Oeuvre d'Odilon Redon
(Cet article est publié en version française et en version originale espagnole)
Dites-moi ce qu'est un arbre/
Dites-moi le chant d'une rivière/
quand il se couvre d'oiseaux
Marcos Ana
quand il se couvre d'oiseaux
Marcos Ana
Almodóvar filmera la vie de l'homme qui a passé le plus de temps dans les geôles du franquisme. Sans rêves de vengeance, Marcos Ana continue de lutter contre le fascisme. Son histoire est témoignage des oiseaux sans ailes de cette barbarie ; c'est aussi une fête de tendresse qui hisse la Bonté au-delà de toute horreur.
Marcos Ana, poète et Quichotte. Un emblème universel de la lutte pour la liberté —89 ans, aujourd'hui— lui qui a été incarcéré dans les prisons du franquisme entre 1939 et 1961. Il a connu la frayeur dans sa peau, dans son cœur, et au travers des yeux de ses compagnons ; il a découvert l'opprobre aux mains des tortionnaires : des mains étrangères à la vie qui seulement le dimanche cessaient de massacrer, parce qu'alors les bourreaux priaient dans l'Église, avec le chapelain. Mais il a aussi connu des ravissements : dans les cachots du fascisme espagnol, Marcos Ana a « adopté » —comme l'on adopte un bébé— une fleur innocente, née dans la fêlure ténébreuse de la paroi la plus cruelle.

Marcos Ana
Juché aux barreaux et châtié durement pour cette raison, il s'extasiait sur chaque pleine lune dont —grâce à son obstination— il pouvait jouir. Tel qu'un contrebandier, grille à grille, il distillait la poésie de Neruda et ses propres vers, comme une litanie qui invoquait la liberté. Il avait seulement 19 ans quand il a chu dans cet enfer du Régime, et vingt-trois de plus quand —comme une salve d'oiseaux heureux— il a pu quitter la cage pour embrasser la clarté de la lumière.
Lumière aveuglante pour lui, qui ne connaissait que les ténèbres. Mais la vie, qui ne lui avait accordé que sa main mesquine, lui arrivait enfin mains offertes. Entre tous ses dons, elle l'a doté de voyages, de reconnaissance mondiale —l'accolade de l'humanité— de la possibilité de lutter et lui a révélé la poésie. Elle lui a dévoilé l'amour et le sexe… à 42 ans. Elle était jeune et brune, mince, belle et subtile. Elle s'appelait Isabel Peñalba et avait le regard bleu.
Seront-ce les yeux de Penelope Cruz, l'actrice fétiche d'Almodóvar, ceux qui le regarderont depuis ce bleu d'Isabel ? Qui sait ? D'abord, le réalisateur terminera le tournage « Les étreintes brisées » et, peut-être commencera-t-il celui de « La peau que j'habite ». Alors, il se consacrera à « Dites-moi ce qu'est un arbre », le dernier livre de Marcos Ana ; l'œuvre qui parcourt le monde avec ses mémoires de prison et de vie, flamboyantes d'humeur, de la poésie de sa prose et du sens de l'existence comme un fait transcendant.
Combien de films pourraient être faits au rythme des battements de cœur de ce Quichotte ?
Quoi qu'il en soit, Almodóvar a choisi de prendre l'histoire de Marcos, « un survivant », quand il était déjà un oiseau en vol libre qui sillonnait les cieux à la sortie de l'enfer. Ce qui impressionne le cinéaste est qu'après avoir respiré tant de mort, le poète soit empreint de justice et de paix, de fraternité, de semailles, d'imagination, d'espoirs, et non de rancœur. Il se surprend de la passion du poète pour son prochain. Il s'émeut parce que dans « Dites-moi ce qu'est un arbre », notre auteur raconte —qu'à cause d'un compagnon qui l'a dénoncé— il a reçu l'une de ses deux condamnations à mort ; et, par délicatesse, il ne donne pas son nom pour éviter un préjudice à la famille du traître.
Curieuse audace d'Almodóvar, artiste au langage cinématographique baroque, dont les sujets avaient été jusqu'à présent l'amour pour sa mère et pour les femmes, la sexualité, le ménage entre l'amour et la mort, et la transmutation de l'âme. Et bien que quelques faits de l'histoire qu'il filmera justifient à première vue son choix, il y a quelque chose de central, de plus étonnant. « Marcos Ana est à l'identique d'un ange —a expliqué le réalisateur- je n'ai jamais connu si bonne personne ». À partir de ce tournage, sera-t-il possible de présumer des futurs scénarios almodovariens basés sur la valeur infinie de la bonté ?
