et soudée qui vivait essentiellement de la pêche et du coprah, tous ont été délocalisés, dans l’indifférence générale, par les britanniques au profit des américains. Exilés aux Seychelles et à l’Ile Maurice dans le dénuement — les Ilois ont entrepris des actions en justice pour reprendre possession de leurs îles. Leur résistance est non-violente : manifestations et grèves de la faim devant les ambassades des deux états « pirates ».
Les Ilois ont été sacrifiés sur l’autel de l’argent et de la guerre par la cupidité et l’irresponsabilité de politiciens de l’Ile Maurice, du Royaume Uni et des Etats-Unis d’Amérique fourvoyés aux finalités mercantiles et criminelles des lobbies des industries de l’armement.
Plus de 500 millions de dollars US auront été nécessaires pour aliéner Diégo Garcia en « air joint » UK/US, plateforme aéronavale de réapprovisionnement en combustible et de soutien durant la guerre froide. Servant de base aux bombardiers B-52, elle contribuera à la guerre du Golfe en 1991, au bombardement contre la Somalie en 1992 et à l'offensive ‘’renard du désert’’ contre l'Irak sous Clinton en 1998. En octobre 2001, des bombardiers B-1 et B-52 décolleront de Diégo Garcia pour des attaques massives sur l’Afghanistan.
La contribution de Diégo Garcia à la suprématie du cartel militaire anglo-américain est capitale : l’Irak, ancienne création de l’ex empire britannique, retrouvera les griffes du lion à coiffure royale, sous les serres implacables du rapace américain. Le grand tribunal de Londres avait dans un premier temps condamné le Royaume Uni à restituer ‘‘partiellement’’ les Chagos. L’ONU a reçu une délégation d’Ilois, des actions en justice sont menées contre les Etats-Unis et le Royaume Uni.
Mais le Royaume Uni et les Etats-Unis qui se proclamaient les champions des pays de la liberté, aux institutions démocratiques exemplaires, n’entendent pas obtempérer — prisonniers de leur machine de guerre fondamentalement réfractaire à la paix dans le monde, ils violent la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, transgressent toutes les règles internationales dans un silence assourdissant.
Jusqu’où ira la folie de cette alliance anglo-américaine ? Diégo Garcia et l’Irak, dernières colonies UK/US où premières d’une nouvelle série de condominiums à venir, avec la lune et Mars ?
Pour donner naissance à leur nouvel ordre mondial. Ce nouvel ordre mondial des conspirateurs de la Finance Monétaire Internationale qui pilotent l'ONU, et qui entendent avoir tout pouvoir pour imposer aux nations et aux hommes leur dictature et leur monnaie de singe virtuelle distribuée selon leurs intérêts — pourquoi ne pas présager le plus sombre avenir pour Diégo Garcia, d'où des missiles balistiques à ogives nucléaires iraient pulvériser Israël et la Palestine puis l'Iran : instaurant une guerre de religion contre l'Islam qui embraserait ensuite le Moyen et le Proche Orient — les survivants « épurés » de leurs croyances religieuses deviendraient les dévots dociles et serviles de l'argent unique déifié.
Nous devons réapprendre à devenir humains, désintéressés, fraternels et solidaires, au-dessus des fractures raciales, religieuses et des leurres politiques et idéologiques, il est vital que nous triomphions définitivement contre les accords souterrains de ce nouvel ordre mondial — cette mondialisation insensée mise en œuvre par des fous dangereux et des ignorants qui détiennent Diégo Garcia.
Patrick Brousse de Laborde
Vous avez toute ma bénédiction pour utiliser comme bon vous semble mes modestes paroles, tout ce que je vous écris vous appartient sans restriction, vous me faites beaucoup d'honneur en les semant au vent.
Pour vous ce tout petit court poème :
Il se promenait avec un grain de lavande,écrasé entre les doigts on sent toute la douceur du monde !
