mardi 16 août 2022

Ukraine : quand le journalisme s’égare

Régis de Castelnau

La liberté d’information dans un monde globalisé n’est pas en très grande forme. 

En Occident, le système médiatique représenté par la presse écrite et audiovisuelle est entièrement entre les mains de puissantes oligarchies qui entendent bien mettre leurs médias au service du maintien d’un ordre politique et social qui assure leur domination fructueuse. Internet comme espace de liberté pourrait être un formidable un outil de ré-information, mais parfaitement conscients du danger, les mêmes grands intérêts, s’efforcent d’y contrôler strictement l’expression.

L’Occident malade de sa presse

L’élection présidentielle américaine de 2020 a été de ce point de vue un épisode assez sidérant. Qui a vu la presse américaine prendre résolument et massivement parti pour Joë Biden pendant que les GAFAM mettaient en place un système de filtrage et de censure de ses adversaires que l’on peut qualifier de totalitaire. Il n’est pas besoin de suivre Trump sur ses accusations de trucage du scrutin lui-même, pour constater qu’au regard des standards juridiques internationaux relatifs aux règles qui assurent « la sincérité du scrutin », l’élection présidentielle américaine de 2020 a été irrégulière. Situation identique en France et au sein de l’Union Européenne, où la liberté d’expression est un combat, avec la domination d’une oligarchie et la nécessité de sans cesse s’opposer aux tentatives récurrentes visant à empêcher les réseaux d’être un outil de débat contradictoire face à la propagande produite par le système.

Comment alors s’étonner de la défiance des opinions publiques vis-à-vis de la presse en général et des journalistes en particulier. Toutes les études d’opinion sont de ce point de vue absolument calamiteuses et les journalistes sont les plus déconsidérée, souvent devant les politiques eux-mêmes ! En France, près de 70 % des Français les considèrent, ni indépendants, ni objectifs et soumis au pouvoir et à l’argent. Comment s’étonner que la diffusion en kiosque et points de vente, de la presse écrite nationale pourtant gavée de subventions, ait été divisée par deux en cinq ans pour se situer à des chiffres grotesques ! La situation est encore pire aux États-Unis, où la presse avait pourtant depuis longtemps un statut et une réputation démocratique importante. La société transnationale Gallup, un des premiers opérateurs mondiaux dans le domaine des sondages et des études d’opinion, vient de publier son bilan annuel concernant la confiance de l’opinion publique américaine dans ses médias. Et c’est ainsi que l’on apprend que seulement 11 % de la population américaine conservent leur confiance dans les médias télévisuels, alors que 89 % pensent qu’ils mentent !

Quand l’information n’est plus que propagande

C’est dans ce contexte médiatique particulier qu’a commencé la guerre en Ukraine. Ce qui a permis d’assister incrédule, à un déferlement de propagande où la bêtise le disputait au racisme. Mais où régnait surtout le mensonge, que ce soit directement ou par omission. C’est Emmanuel Macron affirmant le 24 mars au sommet de l’OTAN : « L’économie russe est en cessation de paiement, (…) son isolement est croissant ». La rodomontade se transformant rapidement en mensonge puisque les pays qui refusent de condamner et de sanctionner la Russie représentent 82 % de la population mondiale. C’est Bruno Lemaire ne voyant aucun inconvénient à passer pour un imbécile en annonçant triomphalement : « Les sanctions sont d’une efficacité redoutable. Nous allons livrer une guerre économique et financière totale à la Russie. Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe. » C’est Jean-Luc Mélenchon rappelant à juste titre la position diplomatique de la France initiée par le général de Gaulle, sur l’existence « d’une seule Chine », pour se faire immédiatement accuser de « soutenir les dictateurs » !

Ce sont les soi-disant experts de plateaux télévisés, de la presse et des réseaux, aux compétences en général limitées qui n’hésitent pas à raconter n’importent quoi. Mais c’est surtout l’effondrement déontologique des journalistes quand 90 % d’entre eux oubliant toute morale professionnelle, se transforment en petits télégraphistes acharnés du récit médiatique concocté par les officines opaques entourant Zelensky, le bateleur de Kiev, et n’ayant rien à voir avec ce qui se passe réellement sur le terrain. Le mensonge éhonté mis au service d’une guerre de la communication, pour l’utilisation duquel Zelensky a quant à lui, répétons-le, l’excuse de le faire pour ce qu’il pense être les intérêts de son pays. C’est la volonté furieuse de minimiser la présence et l’influence néonazies en Ukraine, et ce contre des évidences admises en Occident il y a encore quelques mois. C’est le silence obstiné sur les bombardements des populations civiles du Donbass par l’armée ukrainienne, l’adoption immédiate du narratif inepte d’une armée russe écrasée qui irait jusqu’à se bombarder elle-même etc. etc.