Le regard bleu
Dites-moi comment est le baiser /d'une femme.
Donnez-moi le nom de l'amour:/
je ne m’en souviens plus
Marcos Ana
Marcos Ana
Après 23 années derrière les parois, le plus difficile fut la liberté. Apprendre à être libre. Marcos savait vivre dans la prison, où l'affection envers (et de) ses camarades était son soutien et son moteur. Bien qu'il ait été torturé jusqu'à presque en mourir ; bien qu'il ait vu assassiner tant de vies ainsi que sa jeunesse, il a gravé dans sa peau et son être les rires de ses amis et leur générosité. Avec eux il partageait la faim et le pain, les rêves et les hommages avec lesquels —dans les ombres de l'ombre et avec ingéniosité— ils honoraient les grands poètes. La prison était une « université démocratique », un foyer. Marcos a fondé les cercles littéraires, bien que l'imagination ait été sauvagement persécutée. Les geôliers devaient éviter la fuite physique des prisonniers ; et le chapelain, la fuite spirituelle. Il fallait empêcher la poésie, parce qu'elle était ennemie du système, elle était un être de plus à incarcérer… incarcérer le soleil ? Allez !
Dans la décennie des années 50 et à une cellule de châtiment inhumain ses compagnons l'ont approché, ils savaient comment —oh, quelle grâce l'imagination !—, un stylo et des poèmes de Neruda et Rafael Alberti. Il les a lus plus de mille fois et…. il a commencé à écrire ! Mais... comment garder son mot écrit ? Et ici encore une fois la créativité. Ses « collègues » de prison apprenaient de mémoire ses vers, et ceux qui récupéraient la liberté étaient recueils de poèmes parlants de Marcos Ana, connu encore comme Fernando Macarro Castillo. Un temps après, il a reçu un petit livre publié avec ses poèmes… Homme, quel bonheur ! C'était les deux premières éditions de « Je t'appelle depuis un mur », publié alors au Mexique et au Pérou.

Marcos Ana
Comme un jeu interminable de miroirs reflétés en eux-mêmes pour se multiplier, la caméra d'Almodóvar montrera aux esprits assoiffés du monde, la vie de notre personnage et concitoyen… oui ! Ça alors ! Telle succession de hasards ! … Le cinéaste est né dans La Manche, à l’égal de l’une des œuvres suprêmes de la littérature universelle : « L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche »; de même que Don Miguel de Cervantes Saavedra, son auteur, qui avait ouvert les yeux à la vie à Alcala de Henares, dans une ville de la fameuse région, où Marcos demeurait depuis ses neuf ans et subissait son premier emprisonnement… Le hasard existe-t-il ?
Vierge jusqu'à ses 42 ans, pour Fernando Macarro le monde extérieur était une légende, une fable, une fiction. Il n'y avait pas de murs, mais le ciel ; il y avait du lard ! —ce lard, son rêve d'affamé durant les 9.000 jours et nuits de sa réclusion—; il y avait des voitures, des affiches lumineuses, des magasins ... des femmes ! Il y avait une vie « normale » qu'il avait oubliée après tant d'années derrière les parois. Habitué à l'horreur et à la nécessité, les lumières l'étourdissaient, il rendait la chère qu'il avait convoitée : il se sentait dans une autre galaxie... jusqu'à ce qu'arrive sa nuit bleue.
Elle. Elle croyait qu'il était grisé et elle essayait de lui rendre l'argent, qu'il devait payer, car la jeune fille se prostituait. Fernando Macarro ne savait que faire, tout seul avec une femme et dans un hôtel ; il se sentait maladroit, étranger, désorienté, jusqu'à ce qu'il lui raconte la vérité : les 23 ans de prison et son inexpérience sexuelle. Elle s'est alors consacrée à lui avec amour : elle l'a emmené se promener par Gran Vía de Madrid et ils sont allés dîner, tandis qu'il parlait et parlait, comme une graine qui trouve sa terre fertile après la sécheresse.
Le regard bleu a pleuré. Il a tant pleuré, pendant que Fernando lui contait le seul monde qu’il n’ait jamais connu. Il a pleuré pour toutes les choses qui méritent des larmes (Jorge Luis Borges). Isabel Peñalba —c’était elle, oui— l'a ramené ensuite à l’hôtel et est parvenue à ce que Fernando lui fasse l’amour. Elle voulait qu’il renaisse, elle voulait l’inaugurer. Au petit matin, entre chocolat et beignets ils étaient unis dans le lit, et quand le poète qui venait de naître « viril » arriva de retour à sa maison, il trouva dans sa poche les cinq cents pesetas du paiement qu'elle n'avait pas voulu. Et un papier, un appel, une prière d'amour : « pour que tu reviennes cette nuit ».
