jeudi 14 décembre 2017

Réfugiés à Calais par plan Grand Froid : chronique de l’inhumain


Le Partageux

Réfugiés à Calais par plan Grand Froid : chronique de l’inhumainVague de froid à Calais. Alerte des humanitaires. Les réfugiés ne sont mis à l’abri qu’après 2 jours de neige et 24 heures de tension intense.

Voici des messages dans l’ordre de leur publication sur Twitter.
« On regarde la météo avec les Afghans […] Un d’entre eux répète sans cesse : “Oh my god, oh my god”. Près du feu, de la vapeur s’échappe des vêtements trempés. Dans ces conditions, dormir c’est risquer la mort par hypothermie. Préfecture du Pas-de-Calais, il est temps d’ouvrir des hébergements d’urgence pour tous ! » (Margot Bernard)
« M. Emmanuel Macron, si les réfugiés s’endorment cette nuit, ils vont mourir de froid dans leur sommeil. Il faut que votre préfet ouvre les bâtiments Grand Froid, et vite ! » (Auberge des migrants)
« Comment disaient-ils déjà en réunion ? “Ce sera à l’appréciation du préfet…” On voit le résultat. Tempête [de neige, ndlr] et pas d’ouverture du dispositif ! » (Vincent De Coninck du Secours catholique de Calais)

Une épaisse couche de neige recouvre Calais

« Deux structures sont mises en place pour le plan. Un lieu de ramassage a été défini par la préfecture. Il faut maintenant aller chercher tout le monde sur les différents lieux de distribution [de nourriture]. Merci à tous ceux qui ont envoyé des mails, partagé, diffusé notre appel à l’aide. On espère qu’il y aura assez de place… C’est grâce à vous que le plan Grand Froid est activé pour les migrants et sans-abri, bravo à tous ! » (Auberge des migrants)
« Malgré la tempête, la préfecture continue dans l’horreur : il y a actuellement une destruction des abris sur un lieu de distribution. S’il n’y a pas assez de place dans les structures Grand Froid, ils vont dormir sous la neige. » (Auberge des migrants)
« Deuxième étape du plan Grand Froid : ramener tout le monde au bus qui les emmènera dans l’hébergement. Un Érythréen de 28 ans a tellement froid aux jambes qu’il ne peut plus marcher. Même avec le chauffage de la voiture à fond, il tremble. Des dizaines de bénévoles font des allers-retours en voiture pour déposer ceux qui souhaitent être mis à l’abri. On ne sait pas ce qui les attend, on espère que ce sera suffisamment digne, et qu’il y aura de la place pour tout le monde. » (Margot Bernard)
« On va être franc : c’est le bazar ici. Le plan Grand Froid est clairement sous estimé. Beaucoup de confusion… Plus un seul membre des services sociaux à la Rue des Mouettes. Il y a pourtant plus de trente personnes ici qui ont besoin d’être mises à l’abri… Et nos équipes sont encore en train de ramener du monde depuis les autres lieux. Nous allons à l’entrepôt Plan Grand Froid pour demander ce qui va se passer pour ceux qui sont encore dehors. » (Auberge des migrants)
« Trente personnes sont devant l’entrepôt, il y a des places, mais il faut attendre le minibus du 115 qui va les conduire six par six à l’intérieur. Tout le monde tremble de froid. Cher préfet du Pas-de-Calais, j’ai FROID et envie de faire PIPI. S’il te plaît, on arrête les conneries et on met les gens à l’abri comme des êtres humains normaux. MERCI. » (Margot Bernard)
« La mise à l’abri est terminé ! Tout le monde est épuisé, l’administration française a failli avoir la peau de beaucoup de nos volontaires. Mais ils ont tenu et ils ont gagné : les migrants dorment avec un minimum de dignité ce soir. » (Auberge des migrants)