Il se trouve que les opinions publiques occidentales, considérées comme des troupeaux de moutons pouvant avaler n’importe quoi, ont pourtant commencé à réagir. Il est probable que la bêtise et le fanatisme finisse, et c’est tant mieux, à produire l’effet inverse à celui qui est recherché. Au sein de l’Union Européenne, nombreux sont les pays où les populations mesurant probablement les enjeux économiques et stratégiques, mais également le caractère peu recommandable au plan moral du régime de Kiev, sont désormais opposées au soutien sans mesure à lui apporté. Avec maintenant un refus du régime des sanctions, dont elles perçoivent l’effet boomerang, malgré l’aveuglement incompréhensible de leurs dirigeants.

Les saints ne seraient plus des saints ?

C’est probablement pour cela que se sont produit plusieurs événements médiatiques très significatifs. C’est d’abord le quotidien allemand « Die Welt » qui revient sur la vertigineuse corruption des gens au pouvoir à Kiev et en particulier celle de Zelensky lui-même. Avec la diffusion d’un documentaire accablant pour celui-ci. Il y a aussi le retour des dénonciations de l’idéologie et des comportements des groupes néonazis ukrainiens incorporés à l’armée. Et surtout deux publications qui permettent de mesurer par les réactions qu’elles provoquent, la catastrophe démocratique dans le domaine de la presse en général et en France en particulier.

C’est ensuite la chaîne de télévision CBS qui diffuse un sujet selon lequel seule 30 % des armes données à l’Ukraine arrivent sur le front. Le reste disparaissant dans une forme de trou noir. Il n’y avait rien de nouveau, et ce n’était pas un scoop, car ce sujet qui provoquait pas mal d’inquiétudes aux États-Unis, avait déjà été abordé. Mais, dans les bruits de l’orchestre ou plutôt du tintamarre du déferlement propagandiste, cela n’avait pas été relevé. La situation est aujourd’hui toute autre, puisque, que ce soit sur le terrain militaire en Ukraine ou sur le plan géostratégique mondial, la défaite de l’Occident commence à se profiler. Les fanatiques atlantistes en panique se sont immédiatement mobilisés et ont obtenu la censure de la vidéo ! Comme si CBS avait été une vulgaire officine au service de Poutine et financée par le FSB !

Et puis il y a eu l’épisode Amnesty International. L’ONG occidentale, probablement soucieuse de conserver un minimum de crédibilité, a publié un rapport dans lequel elle accusait l’armée ukrainienne d’utiliser les civils, et notamment les populations du Donbass, comme boucliers humains. C’est une vieille histoire, puisque l’AFU s’étaient déjà signalée par ces méthodes pendant la guerre civile du Donbass. Et pour la présente guerre, ce n’était pas non plus un scoop, puisque France Télévisions, difficilement qualifiable d’officine poutinienne, s’en était elle aussi, émue dès le mois de mai dernier. Le phénomène était notoire, voire revendiqué par les militaires ukrainiens qui diffusaient des vidéos dans lesquelles on les voyait installer leur artillerie à proximité de bâtiments tels qu’hôpitaux, maternités, crèches écoles etc. Sans compter les civils retenus contre leur gré, comme ce fut semble-t-il le cas dans les sous-sols d’Azovstall.

On a alors assisté à une formidable levée de boucliers pour essayer d’étouffer l’expression de cette vérité qui permettait d’accéder à un réel qui ne s’écrit pas en noir et blanc. Ce furent d’abord les pressions sur l’O.N.G. afin qu’elle retire son rapport. Puis comme d’habitude les injures pour disqualifier le messager porteur de cette mauvaise nouvelle à valeur de blasphème : les Ukrainiens ne sont pas les saints et les héros que l’on nous a vendus. Ils sont aussi capables de faire une guerre sale, voire très sale.

