lundi 14 juin 2021

Exclusif : Buzyn et Salomon poursuivis en justice dans une affaire d’empoisonnement aux Antilles

Cheikh Dieng

Le scandale a failli passer inaperçu mais a été déniché in extremis par les radars de notre média, Lecourrier-du-soir.com.

En effet, moins de 48 heures après la révélation de notre média concernant le scandale de Levothyrox dans lequel Agnès Buzyn est citée, l’ex ministre de la Santé d’Emmanuel Macron vient de faire l’objet d’une nouvelle poursuite judiciaire par une organisation antillaise. Agnès Buzyn et Jérôme Salomon, Directeur général de la santé, sont poursuivis (dans une plainte adressée au Procureur de la République de Paris) pour faux témoignage dans l’affaire dite du Chlordécone, un pesticide qui a empoisonné les populations martiniquaises et guadeloupéennes durant 20 ans.

Les conséquences de la commercialisation de ce pesticide ont été dévastatrices, comme l’explique le média MrMondialisation.org : 95% des Martiniquais et 92% des Guadeloupéens ont été empoisonnés, provoquant un taux très élevé du cancer de la prostate chez cette population. Plus de 20 ans après l’arrêt de sa commercialisation en 1993, le peuple martiniquais et antillais ne veut céder à rien. Et ce 5 juin, l’UGTG (Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe) a exigé (dans un communiqué intégralement lu par Lecourrier-du-soir.com), de l’Etat français qu’il assume ses fautes et pointe du doigt Agnès Buzyn et Jérôme Solomon qu’elle accuse d’avoir menti sous serment devant la commission d’enquête parlementaire.

Lecourrier-du-soir vous propose de lire le communiqué dans sa version originale

“L’UGTG porte plainte devant la Cour de justice de la République, le Procureur de la République de Paris, et engage un référé devant le Tribunal Administratif de Paris.

L’affaire du chlordécone relève de la responsabilité de l’État, qui a empoisonné 95 % de la population de la Guadeloupe et pollué les sols pour six siècles. Alors qu’en 1969, la commission des toxiques avait refusé la commercialisation du chlordécone, l’État a organisé une violation de la législation pour commercialiser massivement ce produit en Guadeloupe et en Martinique de 1972 à 1993.

Le plan Chlordécone IV qui vient d’être publié n’est en rien au niveau des enjeux. La dernière mise à jour de la cartographie est très loin du compte. La priorité est d’établir une cartographie de la pollution, qui n’est réalisée en Guadeloupe qu’à 8 % malgré 23 ans de soi-disant efforts de l’État.

Aussi, l’UGTG a déposé un recours en référé devant le Tribunal administratif de Paris et réclame des financements à hauteur de 40 millions pour la cartographie de la Guadeloupe et une provision de 100 millions afin d’indemniser immédiatement les propriétaires dont les parcelles sont polluées.

En second lieu, l’UGTG entend faire condamner le mensonge d’État. Madame Buzyn, ancienne ministre de la santé, Monsieur Guillaume, ministre de l’agriculture, Monsieur Salomon, Directeur général de la santé, et Monsieur Ferreira, Directeur général de l’alimentation ont menti, sous serment, devant la Commission d’enquête parlementaire pour tenter de disculper l’Etat.

Aussi, une plainte a été déposée contre Mme Buzyn et M. Guillaume devant la Cour de justice de la République pour faux témoignage dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire.

Une troisième plainte a été déposée contre Messieurs Salomon et Ferreira devant le procureur de la République de Paris pour faux témoignage dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire.

NOUS NE POUVONS EN AUCUN CAS FAIRE CONFIANCE A CEUX QUI ONT POLLUE LA GUADELOUPE !

NOUS NE POUVONS EN AUCUN CAS FAIRE CONFIANCE A CEUX QUI NOUS MENTENT !

Le Secrétaire Général, Eli DOMOTA

Lapwent, le 5 juin 2021

Pour lire le communiqué en version PDF, cliquez ici.

Source : Le courrier du soir 

Le Grand Soir

L’éclatement de la société française ou le retour à 1788

Pierrick Tillet

Petit à petit, sur fond de dislocation d’une population hébétée, masquée, vaccinée, attendant résignée l’annonce d’une « 4ème vague«  pour l’automne prochain...

... les digues qui maintenaient tant bien que mal la société française à flot sont en train de sauter les unes après les autres, livrant un spectacle de désolation.