La volonté gouvernementale de tuer les réfugiés

Excédés par le vol et la destruction systématiques par la police des vêtements chauds, des duvets et des bâches, les associations regroupées ne distribuent plus que du matériel marqué au pochoir. Les réfugiés signent un contrat aux termes duquel le matériel leur est prêté, les associations en restant propriétaires.
Comme il y a le sigle de toutes les associations [Secours catholique, Médecins du monde, Salam, Emmaüs, Utopia, l’Auberge des migrants, Médecins sans frontières et les anglais : Women’s Center, Help Refugees, Care-Calais, MRS], le pochoir est très grand. Regarde la photo de Vincent de Coninck en tête de bafouille. C’est bien volontaire : la police ne peut pas ignorer qui est propriétaire de l’objet. Et on peut ainsi prouver, et le vol, et la mauvaise foi.
« Les gendarmes l’affirment : “pas de bâches ni duvets [nous] appartenant.” Nous suivons le camion municipal qui va à la déchetterie et, oh stupeur ! nos affaires vont à la benne ! Puis des gendarmes me bloquent et tentent d’empêcher les photos. Jusqu’où irez-vous Gérard Collomb ? » (Vincent De Coninck du Secours catholique de Calais)
« C’est confirmé : nos bâches et nos sacs de couchage ont été détruits hier, en plein plan Grand Froid. Nous allons étudier les suites juridiques. Ceux qui ont donné ces consignes ne doivent pas rester impunis. » (Auberge des migrants)
« Destruction des duvets distribués par les associations : “la préfecture n’a pas encore répondu à nos sollicitations sur le sujet…” ÉTONNANT NON ? » (Vincent de Coninck)

Note du Yéti : le préfet du Pas-de-Calais s’appelle Fabien Sudry. Son ministre de tutelle : Gérard Collomb. Rappelez-vous leur nom : un jour, ils pourraient devenir aussi tristement célèbres que celui de Maurice Papon.
Fabien Sudry, préfet du Pas-de-Calais  Gérard Collomb Fabien Sudry (préfet) et Gérard Collomb (ministre)
 
 

Lactalis dans la tourmente. #balancetavache !


Victor Ayoli

Après avoir tenté d’assassiner le véritable camembert et les meilleurs fromages de France au lait cru, après avoir asphyxié et poussé au suicide de nombreux éleveurs, Lactalis empoisonnerait les bébés ? Allons, allons...

Le gouvernement a annoncé un retrait massif de laits infantiles fabriqués par le groupe Lactalis en raison d’un risque de contamination par des salmonelles. Bercy a annoncé dimanche dans un communiqué une extension des mesures de retrait et rappel de produits de nutrition infantile fabriqués par le groupe laitier Lactalis à Craon (Mayenne), La liste des références concernées est disponible sur www.solidarites-sante.gouv.fr. Et surtout là : http://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/liste_des_references_lns_concernees_par_le_retrait-rappel.pdf

Les quantités concernées sont « énormes », a reconnu un porte-parole de Lactalis, qui se présente comme « leader mondial des produits laitiers », mais visiblement pas au top s’agissant de la sécurité de la chaîne de production si l’on en croit Bercy, qui explique dans son communiqué que les mesures prises par le groupe depuis le 2 décembre ne sont « pas de nature à maîtriser le risque de contamination » par ces bactéries. Une charge inhabituelle de la part des pouvoirs publics pour qui il est donc temps que Lactalis se bouge, s’agissant de surcroît du sujet sensible de l’alimentation des bébés…

Mais les pouvoirs publics sont décidés à maintenir la pression. L’usine de Lactalis ne pourra reprendre sa production sans « mesures correctives », indique le directeur général de la Santé. « Il faut que l’entreprise fasse un plan de correction de sa production pour être capable de rouvrir sa production de laits en poudre ». Ce grand nettoyage des installations est encadré par l’État : un arrêté préfectoral a été pris samedi, si bien « qu’ils (Lactalis) ne peuvent plus redémarrer sans avoir mis en place les mesures correctives qui s’imposent », a souligné Benoît Vallet. Personne ne comprendrait, en effet, qu’il en soit autrement.

Pourtant, dans des publicités multisupports, Lacatalis met en avant la qualité du lait français et le savoir-faire des producteurs… qu’elle met sur la paille. Une manière de se ménager la presse, grâce à des budgets pub généreux… que l’on peut suspendre en cas de « mauvais articles ». Ben voyons.