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La version originale de Cristina Castello
El peor Guantánamo:
Isla «Diego García», embrión de muerte
«¿Qué leyes dictarían ya los senadores?
Cuando lleguen las dictarán los bárbaros [...]
Por qué empuñan bastones tan preciosos labrados
maravillosamente en oro y plata?
Porque hoy llegan los bárbaros»
Constantino P. Kavafis
Por Cristina Castello
Es una prisión secreta que se levanta en tierras que fueron robadas a los habitantes originarios del lugar. De su pista de vuelo despegaron los bombarderos de los USA, para invadir Camboya, Afganistán e Irak, a fuego, crímenes e impiedad; para controlar el Oriente medio y... hay más, ya se verá.
«Diego García» es un embrión de la muerte. Es la cueva que eligieron los bárbaros —con la excusa de un supuesto «terrorismo» — para mejor torturar. Es un verdadero tesoro para Norteamérica y el Reino Unido. Es la base militar más importante que el Imperio tiene, para vigilar el mundo; y junto a sus pares — las bases de Guam y Ascensión— son claves para el invasor. Es un sitio ideal para acoger misiles de la ojiva nuclear, aunque estén prohibidos por los tratados internacionales. Pero, ¿acaso esto importa a los bárbaros?
Los bárbaros no viven en el océano Índico, donde está «Diego García», ese atolón que nació con destino de oasis y se convirtió en el infierno mismo. No. Los bárbaros dan las órdenes a bárbaros de la CIA norteamericana, apoyados por Gran Bretaña y por la Unión Europea, que tan bien sabe callar cuando es el Poder la causa del terror.
«Diego García», es el enclave justo, por si a los bárbaros se les ocurriera una acción sangrienta contra Irán. Es el lugar donde la tortura exhibe su mayor sofisticación. Es una suerte de patíbulo —la muerte en vida—, y el primer escalón, la antesala, para merecer el alivio de pasar a Guantánamo: ese cadalso con el que Barack Obama prometió terminar. A «Diego García» nadie la nombra y no figura en las agendas presidenciales, a pesar de ser peor aún que Guantánamo. Está dicho: «peor». Pero comparar dos horrores no arroja claridad: ¿Quién es peor, Drácula o Frankestein?
La tierra del planeta no ha sido suficiente para el Poder imperial. Los Estados Unidos del norte surcan los mares del mundo con entre diecisiete y veinte barcos- «prisiones flotantes». En ellas fueron detenidas e interrogadas bajo suplicio, miles de personas. Pero casi nadie informa sobre esto. No, de eso no se habla.
Habla, sí, y actúa por la justicia, la ONG londinense de derechos humanos «Reprieve», que representa a treinta detenidos no procesados de Guantánamo, a los presidiarios que esperan condenas y a los acusados de supuesto «terrorismo».
Fue en 1998, durante la presidencia de Bill Clinton y la vicepresidencia de Al Gore —Premio Nobel de la Paz— cuando empezaron las detenciones fuera de toda ley y sentido de la existencia humana. Y George Bush los fomentó en progresión geométrica. Cuando todavía era presidente, admitió la existencia de al menos 26.000 personas en prisiones flotantes; pero según los sondeos de «Reprieve», la cifra de quienes pasaron por ellas, es de 80.000, a contar desde 2001. ¿A quién creer? La opción es clara.
Castrar la isla
«Sin miramiento, sin pudor, sin lástima
Altas y sólidas murallas me han levantado en torno»
Constantino Kavafis
Los 44 kilómetros de «Diego García», huelen a ausencia. Bajo su cielo, la gran ausente es la sacralidad de la existencia humana.
La isla es un territorio británico de ultramar, situado en el archipiélago de Chagos, en el océano Índico. En 1966 se produjo un maridaje perfecto entre los bárbaros. El lugar —tan bello, que parece una sonrisa de la naturaleza— fue ofrecido por Inglaterra a Norteamérica, que lo quería para instalar esta base militar. Fue un canje ignominioso: el alquiler por cincuenta años de tierras inglesas, a cambio de catorce millones de dólares y misiles del submarino nuclear «Polaris».