Le mensonge revendiqué

Et enfin, ce qui constitue un sommet assez ahurissant de l’effondrement moral de la presse française. Après avoir tenté de réfuter l’évidence, le quotidien le Monde et l’hebdomadaire le Point se sont signalés par la conception qu’ils ont de leur métier. Celle de militants acharnés d’une cause au service de laquelle la fin justifie les moyens. C’est-à-dire l’utilisation sans vergogne du mensonge. Mais si mentir pour un journaliste pose déjà un sérieux problème, que dire du fait de revendiquer officiellement l’utilisation du mensonge.

Il faut lire le tweet publié par Madame Faustine Vincent journaliste au Monde : « ce n’est ni plus ni moins que cela, la responsabilité d’Amnesty : autoriser la Russie à assumer totalement… toute vérité n’est pas bonne à dire à n’importe quel moment. Et ça, on aurait pu espérer qu’Amnesty pense avant de lâcher sa bombe ».

Donc si l’on comprend bien la déontologie et la morale de Madame Vincent, s’agissant de faits qui sont juridiquement des CRIMES DE GUERRE de l’armée ukrainienne, il est nécessaire de les cacher, et par conséquent de les COUVRIR. Parce que selon elle, pour battre le Russe, la fin justifie les moyens. Cette personne ne mesure même pas que c’est justement cette utilisation des crimes qui disqualifie la cause qu’elle croit défendre. On lui rappellera au passage que le Monde est un quotidien français et que jusqu’à nouvel ordre nous ne sommes pas en guerre avec la Russie.

Dans le Point, Sébastien Le Fol emprunte le même chemin : « En mettant sur le même plan, dans un rapport, l’agresseur russe et l’agressé ukrainien, la célèbre ONG confirme sa dérive tendancieuse. » Ne pas mentir, dire la vérité c’est mettre sur le même plan l’agresseur et l’agressé. Donc une fois encore, la fin justifie les moyens ? On se moque bien des méthodes employées par les Ukrainiens du moment que c’est contre les Russes. On comprend mieux avec ces gens-là, le silence sur la guerre du Donbass depuis 2014, sur les bombardements, les massacres, et les exactions. On comprend mieux aussi le déni concernant le poids des néonazis en Ukraine. Pas grave, si c’est pour casser du russe, certains doivent penser, comme Fabius avec Al Nosra en Syrie, qu’ils font du « bon boulot ».

Il est tout à fait légitime de prendre parti pour un camp, de considérer que la Russie a envahi l’Ukraine sans raison le 24 février dernier, qu’il faut s’opposer à cette agression, et que l’Ukraine a raison et qu’il faut aider sa cause. Mais lorsqu’on est journaliste, qu’on appartient à une profession réglementée et protégée, on a une responsabilité particulière. Avec une déontologie qui impose selon la charte de Munich un rapport objectif avec le réel et le refus du mensonge qui sinon transforme le journalisme en propagande. Et violer cette obligation et ce devoir engage sa responsabilité.

Pour caractériser cette responsabilité, et sans bien sûr faire la moindre comparaison entre les actes et la période, on rappellera le sort de deux journalistes après la deuxième guerre mondiale. Robert Brasillach, qui n’avait tué personne, mais par ses écrits s’était mis au service de l’ennemi a été condamné et fusillé pour cela. Julius Streicher journaliste allemand qui avait mis les siens au service de l’antisémitisme nazi, et qui lui non plus n’avait tué personne, a été pendu à Nuremberg.

Il n’est pas question évidemment de souhaiter un tel sort à nos journalistes égarés. Mais par le rappel de l’Histoire, d’ajouter à ce qu’avait dit de Gaulle à propos de Brasillach, sur « le talent titre de responsabilité ».

Le métier de journaliste donne un statut, et lui aussi est un titre de responsabilité.

Vu du Droit

Le drapeau des nazis bandéristes flotte à Grenoble

NBH

Le drapeau de Stepan Bandéra et ses bandes nazies a flotté le 13 août rue Félix Poulat dans un minuscule  rassemblement d'une dizaines de nazis ukrainiens...

...et sans doute de quelques gogos ignorants et/ou complices et sous le prétexte fallacieux de solidarité avec l'Ukraine. Que le drapeau jumeau de l'étendard à la croix gammée nazie, que le drapeau des criminels contre l'humanité soit brandi à Grenoble est politiquement et éthiquement intolérable.