Il s’agit de 3 produits de lait infantile. Trois sortes de boîtes sont concernées : le lait Picot sans lactose 350 g, Pepti Junior 460 g et Milumel Bio 900 g sans huile de palme. Ce n’est pas la première fois, cette année, que Lactalis retire certains de ses produits du marché. Il y a un mois, le groupe avait dû rappeler des milliers de yaourts la laitière, fabriqués en Mayenne à Changé où du verre était tombé sur une ligne de production.

Lactalis est pourtant l’exemple d’une petite PME familiale de province – Besnier - qui a brillamment réussi en se hissant au premier plan tant européen que mondial. Chapeau ! Oui mais on ne réussit dans ce monde sans pitié, sans foi ni loi, des multinationales qu’en piétinant allègrement ses sous-traitants et ses producteurs....et qu’en agissant souvent aux limites de la loi. Ainsi, en 2000, le groupe, qui s’appelait encore Besnier, a été condamné pour « fraude sur le lait et publicité mensongère » pour mouillage (ajout d’eau) systématique du lait de consommation (https://fr.wikipedia.org/wiki/Lactalis). En décembre 2012, le Canard enchaîné dénonce les pratiques du groupe, l’accusant de vendre du lait UHT pour du lait frais pasteurisé, au prix bien plus élevé. Cette fraude a été découverte en 2010 lors d’un contrôle d’une laiterie dans l’Ille-et-Vilaine par la répression des fraudes. Le parquet de Rennes n’a cependant pas donné suite à leur rapport en raison d’un vide réglementaire. « Selon que vous serez puissants ou misérables, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir… »

En mars 2015, l’entreprise est condamnée dans l’affaire dite du « Cartel du yaourt », pour entente illicite sur les prix et les appels d’offres pour produits laitiers frais vendus sous marque de distributeur à une amende de 56,1 millions d’euros, par l’Autorité française de la concurrence. Le groupe a aussi tenté de faire modifier par l’INAO (institut national des appellations d’origine) le cahier des charges très strict des AOC (appellation d’origine contrôlée) fromagères afin de pouvoir vendre sous ce label prestigieux ses camemberts industriels au lait pasteurisé ou thermisé. Lactalis a perdu, mais dans les rayons des grandes surfaces, il faut vraiment avoir l’œil exercé pour trouver des vrais camemberts (portant le logo AOC ou AOP) au milieu des flopées de fromages industriels agrémentés de belles images et de mentions ne voulant rien dire…

Bon. En attendant les résultats de l’enquête en cours, on peut toujours faire meffi avec les produits suivants :


Fromages :
- la marque Président regroupe 150 produits, dont de nombreux fromages : camembert, mais aussi cancoillotte, brie, chèvre, emmental, comté, fromage râpé, cheddar, mimolette, fêta, etc. ;

- Bridel (camembert, emmental), et ses différentes gammes : Bridélight, Rondelé ;
Camembert : Lanquetot, Lepetit ;

- Le Roitelet (brie, camembert et coulommiers) ;
Société : roquefort, fêta Salakis, les fromages basques Istara et le Corsica ;
Galbani et ses fromages italiens : mozzarella Santa Lucia, gorgonzola, parmesan, mascarpone, pecorino, etc....

- Bel : Babybel, La Vache qui rit, Sylphide, Leerdamer, Boursin, Kiri, etc..


Lait :
- Lactel : lait UHT, lait de croissance (Eveil), spécialités dédiées aux enfants (Max), aux sportifs (Sporteus), sans lactose ;

- Bridel ;

- Et à l’étranger : Parmalat, Puleva.


Yaourts et desserts lactés en « joint-venture » avec Nestlé : La Laitière, Sveltesse, Yoko, Nestlé, B’A, etc.


Beurres et crèmes :
- Marques Président, Bridel et Galbani.


Nutrition infantile :
- Celia : lait infantile en poudre pour les 0-3 ans, céréales infantiles ; Picot ; Milumel.


Autres produits :
- de la nutrition pour les sportifs : marque Apurna ;

- des produits pour la restauration (comme le beurre en portion individuelle) et des ingrédients comme le sérum et le lait en poudre pour les professionnels de l’agroalimentaire ou de la pharmacie.


