jeudi 19 octobre 2017

Donne-moi ta montre, je te donnerai l’heure !


Jean-Luc Mélenchon

Le gouvernement explique que tout le monde va gagner du pouvoir d’achat grâce à ses trouvailles. C’est faux. Pour les riches, les cadeaux fiscaux seront immédiats et directs. Pour les autres, cela repose sur un jeu de bonneteau. Voyons cela.

On nous dit : « l’augmentation de la CSG sera contrebalancée par le transfert des cotisations sociales sur le salaire net et la fin de la taxe d’habitation ». Sauf que la baisse des cotisations surviendra 6 mois après la hausse de la CSG. Et surtout, souvenons-nous que les cotisations sociales, c’est du salaire socialisé et différé. Donc leur transfert vers les salaires nets est un faux cadeau. En effet la somme devra être compensée par l’impôt car la loi dit que tout transfert doit être compensé à l’euro prêt par le budget de l’État !
Ce n’est pas la seule perte occasionnée par le budget Macron. Ainsi, à propos de la taxe d’habitation. 20 % des français sont déjà exonérés de cette taxe. Parmi eux, par exemple, les retraités qui touchent 1350 euros par mois. Ils sont beaucoup à perdre de l’argent puisqu’ils paieront par contre plus de CSG. Enfin, il y a les fonctionnaires, autres grands perdants avec le gel du point d’indice et des pensions de retraite. La mobilisation du 10 a montré que la pilule ne passait pas.
Au total, la plupart des Français se font duper dans cette première partie du budget, du côté des « recettes ». Mais ils perdent une deuxième fois avec la disparition croissante de l’État. La baisse drastique des dépenses publiques aura des implications directes sur la solidarité, les services de l’État, les services publics, etc... Ces baisses touchent, en outre, prioritairement les 3 priorités qu’expriment les Français chaque fois qu’on leur pose la question : la santé, l’emploi, le logement. C’est le record de coupes claires dans les dépenses de l’assurance maladie. Ici la prévision annonce 4,2 milliards d’économies. Du jamais vu ! Tout est touché comme avec cette hausse de 2€ du forfait hospitalier. Pour le logement, c’est pareil. On a tous en tête cette histoire de baisse de l’APL. Elle impacte terriblement plus qu’on ne le croit de l’extérieur. Notamment dans le logement social au détriment des bailleurs et donc des investissements et entretiens. Ici c’est 1,7 milliard qui s’envolent ! Enfin pour l’emploi, c’est 110 000 suppressions de postes prévues avec la fin des contrats aidés. Le plus grand plan social de l’histoire du pays. Cela veut dire des milliers de prestations et de fluidité de fonctionnement en moins.
Il y en a pour 1,5 milliard qui disparaissent de l’économie. Il ne faut jamais perdre de vue la valeur des prestations détruites par les coupes claires. Leur impact n’est jamais mesuré. Combien « coûte » la maladie non soignée, l’enfant non assisté, et ainsi de suite ? Ce que j’ai appelé le prix du malheur. Il va exploser. Ainsi quand on retire environ 2,6 milliards aux collectivités locales et que le gouvernement leur demande de baisser leurs dépenses de fonctionnement de 13 milliards sur 5 ans ! On estime que ce plan induira moins 73 000 fonctionnaires territoriaux d’ici 2022. Donc combien de milliards de valeur des prestations qu’ils accomplissaient ? Quoiqu’il en soit, si on s’en tient aux seuls chiffres de « non dépenses » on doit se souvenir que le gouvernement prévoit près de 80 milliards sur le quinquennat ! C’est inévitablement un choc d’austérité qui va bloquer la relance de l’activité. Tout cela parce que la doctrine libérale prévoit que le marché fait jaillir l’activité là où l’État s’en va !
On nous annonce, en contre-feu, un plan d’investissement de l’Etat pour une valeur de 56,3 milliards sur le quinquennat. On notera que cela ne compense pas les 80 milliards d’économie prévues en cinq ans ! Mais sur le papier, cela paraît important. C’est, par exemple, 6 milliards de plus que ce qui était annoncé dans le programme du candidat Macron qui s’en tenait à 50 milliards. Mais quand on regarde dans le détail, c’est le contraire. Voyons cela. Sur ces 56 milliards, 12 milliards sont en fait un redéploiement de crédits existants, dont les caractéristiques seront modifiées pour servir les finalités du plan d’investissement.
Par exemple, 10 % des crédits de formation professionnelle des agents publics seront mobilisés pour accompagner l’évolution de leurs métiers dans le contexte de développement du numérique. À cela s’ajoutent 11 milliards qui seront financés par « la mise à disposition d’instruments financiers ». C’est-à-dire qu’il s’agit, à cette ligne, de prêts, dotation en capital, intervention de la Caisse des dépôts et consignation, qui ne constituent donc pas un apport d’argent « frais ». La suite ne vaut pas mieux. On trouve aussi par exemple que 10 milliards seront repris du « plan d’investissement d’avenir 3 » (PIA 3) lancé par le précédent gouvernement. Au total, les 55,6 milliards de Macron ont bien fondu au lavage. Seul 24 milliards seront réellement injectés par le Gouvernement. Et cela à travers des crédits budgétaires, dont 5 milliards sont inclus dans le PLF 2018.