« Je ne pense pas qu’aujourd’hui la société française soit dans un moment de grande tension »

Ces derniers temps, nous avons franchi un nouveau cap décisif, celui de l’affrontement et des ruptures :

  • les agressions ouvertes contre des policiers et des commissariats;
  • l’exécution simulée de militants de gauche par un youtubeur énervé et son tutoriel pour acheter des armes sur les marchés parallèles ;
  • les vociférations de plus en plus exacerbées des imbéciles de service, de Zemmour à Nauleau, du Dr Marty à Karine Lacombe…
  • sans compter les enfarinés (qui, il est vrai, ont un peu la tête de l’emploi).

Pendant ce temps, le giflé, celui qui nous fait fonction de président de la République, déclarait sans rire :

« Je ne pense pas qu’aujourd’hui la société française soit dans un moment de grande tension. » Emmanuel Macron, 11 juin 2021

Une atmosphère de fin d’ancien régime

Fuite en avant ou précipitation en arrière ? Il règne sur le pays comme un parfum de futur ancien régime. Hier soir, 11 juin 2021 à 23 heures, deux évènements sont venus s’entrechoquer qui marquent la rupture entre le peuple et une “élite” ayant définitivement perdu la tête (sans même le recours à “la veuve” du Dr Guillotin). Hier soir, à la même minute de la 23ère heure qui marque le nouvel horaire d’entrée en vigueur du couvre-feu “sanitaire” :

  • le président de la République accordait la grâce d’un délai, accueilli aux cris de « Merci Macron ! » par les spectateurs huppés de Roland-Garros, pour que puisse se terminer un match à rallonge entre deux tennismen…
  • … et lâchait ses forces de l’ordre qui chargeaient, matraquaient et enfumaient sans ménagement les fêtards du bas peuple ayant eu le tort d’avoir voulu s’attarder sur la place des Invalides à Paris.

Le Yéti

Idées d'extrême droite : une décontamination vitale

Michel Soudais

Ceux qui doutaient encore de la dangereuse banalisation des idées d’extrême droite seraient bien inspirés de regarder où le climat politique en est rendu.

Ceux qui doutaient encore de la dangereuse banalisation des idées d’extrême droite seraient bien inspirés de regarder où le climat politique en est rendu. Dimanche, Papacito, un youtubeur de la fachosphère, met en ligne une vidéo dans laquelle il appelle à s’armer et met en scène le meurtre d’un électeur de Mélenchon, gauchiste et communiste. De la part du gouvernement ou du parquet, cela ne suscite aucune réaction. Le chef de file des Insoumis alerte-t-il ? Les chaînes d’info n’y voient qu’un « contre-feu » et une « mise en scène ». Le Figaro ironise sur la « victimisation » de Mélenchon, Libé et Valeurs actuelles y voient une « diversion », la vidéo étant pour L’Obs juste « un peu tendancieuse ». YouTube retire la vidéo après 130 000 vues.

La faiblesse des réactions à cet appel au meurtre n’est pas à prendre à la légère. Elle résulte d’une banalisation complète des pires discours d’extrême droite, à côté desquels celui de Marine Le Pen paraît acceptable. Et signe ce « moment préfasciste » évoqué par Benoît Hamon, où « la France est prête à basculer dans un régime de type autoritaire, c’est-à-dire liberticide, haïssant l’égalité, probablement raciste aussi ». L’appel d’une centaine de personnalités et autant d’organisations politiques, syndicales et associatives, de collectifs et de médias, à « une première grande journée nationale de manifestation et de mobilisations » ce 12 juin pour les libertés et contre les idées d’extrême droite (détails sur le site marchedeslibertes.fr) nous invite à réagir. Politis s’y associe comme il avait soutenu l’Appel des 250, initiateur du réseau Ras l’front en 1990. Parce qu’il devient vital de décontaminer le débat public des questions identitaires qui le polluent. Et font obstacle aux urgences sociales et écologiques.

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politis.fr

De gré ou de force, la position des États-Unis vis-à-vis d’Israël est en train de changer

Patrick Cockburn

La nouvelle génération de politiciens démocrates progressistes a à cœur les droits des Palestiniens et elle prend ses distances avec le président américain, écrit Patrick Cockburn [dans un article paru le huitième jour de la dernière campagne de bombardement des Israéliens sur Gaza, ndt].

Pendant le bombardement israélien de Beyrouth en août 1982, le président Ronald Reagan a téléphoné au Premier ministre israélien Menachem Begin pour lui dire qu’il était “choqué” et “indigné” par les frappes aériennes et les tirs d’artillerie israéliens sur la capitale libanaise et exiger qu’il y soit mis fin immédiatement.

