jeudi 27 février 2020

Le voile de Pénélope Fillon

Claire Vérilhac

On croyait cette "affaire Fillon" une énième histoire d'abus de pouvoir. 

Celle d'un politicien avide, qui profite du laxisme d'une République à bout de souffle pour s'enrichir à tout va, et qui utilise femme et enfants pour cela. Et puis, au détour d'une interview, on découvre qu'il s'agit aussi d'un machiste ordinaire qui veut l'épouse au foyer ... comme d'autres la veulent cachée sous un voile !
Cette femme l’a dit et répété : elle aurait voulu travailler !
Pourtant, au moment même où elle prononce ces mots, elle est censée avoir un emploi. Un poste d’assistante parlementaire à temps complet depuis des années.

Faut-il que son mari la tienne en si peu d’estime qu’il ne l’ait même pas informée ? Fait-elle à ce point partie des meubles ? Quels boniments lui a-t-il servi pour qu’elle signe les contrats de travail ?
C’est un rôle effacé de femme au foyer qu’elle évoque toujours : "nous ne parlons jamais de politique à la maison", "les gens savent que je ne m’implique pas dans l’action politique de mon mari", "je n’ai jamais été son assistante ou quoi que ce soit de ce genre", "je dis ce que je pense mais je ne pense pas qu’il écoute", "si je n’avais pas eu le dernier, je serais sans doute allée chercher un travail" ...
Sans doute que François Fillon l’a dissuadée de chercher un emploi afin de pouvoir mener sa carrière à lui sans souci des enfants ou des tâches domestiques, pour la garder sous son emprise, mais surtout parce qu’elle avait déjà un autre emploi, qu’elle ignorait peut-être.
Pas besoin de s’étendre sur l’escroquerie (peut-être légale, ce qui est encore pire !) qui a consisté pour le châtelain Fillon à s’enrichir grassement avec des contrats d’assistants parlementaires pour femme et enfants, la "cagnotte" du Sénat, sa société de conseil aux profits mirifiques qui a tout du conflit d’intérêt, son richissime ami qui finance à prix d’or la prose de son épouse ainsi que sa responsable de campagne, son IRFM (Indemnité représentative de frais de mandat) dont on peut se demander à quoi elle sert vu que sa permanence est "au manoir" etc ...
Pas besoin non plus de rappeler à quel point notre pays fait figure d’exception avec un personnel politique aussi corrompu et l’absence de contrôle de l’argent public qui leur est distribué.
Quelle que soit la décision de la Justice les faits, eux, sont là !
Mais si on a découvert un Fillon, menteur, arrogant, secret, obnubilé par l’argent, sans aucune empathie, on a aussi, au passage, démasqué le misogyne, le macho.
On s’interroge parfois pour savoir si les femmes qui se couvrent la tête, le corps, le font volontairement ou sous la pression d’un homme, un époux le plus souvent. On voit bien, dans la triste histoire de Pénélope, que dans tous les milieux l’asservissement des femmes est toujours au programme.
Le "voile" de Pénélope c’est cette cage, dorée certes, dans laquelle son "chrétien" de mari l’a enfermée : le manoir, l’argent ... mais aussi le mépris affiché par celui qui n’a vu en elle que l’épouse, la mère, la femme dont il s’est servi, sans doute à son insu, pour ses petites combines.

Et qu’il semble décidé à laisser se débattre dans l’arène médiatique, politique et judiciaire quelles qu’en soient les conséquences pour elle.

Pénélope – miniature illustrant le traité De muleribus claris (Les femmes célèbres) de Bocage (XIVe) – manuscrit qui met en avant Pénélope comme l’image de l’épouse chrétienne discrète et obéissante (BNF).

Le Grand Soir

La fermeture des frontières, tout sauf une mesure efficace pour stopper le Coronavirus


Julian Vadis

La propagation du Coronavirus s'est accélérée ces derniers jours, poussant l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à évoquer une potentielle pandémie qui semble, à chaque heure, de plus en plus inéluctable.