Stepan Bandéra fut l'un des dirigeants de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) et le dirigeant de l'Organisation des nationalistes ukrainiens, dite « OUN-B », à tendance extrémiste. Dans sa lutte pour l'indépendance de l'Ukraine contre la Pologne et l'Union soviétique, il collabore avec l'Allemagne nazie en créant la Légion ukrainienne, sous commandement de la Wehrmacht. Il est le co-auteur de la Shoa, de l'extermination des juifs d'Ukraine. Stepan Bandéra, dès 1934, est agent de renseignement au profit de l'Allemagne nazie, et opère dans la section spéciale de la Gestapo. L'action de l'OUN est dirigée « non seulement contre l'ennemi extérieur mais aussi contre l'ennemi intérieur ». Des dizaines d'Ukrainiens sont assassinés par Bandéra et ses bandes fascistes.

En avril 1941, à la suite du second congrès général de l'OUN-B, à Cracovie, Stepan Bandéra est reconduit comme dirigeant du mouvement. L'OUN-B prend la résolution de combattre les Juifs, considérés comme favorables aux Soviétiques, qui sont d'après lui l'avant-garde de l'impérialisme moscovite en Ukraine et aussi le "principal ennemi". La Gestapo et l'Abwehr protègent les partisans de Stepan Bandéra qui recevra deux millions et demi de marks des nazis.

La déclaration d'indépendance de l'Ukraine est proclamée à Lvov par l'OUN le 30 juin 1941 après l'attaque hitlérienne contre l'URSS. La déclaration bandériste proclame sa fidélité à Hitler. Des pogroms sanglants accompagnent cette proclamation. Les troupes de Bandéra vont tenter de mater la résistance ukrainienne luttant contre les Partisans et continuer les massacres des Juifs, des Polonais et des communistes (Juifs, prisonniers de guerre soviétiques, communistes, Roms, Ukrainiens et otages civils). Bandéra est co-auteur de la Shoa, de l'extermination des juifs. 

Bandéra était un nazi, un raciste, un anti-sémite et un criminel. Que des gouvernements ukrainiens aient cru bon d'en faire un "héros national" est écœurant mais cela regarde les Ukrainiens. On a les héros que l'on mérite.

Mais en revanche il est inacceptable que Grenoble soit souillée par le drapeau des bandéristes. C'est une insulte à la Résistance grenobloise, à la ville Compagnon de la Libération et à la communauté juive de Grenoble.

L'incapacité des autorités (Etat et locales) d'interdire que le drapeau bandériste flotte sur la ville pose un grave problème démocratique et d'ordre public.

Nous exigeons que cette gifle aux martyrs de l'anti-fascisme ne se reproduise pas.

NBH

Sans la Palestine, il n’y a pas d’unité arabe : pourquoi la normalisation avec Israël est vouée à l’échec

Ramzy Baroud

Tout semblait acquis : Israël réussit enfin à plier les Arabes à sa volonté, et la Palestine devient une question marginale qui ne définit plus les relations d’Israël avec les pays arabes. En effet, la normalisation avec Israël est en marche et les Arabes, semble-t-il, ont été finalement apprivoisés.

Pas si vite. De nombreux événements continuent de démontrer le contraire. Prenons l’exemple de la réunion de deux jours de la Ligue arabe, qui s’est tenue au Caire du 31 juillet au 1er août. La réunion a été largement dominée par des discussions sur la Palestine et s’est terminée par des déclarations appelant les pays arabes à réactiver le boycott arabe d’Israël, jusqu’à ce que ce dernier respecte le droit international.

Le langage le plus fort est venu du Secrétaire général adjoint de la Ligue qui a appelé à la solidarité avec le peuple palestinien en boycottant les entreprises qui soutiennent l’occupation israélienne.

La conférence de deux jours des agents de liaison des bureaux régionaux arabes sur le boycott d’Israël a fait l’éloge du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), qui a fait l’objet de pressions occidentales intenses pour son plaidoyer incessant en faveur d’une action internationale contre Israël.

L’une des recommandations des responsables arabes était de soutenir les initiatives arabes de boycott, conformément au sommet arabe de Tunis de mars 2019, qui a résolu que "le boycott de l’occupation israélienne et de son régime colonial est l’un des moyens efficaces et légitimes de résister."