¡Que siga la música, Maestro!
Pero —eso sí, había una premisa a respetar— en aquel momento, más temprano que tarde, había que impedir «problemas de población». Había que desinfectar de seres humanos, el archipiélago.
Castrar la isla. Cortarle las raíces, clausurar la vida. Manos a la obra de inmediato, el Reino Unido le bloqueó toda entrada de alimentos. La vieja y maléfica bruja —el hambre—, hizo sonar un concierto de estómagos vacíos, al mismo tiempo que los habitantes empezaban a irse... o a ser echados. El destino de los desterrados fue, y es, las villas de miseria de la Isla Mauricio.
Allá, a más de 200 kilómetros de la tierra que los vio nacer, los desterrados sueñan tanto con comer, como con volver a su patria despatriada.
Salvajemente los 2.000 habitantes nacidos en la isla, fueron expulsados. Un caso, que sintetiza muchos similares, fue el de Marie Aimee, nacida y criada en «Diego García», quien en 1969 llevó a sus hijos a Port Louis (Mauricio), para un tratamiento médico. El gobierno británico nunca le permitió subir al barco para regresar y nunca más pudo volver.
Su marido, quedó dos años en la isla y después llegó a reunirse con su esposa, sólo con una bolsa y en un estado lamentable. Había sido arrojado de su tierra. Las historias de los otros miles de isleños abandonados, es escalofriante; desterrados y humillados, fueron reunidos en conventillos, donde vivían en cajas o chozas de hojalata. De muchos se habían librado, con mentiras de vacaciones gratis, en lugares de ensueño. Había que barrerlos de la isla: esterilizarla de la presencia de los paisanos.
La gran mayoría de los chagosianos fueron detenidos, expulsados de sus hogares, literalmente «empacados» y depositados en las bodegas de las embarcaciones, entre gritos y llantos; antes, habían visto exterminar a sus animales domésticos y a su ganado. Así, podían bombardear más fácilmente Vietnam, Laos y Camboya; amenazar a China cuando la Revolución Cultural, para seguir con el Golfo Pérsico, Afganistán, Irak, y... hay mucho más. Estos bárbaros no tienen corazón.
¡Y vaya que no! Muchos murieron de tristeza, se suicidaron, o se hicieron alcohólicos, mientras soñaban con la tierra prometida. Pero nadie abandonó la idea de volver a su isla de corales y palmeras; a la isla que —hasta que ellos la vieron— no estaba contaminada por armas ni maldad. En el «Times» de Londres del 9 de noviembre de 2007, una de las lugareñas sintetizó: «Era el paraíso, éramos como aves libres, y ahora estamos igual que en una prisión».
La Alta Corte británica primero, y la Corte de Apelaciones después, sentenciaron que la expulsión fue ilegal y dieron a la población el derecho a regresar; pero ningún gobierno quiso cumplir esas sentencias. Y la Oficina de Asuntos Internos e Internacionales del Reino Unido, en cambio, dijo que no habría población indígena. El único derecho a ciudadanía se concedía a las gaviotas.
Hoy, de los 2000 expulsados originariamente, conservan la vida menos de 700. ¿Juegan los bárbaros a la extinción final?
Los USA alquilaron la isla hasta 2016. Y hasta entonces, y después, ¿qué?
Drácula, Frankestein y los eufemismos
«¡Ay, cuando levantaban las murallas, cómo no me di
cuenta!/Pero nunca oí ruido ni voces de albañiles.
Desde el mundo exterior –y sin yo percibirlo- me encerraron»
Constantino Kavafis
¿Y qué, con la prisión de «Diego García»? «Diego García» es el mayor centro de torturas —les llaman eufemísticamente «interrogaciones»— para los presos considerados más «importantes» por el Imperio. Fue allí que el prisionero Ibn Al-Sheikh Al-Libi tuvo que mentir, pues no resistía el suplicio a que era sometido. Dijo, para evitar que siguieran lacerándolo, que Saddam Hussein era aliado de Al-Qaeda, y que tenía las famosas armas destrucción masiva, de las cuales tanto se ha hablado.
