dimanche 27 mai 2012

Je marche, camarade !

Jean-Luc Mélenchon  


Voici une note bien trop longue. Mais les jours passant, chaque morceau étant écrit, mon attention et les faits me tiraient encore à hue et à dia. Ce que je publie va de même. Une part de la suite est déjà écrite. Mais durera-t-elle assez pour valoir la peine ? Ici il est question de notre fabuleux rassemblement sur la place de la mairie à Strasbourg, puis de la venue d’Alexis Tsipras, du sommet du G8 et de divers autres sujets qui me sont venus au clavier en courant tout seul.

À cette place je vous donne une information qui peut intéresser quelques-uns de mes lecteurs. Sachez que le dimanche 3 juin prochain j’organise une marche « l’Humain d’abord » dans le Pas-de-Calais. Nous partirons de la commune de Montigny en Gohelle dans la très disputée 11ème circonscription du Pas-de-Calais. On démarre à 15h30 du Puits Dahomey, rue de la Libération. En chemin, il y a deux haltes. Puis on arrive à 17h aux Grands bureaux des mines sur la commune de Billy-Montigny. D’où vient l’idée ? D’un fait historique. En 1941, en pleine occupation nazie, Emilienne Mopty organise des marches de femmes en soutien aux mineurs grévistes qui défient les nazis. Les femmes du bassin minier, épouses, mères, filles, travailleuses, résisteront aux côtés des 100.000 mineurs qui refusent l’exploitation barbare de l’envahisseur. A l’image de cet esprit de résistance et de fraternité, nous marcherons ce dimanche 3 juin pour nos revendications et pour montrer notre détermination à faire vivre la fraternité et la solidarité entre tous. Vu ? Vient qui veut. Seul ou en cortège. Couleur rouge de rigueur en drapeau ou en habit. Fanfares et instruments appréciés.

Je peux dire que c’était un événement. Un vrai. La place Broglie à Strasbourg pleine de monde et de drapeaux rouges ce mardi soir! Quel moment ! Strasbourg ! Ma candidature y a recueilli 11 % des suffrages, à la moyenne nationale. Et nous avons obtenu plus de sept pour cent dans le département. Convoqué en cinq jours, le rassemblement du Front de Gauche a été un succès total. Et, disons-le, aussi un peu imprévu. En effet personne n’a jamais fait cela depuis De Gaulle en 1947 ! Et le football en 1979. Ce mardi, notre rassemblement fut donc davantage qu’une réunion réussie dans une campagne électorale. C’est un évènement en soi. Notre Front de Gauche est passé, ici aussi, à une autre échelle. Il est devenu un fait de la société alsacienne, intimement lié à sa nouvelle réalité, bigarrée et socialement plus avancée que ne le pensaient maints observateurs. Le jeune Parti de Gauche y joue un rôle central et moteur que personne ne pense à discuter. Si j’en parle c’est parce que j’ai pu ensuite faire la connaissance des cadres de cette organisation. J’ai été frappé par leur jeunesse et par leur mixité. Ages, métiers, origines géographiques, la diversité des recrutements saute aux yeux. Le lien des générations aussi. De même que les traditions naissantes d’organisation très méthodique que je constate avec bonheur. A mes yeux, les amis qui s’organisent méthodiquement et pratiquent entre eux cette discipline d’action qui les unit librement, font preuve d’un haut niveau de conscience politique. Car c’est la façon la plus nette et la plus claire de prendre au sérieux nos propres diagnostics historiques. Comment peut-on autrement se dire conscient de l’arrivée de la saison des tempêtes et agir à la va comme je te pousse sans ordre dans le travail à accomplir ni méthode. Un camarade qui travaille de nuit m’a dit « j’ai trop peu de temps libre pour le gaspiller ». Je pense de même. Je vais plus loin. Je crois que la liberté individuelle est le plus puissant moteur d’action et d’implication personnelle. C’est pourquoi il est si important de ne jamais attendre les consignes pour agir. Et pour prendre l’initiative par petits groupes d’affinités où que l’on se trouve. Cette façon de faire est toujours économe de moyens, de temps et d’énergie, je l’ai constaté maintes fois. De plus elle enracine notre mouvement. Je veux dire qu’elle le libère du poids toujours nivelant que donne la personnalisation de la politique médiatisée. Le rassemblement de Strasbourg a été une magnifique confirmation du meilleur de ce que nous sommes capables de faire avec ces méthodes simples mais si efficaces lorsqu’elles combinent la motivation individuelle et l’action collective.
Autre rendez-vous extraordinaire lundi à Paris ! À l’initiative du Parti de la Gauche Européenne et de son président Pierre Laurent, nous recevions Alexis Tsipras. Je ne le présente pas. Bon, si. Il le faut bien, pour respecter les conventions d’écriture. Celles-ci imposent qu’on définisse et situe tout ce dont on parle par respect pour le lecteur. Alors faisons juste quelques mots. Alexis Tsipras est le premier de cordée de la coalition Syriza. Syriza peut être comparée au Front de Gauche. À ceci près, entre autre chose, qu’un parti communiste sur deux que compte le pays n’en est pas membre et qu’une scission a eu lieu qui en a vu partir un groupe qui penchait pour un accord avec le Pasok. Le Pasok est le parti socialiste grec. Personne ne parle du Pasok en Grèce comme d’un parti de gauche. Ni même lui. Même si son chef est bien le président en exercice de l’internationale socialiste. Ce parti-là est plutôt tribal et propriété personnelle de quelques familles où l’on se succède de père en fils. C’est le cas de Georges Papandréou, fils de Andréas Papandréou et petit-fils de Georges Papandréou, trois générations de Papandréou ayant été Premiers ministres de leur pays. Sexy, n’est-ce pas ? En Grèce, la gauche c’est Syriza. Hors des frontières grecques Syriza devient « d’extrême-gauche », de « gauche radicale » et même « d’ultra gauche » selon le degré de malveillance ou d’ignorance du commentateur. La coalition Syriza recueillait 4,6% des voix en 2009. Aux dernières élections elle a recueilli 18% des suffrages. Aux prochaines en juin prochain elle est créditée de 28% des intentions de vote. Donc elle est annoncée comme la première force politique en Grèce. Alexis devrait donc gouverner son pays dans un mois. Cette nouvelle est un cauchemar pour les gouvernements autoritaires. Toute l’Europe du fric est tétanisée. Mais que va faire cet homme qui refuse absolument le mémorandum ? Croit-il réellement ce qu’il dit ?