C’est donc un plan d’investissement de seulement 24 milliards. C’est-à-dire finalement 2 fois moins que ce qui était annoncé dans le programme du candidat Macron et 4 fois moins que ce qui était prévu dans l’Avenir en Commun.

D’un « gros porc » à l’autre


Victor Ayoli

Pendant qu’on nous bourre le mou avec les exactions d’un gros porc étasunien violeur d’actrices, un autre gros porc, toujours étasunien, est en passe de déchirer la principale réussite internationale de son prédécesseur : le traité concernant le nucléaire iranien.

Une loi oblige le président américain à dire au Congrès, tous les 90 jours, si l’Iran respecte le texte et si la levée des sanctions qui l’accompagne est bien dans l’intérêt national des États-Unis. En cas de « non-certification » par le président – ce qui est le cas - la loi donne au Congrès 60 jours pour décider de réimposer ou non des sanctions. Trump fait la preuve qu’il ne s’intéresse pas au fond des dossiers. Il envoie la balle dans le camp du Congrès.
L’accord sur le nucléaire iranien, conclu en 2015 avec la Grande-Bretagne, la Chine, la France, l’Allemagne, la Russie et les États-Unis, vise à garantir le caractère strictement pacifique et civil du programme nucléaire iranien en échange d’une levée progressive des sanctions. Tous les contrôles internationaux attestent que l’Iran se tient à ces accords. Pourtant Trump, contre l’avis de ses propres experts, estime, lui, que « l’Iran ne respecte pas l’esprit des accords ». A quoi joue-t-il ? Quel intérêt représente-t-il ? On a du mal à débrouiller les idées germant dans les quelques neurones du président yankee. Mais on peut y subodorer la pression de multinationales étasuniennes…
Il ne faut pas oublier qu’il y a des intérêts économiques importants. L’Iran est un pays de 80 millions d’habitants, trois fois plus vaste que la France, fortement urbanisé. Ce pays a besoin de développer ses autoroutes, ports, aéroports, hôtels, etc... Mais aussi ses infrastructures en matière de distribution d’eau, d’électricité, de télécommunication. Sur ces marchés, les entreprises européennes – françaises, italiennes, allemandes – se taillent la part du lion. Au détriment des entreprises étasuniennes. Dès lors, en remettant en cause ces accords et donc en réactivant les sanctions contre l’Iran, les États-Unis saccageraient les efforts des entreprises européennes de s’implanter en Iran, ceci à travers leur système de chantage : « tu travailles avec l’Iran ? Tu ne travailleras plus avec les États-Unis ». Quant aux grandes banques européennes qui pourraient revenir en Iran, toujours traumatisées par l’affaire BNP Paribas, à juste raison, elles ont peur des réactions de Trump.