Bien que l’on puisse à juste titre émettre des doutes sur la signification de telles déclarations pour ce qui est de dissuader Israël de ses projets de colonisation en cours en Palestine, cela démontre au moins qu’en termes de discours politique, la position collective arabe reste inchangée. Cela a également été clairement exprimé au président américain Joe Biden lors de sa dernière visite au Moyen-Orient. Biden s’attendait peut-être à quitter la région avec une concession arabe majeure à Israël - ce qui serait considéré comme une victoire politique significative pour les membres pro-israéliens de son parti démocrate avant les élections de mi-mandat déterminantes de novembre - mais il n’en a reçu aucune.

Ce que les responsables américains ne comprennent pas, c’est que la Palestine est une question émotionnelle, culturelle et spirituelle profondément ancrée pour les Arabe et les musulmans. Ni Biden, ni Donald Trump et Jared Kushner avant lui, ne pourraient facilement, ou éventuellement, modifier cela.

En effet, quiconque connaît l’histoire de la centralité de la Palestine dans le discours arabe comprend que la Palestine n’est pas une simple question politique régie par l’opportunisme et les intérêts politiques ou géopolitiques immédiats. L’histoire arabe moderne témoigne du fait que, quelle que soit l’ampleur des pressions américano-occidentales-israéliennes et quelle que soit la faiblesse ou la division des Arabes, la Palestine continuera à régner en maître en tant que cause de tous les Arabes. Au-delà des platitudes politiques, la lutte palestinienne pour la liberté reste un thème récurrent dans la poésie, l’art, le sport, la religion et la culture arabes dans toutes leurs manifestations. Il ne s’agit pas d’une opinion, mais d’un fait démontrable.

Le dernier sondage d’opinion de l’Arab Center Washington DC (ACW) a examiné les opinions de 28 288 Arabes dans 13 pays différents. La majorité des 350 millions d’Arabes continuent d’avoir la même opinion que les générations précédentes d’Arabes : la Palestine est une cause arabe et Israël est la principale menace.

L’indice d’opinion arabe (IOA) de fin 2020 n’est pas le premier du genre. En fait, c’est la septième étude de ce type à être réalisée depuis 2011. La tendance reste stable. Tous les complots et pots-de-vin américano-israéliens visant à mettre sur la touche la Palestine et les Palestiniens ont échoué et, malgré de prétendus "succès" diplomatiques, ils continueront à échouer.

Selon le sondage, la grande majorité des Arabes - 81 % - s’oppose à la politique américaine à l’égard de la Palestine ; 89 % et 81 % estiment qu’Israël et les États-Unis respectivement constituent "la plus grande menace" pour la sécurité nationale de leurs pays respectifs. Fait particulièrement important, la majorité des répondants arabes insistent sur le fait que "la cause palestinienne concerne tous les Arabes et pas seulement les Palestiniens". Cela inclut 89 % des Saoudiens et 88 % des Qataris.

Les Arabes peuvent être en désaccord sur de nombreuses questions, et ils le sont. Ils peuvent se trouver dans des camps opposés lors de conflits régionaux et internationaux, et c’est le cas. Ils peuvent même entrer en guerre les uns contre les autres et, malheureusement, ils le font souvent. Mais la Palestine reste une exception. Historiquement, elle a été l’argument le plus convaincant des Arabes en faveur de l’unité. Lorsque les gouvernements l’oublient, et ils le font souvent, les rues arabes leur rappellent constamment pourquoi la Palestine n’est pas à vendre et ne peut faire l’objet de compromis intéressés.

Pour les Arabes, la Palestine est également un sujet personnel et intime. De nombreux foyers arabes possèdent des photos encadrées de martyrs arabes qui ont été tués par Israël au cours de guerres précédentes ou qui ont été tués en combattant pour la Palestine. Cela signifie qu’aucun effort de normalisation ou même de reconnaissance pure et simple d’Israël par un pays arabe ne peut effacer le passé sordide d’Israël ou son image menaçante aux yeux des Arabes ordinaires.

Un exemple des plus éloquents est la façon dont les Égyptiens et les Jordaniens ont répondu à la question de l’AOI "Soutiendriez-vous ou vous opposeriez-vous à la reconnaissance diplomatique d’Israël par votre pays ?". Ce qui est intéressant dans cette question, c’est que Le Caire et Amman ont déjà reconnu Israël et entretiennent des relations diplomatiques avec Tel Aviv depuis 1979 et 1994, respectivement. Pourtant, à ce jour, 93 % des Jordaniens et 85 % des Égyptiens s’opposent toujours à cette reconnaissance comme si elle n’avait jamais eu lieu.