Il pensa à elle toute la journée avec désir et émotion, mais la crainte de l’offenser avec l’argent —qui était avant tout, ressource d’Isabel— se mélangeait à celle de détruire le souvenir de cette nuit de magie et pureté. Il ne savait pas s’il devait y aller, et ce fût une fleur encore, qui le conforta dans sa décision. Il acheta des douzaines de fleurs aussi lumineuses que celle, née dans la paroi la plus cruelle, qu’il avait adoptée comme un bébé. Les 500 pesetas —le prix de la nuit— se transformèrent en un bouquet de boutons d’orchidées et magnolias. Il les laissa à la réception de l’hôtel, avec une carte : « Pour Isabel, mon premier amour ».
Franz Kafka a écrit que tant qu’on ne cesse de monter, les marches ne cessent pas ; sous les pieds qui montent, elles se multiplient à l’infini. Isabelle a été la marche de l’amour.
Almodóvar se réjouit dans cette courbe d’aurore, d’un tel ravissement de tendresse que les souhaits de sa caméra pourront refléter.
Avant, bien avant, le phare de Marcos avait été l'affection envers ses parents, à qui il a pensé pour honorer le pseudonyme avec lequel nous le connaissons. Il a choisi Marcos, pour son papa : oh !, cette image d'une casquette solitaire saisie dans la branche d'un arbre brisé, quand un bombardement l'a assassiné ; les yeux dévastés du fils avaient 17 ans. Il décida de s’appeler Ana, pour sa maman. Dévouée, sous son foulard noir, elle allait toujours le voir en prison ; et une fois encore, ils ne l’avaient pas laissé entrer. Le poids de son calvaire intérieur à dos, sachant son fils condamné à mort, elle avait commencé à revenir sur ses pas. Elle est tombée au sol, frappée, humiliée par les gardes.
Maman Ana est morte dans un fossé, en ce Noël de 1943 : « … qu'elle est morte à genoux, ils m'ont raconté /crucifiée dans un rondin de pleurs, /avec mon nom de fils entre ses lèvres/ en demandant à Dieu la fin de mes chaînes »
Les Feux de la Rampe
Les Feux de la Rampe
Mon péché est terrible ; /
j'ai voulu remplir d'étoiles/
le cœur de l'homme
Marcos Ana
Marcos Ana
Depuis sa libération en 1961, grâce à la pression internationale, — puisqu'il était condamné à soixante années d’emprisonnement—, il a parcouru l'Europe et une grande partie de l'Amérique brune. Il a connu Louis Aragon, Pablo Neruda, finalement Rafael Alberti et María Teresa León, Salvador Allende, Nicolás Guillén, Picasso, Yves Montand, Michel Piccoli, Prévert, Jean-Paul Sartre, Joan Báez, Miguel Ángel Asturias, Pedro Vianna et tant et plus. Il a transformé sa vie en une défense pour la liberté, contre tout autoritarisme. Il a fondé et il a dirigé à Paris, jusqu'à la fin du franquisme, le Centre d'Information et de Solidarité de l'Espagne (CISE) que Picasso a présidé. Et chaque personne qui l'interviewait, et encore aujourd'hui, repose toujours cette question : Miguel Hernández a-t-il vu dans la prison l'énorme poète à l’âme de cristal ? Oui, il l'avait vu. Au « Feu bleu de la poésie » —comme le nommait Neruda— le franquisme l'avait assassiné à 31 ans, avec une tuberculose empoisonnée, dont ses bourreaux ne s’étaient jamais occupés.

Fransico Franco est mort
Pour ses deux ans de liberté, Marcos connut Vida Sender, qui fut sa femme durant de nombreuses années. Aujourd’hui séparés, ils entretiennent une amitié toujours plus profonde et partagent l’amour de « Marquitos » qui vit avec lui. « Marquitos » —actuellement caméraman, photographe et documentaliste— est le fils du couple et la plus grande offrande que notre Quichotte ait reçu de la liberté.
Mais il y a eu d’autres rencontres. Comme celle, avec cette musique d’accordéons et violons que, d'un orchestre lointain, il avait écoutée dans la prison de Burgos en Noël ‘60. Il n'a jamais su le nom et, bien qu'il la cherchât avec obsession, sans cette donnée et sans pouvoir la fredonner, il n'était pas possible de la trouver.