Ainsi, vraisemblablement pour de basses raisons de guerre économique, Trump risque de déclencher un foutoir encore pire qu’il n’est actuellement au Moyen-Orient. Si les États-Unis réactivent les sanctions, les autres pays – pour les raisons de chantage économique vues plus haut – freineront voire annuleront leur pénétration en Iran. Et ce pays – se percevant légitimement trahi - reprendra sa course à la Bombe. Avec pour corollaire une course parallèle à la Bombe en Turquie et en Arabie saoudite. Bonjour les agréables perspectives…
L’Iran est donc désigné comme « l’ennemi principal » par les États-Unis alors que ce pays n’a plus fomenté d’actions belliqueuses envers le monde occidental depuis longtemps. Bien sûr on est loin d’une démocratie, mais la théocratie au pouvoir passe par les urnes et elle évolue. On est loin des outrances de Mahmoud Ahmadinejad. Le peuple iranien est éduqué, ouvert et revendique avec une légitime fierté un passé aussi riche et glorieux que nos propres racines gréco-romaines.
Le monde occidental, sous le joug des États-Unis, se trompe d’ennemi. Qui est responsable des attentats ? L’Iran chiite ? Non, ce sont des groupuscules terroristes sunnites – Daech, Al Quaeda, Boko Haram, Sheeba, Al Nostra, etc... - soutenus financièrement, militairement et idéologiquement par l’Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis, le Koweit et toutes les pétrodictatures du Golfe. Or, où a été le président Trump dès son élection ? En Arabie saoudite…
Notre ennemi a plusieurs incarnations. D’abord les organisations terroristes déclarées qui pourchassent, égorgent, décapitent, crucifient les « mécréants », les « apostats », les « mauvais musulmans », bien sûr, mais aussi des États « amis », reconnus, dotés d’armées régulières équipées par les fleurons de notre industrie d’armement, de moyens financiers gigantesques issus des hydrocarbures (monarchies du Golfe), et même du feu atomique (Pakistan). Cette hostilité est également incarnée, relayée et même cautionnée - sous couvert de droit à la liberté religieuse - jusqu’au sein de nos sociétés ouvertes ou des Nations unies, par des organisations et associations subversives appuyées partout dans le monde par ces mêmes États. Elle trouve dans nos sociétés ouvertes des alliés, des « idiots utiles » qui, obnubilés par leur haine de la société qui les nourrit, se conduisent comme des collabos.
Aveuglement ou complicité ? Les deux mon général. Qui subit les sanctions économiques ? L’Arabie saoudite, dictature moyenâgeuse d’où sont venus les tueurs des tours de New York, qui diffuse partout dans le monde la doctrine mortifère wahabite-salafiste, qui soutient, arme et finance les mouvements terroristes qui assassinent dans nos rues ? La Turquie, qui à la suite d’un « coup d'État » douteux, embastille les journalistes, emprisonne toute opposition, bombarde les Kurdes vainqueurs de Daech et diffuse dans nos pays l’idéologie salafiste ? 

 Non. Les sanctions sont contre l’Iran et… la Russie !
Allah et Pétrole o akbar !


Le contorsionniste de la laïcité


François Cocq et Francis Daspe

Ces derniers jours, le débat laïque a de nouveau fait irruption sur le devant de la scène.