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Qui veut la peau de l'éolien ?


Arnaud Gossement   


Les éoliennes ne sont pas seulement victimes d'une guérilla judiciaire par leurs opposants. Elles sont également la cible d'une bataille de communication qui utilise l'arme du droit pour tenter de dégrader l'image qu'ont nos concitoyens de cette énergie verte. L'arrêt rendu par le Conseil d'Etat le 15 mai en offre un nouvel exemple. Saisi par une association d'opposants, le Conseil d'Etat n'a pas annulé le mécanisme d'achat de l'électricité éolienne, mais renvoyé l'affaire devant la Cour de justice de l'Union européenne. Encore un an de procédure en perspective, mais pendant ce temps le financement de l'énergie du vent n'est pas menacé : c'est une thèse.
Elle est peut-être fausse. Les professionnels de l'éolien doivent se garder en effet de tomber dans le piège que leur tendent leurs adversaires : le combat mené contre les moulins à vent devant les tribunaux et au Parlement n'est pas qu'un combat juridique. Ce combat n'a pas pour seul but d'ensevelir les aérogénérateurs sous des tonnes de nouveaux textes, de contraintes administratives et de recours en justice. Ce combat a aussi pour objet d'écorner l'opinion positive portée sur ces machines.
Celles-ci sont généralement associées à l'écologie, à la lutte contre le changement climatique, à une énergie propre par opposition aux nuisances des énergies fossiles ou nucléaires. Nombre d'ONG ont mis des éoliennes sur leurs sites internet pour symboliser leur revendication d'un monde plus propre. Les opposants ont bien compris cet avantage de l'éolien et donc décidé de l'associer à d'autres concepts, d'autres images, bien plus anxiogènes, bien moins romantiques. Le matraquage juridique dont sont l'objet les éoliennes tend à ce que leur nom soit plus souvent associé à de nouvelles réglementations, à des initiales peu désirables - ICPE, ZDE, SRE, SRCAE -ou à des considérations financières, comme celle relative au tarif d'achat, qui était en jeu devant le Conseil d'Etat. En 2010, le classement ICPE des éoliennes, soit leur soumission aux mêmes règles que les établissements industriels dangereux, a été le point d'orgue de cette stratégie d'avilissement de l'image de l'éolien : pour la première fois, les antiéoliens ont pu prétendre qu'il fallait désormais parler d'« éolien industriel » et non d'« énergie verte ».
Depuis, il n'est plus question que de cohabitation des éoliennes avec les radars, de rédaction d'une étude de dangers, de calcul des capacités techniques et financières, de l'exploitant, de remise en état du site, etc. La réponse à apporter à ce harcèlement législatif et judiciaire ne doit donc pas être que juridique. Elle doit également être politique.
Il est grand temps que l'Etat dise enfin clairement quelle est sa feuille de route pour développer sincèrement les énergies propres dans ce pays. Proclamer des objectifs chiffrés, mais non contraignants, ne suffit pas. Une éducation à l'énergie, préalable à un vrai débat sur cet enjeu de civilisation, doit être encouragée et la chasse aux idées reçues doit être ouverte. Une chose est sûre : l'éolien n'est pas qu'une source d'énergie, c'est aussi et surtout un projet de société. Espérons que ce sera celui défendu par le nouveau président de la République !