Pour la grande distribution :

- des produits du groupe sont vendus sous l’enseigne de Casino, Carrefour, Système U, Auchan, Aldi ou Lidl.


On voit que le choix des produits échappant à la pieuvre Lacatalis est des plus restreint. Sauf à élever une vache dans son HLM…



Sources :






Blanquer œuvre pour une école au garde à vous


Raphaël Greggan

Ce dimanche, Jean-Michel Blanquer a fait une nième interview. Cette fois, il était au grand Jury RTL-LCI.

Pour une école Johnny Halliday

Répondant aux questions sur sa présence aux funérailles de Johnny Halliday, J.-M. Blanquer n’a pas réfuté l’idée de nommer des établissements scolaires du nom de « l’idole des jeunes ». Sans jamais poser le problème de la sous-représentation des femmes dans les noms des bâtiments publics. Mais Monsieur le ministre n’en a cure.
Passant sur sa présence à l’Eglise St Sulpice, J.-M. Blanquer en a profité pour affirmer la place centrale de la laïcité à l’école. Il n’a pas soufflé un mot sur les 10 millions que l’Etat donne à l’enseignement privé (contre 4,5 millions à l’enseignement public et 5 millions à l’enseignement supérieur). Par contre, il réaffirme que les mères voilées n’avaient pas leur place pour accompagner les sorties scolaires. On voit que son long discours sur la laïcité n’est qu’un paravent pour réaffirmer ses combats islamophobes. Il développe ainsi une école qui vit dans la peur et la haine de l’autre, en particulier lorsqu’il ou elle est musulmanE.

Retour vers la 3e République

J.M. Blanquer refuse d’endosser les déclarations de Marine Le Pen qui constatait qu’il mettait en place le programme du Front National. Cela ne l’empêche pas d’être pour un retour à l’uniforme. L’uniforme n’a jamais supprimé les différences de classe sociale, ni même les rendre invisibles. Au contraire, le seul objet de l’uniforme est de formater les jeunes, y compris dans leur façon d’être. Il confirme qu’il est pour une dictée par jour dans le primaire et il impose une méthode de lecture à tous les enseignants. Il faudrait que ces derniers se mettent aussi au garde à vous, et peu importe que de nombreuses études contredisent le ministre.
Au passage, J.-M. Blanquer affirme qu’il interdira les téléphones portables dans les établissements scolaires. La méthode peut étonner. Avant tout, parce que cette recommandation existe déjà. Mais surtout parce que cela est absurde. Soit on considère qu’il y a un « problème » dans la façon dont les jeunes utilisent leurs portables. Mais ce « problème » est-il seulement celui des jeunes ? Et dans ce cas, une éducation particulière est nécessaire sur ce thème. Ou bien, on doit accepter que le monde a changé et réfléchir collectivement à des pédagogies qui prennent en compte ces évolutions. Mais, là dessus le ministre ne veut surtout rien voir.

Que l’éducation nationale fonctionne comme une entreprise

J.-M. Blanquer réaffirme la diminution de 20% du nombre de postes aux concours d’enseignants, niant complétement l’augmentation du nombre de professeurs contractuels et l’augmentation importante du nombre d’élèves par classe. Et dans l’objectif d’améliorer la « gestion des ressources humaines » (sic) du ministère, Blanquer propose de mettre en place des primes au mérite. Comme si l’éducation relevait d’individus, et non de relations sociales collectives ; comme si l’apport d’un enseignant pouvait être mesuré sur le temps court, là où toutes les études montrent que la pédagogie doit être évaluée sur le temps long.

Et sur les points chaud ? Un silence assourdissant

Par contre, J.M. Blanquer n’a pas dit un mot sur le plan Vidal dans l’enseignement supérieur ou sur « Parcours Sup » qui met en place la sélection dans les universités (qui doit être votée courant décembre). Pas un mot non plus sur la réforme du lycée qui doit pourtant se mettre en place dès la rentrée 2018, ni sur la réforme du bac (dont il laisse entendre, dans d’autres interviews que ce sera un changement majeur). Il faut croire que sur ces sujets d’actualité le ministre n’a pas le temps non plus.