Nous pourrions être tentés de considérer qu’il s’agit d’une bonne chose tant cette question est restée désespérément absente de la campagne présidentielle. Il ne faut pourtant pas s’y tromper. Si la laïcité se retrouve à nouveau au cœur des débats, c’est pour mieux être instrumentalisée une fois encore par ceux qui s’en réclament indûment et cherchent à affaiblir la cause qu’ils affectent de vouloir défendre. Manuel Valls est de ceux-là.
Ainsi, l’ancien Premier ministre s’est-il reconverti en pointe avancée de la macronie pour lancer l’assaut à l’endroit de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise. Le terrain de bataille choisi ? La laïcité bien sûr. Non que Jean-Luc Mélenchon puisse être taxé d’une quelconque faiblesse ou complaisance en la matière, Manuel Valls le sait bien. Jean-Luc Mélenchon est ainsi le seul candidat à avoir signé durant la présidentielle aux côtés des principaux représentants du camp laïque L’appel des laïques, pour le respect de la laïcité. Le programme de la France Insoumise est pareillement le seul à proposer à la fois un livret thématique sur la laïcité dans lequel figurent des propositions de respect et d’extension de la laïcité avec notamment l’application de la loi de 1905 sur tout le territoire et donc l’abrogation du concordat en Alsace-Moselle, la fin du financement public pour l’enseignement confessionnel privé par l’abrogation de la loi Debré de 1959, le refus des financements publics pour les constructions d’édifices religieux ou des activités cultuelles, ou encore le refus définitif du titre de chanoine de Latran pour le Président de la République.
On peut évidemment comprendre que Manuel Valls ne partage pas ces orientations, lui qui, contrairement à ce qu’indique l’article 2 de la loi de 1905, lançait le 2 août 2016 dans Libération « qu’il ne fallait pas interdire une forme de financement public » concernant les mosquées, lui qui en tant que Premier ministre assistait le 27 avril 2014 à la canonisation des papes Jean XXIII et Jean-Paul II au Vatican, lui dont le parti d’alors, le PS, exprimait dans un communiqué du 26 février 2015 qu’il faut « un développement de l’enseignement  privé confessionnel musulman ». Manuel Valls a beau jeu de dénoncer l’islamo-gauchisme quand les ramifications de l’affaire Lafarge en Syrie dévoilent chaque jour un peu plus l’islamo-affairisme qui s’est insinué jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir alors même qu’il était Premier ministre. Celui-là préfère la sainte-alliance des libéraux et des communautaristes qui segmentent et désagrègent de concert, chacun dans leur registre, la société, l’intérêt général et les principes républicains. Deux faux universalismes, le marché et la religion, qui procèdent tous deux de prétendues mains invisibles qui invalident la notion même de raison.
Alors, parce que l’invective vallsiste vise en fin de compte au déni du débat argumenté fondé sur la Raison, l’ancien Premier ministre devient l’exécutant idéal pour activer la basse manœuvre politicienne. La stratégie décomplexée adoptée par Manuel Valls est de nature orwellienne. Il attaque la France Insoumise, non pas sur un éventuel point faible, mais au contraire sur un des éléments qui la fonde et lui est consubstantiel. Le stratagème consiste à brouiller les repères les mieux établis et les plus indiscutables.
Ce faisant, c’est tout le camp laïque que Manuel Valls fait reculer sans s’en émouvoir. Quelle drôle d’idée de s’en prendre au mouvement qui, par la dynamique populaire qu’il est capable de lever, a permis l’adhésion partagée du grand nombre autour du programme le plus laïque de la présidentielle, au mouvement qui a permis la fortification d’un sens commun laïque et républicain, au mouvement qui a permis aux questions laïques de progresser et d’imprégner plus largement dans la société. Pendant ce temps, Manuel Valls, déclamait dans L’Express le 23 août 2016 que « l’élection présidentielle va se jouer sur la place de l’islam ». Il aurait alors fallu débattre du degré d’immixtion du temporel dans le spirituel comme le préconisait Manuel Valls lorsqu’il considérait qu’« il y a urgence à bâtir un pacte avec l’islam » ? Faudrait-il au nom de la lutte contre l’islamisme djihadiste, faire place au sein de la République à l’islam politique ? Non ! L’Etat n’a pas à répondre au piège qui consiste à participer à la dispute politico-théologique engagée au sein de l’Islam comme il n’a rien à voir avec quelque cléricalisme que ce soit, a fortiori lorsqu’il s’agit d’extrêmes-droites religieuses.
La laïcité n’est ni l’œcuménisme, ni la neutralité. Elle n’est ni une opinion, ni une valeur. C’est un principe d’organisation sociale et politique, le principe d’organisation qui assure le plus haut degré de liberté pour tous grâce au fait qu’elle garantit la liberté de conscience promue dans un Etat de façon universelle (et donc bien évidemment pour ceux qui pratiquent l’Islam), mais aussi parallèlement la stricte séparation entre la société civile d’une part et les sphères de l’autorité politique et de constitution des libertés de l’autre (école, services publics, protection sociale). Elle stipule l’égalité en récusant discriminations et inégalités sociales. Elle assure la fraternité en créant un espace commun par delà les différences. Parce qu’elle refuse enfin tout préalable religieux pour adhérer à la communauté politique des citoyens, elle fonde la souveraineté populaire en indiquant que les Hommes peuvent se gouverner par eux-mêmes de manière rationnelle et terrestre.