L’extension de l’épidémie de Coronavirus s’est accélérée ces derniers jours, et tout semble indiquer que cette tendance n’est, pour l’heure, pas prête de s’inverser. Désormais, plus d’une trentaine de pays sont touchés, avec l’émergence de deux foyers principaux hors d’Asie : l’Italie en Europe, où près de 283 cas et 7 morts ont été confirmés et l’Iran au Moyen-Orient, avec 97 cas, dont le vice-ministre de la Santé, et 16 morts ont été répertoriés.
Ce lundi, l’OMS a émis pour la première fois la possibilité d’une pandémie, c’est à dire une épidémie disposant de plusieurs foyers d’infections partout dans le Monde. En effet, hormis l’Asie, l’Europe et le Moyen-Orient, où des foyers sont d’ores et déjà identifié, des cas de Coronavirus ont été confirmés aux Etats-Unis (une cinquantaine) et au Canada (une trentaine) en Amérique du Nord ou bien encore une vingtaine en Australie. Au final, seule l’Afrique, avec un cas répertorié en Egypte et un autre en Algérie, et l’Amérique du Sud, où aucun cas n’a été identifié, semblent pour l’heure échapper à la propagation du Coronavirus. Toutefois, il s’agit de statistiques minimisées, puisque reprenant les cas avérés, et il est hautement probable que de nombreux cas n’est pas été identifiés, en particulier dans les pays les plus pauvres et où le système de santé est très peu développé. 

La mise en quarantaine de villes et de régions entières, mesure qui semble peu efficace pour stopper la propagation du Coronavirus
 
Aujourd’hui, des éléments de panique dans les hautes sphères s’expriment face à une probable pandémie, comme en attestent par exemple les baisses sur les marchés financiers et les réactions épidermiques de contrôle et de fermeture des frontières, comme en Russie, ce qui n’a pas empêché l’émergence de deux cas de Coronavirus. Au vu de l’extension de l’épidémie, c’est avant tout la politique de la mise à l’isolement de villes, voire de régions entières, qui montre toute ses limites. Le gouvernement chinois lui-même a dû reconnaître des erreurs dans le traitement de cette crise sanitaire.
Pourtant, les positions se multiplient, un peu partout autour du globe, pour exiger l’amplification de ces politiques réactionnaires de fermeture des frontières. En France, c’est évidemment Marine Le Pen qui a sauté sur l’occasion, au micro de BFM-TV, pour exiger la mesure de « bon sens » consistant à renforcer les contrôles à la frontière italienne pour éviter que « l’épidémie ne se transforme en pandémie », s’appuyant sur le fait que partout ailleurs, cette méthode est utilisée et citant expressément le cas des Etats-Unis. Or, les statistiques montrent bien que cette politique a eu un impact limité outre-Atlantique, puisqu’une cinquantaine de cas sont d’ores et déjà confirmés.
L’exemple de la ville de Wuhan est le plus emblématique et montre bien l’ingérence de la crise lorsqu’elle n’a de réponse que le repli. De fait, malgré la fermeture de la ville, le bilan reste sombre alors que la ville est bloquée, sans ressources et sans programme de soin à la hauteur et que les habitants semblent presque laissés à l’abandon. Un père de 49 ans raconte : « la réalité est horrible (...) On reçoit des tas de tomates et d’oignons déjà pourris », alors qu’il en est réduit avec sa famille à faire sécher des épluchures de navets pour se nourrir. Une situation provoquée par le défaut de prise en charge de la crise qui a juste été confinée en dépit de la vie des habitants.
Autrement dit, l’extension mondiale du Coronavirus ne pourra être stoppée par la fermeture des frontières. Fidèle à ses vieilles recettes, la présidente du Rassemblement National cherche avant tout à capitaliser politiquement sur la situation, en remettant sur le devant de la scène l’une de ses lubies quasi-obsessionnelle.
Loin de ces solutions réactionnaires, l’urgence est avant tout au déblocage de budget et à l’embauche massive de personnel hospitalier pour lutter contre le Coronavirus, endigué sa progression et soigner les cas déjà existant. Au niveau mondial, le cas de la possible pandémie de Coronavirus met en lumière les dégâts causés par les politiques néo-libérales destructrice de service public de qualité, en particulier de la santé. 