La logique Blanquer

Il serait faux de se limiter à l’incohérence de façade de J.-M. Blanquer. En réalité, c’est la nouvelle façon de communiquer du ministère de l’éducation nationale : multiplier les interviews et ne faire aucune (ou presque) communication officielle. Les personnels doivent en comprendre les sous-entendus. Mais au delà de ce coup de com’, le fond du ministre reste de surfer sur le populisme et un fantasme de l’école de la 3e République.

Il est urgent, face à cela de réagi collectivement, pour mettre un point d’arrêt à ses réformes rétrogrades en cours. Il s’agit de construire collectivement un mouvement d’ampleur qui met en avant une école émancipatrice pour tous.

Jérusalem : l’Autorité de Ramallah tente de manipuler à son profit la colère palestinienne


Jalal Abukhater

Le cycle des nouvelles, les déclarations politiques et les manifestations autour de Jérusalem au cours des derniers jours se sont un peu atténuées.

En tant que résident de Jérusalem, je ne ressens pas la même la colère que celle qui accompagne habituellement ce genre de cirque médiatique. 
Plus tôt cette semaine, les agences de presse ont prophétisé à l’unisson des émeutes, du sang, une plus grande instabilité régionale ou même une guerre si Donald Trump annonçait que Jérusalem était la capitale d’Israël. Globalement, les dirigeants politiques ont exprimé un sentiment similaire en s’opposant à l’annonce de Trump, avertissant que cela « plongerait la région dans une nouvelle crise sans fin ». L’Autorité Palestinienne (AP), rejointe par la plupart des organisations politiques palestiniennes, a déclaré des « Jours de colère » si Trump faisait son annonce.
Pour ceux d’entre nous sur le terrain à Jérusalem, cette colère donnait l’impression d’être fabriquée par le haut. Tout le monde prévoit que la situation à Jérusalem s’aggravera, comme si nous étions hier tous d’accord. Cela m’a fait penser à toutes les voix internationales qui s’expriment, ignorant le plus souvent la réalité violente que les habitants de Jérusalem subissent quotidiennement dans une ville qu’Israël a unilatéralement traitée comme sa capitale depuis longtemps.
Les Palestiniens de Jérusalem étouffent, et c’est pourquoi la plupart d’entre eux ne partagent pas l’inquiétude des autres voix nationales et internationales. Nous vivons sous le coup d’une violence systématique et institutionnalisée, dans laquelle nos écoles subissent les gaz lacrymogènes, les enfants sont arrêtés, les maisons sont démolies, les quartiers sont négligés, la culture est interdite, et où les « permis de séjour » sont confisqués à tout moment par les autorités israéliennes d’occupation.
En juillet, lorsque les autorités israéliennes ont tenté d’imposer des mesures de sécurité humiliantes aux portes de l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa, les Palestiniens se sont levés pour protester et se sont organisés du bas vers le haut. La force des protestations bien organisées et bien soutenues, dépendait purement de la communauté et refusait les tentatives de récupération de l’Autorité Palestinienne ou du Waqf Islamique de Jérusalem.

