Communiqué de presse – 15 novembre 2016
Anticor, BLOOM, CCFD-Terre Solidaire,
Collectif Roosevelt, Justice et Paix, ONE, Oxfam France, ActionAid
France Peuples Solidaires, Réseau Foi et Justice Afrique Europe, Sherpa.
Loi Sapin II : Des avancées sur le statut des lanceurs d’alerte mais de nombreuses déceptions sur les autres sujets
Le projet de loi
relatif à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la
modernisation de la vie économique, ou « Loi Sapin 2 », a été
définitivement adopté mardi 8 novembre. L’occasion pour le collectif
d’organisations de la société civile, spécialiste de la lutte contre la
corruption et de l’évasion fiscale, de faire le point sur les avancées
du texte et ses manquements, notamment sur la protection des lanceurs
d’alerte, l’agence anti-corruption, la transaction pénale, l’encadrement
des lobbies et le reporting pays par pays public.
Lanceurs d’alerte :
« Après l’adoption de la loi Sapin II, la
France rejoint les pays européens qui ont une législation avancée pour
la protection des lanceurs d’alerte. Cela rend encore d’autant moins
compréhensible le refus du gouvernement de soutenir des lanceurs
d’alerte emblématiques, qui ont révélé des informations avant l’adoption
de cette loi et qui n’en bénéficieront pas», affirme Éric Alt
d’Anticor.
Agence française anti-corruption :
« Les garanties d’indépendance de
l’Agence française anti-corruption ne sont pas satisfaisantes, notamment
en raison de la double tutelle des Ministères de la Justice et des
Finances. En outre, les associations agréées pour la lutte contre la
corruption ne pourront effectuer aucun signalement auprès de l’Agence pour des faits commis par des entreprises, et donc ne pourront pas prendre part à la lutte contre la corruption», indique Laetitia Liebert de Sherpa.
Transaction pénale :
« Nous regrettons que l’article
introduisant une possibilité pour les entreprises de transiger avec la
justice dans les cas de corruption ait été maintenu. Non seulement les
changements de pratique en termes de corruption restent à démontrer,
mais cela renvoie aux citoyens l’image d’une justice négociée « à deux
vitesses » ! En fait, il s’agira pour les entreprises d’acheter une
immunité pénale », déclarent les ONG Anticor et Sherpa.
Encadrement des lobbies :
« La seconde lecture a rendu le texte de
loi totalement inopérant en matière d’encadrement des lobbies » analyse
Claire Nouvian. « Le MEDEF, par exemple, sera
soustrait à toute déclaration au titre de sa mission de « dialogue
social » et seuls les lobbies ayant pour activité « principale ou régulière »
d’influer sur la loi devront déclarer annuellement leur actions de
lobbying. Libre à eux de définir ce qu’est une action « régulière »… La subjectivité de cette notion est une invitation pousse-au-crime à contourner la loi
et à faire preuve de mauvaise foi » regrette Claire Nouvian, fondatrice
de BLOOM. « La transparence entre élus et lobbies, ce n’est pas pour
demain ! »
Reporting pays par pays public :
« Nous dénonçons avec force le reporting
« à trous » proposé par la Commission des lois inefficace dans la lutte
contre l’évasion fiscale : en effet, le texte propose que les
entreprises soient obligées de publier des informations concernant leurs
activités et les impôts qu’elles payent uniquement dans les pays où
elles ont un nombre minimum de filiales ! Ce qui reviendrait, par
exemple, si ce seuil est fixé à deux filiales, à exclure 37 des 98 pays
où Total est présent ! » déclarent les ONG CCFD-Terre Solidaire, Oxfam
France et ONE.

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