C’est par l’annulation des dettes des pays semi-coloniaux et coloniaux et le déblocage de budgets pour la santé qu’il sera réellement possible de stopper la progression du Coronavirus, et non par la bunkérisation de populations entières, laissées à l’abandon dans les pires conditions sanitaires.

Révolution Permanente

Ces peuples indigènes qui luttent contre le réchauffement


Claude-Marie Vadrot

En Amérique du Nord, des communautés indiennes et Inuits ont constitué une union opiniâtre pour survivre aux dérèglements du climat.

En raison de leurs liens sacrés et anciens avec leurs terres et avec leur univers, et aussi parce qu’ils dépendent de façon vitale de la pêche, de la chasse et de leur agriculture pour survivre, les peuples et les tribus vivant en Amérique du Nord, sont en train d’adopter et de réclamer des stratégies face aux dérèglements climatiques. Afin de pouvoir sauver, sur leurs terres, leurs modes de vie. Qu’ils soient indiens ou Inuits, ils se battent contre les exploitations minières, les forages de pétrole, les coupes forestières, pour la faune, les poissons comme les saumons et les coquillages indispensables à leur vie traditionnelles.
Pendant des milliers d’années, par exemple, les Indiens de la côte Ouest des États-Unis ont édifié des enrochements sur le trait de la marée basse. Action de long terme qui leur avait permis, grâce aux dunes créées et aux pentes douces engendrées, de transformer une partie des côtes en parcs à palourdes et autres coquillages. Sources de vie et de revenus balayés par la montée des eaux. La tribu des Swinomish recueille actuellement les données qui leur permettraient d’installer des parcs artificiels leur procurant des palourdes pour se nourrir et pour les vendre. Ils ont été les premiers à imaginer une lutte contre le réchauffement pour palier la hausse des océans. Mais ils ont besoin de financements qui tardent à venir.

Un programme indien de résistance

Les Navajos incitent les tribus indiennes, aux États-Unis comme au Canada, notamment en Colombie britannique, à préserver les frayères à saumons en y plantant des arbres pour éviter les effets de la température des rivières comme la Skagit. Et tous se battent pour bloquer les projets miniers qui menacent la qualité de leurs cours d’eau. Toujours pour protéger une nourriture essentielle et une source de revenus – les huîtres victimes de l'acidification des eaux de mer –, ils ont fait déverser des centaines de tonnes de coquilles vides sur les plages en espérant que d’autres variétés d’huîtres plus résistantes puissent s’y installer et se développer.
Les communautés indiennes ont lancé un programme indien de résistance au changement climatique qui leur permet, du Sud au Nord, de chercher et de trouver des solutions pour sauver les produits de la mer mais aussi des plantations d’arbres pour tenter de limiter l’invasion maritime. Au Nord dans les villages dont les maisons et les immeubles s’écroulent parce que le permafrost fond et mine les fondations, les Inuits, travaillent à des solutions retardant le ramollissement des terres gelées depuis des milliers d’années. Ce sont eux et les tribus Cree vivant également dans le Nord de l’Alaska et du Canada qui bataillent pour sauver les végétaux et les animaux comme les rennes ou la faune sauvage qui ne parviennent plus à se nourrir en raison de l’évolution des températures et des précipitations de neige et de pluies. Comme le répète sans relâche le président de la communauté des tribus Swinomish, Brian Cladoosby, « Nous mettons notre entourage non-humains au premier plan de nos préoccupations, qu’il s’agisse des arbres, des animaux, du ciel ou de l’eau. Nous ne les traitons pas comme des objets de laboratoire, nous les révérons. »