La fin d’une imposture

Au cœur de cette colère fabriquée depuis le haut se trouve une Autorité palestinienne paniquée qui risque sans aucun doute de voir s’évanouir son mince voile de légitimité. Ce que Donald Trump a accompli avec son annonce sur Jérusalem expose au grand jour le « processus de paix » israélo-palestinien pour ce qu’il est réellement : une imposture.
Dans l’histoire moderne de la Palestine, il n’y a jamais eu de dirigeants palestiniens plus disposés à faire des compromis pour parvenir à une sorte d’État palestinien indépendant que cette direction palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas. Pourtant, malgré tous les signes de refus de coopération, d’entêtement et de violation continue du droit international par le gouvernement israélien, le mythe du « processus de paix » a perduré grâce à l’Autorité palestinienne. Pour cette dernière, c’est, après tout, la principale raison de son existence.
Comme le processus de paix échoue, l’Autorité palestinienne perd le but qui justifie son maintient. Cela crée la panique et explique alors la nature fabriquée de la vague actuelle de « colère ».
Nous, les Palestiniens, avons mis tous nos œufs dans le même panier, à savoir le panier américain, malgré tous les signes avant-coureurs nous déconseillant de le faire. Ce fut un pari mal réfléchi par les dirigeants, un pari qui clairement s’évapore sous l’administration de Donald Trump.
Trump n’est pas un homme équilibré, et il n’est pas non plus capable de prendre la tête d’un problème d’une telle envergure. Les signes sont là, que ce soit dans la relation chaleureuse de Donald Trump avec Sheldon Adelson, un milliardaire sympathisant, ou Jared Kushner accoquiné au plus grand donateur démocrate Haim Saban, qui partagent un programme similaire sur Israël.
Lors de sa visite à Bethléem en mai dernier, Trump aurait crié à Abbas : « Vous m’avez trompé à [Washington] DC. Vous avez parlé de votre engagement pour la paix, mais les Israéliens m’ont montré votre implication dans l’incitation [contre Israël]. » Pour les Palestiniens, c’était un drapeau rouge, une preuve de la facilité avec laquelle le président américain peut être manipulé par Benjamin Netanyahu.
En juillet dernier, lors des manifestations d’Al-Aqsa, j’ai vu des gens venus de tous les secteurs de la société – musulmans pratiquants, musulmans non pratiquants et chrétiens – participer directement à la protestation contre la fermeture d’al-Aqsa. Il y avait un extraordinaire esprit d’unité parmi les habitants de Jérusalem, et la colère était vraie, sincère et pleine de vie. Je ne vois pas ce même esprit reflété dans les manifestations de colère d’aujourd’hui.

L’Autorité palestinienne en panne complète de stratégie

Les appels précipités des dirigeants politiques palestiniens pour des Jours de colère, des protestations et une Intifada ne sont pas convaincants. Beaucoup considèrent ces appels comme une tentative de couvrir l’échec de l’Autorité palestinienne, d’autres y voient une tentative de ralliement avec la volonté de retrouver une sorte de légitimité pour justifier son existence.
S’il reste un intérêt pour une solution à deux États en Palestine, une reconnaissance mondiale – en particulier européenne – d’un État palestinien sur les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale – pourrait être la bouée de sauvetage de l’Autorité palestinienne. Si cela ne se produit pas, les deux voies restantes sont toutes deux également sombres.
L’un serait l’acceptation du statu quo, ce qui signifie que les Palestiniens continuent d’étouffer, de souffrir et de périr sans espoir d’un changement majeur. L’autre serait l’Autorité palestinienne se déclarant obsolète et dépassée, laissant la puissance occupante israélienne pleinement responsable de la population palestinienne occupée, conformément au droit international.
Nous entrons dans cette « vague de rage » comme des aveugles, avides de toute lumière à laquelle nous pourrions nous accrocher. Pendant trop longtemps, nous, les Palestiniens, avons réussi à mettre en valeur des faits mineurs, à ne considérer que les aspects positifs, et nous nous sommes permis de rester optimistes. 

Aujourd’hui, nous ne savons pas ce qui va advenir. Nous avons peur et risquons de perdre rapidement espoir.

* Jalal Abukhater est Jérusalemite. Il est titulaire d’une maîtrise en relations internationales et en politique de l’Université de Dundee, en Écosse.
10 décembre 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine 

Indécence


Michel

Le grand barnum médiatique autour de la mort de Johnny Halliday se termine et c’est une autre histoire qui commence, celle de la disparition de la poule aux œufs d’or et des conflits inévitables autour du partage qui vont s’ensuivre. 