Boycott d'Israël, c'est la seule solution

Ilan Pappe  

Ilan Pappe (né en 1954) est un historien israélien. En 2002, il était membre du Parti communiste israélien.
Ilan Pappe s'est exilé en Grande-Bretagne en 2007. Il est aujourd'hui professeur d'histoire à l'Université d'Exeter et directeur du Centre européen d'études sur la Palestine.
Il nous dit : "Le boycott d’Israël est la bonne méthode" et il nous explique comment il en est arrivé à cette conclusion 

Le texte de Ilan Pappe

J’ai été militant politique pendant presque toute ma vie d’adulte. Durant toutes ces années, j’ai cru profondément que la réalité insupportable et inacceptable d’Israël et de la Palestine ne pourrait être changée que de l’intérieur. C’est pourquoi je me suis sans cesse consacré à persuader la société juive – à laquelle j’appartiens et dans laquelle je suis né – que sa politique fondamentale était erronée et désastreuse.
Comme pour tant d’autres, les options pour moi étaient claires : Je pouvais m’engager dans la politique par le haut ou m’y opposer par le bas. J’ai d’abord adhéré au parti travailliste dans les années 80, puis au Front démocratique pour la Paix et l’Égalité (Hadash). Ce fut le moment où j’ai refusé de devenir membre de la Knesset.
En même temps, je me suis concentré sur la collaboration avec d’autres au sein des ONG d’éducation et de paix, et même sur la présidence de deux de ces institutions : l’Institut sioniste de gauche des études de la paix à Givat Haviva et l’Institut non-sioniste Emil Touma d’Études Palestiniennes. Dans ces deux groupes, les collègues âgés comme les plus jeunes ont cherché à ouvrir un dialogue constructif avec nos compatriotes, dans l’espoir d’influencer la politique du moment en vue d’une réconciliation à venir. C’était principalement une campagne d’information sur les crimes et les atrocités commis par Israël depuis 1948 et un appel à un avenir qui reposerait sur les droits humains et civiques.
Pour un militant, se rendre compte que le changement de l’intérieur est inaccessible, non seulement résulte d’un processus intellectuel ou politique, mais surtout c’est admettre la défaite. C’était précisément cette peur de la défaite qui m’a très longtemps empêché d’adopter une position plus résolue.
Après presque trente ans de militantisme et de recherche historique, je me suis convaincu que l’équilibre des forces en Palestine et en Israël, faisait obstacle à toute possibilité de transformation au sein de la société israélienne juive dans un avenir prévisible. Bien que plutôt sur le tard, j’en suis venu à me rendre compte que le problème n’était ni une politique particulière ni un gouvernement particulier, mais un enracinement très profond dans l’infrastructure idéologique qui influence les décisions israéliennes sur la Palestine et les Palestiniens depuis 1948. J’ai déjà décrit cette idéologie comme un hybride entre le colonialisme et le romantisme romantique. [1]
Aujourd’hui, Israël est un redoutable état colon-colonialiste qui refuse de changer et de compromettre et qui ne demande qu’à écraser par tous les moyens nécessaires, la résistance – quelle qu’elle soit – à son contrôle et à son autorité en Palestine historique. À commencer par le nettoyage ethnique de 80 pour cent de la Palestine en 1948, et l’occupation par Israël des derniers 20 pour cent du pays en 1967, les Palestiniens d’Israël sont enfermés dans des méga-prisons, des bantoustans et des cantons assiégés, et mis à part au moyen de politiques discriminatoires.
Pendant ce temps, des millions de réfugiés palestiniens partout dans le monde n’ont aucune possibilité de retourner chez eux, et les années n’ont fait qu’affaiblir, si ce n’est annihiler, toute contestation contre cette infrastructure idéologique. À ce moment précis où j‘écris ces lignes, l’état-colon israélien continue sans cesse sa colonisation et le déracinement de la population autochtone de la Palestine.
L’occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, l’oppression des Palestiniens à l’intérieur d’Israël, et la négation du droit au retour des réfugiés continueront tant que ces politiques (occupation, oppression et déni) seront présentées comme un accord de paix global destiné à être approuvé par des interlocuteurs palestiniens et arabes obéissants.