Une lutte qui progresse

Sur ce thème et selon cette pensée qui progresse, une Union des 57 tribus qui luttent pour sauver leurs terres et leurs modes de vie explique que raisonner à l’échelle de Président ou de Premier ministre, réélus tous les quatre ans, les condamne à l'oubli et à la disparition. D’autant plus, expliquent fréquemment leurs représentants, « que les politiques d’assimilation de nos membres nous ont privés de tous moyens d’action sur l’évolution de notre environnement, entrainant un traumatisme culturel lié à l’alcoolisme et aux drogues. Pour briser ce cercle infernal nous devons renouer avec le respect de notre environnement. Mais ce changement c’est comme tenter de faire tourner un tank et cela ne se réussit pas en quelques jours. »

politis.fr

L’accord de Trump, c’est un show pour cacher le vrai problème : la persistance de l’apartheid israélien


Richard Falk


C’était censé être une marche triomphale pour Nétanyahou, mais la base de toute paix doit être la dissolution des choses telles qu’elles sont. 
Il a toujours été insensé d’attendre un compromis politique équilibré de la part de l’actuelle administration américaine.
Depuis son élection il y a quatre ans, le président des États-Unis Donald Trump a confié le portefeuille Israël/Palestine à son gendre sioniste inexpérimenté, Jared Kushner, assisté de deux personnes tout aussi peu qualifiées : l’ambassadeur David Friedman et l’envoyé spécial Jason Greenblatt.
En outre, Trump n’a guère cherché à cacher sa déférence inconvenante envers le milliardaire Sheldon Adelson, qui a financé la campagne de l’ancienne star de la télé-réalité et apporte un soutien inconditionnel à la droite dure d’Israël.
Pour cette administration, il n’était même pas nécessaire de feindre d’être pondérée ou de chercher un compromis politique, censé reposer sur une solution à deux États. Trump est allé plus loin que toute autre administration pro-Israël passée, en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël, en donnant sa bénédiction aux colonies israéliennes illégales, en donnant le feu vert à l’annexion par Israël du plateau du Golan syrien et en réduisant le financement de l’aide humanitaire palestinienne.

Capitulation politique

Trump n’a manifesté aucun souci de promouvoir la paix. Il n’est ainsi pas surprenant que « l’accord du siècle » définit un plan visant à la capitulation politique des Palestiniens, enrobée d’incitations économiques à condition qu’ils renoncent à tous leurs droits et revendications relevant du droit international.
Ce qui est néanmoins choquant, c’est que l’accord de Trump institutionnalise l’apartheid, demandant même à ses victimes palestiniennes de donner leur consentement formel à cet arrangement oppressif. Même les dirigeants du régime d’apartheid sud-africain n’ont jamais osé aller aussi loin.
Le régime envisagé pour la Palestine contient aussi des mesures en matière de sécurité élaborées qui permettent en fait à Israël d’imposer aux Palestiniens, des punitions collectives illimitées au mépris du droit international. Pour masquer la rétrogression des attentes des Palestiniens, le plan adopte une version perverse de « réalisme », qui peut être traduite par « la validation de la coercition et du non-droit » aux dépends des victimes.
En présentant le plan, Kushner a eu l’audace de dire : « Je ne regarde pas le monde tel qu’il existait en 1967. Je considère le monde tel qu’il existe en 2020. » Ce qui signifie que les exigences d’Israël en matière de terre et de sécurité seront satisfaites, alors que les revendications des Palestiniens, auxquelles il manque la force des armes, peuvent être sans risques mises de côté, à la faveur de paroles et d’arrangements censés sauver la face.
Ainsi, sans scrupules, les Palestiniens se voient offrir « l’autodétermination » dans un plan que rejette la vaste majorité – au mieux, un mini état difforme abusivement appelé « état ».

