Collectif 35 Général Leclerc
Saint-Gratien, le 15 mai 2011,
Objet : Dénonciation d’une politique discriminatoire à l’encontre de 29 enfants et de leurs parents hébergés sur la commune de Saint-Gratien
29 enfants originaires du Kosovo et de Tchétchénie sont interdits de cantine et de services périscolaires depuis la rentrée 2010. Plus de 1300 personnes s’offusquent par pétition de cette discrimination.
Dans le courant de l’été sont arrivées à Saint Gratien (95) des familles étrangères de demandeurs d’asile (environ 70 personnes, dont une trentaine d’enfants), auparavant hébergées dans un foyer au Pré-Saint-Gervais (93). Elles résident à présent dans les locaux de l’ancienne maison de retraite de la gendarmerie, qui a été vendue et transformée en foyer d’accueil (résidence IDFI). Elles sont envoyées par le Samu social et l’État paie un bailleur privé pour leur hébergement. Leurs conditions de vie dans ce foyer sont difficiles. Il s’agit d’un hébergement précaire qui peut prendre fin à tout moment. Les locaux sont exigus et aucun suivi social n’est assuré.
La municipalité a refusé en septembre d’inscrire les enfants d’âge scolaire dans les écoles de la ville. Les familles s’étaient pourtant présentées dès la rentrée en mairie et possédaient tous les documents administratifs nécessaires. Tous les enfants étaient déjà scolarisés les années précédentes. Suite à l’intervention de la FCPE, de RESF, d’élus de l’opposition et à une campagne de presse, l’inspection académique a d’abord fait regrouper les 29 enfants d’âge élémentaire et les collégiens dans une « classe unique » afin de « tester leur niveau » et a dû ensuite les inscrire dans leurs classes respectives, dans différents établissements de la ville, certains assez éloignés du foyer.
Le Maire de Saint-Gratien, Mme Eustache-Brinio (également Conseillère régionale UMP), refuse depuis septembre que ces enfants aient accès aux différents services municipaux : cantine, étude, centre de loisirs. Le maire a été interpellé à plusieurs reprises à ce sujet, en conseil municipal et lors de cinq réunions publiques qui se sont tenues dans les quartiers.
Cette pratique est discriminatoire. Les services périscolaires sont accessibles à Saint- Gratien sans aucune condition particulière. Tout enfant scolarisé sur la ville peut y accéder. Des familles aux revenus très modestes accèdent gratuitement à la cantine et à l’étude notamment.
Pourquoi est-ce interdit à ces familles-ci ?
Elles sont dorénavant gratiennoises et doivent avoir accès au même titre que les autres aux services périscolaires. La mairie refuse d’examiner leur demande et ne connaît pas leurs ressources. À noter que les familles se voient également refuser l’accès aux services sociaux de la ville.
Plusieurs arguments ont été avancés par Madame Eustache-Brinio pour justifier son refus. Elle joue tout d’abord sur « la peur de voir arriver en nombre de nouvelles familles sur la commune ». Le centre d’hébergement peut accueillir jusqu’à 300 personnes mais la préfecture, suite à la demande de la mairie, limite pour le moment à 70 le nombre de personnes hébergées. L’arrivée d’un nombre important de réfugiés poserait certaines difficultés à la commune, par exemple pour assurer l’accueil de nombreux enfants dans les écoles. Mais cela ne justifie en aucun cas de traiter de façon discriminatoire les personnes déjà présentes, et c’est encore plus inacceptable quand il s’agit d’enfants qui n’ont rien choisi ni demandé. Cela n’influe d’ailleurs en rien sur l’arrivée ou non de nouvelles familles, puisqu’elles ne choisissent pas leur lieu d’hébergement.
Madame Eustache-Brinio avance aussi le fait que c’est à l’État de prendre en charge les réfugiés qu’il a accepté sur le territoire et que la commune ne veut pas « payer pour eux ». Mais rien n’empêche de les accueillir dignement, quitte ensuite à se retourner vers l’État pour le mettre devant ses responsabilités en demandant des subventions. Le coût pour la commune serait de toute évidence minime. C’est d’une volonté politique dont il s’agit et non d’un problème financier.