Message que les pays étrangers envoient à Israël : la paix n’exige pas une transformation issue de l’intérieur. En conséquence, on peut conclure sans risque de se tromper que le processus de paix a dissuadé le colonisateur et l’occupant de transformer sa mentalité et son idéologie. Tant que la communauté internationale attendra que les opprimés transforment leurs positions, alors qu’elle approuve celles tenus par l’oppresseur depuis 1967, cette occupation restera la plus brutale que le monde ait jamais vue depuis la Seconde Guerre mondiale.
Les annales du colonialisme et de la décolonisation nous apprennent que la fin de la présence et de l’occupation militaires était une condition sine qua non pour qu’au moins commencent les sérieuses négociations entre colonisateurs et colonisés.
La fin inconditionnelle de la présence militaire dans la vie de plus de trois millions de Palestiniens devrait être la condition préalable pour n’importe quelle sorte de négociation, ce qui ne peut se développer qu’à partir du moment où les relations entre les deux partis ne sont pas oppressives, mais au contraire, sur pied d’égalité.
Dans la plupart des cas, l’occupant ne s’est pas décidé à partir. On l’a forcé à s’en aller, généralement à la suite d’un long combat sanglant. On a tenté cela sans grand succès dans le conflit israélo-palestinien. Dans quelques cas, le succès s’est réalisé au moyen d’une pression extérieure sur la puissance ou l’état hors-la-loi à l’ultime stade de décolonisation. Cette dernière stratégie est plus séduisante. En tout cas, le paradigme israélien de « paix » ne changera pas, à moins qu’une pression s’exerce de l’extérieur ou qu’il y ait une contrainte sur le terrain.
Avant même de commencer à définir plus précisément ce que suppose la pression extérieure, il ne faut pas confondre les moyens (la pression) avec le but (trouver une formule pour vivre ensemble). En d’autres termes, il est important de souligner que la pression a pour objectif de déclencher de sérieuses négociations, de ne pas prendre leur place. Par conséquent, tandis que je pense toujours que le changement de l’intérieur est essentiel pour une solution durable au problème des réfugiés, à la situation difficile de la minorité palestinienne en Israël et à l’avenir de Jérusalem-Est, on doit prendre d’abord d’autres mesures pour y arriver.
Quelle sorte de pression est-il nécessaire d’exercer ? L’Afrique du Sud a fourni l’exemple historique le plus éclairant et édifiant à ceux qui dirigent ce débat, tandis que, sur le terrain, les militants et les ONG sous occupation ont cherché des moyens non-violents pour à la fois résister à l’occupation et développer les formes de résistance qui se distancient des attentats suicides et de la kyrielle de roquettes Qassam tirées depuis Gaza. Ces deux impulsions ont provoqué la campagne BDS contre Israël. Ce n’est pas une campagne coordonnée menée par quelque cabale secrète. Elle a commencé sous la forme d’un appel venu de la société civile sous occupation, sanctionné par d’autres groupes palestiniens et transformé en actions individuelles et collectives partout dans le monde.
Les formes et les objectifs de ces actions varient, du boycott des produits israéliens à la rupture des liens avec les institutions académiques d’Israël.
Certaines sont des manifestations individuelles de protestation ; d’autres sont des campagnes organisées. Ce qu’elles ont en commun, c’est leur message d’indignation devant les atrocités sur le terrain en Palestine – mais l’élasticité de la campagne l’a transformée en un vaste processus capable de produire un état d’esprit et un climat nouveaux parmi le public, sans point central clairement déterminé.
Pour les quelques Israéliens qui ont soutenu la campagne dès le début, ça a été un moment définitif qui exposait nos positions sur les origines, la nature et la politique de notre état. Mais avec du recul, cela semble avoir apporté un soutien moral qui a contribué au succès de la campagne.
Soutenir le mouvement BDS reste un acte radical pour un militant de la paix israélien. Celui-ci s’exclut immédiatement du consensus et des idées répandues en Israël. Les Palestiniens paient plus chèrement leur combat, et ceux parmi nous qui choisissent ce chemin ne doivent s’attendre ni à une récompense ni même à des éloges.