Célébrations et humiliation

Dans le but peut-être de s’assurer d’une réponse négative de la part des dirigeants palestiniens, ces derniers ont été insultés tout au long du plan et de sa présentation. Kushner a résumé l’attitude Trump crûment : « Vous avez cinq millions de Palestiniens qui se retrouvent piégés à cause d’une mauvaise direction. »
Le Hamas n’est jamais mentionné sans qu’on ne rappelle au lecteur qu’il s’agit d’un groupe « terroriste » – ce n’était guère l’éclairage à donner s’il existait une quelconque envie d’inciter les dirigeants de Gaza à venir s’assoir à une table de négociation. Le sort réservé à l’Autorité Palestinienne n’est guère préférable, qualifiée qu’elle est de corrompue et satisfaite du statut quo parce qu’il bénéficie matériellement à ses dirigeants. Ceci souligne le fait que Trump n’envisageait pas de négociations, mais plutôt une célébration de la victoire de l’Israël du premier ministre Benjamin Netanyahou et une humiliation pour les Palestiniens.
En Afrique du Sud, dans un ultime effort désespéré pour stabiliser le régime, de petites enclaves ethniques avaient été établies partout dans le pays avec un semblant d’autonomie, mais totalement subordonnées aux structures hiérarchiques d’apartheid et soumises à la cruelle exploitation de la population majoritaire. La carte présentée dans le plan de Trump ressemble clairement aux Bantoustans d’Afrique du Sud – enclaves non-contiguës de personnes sous domination, confinées derrière des murs dans leur propre patrie.
L’offre d’un mini état, constitué principalement de communautés urbaines de Cisjordanie regroupées en état sans être contiguës, sert aussi la fonction de rideau destiné à cacher – ou au moins à minimiser – de nouvelles appropriations de terres par Israël. Au lieu de se retirer de la Cisjordanie comme prescrit par la résolution 242 du Conseil de Sécurité de l’ONU, Israël prendrait le contrôle de plus de 80% de la Palestine occupée, réalité déguisée encore plus en donnant au Palestiniens une zone désertique dans le Negev inhabitable.

Cycle de violence

En 2005, Israël a notoirement fait un pas vers la paix avec les Palestiniens en se « désengageant » de Gaza. Les forces israéliennes se retirèrent et les implantations abritant des milliers d’Israéliens ont été démantelées. Mais il s’est vite avéré qu’il ne s’agissait pas là de la fin de l’occupation, mais d’un nouveau mode de contrôle, visiblement plus désastreux encore pour la population civile de la Bande de Gaza.
Israël a gardé le contrôle des entrées et sorties de Gaza et a conservé le contrôle souverain de son espace aérien et de ses eaux territoriales. L’ingérence dans la vie économique de Gaza a causé de graves difficultés, accentuées par les mesures punitives adoptées après que le Hamas eut remporté le contrôle de la gouvernance du territoire.
Ces évolutions ont stimulé la résistance à Gaza, ponctuée par des offensives militaires israéliennes majeures en représailles des tirs de roquettes en provenance de l’enclave dans un cycle de violence ciblant la population civile vulnérable.
Ce que l’accord de Trump offre, pour le moins, c’est une version aggravée du post-désengagement de Gaza. Il confère le contrôle exclusif des frontières à Israël, exige la démilitarisation totale du mini état palestinien, et met les communautés palestiniennes totalement à la merci d’une intervention militaire israélienne.
S’il s’agit là de « l’accord du siècle », ce sera un siècle sinistre pour nous tous. Peut-être que l’injustice extrême des propositions états-uniennes peut susciter quelques réactions bénéfiques, notamment l’émergence d’une direction palestinienne unifiée, l’exigence de voir les États-Unis remplacés par un intermédiaire neutre, une solidarité mondiale accrue avec la lutte palestinienne, et le début d’un effort international pour faire en sorte qu’Israël répondent de ses crimes contre l’humanité.
Le plan Trump a été conçu pour apposer un sceau formel d’approbation sur ce qui existait déjà sur le terrain, notamment l’émergence d’un état d’apartheid israélien et l’érosion continue des droits des Palestiniens. 

Toute véritable initiative diplomatique pour la paix doit reposer sur la dissolution du régime d’apartheid israélien. Toute autre approche ne peut aboutir, au mieux, qu’à un cessez-le-feu temporaire.

Richard Falk est professeur émérite, détenteur de la chaire Albert G Milbank de droit international à l’université de Princeton et chercheur à Orfalea Center of Global Studies. Il a aussi été rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits de l’homme palestiniens. Pour consulter son blog.
10 février 2020 – Middle East Eye – Traduction: Chronique de Palestine – MJB

Chronique de Palestine

L'ultime argument...


fedetlib

Citation de Coluche


Les portes de l'avenir sont ouvertes à ceux qui savent les pousser.

mercredi 26 février 2020

Élisabeth Borne, ou bornée ?