Il a ajouté que les actions israéliennes provoquaient “des destructions et des effusions de sang inutiles” et avaient interrompu les négociations menées par les États-Unis pour résoudre la crise.

Reagan avait passé son appel depuis le bureau ovale en présence des membres de son cabinet et, selon les témoins, il se serait mis très en colère parce que Begin ne voulait pas promettre de mettre fin aux bombardements et aux tirs d’obus. La fureur de Reagan aurait déstabilisé Begin qui aurait accepté d’arrêter immédiatement les attaques.

Comparez la colère de Reagan et son exigence d’action immédiate avec la timide demande du président Biden d’un cessez-le-feu entre Israël et Gaza lors de la dernière de ses trois conversations téléphoniques avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Il n’a même pas demandé l’arrêt immédiat des huit jours de frappes aériennes israéliennes et des barrages de roquettes du Hamas qui ont fait en tout 200 morts [à la date du 18 mai], presque tous Palestiniens.

Dans le même temps, les États-Unis ont, pour la troisième fois en une semaine, bloqué l’adoption d’une déclaration commune du Conseil de sécurité des Nations unies appelant à la fin de la violence entre Israël et les Palestiniens. Biden a refusé de dire que la réaction d’Israël était disproportionnée.

Ce que font Biden et son secrétaire d’État Tony Blinken est bien peu de choses en comparaison de ce que Washington a fait en 1982 pour mettre fin à l’effusion de sang. Cela montre à quel point le rapport de force politique a changé en faveur d’Israël au cours des quatre dernières décennies.

Au cours de cette période, les politiciens américains ont progressivement intégré l’idée qu’un soutien automatique à Israël ne leur ferait pas de mal, et qu’un soutien même timide à la sécurité et aux droits des Palestiniens ne leur ferait pas de bien. Mais la crise actuelle à propos de Gaza a rendu ce calcul moins intéressant qu’il ne l’était en 2014, lorsque quelque 2000 Palestiniens et 73 Israéliens ont été tués dans une “guerre” de 67 jours.

Aujourd’hui, on entend beaucoup plus de critiques sur les actions israéliennes, au sein de l’aile progressiste du Parti démocrate et dans de puissantes organisations médiatiques d’obédience libérale comme le New York Times et CNN.

Il y a deux sortes de critiques. La première prend la forme d’un rejet global de la violence avec le sentiment que les États-Unis devraient faire plus pour l’arrêter. Plus de 25 sénateurs démocrates, conduits par le sénateur nouvellement élu de Géorgie Jon Ossoff, ont publié une déclaration commune appelant à un accord de cessez-le-feu immédiat en Israël et dans les territoires palestiniens afin “d’éviter de nouvelles pertes de vies humaines et une nouvelle escalade de la violence”. L’émergence d’une génération de politiciens démocrates progressistes qui ont à cœur les droits et la sécurité des Palestiniens à Gaza, en Israël, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est est un fait nouveau d’une grande importance.

Mark Pocas, le membre démocrate du Congrès, originaire du Wisconsin, qui a présenté l’appel au cessez-le-feu devant la Chambre, a déclaré : “Aujourd’hui, mes collègues et moi nous nous levons parce que personne ne devrait subir les pertes de vies, de liberté ou de dignité que le peuple palestinien a subies. Si vous demeurez neutre dans des situations d’injustice, vous vous positionnez dans le camp de l’oppresseur.

Ayanna Pressley, membre du Congrès et originaire de Boston, s’est saisie d’un sujet rarement abordé au Congrès, en disant : “Nous ne pouvons pas rester les bras croisés lorsque le gouvernement des États-Unis envoie 3,8 milliards de dollars d’aide militaire à Israël qui sont utilisés pour démolir des maisons palestiniennes, emprisonner des enfants palestiniens et déplacer des familles palestiniennes.

Plusieurs facteurs ont permis l’émergence de voix politiques qui ne s’élèvent pas seulement contre les bombardements, mais qui assimilent l’égalité civile pour les Palestiniens au mouvement Black Lives Matter aux États-Unis.

Par ailleurs, de nombreux Américains anti-Trump ressentent une hostilité instantanée à l’égard de ses proches alliés tels que Netanyahu, à cause des divisions traumatiques causées par le président Donald Trump.

Non seulement les démocrates progressistes critiquent Israël, mais ils bénéficient désormais d’un temps d’antenne et d’une couverture médiatique bienveillants, ce qui était loin d’être le cas auparavant.