Au contraire, cette action exige qu’on se confronte directement avec l’état, sa propre société et très souvent les amis et la famille. En réalité, c’est franchir la dernière ligne rouge – dire adieu à la tribu. Mais il n’y a vraiment aucune autre alternative. Toute autre option – de l’indifférence, à travers la critique modérée et jusqu’à l’adhésion totale à la politique israélienne – est une décision volontaire d’être le complice des crimes contre l’humanité. L’esprit fermé du public en Israël, l’emprise continuelle des colons sur la société israélienne, le racisme inné dans la population juive, la déshumanisation des Palestiniens, l’armée et l’industrie directement intéressées au maintien des territoires occupés – tout ceci veut dire qu’on doit s’attendre à une très longue période d’occupation brutale et oppressive. Ainsi, la responsabilité des Juifs israéliens est bien plus grande que celle de quelqu’un d’autre qui participe à la promotion de la paix en Israël et en Palestine. Les Juifs israéliens en viennent à se rendre compte de ce fait, et c’est pourquoi le nombre de ceux qui sont d’accord pour faire pression sur Israël de l’extérieur, grandit de jour en jour. C’est encore un très petit groupe, mais il forme vraiment la base du futur camp de la paix israélien.
On peut tirer beaucoup de leçons du processus d’Oslo. Là-bas, les Israéliens ont utilisé le langage de la paix comme moyen de maintenir l’occupation (avec l’aide des dirigeants palestiniens qui sont devenus la proie des tactiques de déception israéliennes), ce qui veut dire que les « colombes » aussi bien que les « faucons » ont mis leur veto à la fin de l’occupation, lesquels n’avaient aucun intérêt à y mettre fin. C’est pourquoi le monde dans son ensemble doit exercer une pression concentrée et efficace sur Israël. Une telle pression s’est montrée fructueuse dans le passé, particulièrement dans le cas de l’Afrique du Sud ; et la pression est également nécessaire pour empêcher les pires hypothèses de devenir des réalités.
Après le massacre de Gaza en janvier 2009, il était difficile de voir comment les choses pouvaient empirer, pourtant elles le peuvent : sans aucune fin à l’expansion des colonies, avec les assauts ininterrompus contre Gaza, le répertoire israélien du mal n’est pas encore épuisé. Le problème est que les gouvernements européens, et les États-Unis en particulier, ne sont pas près de sanctionner la campagne BDS. Mais on se souvient des tribulations de la campagne de boycott contre l’Afrique du Sud, qui avait son origine dans les sociétés civiles, non dans les allées du pouvoir.
À bien des égards, la nouvelle la plus encourageante arrive d’un endroit plutôt inattendu : les campus des États-Unis. L’enthousiasme et l’engagement de centaines d’étudiants de ce pays ont aidé, dans les dix dernières années, à introduire l’idée de désinvestissement dans la société américaine – société que les militants de la campagne internationale pour la Palestine considéraient comme une cause perdue. Ils font face à des ennemis redoutables : l’ « AIPAC » cynique et efficace et aussi les fanatiques chrétiens sionistes. Mais ils offrent une nouvelle façon de s’engager auprès d’Israël, non seulement pour les Palestiniens, mais aussi pour les Juifs partout dans le monde.
En Europe, une admirable coalition de Musulmans, de Juifs et de Chrétiens fait avancer ce programme, face aux accusations d’antisémitisme. La présence de quelques Israéliens parmi eux aide à repousser ces allégations méchantes et totalement fausses. Je ne considère pas le soutien moral et actif d’Israéliens comme moi, comme l’élément le plus important de cette campagne. Mais les relations avec les dissidents progressistes et radicaux israéliens sont essentielles pour la campagne. Ils constituent en Israël un pont avec un public plus large qui devra, en fin de compte, être incorporé. Traité en paria, Israël abandonnera, avec un peu de chance, sa politique de crimes de guerre et d’abus des droits de l’homme. Nous espérons donner les pleins pouvoirs à ceux qui se trouvent à l’extérieur, engagés dans la campagne, et nous avons nous-mêmes les pleins pouvoirs de par leurs actions.