Olivier Cabanel

La nouvelle ministre du transport, cumulant le poste de ministre de la transition écologique et solidaire, part en guerre contre les éoliennes...

... alors que celles-ci sont l’une des portes d’entrée logique permettant la transition attendue depuis si longtemps.
On essaye de comprendre ?
Pourtant, tout semblait bien engagé, et la France donnait des signes encourageants propres à rattraper son retard considérable sur les autres pays européens en matière d’éolien.
En effet, depuis 2005, nous assistons à une lente progression du développement de l’éolien sur le sol national, passant de 2000 MW en 2007 à près de 16000 aujourd’hui... c’est bien, mais largement insuffisant par rapport à l’Allemagne... près de 60 000 MW... derrière l’Espagne près de 24 000 MW... et même dépassée par le Royaume-Uni.
On pourrait aussi évoquer la Suède, en progression de 350%, le Danemark, + 168%, l’Espagne, + 258%... lien
Pourtant l’effort le plus important que la France pourrait faire concerne le développement de l’éolien Offshore, d’autant que notre pays à un potentiel remarquable de côtes, et qu’il accumule beaucoup de retards, alors que les 6 parcs éoliens envisagés depuis 2011 sont à toujours en attente. lien
Or, avec nos 5 853 kilomètres de côtes répartis sur 5 façades maritimes, il y a en effet de quoi faire....sans parler des territoires hors métropole, soit 1380 km. lien
Sauf que la ministre de la transition a décidé que ça suffisait, jugeant le développement de l’éolien « anarchique »...
Elle suivait aussi l’avis de Macron, qui tout en tentant désespérément de se verdir, estimait que « la capacité à développer massivement l’éolien était réduite »...
Ce qui est totalement faux comme on l'a vu.
Il est aussi question d’aller dans le sens du vent des opposants à l’éolien, lesquels évoquent plus qu’à leur tour « la saturation visuelle ».... lien
N’est-ce pas étonnant que ces anti-éoliens partent en guerre contre ces moulins à vent des temps modernes, avec, entre autres, l’argument de la dévastation du paysage, mais ils n’ont jamais levé le moindre petit doigt contre les milliers de pylônes à très haute tension qui défigurent depuis longtemps la campagne française ?
Quelle est la réalité ?
On compte 8 000 éoliennes en France, de 100 mètres de haut en moyenne... contre 100 000 pylônes THT hauts parfois de 90 mètres de haut.
L’occasion de faire un sort à une légende urbaine qui voudrait que les éoliennes tuent des milliers d’oiseaux...
La réalité est tout autre.
C’est la ligue de protection des oiseaux qui a mené l’étude, laquelle a démontré qu’en 1 an, une éolienne tue entre 0,3 et 18,3 oiseaux, alors que les lignes à très haute tension tuent par an, aux USA, entre 130 et 174 millions d’oiseaux. lien
Au-delà de ça, les pires rumeurs circulent sur les réseaux sociaux : « il serait impossible d’organiser le recyclage des vieilles éoliennes... les éoliennes produisent de la radioactivité... le bruit qu’elles dégagent provoquent le cancer »...
C’est à Donald Trump qu’on doit cette dernière affirmation, lui qui est un farouche défenseur du charbon, du nucléaire, et bien sûr des gaz de schiste. lien
Quant au soi-disant impossible recyclage, il y a de quoi sourire... tous les matériaux qui la composent sont tous recyclables, quelle que soit la taille ou le modèle d’éolienne.
Béton, cuivre, plastique, pvc, polystyrène, métal, tissu, tous ces matériaux sont évidemment recyclables...lien
Ce qui n’est pas le cas des centrales nucléaires... puisque depuis des lustres on tente de trouver une solution acceptable pour se débarrasser des déchets hautement radioactifs, puisqu’ils restent dangereux pendant des milliers d’années.
La dernière trouvaille de nos énarques serait de les enterrer.