Cela changera-t-il quelque chose aux calculs de Netanyahu concernant la durée du bombardement de Gaza ? Il est probable que ce sera un facteur, car c’est la qualité de sa gestion de l’opinion publique américaine qui a lancé sa carrière politique lorsqu’il était diplomate à l’ambassade d’Israël à Washington entre 1982 et 1984. Il a été le porte-parole d’Israël pendant l’invasion du Liban et a défendu avec éloquence les attaques aériennes comme celles qui ont mis en fureur Reagan et son administration.

Du point de vue israélien, les attaques aériennes et d’artillerie à Gaza aujourd’hui, comme à Beyrouth en 1982, ont des retombées politiques contradictoires. Elles sont une puissante affirmation de la supériorité militaire israélienne brute et de l’incapacité de l’autre camp à riposter efficacement. Elles sont invariablement justifiées par le fait qu’elles viseraient avec une précision extrême les installations militaires des Palestiniens (les cibles des agressions de 1982, de 2021, et des attaques intermédiaires). Pourtant, le Hamas n’est pas une armée régulière, mais une force paramilitaire mal équipée que ces bombardements ne parviennent pas à affaiblir vraiment.

Le pilonnage de Gaza s’apparente davantage à une punition collective de la population emprisonnée. Les images de civils tués loin de tout objectif militaire suscitent habituellement une vague d’indignation internationale. À Cana, au sud du Liban, cela s’est produit deux fois en l’espace de dix ans : 116 civils libanais ont été tués sur une base de l’ONU en 1996 et 28 tués, dont 16 enfants, en 2006.

Biden n’est peut-être pas aussi résolu que Reagan et il est absorbé par son agenda national, mais il ne pourra pas se permettre de tolérer longtemps que son appel au cessez-le-feu demeure lettre morte, car cela le ferait passer pour faible et incompétent.

18 mai 2021 – The Independent – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet -

Chronique de Palestine

Comment réussir une carrière ...


fedetlib

Citation de Victor Dedaj

Quand je vois les Fake journalistes s’en prendre aux Fake News, je me dis que c’est comme si une moitié de leur cerveau s’en prenait à l’autre.


dimanche 13 juin 2021

La fin de l’opération Barkhane au Sahel ? L’énorme coup de bluff de Macron

Youri Merad

Macron vient d’annoncer la « fin de l’opération Barkhane » au Sahel, mais ne compte en réalité qu’échanger 30% des militaires déployés contre un plus fort contrôle au sein des armées africaines. Les intérêts de l’impérialisme français ont de beaux jours devant eux.

Lors de sa conférence de presse à la veille du sommet du G7 ce jeudi, Macron a annoncé la « fin » de l’opération « Barkhane » au Sahel. Le gouvernement a justifié cette annonce “choc” en réponse au deuxième coup d’État au Mali qui avait compliqué les plans de l’intervention française dans la région : « Nous ne pouvons pas sécuriser des régions qui retombent dans l’anomie parce que des États décident de ne pas prendre leurs responsabilités ».

Un coup de bluff politique de Macron

Ainsi, le président français annonce brutalement la fin d’une opération militaire qui aura duré plus de huit ans, dont les objectifs proclamés étaient de « sécuriser la région » et surtout les intérêts de l’impérialisme français, en menant la guerre aux djihadistes. Une opération qui employait plus de 5.000 soldats, 7 avions de chasse, 20 hélicoptères, 3 drones, sans compter les quelques 500 véhicules blindés et 400 véhicules pour assurer la logistique, pour un budget de près d’un milliard d’euros par an, selon Le Monde.

En réalité, cette déclaration n’est qu’un coup de bluff politique de la part de Macron. Le scénario dévoilé par des sources concordantes au Monde était déjà sur la table en 2020, et la perspective n’est en aucun cas la fin de l’intervention militaire au Sahel, ni même le retrait des troupes. La « fin » de l’opération « Barkhane » ne signifierait en fait que la fermeture d’une des cinq bases françaises au Mali, le retrait d’ici l’été 2022 de 1.500 soldats sur les 5 000 déployés, avec un objectif final « pour l’heure hypothétique » d’en retirer 2.500 d’ici 2023, sous réserve d’évolutions « au gré de l’actualité ».

« Changement de modèle » : l’État impérialiste français renforce son appui aux armées locales

Et ce timide retrait des effectifs fera finalement place à un renforcement du poids de l’État français sur les armées locales. Toujours d’après Le Monde, Macron prévoit ainsi « l’envoi de militaires coopérants dans plusieurs états-majors ou directions des forces armées et de sécurité du Mali, ainsi qu’auprès des États sahéliens qui le souhaiteraient ». Comme cela a déjà été testé au Mali depuis 2019, ces hauts-gradés français dans les armées subsahariennes auront pour rôle de « remettre sur pieds leurs troupes, améliorer le recrutement et leur entraînement ».