Il semble que nous devons tous avoir des objectifs clairs et rester vigilants contre les généralisations simplistes sur le boycott qui est « contre Israël du fait que celui-ci est juif, ou contre les Juifs du fait qu’ils sont en Israël ». C’est tout simplement faux. Il faut compter avec les millions de Juifs d’Israël. C’est un organisme vivant qui fera toujours partie d’une future solution. Cependant, notre devoir sacré est en premier de mettre fin à l’occupation oppressive et d’empêcher une autre Nakba ; et le meilleur moyen d’y arriver est une campagne soutenue de boycott et un désinvestissement."

Traduit de l'Anglais par Chantal C. pour CAPJPO-EuroPAlestine

Source originale : The One Democratic State Group


La crise de la démocratie européenne

Amartya Sen - The New York Times - 

S’il était besoin d’une preuve de la maxime disant que le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions, la crise économique en Europe, en fournit une. Les bonnes - mais étroites - intentions des décideurs de l’Union européenne ont été insuffisantes pour une économie européenne saine et ont produit, au lieu de cela un monde de misère, de chaos et de confusion.

Il y a deux raisons à cela.
Tout d’abord, les intentions peuvent être respectables sans être lucides, et les fondements de la politique d’austérité actuelle, combinée avec les rigidités de l’union monétaire de l’Europe (En l’absence d’une union fiscale), n’ont guère été un modèle de puissance et de sagacité.
Deuxièmement, une intention qui est bonne en soi peut entrer en conflit avec une priorité plus urgente - dans ce cas, la préservation d’une Europe démocratique qui se préoccupe du bien-être sociétal. Ce sont des valeurs pour lesquelles l’Europe a combattu, pendant de nombreuses décennies.
Certes, certains pays européens ont depuis longtemps besoin d’une meilleure politique économique et d’une gestion économique plus responsable. Cependant, le timing est essentiel, une réforme sur un calendrier bien pensé doit être distinguée d’une réforme faite dans l’extrême hâte. La Grèce, pour l’ensemble de ses problèmes de trésorerie, n’était pas en crise économique avant la récession mondiale en 2008. (En fait, son économie a augmenté de 4,6% en 2006 et 3% en 2007 avant de commencer sa détérioration continuelle.)
La cause de la réforme, peu importe son degré d’urgence, n’est pas bien servie par l’imposition unilatérale de réductions soudaines et sauvages dans les services publics. Ces barres de coupe aveugles exigent - une stratégie contre-productive, étant donné le chômage énorme et le ralentissement de la productivité des entreprises qui ont été décimées par l’absence de demande du marché. En Grèce, l’un des pays laissés derrière pour compte par les gains de productivité ailleurs, la stimulation économique par la politique monétaire (La dévaluation de la monnaie) a été empêché par l’existence de l’union monétaire européenne, alors que le paquet fiscal exigé par les dirigeants du continent est sévèrement nuisible à la croissance. La production économique dans la zone euro a continué de baisser au quatrième trimestre de l’année dernière, et les perspectives ont été si sombres qu’un récent rapport trouvant une croissance nulle au premier trimestre de cette année a été largement salué comme une bonne nouvelle.
Il existe, en fait, beaucoup de preuves historiques indiquant que le moyen le plus efficace pour réduire les déficits est de combiner la réduction du déficit avec une croissance économique rapide, qui génère plus de revenus. Les énormes déficits après la Seconde Guerre mondiale ont en grande partie disparu avec la croissance économique rapide, et quelque chose de semblable s’est passé pendant la présidence de Bill Clinton. La réduction saluée du déficit budgétaire suédois de 1994 à 1998 a eu lieu parallèlement à une croissance assez rapide. En revanche, les pays européens sont aujourd’hui appelés à réduire leurs déficits tout en restant coincés dans une croissance économique nulle ou négative.
Il y a sûrement des leçons à tirer ici de John Maynard Keynes, qui avait compris que l’Etat et le marché sont interdépendants. Mais Keynes avait peu à dire sur la justice sociale, y compris les engagements politiques avec lesquels l’Europe a émergé après la Seconde Guerre mondiale. Ces négociations ont abouti à la naissance de l’État-providence moderne et des services nationaux de santé -à ne pas soutenir une économie de marché, mais à protéger le bien-être de l’homme.
Bien que ces questions sociales n’engagent pas Keynes profondément, il y a une vieille tradition en économie de combiner l’efficacité des marchés avec la fourniture de services publics que le marché ne peut pas être en mesure de délivrer. Comme Adam Smith (Souvent considéré de manière simpliste comme le premier gourou de l’économie de marché) l’a écrit dans “The Wealth of Nations,” il y a “deux objets distincts“ d’une économie : “premièrement, de fournir un revenu ou un moyen de subsistance abondant au peuple, ou, plus correctement, de leur permettre de se fournir un tel revenu ou moyen de subsistance pour eux-mêmes, et d’autre part, de fournir à l’Etat ou au groupe d’Etats un revenu suffisant pour les services publics”.
Peut-être l’aspect le plus troublant du malaise actuel de l’Europe est-il le remplacement des engagements démocratiques par des diktats financiers – opérés par les dirigeants de l’Union européenne et la Banque centrale européenne, et indirectement par des agences de notation, dont les jugements ont été notoirement malsains.
Le débat public participatif - le “gouvernement par la discussion" exposé par des théoriciens de la démocratie comme John Stuart Mill et Walter Bagehot - aurait pu identifier les réformes appropriées sur une période de temps raisonnable, sans mettre en péril les fondements du système européen de justice sociale. En revanche, des réductions drastiques dans les services publics avec que très peu de discussion générale sur leur nécessité, leur efficacité ou leur équilibre ont révolté une grande part de la population européenne et ont joué le jeu des extrémistes des deux extrémités du spectre politique.
L’Europe ne peut se relancer sans aborder deux domaines de la légitimité politique. Tout d’abord, l’Europe ne peut pas se remettre des vues unilatérales - ou des bonnes intentions – d’experts sans raisonnement public et sans le consentement éclairé de ses citoyens. Étant donné le mépris transparent pour leur public, il n’est pas surprenant que, élection après élection le public ait montré son mécontentement en votant contre les titulaires de leurs mandats.
Deuxièmement, la démocratie et la chance de créer une bonne politique sont compromises lorsque des politiques inefficaces et d’une injustice flagrante sont dictées par les dirigeants. L’échec évident des mesures d’austérité imposées à ce jour a compromis non seulement la participation du public - une valeur en soi - mais aussi la possibilité d’arriver à une solution sensible, et chronométrée de manière sensible.