Por cierto que se demostró que esas armas no existían. Pero eran los argumentos que George W. necesitaba, para la guerra del petróleo: la que el lanzó, hambriento de dólares, con la excusa del «terrorismo»; como si hubiera sido un salvador del mundo, al que aniquilaba y por lo cual hoy se intenta juzgarlo. Desde todo el planeta, se levantan cada vez más voces que demandan, precisamente, llevarlo frente a la justicia como un reo que cometió crímenes contra la humanidad.
La mazmorra de «Diego García» se conoce como «Campamento de Justicia». Seguimos con los eufemismos. Y las seis mil bases militares mundiales de los USA, se mencionan como «huellas» en la jerga castrense estadounidense. Entre ellas, «Diego García» tiene un nombre que suena a burla: «Huella de la libertad». Las palabras perdieron su significado.
Mientras tanto, los traslados de prisioneros drogados, encapuchados, y fuertemente torturados, desde allí hasta Guantánamo, ha sido lo habitual. Personas cautivas trasladadas de un horror, a otro. De «Diego García» a Guantánamo. De Drácula a Frankestein, estaba dicho.
Los 2.000 soldados yanquis destinados permanentemente en el lugar, son la población central de «Diego García ». La tortura necesita vigilancia, ¡caramba! Ironías de la vida, son 2.000 también los desterrados: las armas reemplazan a la vida.
Los bárbaros niegan todo, pero las evidencias y pruebas existen. Por ejemplo, las de ex prisioneros que, por algún milagro lograron la libertad, y cuentan cómo fueron trasladados a Guantánamo, así como el espanto de las torturas, imposibles siquiera de imaginar por cualquier mente humana. Por ejemplo, el testimonio fundamentado del historiador británico Andy Worthington, autor de «The Guantánamo files: the stories of the 774 detainees in America's illegal prison» (Los archivos Guantánamo: las historias de los 774 detenidos en la prisión ilegal de América).
Worthington relata que «una honrada persona con acceso a información privilegiada», Barry McCaffrey, general norteamericano en retiro y profesor prestigioso de estudios de Seguridad internacional, reconoció en dos oportunidades que en «Diego García» se retienen personas acusadas de terrorismo; de la misma manera, aceptó que lo mismo ocurre en Bagram, Guantánamo, por cierto, e Irak.
Por su parte, Clive Stafford Smith, director de la ONG «Reprieve», de cuya seriedad nadie duda, aseguró a «The Guardian» que es categóricamente cierta la existencia de los prisioneros en la isla.
También el senador suizo Dick Marty, confirmó en 2006 las «entregas extraordinarias» de detenidos, desde allí hacia Guantánamo. En un informe que entregó al «Consejo de Europa», certificó que los USA, bajo la responsabilidad legal internacional del Reino Unido, utilizaron este atolón del Índico como prisión secreta para «detenidos de alto valor». El relator especial sobre la Tortura de la ONU, Manfred Novak, lo ratificó.
Guantánamo parece ser prioridad en la agenda de Barack Obama. ¿Y «Diego García»? Es verdad que el flamante presidente de la Casa Blanca tiene demasiados desafíos, rompecabezas y crisis a resolver, así como una oposición conservadora que no le hace fácil gobernar. Pero, ¿tiene la voluntad política para terminar con esta abyección? ¿Podrá —y sobre todo querrá— ir contra la siembra de muerte de los bárbaros?
La libertad, la justicia y los desterrados de «Diego García» esperan su palabra y la de la Unión Europea. Esperan, «como cuerpos bellos de muertos que no han envejecido/
y los encerraron, con lágrimas, en una tumba espléndida/
—con rosas en la cabeza y en los pies jazmines» (Constantino Kavafis).

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