Ajoutons quand même que l’éolien géant n’est pas forcément la meilleure des solutions, car il oblige à transporter l’énergie, générant des problèmes de santé, puisque l’on sait que la pollution électromagnétique dégagée par la très haute tension peut provoquer des cancers...
De nombreuses études convergentes prouvent qu’il y a bien corrélation entre la pollution électro magnétique produite par les lignes THT, et le cancer.
Une étude réalisée récemment par le CRIIREM (Centre de Recherche et d’Information Indépendant sur les Rayonnements Electro Magnétiques) évoque des « problèmes de santé, trouble du sommeil, de la mémoire, de l’audition, maux de tête, irritabilité, états dépressifs  »... voire des maladies graves... des cancers.
L’étude précise avoir relevé des risques de leucémie qui augmenterait de 69% pour les enfants habitants à moins de 200 mètres d’une ligne THT. lien
Alors que l’électricité produite par les petites unités de production a vocation à être consommée sur place.
En effet, tout comme le photovoltaïque, l’éolien peut être destiné aux maisons, aux immeubles.
Il existe différents types d’éoliennes, à axe horizontal, ou vertical, produisant de l’énergie en quantité, sans pour autant avoir besoin de la transporter, ce qui génère habituellement un gros gaspillage énergétique.
C’est entendu, les plus courantes des éoliennes « ménagères » sont à axe horizontal, mais celles qui ont un axe vertical ne sont pas à dédaigner.
D’abord parce qu’elles s’intègrent plus facilement au paysage, ensuite parce qu’elles sont d’un encombrement plus faible.
N’oublions pas aussi les éoliennes à voilure tournante, qui s’orientent suivant la direction du vent.
Mais voilà, ce gouvernement veut freiner cette énergie propre et renouvelable.
Car c’est bien là toute la contradiction de Macron, et de son gouvernement, porté par le concept du « en même temps  ».
Il affirme vouloir faire la transition, mais alors qu’il va enfin fermer la vieille centrale de Fessenheim, fermeture actée il y a 8 ans, il freine l’éolien, et surtout il envisage 6 nouvelles centrales nucléaires, des EPR en l’occurrence, (lien) alors que celui de Flamanville affiche un budget qui a dépassé toutes les prévisions, passant de 3,3 milliards d’euros, à plus de 12..., pour l’instant, avec en prime des retards considérables, et des failles de conception. lien
Ajoutons pour la bonne bouche que le prix du KW nucléaire EPR atteint des sommets.
Comme son prix est de 7000 € le kW installé, (lien) le consommateur français devra bientôt débourser 120 € le MWh pour l’électricité nucléaire, façon EPR, contre 50/79 € le MWh éolien. lien
Cela est certainement dû au faible coût de construction d’une grande éolienne...500 000 €...bien loin des milliards gaspillés pour le nucléaire.
Finalement, ce gouvernement qui, à l’approche des municipales, avec les présidentielles en ligne de mire, tente de se faire passer pour le champion de la transition, reste toujours dans le domaine de la déclaration d’intention, juste histoire de séduire l’électeur.
Mais qui sera dupe ?
Hervé Kempf, dans les colonnes de Reporterre n’hésite pas à qualifier Macron de bouffon de l’écologie. Lien
Pas étonnant dès lors que 1000 scientifiques viennent de lancer un appel dénonçant l’inaction climatique du gouvernement, et appellent à la rébellion, à la désobéissance civile.
Comme ils l’écrivent : « pour ne parler que du climat, nous avons déjà dépassé le 1° C de température supplémentaire par rapport à l’ère industrielle, et la concentration de CO² dans l’atmosphère n’a jamais été aussi élevée depuis plusieurs millions d’années (...) cette inertie ne peut plus être tolérée (...) les observations scientifiques sont incontestables, et les catastrophes se déroulent sous nos yeux. Nous sommes en train de vivre la 6ième extinction de masse, plusieurs dizaines d’espèces disparaissent chaque jour,  ». lien

Comme dit mon vieil ami africain : « Celui qui désire la pluie doit accepter la boue  ».

agoravox.fr