On est sûrement bien loin de “l’Europe démocratique unie" que les pionniers de l’unité européenne ont recherché.

Amartya Sen, le 22 mai 2012.

Note : Amartya Sen est professeur d’économie et de philosophie à l’université d’Harvard, et l’auteur, tout récemment, de “The Idea of Justice.”
Source : The Crisis of European Democracy

Le Grand Soir

Libertés : Les étudiant(e)s du Québec nous parlent au creux de l’oreille

Gilles Devers

Pour casser le mouvement de protestation des étudiant(e)s, le gouvernement québécois a adopté en urgence, ce 18 mai, une loi obligeant à une déclaration préalable pour stoute manifestation de plus de 50 personnes. S’en est suivie une levée de boucliers dans toute la société, et les étudiant(e)s ont engagé un recours pour contester la constitutionnalité de cette loi.

québec,liberté de manifestation,liberté d'expressionLe débat est intéressant pour le Québec… et pour la France, car c’est ce régime de déclaration préalable que nous connaissons, et ce depuis le décret-loi du 23 octobre 1935 « portant réglementation des mesures relatives au renforcement du maintien de l'ordre public ».
Selon l’article 1 de ce texte, "sont soumis à l'obligation d'une déclaration préalable, tous cortèges, défilés et rassemblements de personnes, et, d'une façon générale, toutes manifestations sur la voie publique".
Les Québécois se rebellent contre cette loi, alors que nous nous accommodons bêtement d’un régime encore plus restrictif, hérité de la période la plus troublée de la société française. On perd tout dans ses fers, comme disait l’ami Rousseau, même le désir de s’en libérer. N'oublions jamais que les plus belles libertés ont commencé dans la rue.