C’est beaucoup, et apparemment trop pour certains.

Tribune publiée dans Marianne

François Cocq et Francis Daspe sont respectivement président et secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée
François Cocq est par ailleurs co-auteur de La laïcité pour 2017 et au-delà, de l’insoumission à l’émancipation (Eric Jamet éditions, 2016)


Palestine : Une « réconciliation » sur le dos de la lutte de libération ?


Julien Salingue

Le 12 octobre, un accord de « réconciliation » était signé au Caire entre les deux principales factions palestiniennes, Fatah et Hamas, en conflit ouvert depuis plus de 10 ans. Un air de déjà-vu, mais aussi quelques éléments nouveaux, qui ne laissent pas présager des lendemains qui chantent pour les PalestinienEs.

Nulle raison, a priori, de ne pas se réjouir d’une réconciliation entre Fatah et Hamas, tant les divisions internes ont contribué à affaiblir un peu plus le mouvement national palestinien au cours de la dernière décennie. Mais à regarder de plus près, nulle raison de s’enthousiasmer non plus…

L’Égypte de Sissi à la manœuvre

Le lieu de la signature de l’accord n’est pas anodin, puisque le « choix » du Caire confirme le rôle joué par l’Égypte de Sissi dans le processus de réconciliation. Voilà qui ne peut manquer d’inquiéter lorsque l’on sait que Sissi est un de ceux qui incarnent le mieux, au niveau régional, la contre-révolution, l’écrasement des aspirations démocratiques et la bonne entente avec Israël… L’Égypte s’impose de nouveau comme un acteur essentiel dans la région, notamment aux yeux des États-Unis qui ont tacitement approuvé la démarche et le contenu de l’accord.
Le 12 octobre, le ton du maréchal-président avait de quoi faire frémir, entre autres lorsqu’il a précisé que la réconciliation était une première étape vers une « paix » globale, et que « l’Histoire ne sera pas clémente avec ceux qui manqueront la chance d’une paix ». De tels propos, venus de celui qui a organisé l’écrasement des Frères musulmans et des mouvements démocratiques égyptiens, et approfondi la collaboration avec Israël pour maintenir et renforcer le blocus de Gaza – notamment via la destruction des tunnels de ravitaillement – ne laissent guère planer de doute quant au sort de ceux qui refuseraient de rentrer dans le rang. 