L’argument selon lequel l’opinion publique arabe n’a aucun poids dans les sociétés non démocratiques néglige le fait que toute forme de gouvernement repose sur une certaine forme de légitimité, si ce n’est par un vote direct, c’est par d’autres moyens. Compte tenu du degré d’implication de la cause de la Palestine dans tous les aspects des sociétés arabes, dans la rue, à la mosquée et à l’église, dans les universités, les sports, les organisations de la société civile et bien plus encore, renier la Palestine serait un facteur de délégitimation majeur et une manœuvre politique risquée.

Les politiciens américains, qui sont constamment à la recherche de victoires politiques rapides au nom d’Israël au Moyen-Orient, ne comprennent pas, ou ne se soucient tout simplement pas, que la marginalisation de la Palestine et l’intégration d’Israël dans le corps politique arabe ne sont pas seulement contraires à l’éthique, mais constituent également un facteur de déstabilisation majeur dans une région déjà instable.

Historiquement, de telles tentatives ont échoué, et souvent misérablement, car l’Israël de l’apartheid reste aussi détesté par ceux qui ont normalisé qu’il l’est par ceux qui ne l’ont pas fait. Rien ne changera jamais cela, tant que la Palestine restera un pays occupé.

Source :  The Palestine Chronicle

Traduction et mise en page : AFPS / DD

AFPS

Les écolos nous emmerdent !

fedetlib

Citation de Benjamin Disraéli

Etre conscient qu'on est ignorant est un grand pas vers le savoir.

lundi 15 août 2022

Enough is enough ! Assez c'est assez !

Antoine Manessis

Un vaste mouvement social se développe en Grande-Bretagne. On pourrait dire "Quand les Britanniques tirent les premiers".

Ce mouvement fut amorcé par la plus grande grève des cheminots britanniques depuis la peste thatchérienne, grève massivement suivie et dont le porte-parole fut Mick Lynch, le secrétaire général du National Union of Rail, Maritime and Transport Workers (RMT). Ce dernier, écrit Le Monde, "Avec son grand sens de la répartie, son ironie cinglante et sa solide connaissance des dossiers, Mick Lynch a mis moins d'une semaine pour passer de l'ombre sous les projecteurs des médias et devenir la coqueluche des réseaux sociaux."

En direct des piquets de grève, Mick Lynch a été l'invité de tous les grands plateaux télé : BBC, Sky News ou ITV, où il a méthodiquement conquis tous ses interlocuteurs, contribuant à dissiper les préjugés sur le militantisme de gauche et les syndicats qui imprègnent les médias nationaux.

"Êtes-vous marxiste ou pas ? Parce que si vous l'êtes, alors votre objectif est la révolution et la chute du capitalisme !" a déclaré Richard Madeley, l'un des animateurs de Good Morning Britain, sur ITV. "Comment pouvez-vous commencer une interview avec une telle absurdité?" rétorque le syndicaliste en riant. 

Faisant preuve de lucidité il a déclaré "Le Labour de Starmer pourrait être une autre version des Conservateurs" (voir notre article http://nbh-pour-un-nouveau-bloc-historique.over-blog.com/2022/08/grande-bretagne-l-impasse.html ).

Un autre leader de ce mouvement est Dave Ward, le secrétaire général du Communication Workers Union (CWU) qui a déclaré "Il y a toujours une autre crise et ce sont toujours les travailleurs qui en paient le prix".

Ce mouvement s'appelle Enough is enough ! (Assez c'est assez !)

Syndicats, organisations de gauche comme le parti communiste*, députés de la gauche travailliste, associations, groupes communautaires, organisations de locataires, personnalités de gauche comme Jeremy Corbyn... ont lancé l'appel fondateur de Enough is enough qui porte 5 revendications principales qui sont une "vraie" augmentation des salaires, la réduction des factures d'énergie, la fin de la pauvreté alimentaire, des logements décents pour tous et la "taxation des riches".