Une cérémonie parfaite
Réglée comme un concert de Johnny, la cérémonie grandiose à laquelle nous avons eu droit interroge tout de même par l’ampleur des moyens publics et la mobilisation des politiques autour du cercueil. Une chaîne publique privatisée pendant quatre ou cinq heures pour assurer la retransmission ainsi que toutes les principales chaînes privées auront capté l’attention du téléspectateur jusqu’à lui en faire oublier le Téléthon relégué sur la Cinq et qui a souffert d’une baisse de dons conséquente pendant la période de retransmission. Le centre de Paris totalement bloqué des forces de police conséquente mis à disposition du cortège funèbre interrogent également.
Côté mise en scène, les ordonnateurs de la cérémonie ont assuré : un corbillard vitré assurant la meilleure vue sur le cercueil blanc (comme Elvis…), un cortège de berlines allemandes noires, la croix du défunt sur la poitrine de la veuve, la vitre arrière de sa berline opportunément ouverte lors d’un arrêt laissant voir la peine des enfants, pour faire de belles photos qu’on reverra dans la presse people et les derniers pas à la Jackie Kennedy vers l’église de la veuve et de ses deux enfants derrière le corbillard.
Côté église, rien à dire là non plus, le carré VIP habillé de noir aux premiers rangs avec la famille, avec sur les côtés les politiques et les personnalités du showbiz les plus proches de Johnny et, au fond de l’église, les « blousons » en jeans ou en cuir qui ont frappé dans les mains en fin de cérémonie rythmant la musique : la seule improvisation bienvenue dans cette cérémonie convenue.
Tout était parfait, mais d’où vient ce malaise éprouvé devant tout ce cirque médiatique, ce « trop » généralisé, cette emphase en totale contradiction avec ce qu’était le personnage qui, aux dires de ses amis, était quelqu’un de plutôt modeste ?
Une mort récupérée et confisquée
De Macron à Sarkozy, en passant pas Hollande, Larcher, Raffarin, La Ministre de la Culture et celui de l’éducation (!) et tant d’autres moins connus, tous les politiques se sont pressés autour du cercueil du défunt et de la veuve et ses enfants en un ballet indécent à tel point qu’un téléspectateur débarquant de l’autre bout du monde aurait pu croire qu’un homme ou une femme politique de premier plan venait de s’éteindre.
Récupération est le mot qui convient. Il s’agissait de montrer au-delà d’une certaine sincérité, au petit peuple de fans qui campaient dehors depuis de heures et ceux scotchés devant leurs téléviseurs que les politiques n’étaient pas uniquement les amis des riches et des peoples mais qu’ils savaient célébrer à l’unisson de la France d’en bas le décès d’une idole. « Très fédérateur », ce comportement, ont dû leur glisser leurs communicants et on ne sait jamais, si ça peut faire oublier les cadeaux aux riches, la diminution des APL et l’augmentation de la CSG pour les petits retraités…
La confiscation et la médiatisation à outrance sont sans doute l’œuvre du clan Halliday lui-même. Face à la perte de la poule aux œufs d’or, même s’il avait tendance à dépenser sans compter, la famille est devant des choix commerciaux, en particulier la nécessité de faire survivre « l’idole » dans les mémoires afin de continuer à vendre les produits dérivés, les cassettes des concerts et à toucher les droits de retransmissions. Il faut bien vivre et le partage du patrimoine donnera sans doute lieu à des déchirements familiaux dont la presse people se fera l’arbitre des élégances.
Déjà le site de vente en ligne Le Bon Coin accumule les propositions de vente d’objets et de colifichets rappelant l’artiste. Lorsqu’il y a de l’argent à se faire… Prochainement nous verrons apparaitre des produits dérivés de bon ou mauvais goût, telle la boule à neige avec photo du chanteur ou le cendrier à son effigie, sans compter la reproduction de la croix made in Taiwan vendue pour quarante euros seulement, frais de port inclus, le tout avec reversement de royalties à la famille.
Ils sont la France !
Un peu gênée aux entournures devant tant de mièvrerie dégoulinante, de récupération et de confiscation du mort, une partie de la presse a essayé de mettre en parallèle les décès de Jean D’Ormesson et celle de Johnny Halliday en titrant « pourquoi ils sont la France ? »  (Marianne). La lecture des articles consacrés aux deux défunts donne tout de même une image un peu tortueuse de notre beau pays.