Aucun contenu politique

L’accord entre Fatah et Hamas est un accord entre deux mouvements affaiblis et en quête de légitimité, dont le contenu politique est minimal. Il s’agit uniquement d’organiser le retour de l’Autorité palestinienne (AP) à Gaza et de lui confier l’administration du territoire à l’horizon du 1er décembre. Ce faisant, le Hamas se décharge du poids de la responsabilité administrative de Gaza (et donc de la gestion des conséquences du blocus) et espère se refaire une santé en tant que force d’opposition, tandis que Mahmoud Abbas et l’AP vont pouvoir se revendiquer « seul gouvernement légitime du peuple palestinien ».
Un accord « gagnant-gagnant » pour les deux factions, du moins sur le court terme, mais qui ne présage en rien une réconciliation « politique » au sein du mouvement national, contrairement à ce que certains optimistes affirment. L’absence de contenu politique laisse planer de nombreux doutes, et le Hamas, au pied du mur, joue gros. « Le schisme est derrière nous, et nous avons décidé de payer n’importe quel prix pour que la réconciliation marche », a ainsi affirmé Ismaïl Haniyah, ancien Premier ministre à Gaza. Mais dans le même temps, le Hamas déclarait que, s’il reconnaîtrait la légitimité des forces de sécurité de l’AP, il se refuserait à rendre les armes…
Or le mouvement sait qu’il s’agit là d’une condition inacceptable pour Israël et ses soutiens, qui exigent le désarmement du mouvement comme préalable à tout accord.

Le triste feuilleton risque donc de se poursuivre et, à moyen et long terme, on ne voit pas bien comment la population pourrait bénéficier d’un accord de circonstance, soutenu par des ennemis des PalestinienEs, et qui ne ressemble en rien à un programme de libération mais plutôt à la préparation des capitulations – et des tragédies – à venir.

Et pendant ce temps-là, un 16e suicide chez les ex-Goodyear…


Le Partageux


Mickael Wamen nous donne des nouvelles des ex-salariés de Goodyear. (Aujourd’hui j’entendais à la radio que la croissance patati patata…)
 
Y a vraiment des jours de merde. J’apprends une nouvelle fois qu’un ancien pote de Goodyear a mis fin à ses jours. Mon pote Jérémy, notre pote, ami et frère, a décidé d’en finir hier.
Mais putain, ça va s’arrêter quand ? Il y a quelques semaines Régis, lui aussi, a mis fin à ses jours. Broyé par les conditions de travail, inapte à tous travaux depuis des années, il vivait sous médocs 24h sur 24h. La souffrance était telle qu’il a préféré y mettre un terme.
Combien de nos copains se sont flingués depuis cette fermeture violente ? Les saloperies qui ont décidé de nous mettre dehors broyant ainsi nos vies sont coupables. Nous perdons des potes. Et des familles perdent des papas, des époux, des frères.
J’ai la haine quand je pense aux deux enfants et à l’épouse que Jérémy laisse. Envie de gerber, putain, Jérémy était jeune. Bien trop jeune pour nous quitter. Il faut sacrément être à bout pour en arriver là.
La fin des indemnités de chômage, l’arrivée au galop du RSA. Goodyear devrait être obligé de payer de suite les indemnités réclamées aux prudhommes. Et où sont les promesses de reclassement, de revitalisation ?
Du vent ! En attendant, deux nouvelles familles sont anéanties. Pour nous, ni Régis, ni Jérémy et tous nos autres amis, potes et frangins n’auraient dû en arriver là. Les actionnaires qui ont décidé de fermer notre usine sont de vraies pourritures, ils se font un max de fric et continuent à broyer des familles en toute impunité.
Qu’ils sachent que je me battrai jusqu’au bout, je ne lâcherai rien, mon combat ne trouvera de fin que lorsque plus jamais des personnes n’auront à vivre et subir ce qu’ils nous ont fait endurer. Leur course aux dividendes a détruit une grande partie de nos vies et a poussé certains à en finir avec l’autre partie.
Toutes mes pensées et celles de mes camarades — qui, comme moi, sont abasourdis par cette énième nouvelle catastrophique — vont à tous les proches de Jérémy, sa femme et ses enfants.


En colère, triste, effondré. Les larmes qui coulent sont à la fois de tristesse et de colère. Tôt ou tard cela devra cesser.

 
Source : Mickael Wamen, ex Goodyear.
 
Le Yéti

La voix de son maître !...



BM - 202 -

Citation d'Oscar Wilde


J'aime parler de rien ; c'est le seul domaine où j'ai de vagues connaissances.