L’histoire de la Loi 78 

Au Québec, le mouvement de contestation étudiant portant sur le montant des droits d’inscription, a dérivé en conflit social majeur. En mars 300 000 des 400 000 étudiants étaient en grève. Le gouvernement a répliqué par une loi – la Loi 78 du 18 mai 2012 – qui remet en cause la liberté de manifester. Le conflit s’est déplacé, devenant un débat sur les libertés. Les associations étudiantes, appuyées par 70 organisations syndicales, sociales, environnementales et communautaires, ont déposé hier deux requêtes devant la Cour supérieure du District de Montréal.
La première vise à obtenir la suspension de l'application de certaines dispositions de la loi en l’attente d’une décision sur le fond. Elle devrait être examinée pour une première audience ce mercredi.
La deuxième a pour objet de faire invalider la loi dans son ensemble, les requérants l'estimant inconstitutionnelle et violant les principes du droit international tel que définis par le Pacte des droits civils et politiques de 1966. L’audience est fixée 3 juillet.
Léo Bureau-Blouin, le porte-parole de la Fédération Etudiante Collégiale du Québec (FECQ), a trouvé le bon ton : « Il s'agit de la plus grande affaire constitutionnelle de l'histoire du Québec par le nombre de parties demanderesses et de personnes concernées, soit 1,5 million de Québécois. Nous n'instrumentalisons pas le système de justice. Nous sommes inquiets de voir le gouvernement s'attaquer à des droits fondamentaux ».
La loi impose de donner un avis huit heures avant la tenue d'une manifestation d'au moins 50 personnes, interdit les manifestations spontanées, et prévoit des sanctions financières lourdes. Les étudiants estiment qu’une série de dispositions de cette loi visent en fait à permettre à la police de gérer discrétionnairement les manifestations et la liberté d’expression, de telle sorte que ces libertés sont constitutionnellement atteintes. Ils soulignent le processus d’adoption de la loi qui vise effectivement à les priver du seul moyen d'action réel pour exprimer leurs revendications et obtenir un soutien. Léo Bureau-Blouin ajoute : « Le gouvernement connaît nos moyens. Il a fait la loi sur mesure pour détruire les associations étudiantes, particulièrement celles qui sont qui sont combatives ».
D’ici là, les étudiant font leur compte pour voir s'ils pourront payer les amendes... La mobilisation, comme le moral, semblent au beau fixe car un tel mouvement repose sur des ressorts puissants qui dépassent, et de loin, la question des droits d’inscription à l’université. Le Barreau a estimé la loi inacceptable de la loi et les étudiants ont le soutien de 45 professeurs de droit. Plus de 500 avocats se sont portés bénévoles pour aider les étudiants.
Le gouvernement Charest a confié sa défense au ministre des Transports (d’allégresse ?), Pierre Moreau, qui ne se montre pas impressionné par le caractère massif du recours : « J'ai plaidé assez longtemps pour savoir que ce qui est important ce n'est pas le nombre de demandeurs, c'est la qualité des représentations. Le gouvernement n'a pas préparé la loi sur le coin d'une table, on a des constitutionnalistes, des légistes qui pensent que la loi va résister ».

Les textes de référence

Les textes de références sont d’une rédaction très sobre.
- Charte québécoise des Droits et Libertés de la personne
Article 3 : « Toute personne est titulaire des libertés fondamentales telles la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d’opinion, la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association ».
- Charte canadienne des droits et liberté
Article 2. Chacun a les libertés fondamentales suivantes :
a) liberté de conscience et de religion;
b) liberté de pensée, de croyance, d'opinion et d'expression, y compris la liberté de la presse et des autres moyens de communication;
c) liberté de réunion pacifique;
d) liberté d'association.

Alors cette requête ?

Voici le texte de la requête argumentant la négation de la liberté de réunion pacifique et de la liberté d’expression. La totalité du texte ici.

Actualités du Droit


Le temps nouveau

Jean Saint-Vil

Le temps nouveau est très trompeur
Comme un rêve empreint de cauchemar
Et qui fait que la nuit fait peur.

Le temps nouveau n'est que retour
Des récurrences des temps passés
Que l’on croyait morts oubliés.

Le temps nouveau n’est que gadget
Dans la gamme de ses faux-départs
Qui prennent les rêves pour le réel,
Et vice versa pour ne pas dire recto verso.

Le temps nouveau n’est que feu de paille
Et cendres qui couvent sous les braises
En attendant le vent qui souffle
Pour de nouveaux retours en force.

Jean SAINT-VIL
le 20 mai 2012

Citation de G.S.Boutwell


... Le Rêve Américain mourra - sur des champs de batailles à travers le monde - et une nation conçue dans la liberté détruira la liberté des Américains et imposera la tyrannie pour assujettir les nations.

George S. Boutwell - (1818-1905), Secrétaire du Trésor sous le Président Ulysses S. Grant, Governeur du Massachusetts, Sénateur and Représentant du Massachusetts
#1930