Ce « changement de modèle » que décrit Florence Parly, la ministre des armées, sera aussi accompagné d’un nouveau plan de soutien financier et matériel aux armées africaines. « La Facilité européenne pour la paix (FEP) ouvre une possibilité nouvelle pour l’UE : celle de financer des opérations de défense commune, des mesures d’assistance militaire, et surtout, de la fourniture d’équipements létaux », apprend-on ainsi dans les colonnes du Monde

De plus, pour ajouter à l’hypocrisie de l’annonce, en coordination avec la « fin de Barkhane », « des négociations sont en cours [avec les Nations Unies] pour renforcer rapidement [Minusma] d’environ 2 000 hommes », déployés précisément dans le nord du Mali, là où Macron annonçait retirer quelques-unes de ses troupes.

L’ingérence impérialiste continue : troupes françaises hors d’Afrique !

Le projet ne constitue donc en rien un recul de l’ingérence de la France en Afrique. Pour Macron, mettre fin à « Barkhane » c’est bien plus une tentative d’enterrer une crise de crédibilité de l’intervention de l’armée française avant les élections présidentielles.

En effet, la réprobation de l’opération « Barkhane », et à travers elle l’ensemble de la politique d’intervention française en Afrique, de la part de la population s’est accentuée ces dernières années des deux côtés de la Méditerranée. En 2019, des dizaines de milliers de maliens manifestaient à Bamako pour exiger le retrait des troupes françaises du territoire, alors qu’un sondage de la radio Tamani exprimait l’opinion défavorable de l’État français part plus de 80% de la population.

Et ce sentiment anti-français a été alimenté les années suivantes par de nombreux scandales dans lesquels de nombreux civils maliens ont été tués par l’armée française. Cette année, on avait la confirmation que 19 civils sont morts lors d’un mariage bombardé par les forces d’interventions de l’opération « Barkhane ».

De plus, le récit étatique de la « lutte contre le djihadisme » est lui aussi mis à mal par les récents rapports d’intervention. Au contraire, selon un correspondant du Monde à Bamako, durant les 8 ans de l’opération « Barkhane », « la violence exercée à l’encontre des populations civiles n’a cessé d’augmenter dans la région », et la présence « [des groupes affiliés à Al-Qaida] s’est étendu bien au-delà des frontières du nord malien ».

Bien qu’en essayant de réduire au maximum le nombre de troupes déployées sur place et en s’appuyant plus fortement sur les armées africaines, Macron va donc évidemment poursuivre l’intervention meurtrière de la France en Afrique après « Barkhane ». Les enjeux sont de taille pour l’impérialisme français, à l’heure où l’Afrique et en particulier le Mali sont l’objet de toutes les convoitises.

« La nature a horreur du vide » : vers une crise de la françafrique ?

Même si le Mali n’est pas particulièrement riche en matières premières directement exploitables, il « se trouve en revanche sur la route d’intérêts français plus conséquents : l’uranium au Niger, les investissements économiques et portuaires en Côte d’Ivoire » comme le rappelle Morgan Le Cam, envoyé spécial du Monde au Mali. Il rapporte ainsi les paroles d’un homme politique malien : « Un homme politique malien m’a dit hier [...] : «  La nature a horreur du vide.  » Selon lui, Emmanuel Macron a été «  brutal  » en annonçant la fin de l’opération «  Barkhane  ». «  Ça pourrait être un tournant qui pousse [...] à aller chercher d’autres partenaires.  ». La Russie est dans toutes les bouches ».

Mais si l’annonce de Macron a semblé « brutale », il est clair qu’elle n’en est pas moins qu’un énorme coup de bluff en vue de relégitimer son armée. Le président ne prévoit que de changer son intervention militaire sur la forme, mais en aucun cas d’y mettre fin ni de laisser sa place de choix dans la guerre géopolitique sur le contrôle des ressources africaines.

En soutien aux centaines de milliers de maliens qui se sont attaqué aux symboles de l’impérialisme français lors des dernières manifestations, et face à la fourberie d’un gouvernement qui continue d’exploiter et de tuer la population africaine...

... nous devons exiger le retrait de la totalité des troupes françaises en Afrique et au Moyen-Orient sans délai.

Révolution Permanente