Ils se rejoignent sur un point : les problèmes avec le fisc, le chanteur étant connu pour ses départs pour la Suisse, puis sa volonté d’adopter la nationalité Belge, pour pouvoir ensuite mieux parvenir au statut de résident fiscal Monégasque, le graal en matière d’optimisation. Aujourd’hui, les techniques d’optimisation fiscale ont sans doute permis au clan Halliday de transférer une partie des revenus vers des sociétés basées à l’étranger (cf le confondant aveu de Pagny sur ses droits d’auteurs versés au Portugal) et la petite entreprise pourra continuer à fonctionner sans trop reverser au fisc Français. Nous ne sommes plus au temps de la condamnation du chanteur en 1975 à verser 100 Millions de Francs au fisc.
Du côté de Jean d’Ormesson et cela se savait peu, ce sont 16 Millions, d’euros cette fois, qui étaient dissimulés au fisc sur un compte en Suisse. Pas mal, pour l’ancien directeur du « Figaro » qui pourfendait la fiscalité et la dépense publique en oubliant que des gens comme lui obligeait d’autres moins nantis, et moins bien nés, à payer davantage d’impôts en raison de leurs comportements frauduleux.
Côté défense de la patrie, le chanteur n’a pas cherché à se défiler de ses obligations militaires, ce qui doit être salué, alors que l’académicien, qui aurait pu comme son confrère Giscard d’Estaing, s’engager dans l’armée de la libération à la fin de la guerre, s’est bien gardé de le faire, ce qui constitue un manque important dans le parcours d’un homme public comme lui. Cela ne l’a pas empêché d’être décoré de la grand-croix de la Légion d’Honneur par Hollande en 2014…
Autre ressemblance, politique cette fois, ils avaient en commun d’être tous les deux de droite, le chanteur ayant à plusieurs reprises apporté son soutien à des hommes politiques de ce camp, le second étant, de par ses origines et ses choix éditoriaux dans le Figaro, très marqué à droite.
Sur le plan du comportement individuel des deux défunts, on notera la propension à l’excès du chanteur pour les paradis artificiels (alcool, cocaïne) et la fête, défauts (ou non) que l’on ne connaissait pas à l’académicien, plus porté sur les conversations de salon bienveillantes dans lesquelles il n’oubliait jamais de faire preuve d’une très grande modestie et d’une très grande humilité (surtout vers la fin de sa vie).
Alors, sont-ils la France ? Non, et le qualificatif de héros employé pour Johnny semble pour le moins exagéré. Comment comparer un chanteur qui a fait son boulot à un militaire ou un policier qui se fait tuer pour défendre le pays, un résistant qui meurt sous la torture, ou un jeune qui sauve un grand père de la noyade ?
Le pays réel
Ces deux morts sont la France, certes, dans toutes ses contradictions, son individualisme, ses renoncements, ses égarements, ses excès, mais il ne faudrait tout de même pas généraliser et penser que les 65 Millions de Français leur ressemblent. Leur mode de vie aura été celle de l’élite possédante grâce à des talents personnels que nous ne sommes pas obligés de partager tous, et certainement pas le mode de vie de la majorité des français. Alors, au lieu de célébrer la mort d’un chanteur adulé et de s’enfermer dans le souvenir d’une commémoration funèbre dithyrambique destinée à faire rêver un peu plus le petit peuple dans des jours meilleurs et lui faire les poches en l’incitant à acheter le dernier coffret de CD ou la cassette de la cérémonie qui ne tarderont pas à sortir, réfléchissons un peu sur ceux qui sont la France.
Il y a un mois, j’assistais aux obsèques d’un homme de 44 ans, mort par accident de la route, percuté par l’arrière par un autre véhicule et catapulté sur un troisième véhicule venant en face. L’enquête est en cours et un procès suivra sans doute, tant les responsabilités semblent évidentes.
Artisan de son état, venant de finir la construction d’un atelier et de ses bureaux, marié et père de deux enfants, il laisse sa famille dans un état total de désarroi. C’est un beau projet de vie qui s’effondre avec toutes les incertitudes matérielles, mais aussi sur le devenir de ceux qui restent qui devront vivre avec ce choc toute leur vie.
Il ne repose pas à Saint Barth mais dans un petit cimetière de la campagne bretonne et j’ai tendance à penser que c’est lui qui représente le mieux la France aujourd’hui. Pas mort d’un arrêt cardiaque à 92 ans ni même à 74, après avoir mené un parcours erratique et s’être égaré, non, juste quelqu’un de 44 ans, travailleur, fier de sa réussite mais à qui un conducteur a ôté toutes chances de s’accomplir complètement.
Il faut savoir remettre certaines choses à leur place.    

Servitude !...


BM - 205 -

Idolâtrie moderne !...

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