"Les travailleurs voient comment une petite élite veut faire de leur vie un travail plus dur, qui dure plus longtemps et pour gagner moins", a déclaré Ward. "Maintenant, cette même élite profite d'une crise du coût de la vie qui plongera des millions de personnes dans la pauvreté avec des factures exorbitantes. Ça ne peut pas continuer comme ça : il est temps de dire ça suffit!" Nous avons les mêmes à la maison...

Enough is enough a donc lancé un vaste mouvement de lutte contre la vie chère avec une série de 50 manifestations à travers toute la Grande-Bretagne et un événement de lancement à Londres la semaine prochaine, le 17 août.

300.000 personnes ont déjà exprimé leur soutien aux 5 revendication du mouvement.

La droite tory et les blairistes ont déjà calomnié Enough is enough accusé pêle-mêle "d'espionnage communiste", "d'anti-sémitisme", d'être des "agents de Poutine" etc. "Etre attaqué par l'ennemi est une bonne, non une mauvaise chose" disait Mao. Sur ce point, il n'avait pas tort. La bourgeoisie britannique semble paniquée devant ce mouvement populaire.

En tous les cas, une lutte s'est engagée et de part et d'autre on s'y prépare : le journal The Sun  a mis en garde contre la guerre des classes. Et le secrétaire général du RMT, porte-parole de Enough is enough, Mick Lynch, a parlé d'une résistance "rivalisant avec la grève générale de 1926, les suffragettes et le chartisme".

À suivre donc et...Solidarity forever !

*https://morningstaronline.co.uk/article/b/communist-party-welcomes-trade-union-leaders-willingness-to-build-mass-movement-against-tory-policies

Antoine Manessis

L'hymne national italien : autre chose que La Marseillaise, cette bluette

Bernard Gensane

À l'occasion des championnats d'Europe de natation à Rome, il nous est donné d'entendre régulièrement l'hymne italien. La musique est plaisante mais n'a aucune profondeur, aucune solennité. On l'entendrait bien dans une opérette.

Je me suis dit que j'allais fait un tour du côté des paroles. C'est d'une violence, d'un militarisme, d'un préfascisme et d'un cléricalisme achevés. Or il fut composé en 1847 par un étudiant de 20 ans, en plein risorgimento, d'inspiration prétendument républicaine et jacobine. Il devint officieusement l'hymne national à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et officiellement en 2017.

Le "Va Piensero" de Verdi aurait eu un peu plus de gueule, non ?

Frères d’Italie
L’Italie s’est levée,
Du heaume de Scipion
Elle s’est ceint la tête.
Où est la Victoire ?
Qu’elle lui tende sa chevelure,
Car esclave de Rome
Dieu la créa. (2x)

  Serrons-nous en cohortes
  Nous sommes prêts à la mort
  Nous sommes prêts à la mort
  L’Italie appela.
  Serrons-nous en cohortes
  Nous sommes prêts à la mort
  Nous sommes prêts à la mort
  L’Italie appela !

Nous avons été depuis des siècles
Piétinés, moqués,
Parce que nous ne sommes pas un Peuple,
Parce que nous sommes divisés.
Que nous rassemble un Unique
Drapeau, un Espoir :
De nous fondre ensemble
L'heure a déjà sonné

Unissons-nous, aimons-nous
L'union, et l'amour
Révèlent aux Peuples
Les voies du Seigneur ;
Jurons de Libérer
Le sol natal :
Unis par Dieu
Qui peut nous vaincre ?

  Serrons-nous en cohortes
  Nous sommes prêts à la mort
  Nous sommes prêts à la mort
  L’Italie appelle.
  Serrons-nous en cohortes
  Nous sommes prêts à la mort
  Nous sommes prêts à la mort
  L’Italie appelle !

Des Alpes à la Sicile
Partout est Legnano
Chaque homme de Ferruccio
A le cœur, a la main
Les enfants d'Italie
S'appellent Balilla,
Le son de chaque cloche
A sonné les Vêpres.

Sont des joncs qui ploient
Les épées vendues
L’Aigle d'Autriche
A déjà perdu ses plumes
Il a bu le sang d’Italie,
Le sang Polonais,
avec le cosaque,
Mais cela lui a brûlé le cœur.

  Serrons-nous en cohortes
  Nous sommes prêts à la mort
  Nous sommes prêts à la mort
  L’Italie appelle.
  Serrons-nous en cohortes
  Nous sommes prêts à la mort
  Nous sommes prêts à la mort
  L’Italie appelle !

Bernard Gensane