Enfin, entendre dire qu’ils ne sont pas gratiennois mais « de passage » nous choque profondément. Qu’est-ce qu’un gratiennois « de souche » ? Nous constatons que le « passage » de ces familles dure déjà depuis plus de neuf mois…
Nous réaffirmons quant à nous notre attachement à l’article 27 de la convention internationale des droits de l’enfant qui stipule que « Les États reconnaissent le droit de tout enfant à un niveau de vie suffisant pour permettre son développement physique, mental, spirituel, moral et social »
Outre le fait que cette politique d’exclusion est très choquante, elle a des conséquences qui ne sont pas négligeables sur la vie des familles. Des mères ont dû renoncer à des stages ou des formations puisqu’elles doivent accompagner les enfants quatre fois par jour à l’école, qui est parfois éloignée du foyer. Certains enfants, notamment des petits de 4 ans, sont fatigués de ces allers et retours.
Et surtout, il s’agit de familles très démunies. Un repas de cantine serait certainement le seul repas équilibré de la journée pour ces enfants qui souffrent de carences alimentaires. Une enseignante a d’ailleurs écrit au maire pour lui signaler le mauvais état de santé d’un de ses élèves et lui proposer de payer elle-même la cantine ! Le médecin d’une mère, enceinte, lui a fourni un certificat lui déconseillant de faire quatre fois par jour le trajet foyer/école.
Aucune réponse favorable de la mairie n’est aujourd’hui parvenue.
Les enfants restent enfermés au foyer tous les mercredis et pendant les vacances scolaires et ne peuvent accéder à aucune activité sportive ou culturelle faute de moyens. Ils ressentent douloureusement cette exclusion et parlent souvent de leur précédente commune où ils étaient admis comme les autres au centre de loisirs municipal.
Nous ne pouvons également que dénoncer les pratiques du propriétaire de la résidence « IDFI » qui loge les familles. Il n’y a dans ce foyer aucun suivi social. Les chambres sont exiguës et les équipements communs, notamment la cuisine et les salles d’activité pour les enfants sont notoirement insuffisants.
Les relations entre la direction du foyer et les résidents sont très tendues. Nous avons, par exemple, assisté le 11 mai à l’expulsion du foyer d’une famille (avec 6 enfants en bas âge), mise à la porte sans aucune autre proposition de relogement. Sans notre intervention, elle aurait passé la nuit dehors. Il importe que nous soyons lucides sur la façon dont sont traités les demandeurs d’asile dans ces établissements à qui l’État délègue l’ hébergement, que cela se passe à Saint-Gratien ou dans d’autres communes.
Une pétition circule sur la commune, initiée par les parents de la FCPE, le SNUipp, (syndicat des enseignants du premier degré) et soutenue par l’opposition municipale (Front de Gauche). Elle a rassemblé depuis octobre de nombreux Gratiennois et réunit maintenant plus de 1 300 signatures. Un collectif s’est créé autour des familles et a mis en place des actions de solidarité : goûter de Noël et sorties pour les enfants, cours de français, collecte de produits alimentaires et d’hygiène, rencontres et échanges… qui ont permis d’accueillir ces familles dignement et solidairement à Saint- Gratien. Des commerçants, des médecins, des enseignants, des associations, des parents d‘élèves se sont impliqués dans des aides diverses.
Le collectif a sollicité une entrevue avec le Maire qui n’a pas répondu.
C’est pourquoi nous contactons différents médias pour faire connaître cette situation.
L’objectif n’est pas d’engager un bras de fer avec le Maire. Mais bien de trouver rapidement une issue satisfaisante pour tous et de mettre fin à une situation discriminatoire vis-à-vis de personnes étrangères, de personnes démunies, qui est particulièrement choquante, puisqu’elle concerne des enfants.
Ce que nous voulons :
- Pour co-financer l’accueil à la cantine de ces enfants, des subventions peuvent être accordées : la municipalité doit en faire la demande
- Le bailleur ne respecte pas ses engagements ni la législation en matière d’accueil de population en situation de grande précarité : la mairie doit saisir la justice
- L’État se défausse de ses responsabilités sur les communes : la ville doit le faire savoir en organisant une conférence de presse
Dutertre Véronique 06.47.47.81.18 verodutertre@orange.fr
Launey Fabienne 06 48 25 51 51 fabienne.launey@free.fr
Volat Isabelle 06 15 40 45 83 isabellevolat@laposte.net
Bauer Stéphane 06 30 34 89 88 stebauer@wanadoo.fr
Haberbusch Nadège : 06 87 17 27 31 nadeje@aliceadsl.fr
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