Puis, le vertige des voyages, l’emporta à Copenhague où son lieu de résidence lui était offert dans la maison de… Karen. Haute, belle, fascinante, la déesse nordique ne pouvait communiquer avec lui que par signes. Marcos ne parlait pas un mot d’anglais et pas question du danois. Intimidé —toujours plus chaque minute et sans mot dire— il la regardait à la dérobée depuis un fauteuil ; elle le perçut : l’installa dans le canapé, atténua les lumières jusqu’à créer une atmosphère ténue pour accentuer la détente. Ensuite elle posa une musique choisie sur le tourne-disque et le laissa afin qu’il puisse se délasser.
Alors, le sourire de la vie. Le miracle. La mélodie que le poète écoutait était celle du film « Des Feux de la rampe », la même que ce Noël ; celle qu’il avait tant cherchée. La musique a provoqué un sursaut qui fit revenir Karen, inquiète, et s'asseoir avec lui, presque en lui. Le reste fut, l’embrassade silencieuse, la vibration à l’unisson, et le langage de l'amour et de la passion. Durant les cinq jours de sa permanence au Danemark et dans tant d’autres de sa vie d’homme libre, l'enchantement a peuplé d’étoiles le héros qui remplit d’étoiles le cœur de l'homme.
« Dites-moi ce qu’est un arbre », Marcos Ana clamait au ciel le poème qui a donné le nom à son dernier livre. Aujourd'hui, déjà tous les bois, tous les oiseaux et tous les fleuves ont conté son histoire. Aujourd'hui il se reconnaît comme un «arbre miraculeux», parce qu'il continue à dignifier la condition humaine. Et il embrasse les mots de son Paul Éluard admiré : « Les barreaux de la cage/Chantent la liberté /Un air qui prend le large/ Sur les routes humaines / Sous un soleil furieux /Un grand soleil d'orage ».
* * *
Version orignale espagnole
Marcos Ana, el Quijote viviente
Decidme cómo es un árbol. /Decidme el canto de un río/
cuando se cubre de pájaros.
Marcos Ana
Por Cristina Castello
Almodóvar filmará la vida del hombre que más tiempo estuvo en la cárcel por la Guerra Civil española. Sin sueños de venganza, Marcos Ana sigue luchando contra el fascismo. Su historia es testimonio de los pájaros sin alas de aquella barbarie; y también una juerga de ternura que iza la Bondad por encima de todo horror.
Marcos Ana, poeta y Quijote. Emblema universal de la lucha por la libertad —89 años, hoy— estuvo en las cárceles del franquismo entre 1939 y 1961. Conoció el espanto en su piel, en su corazón, y a través de los ojos de sus compañeros; descubrió el oprobio en las manos de los torturadores: manos extranjeras a la vida que sólo los domingos cesaban de masacrar, pues entonces los verdugos rezaban en la Iglesia y con el capellán. Pero también supo de deleites: en las mazmorras del fascismo español, Marcos Ana «adoptó» —como se adopta un bebé— una flor inocente, nacida en la grieta tenebrosa del muro más cruel. Así como, aunque trepado a los barrotes y castigado duramente por ello, se extasió con cada plenilunio que —gracias a su obstinación— pudo gozar. Igual que contrabandeó, reja a reja, la poesía de Neruda y sus propios versos, como una letanía que invocaba la libertad. Tenía sólo 19 años cuando cayó en aquel infierno del Régimen, y veintitrés más cuando —como una salva de pájaros contentos— pudo dejar la jaula para abrazar la nitidez de la luz.
Luz cegadora para él, que no conocía más que las tinieblas. Pero la vida, que sólo le había ofrecido su mano mezquina, le llegaba por fin con la mano que da. Entre todos sus dones, le dio los viajes, el reconocimiento mundial —el abrazo de la humanidad— y la posibilidad de luchar. Le dio la poesía, y le descubrió el amor y el sexo... recién a sus 42. Ella era joven y morena, delgada, bella y sutil. Se llamaba Isabel Peñalba y tenía la mirada azul.
¿Serán los ojos de Penélope Cruz, la actriz fetiche de Almodóvar, los que lo mirarán desde aquel azul de Isabel? Quién sabe. Primero terminará la filmación de «Los abrazos rotos» y, quizás, rodará «La piel que habito». Y entonces se dedicará a «Decidme cómo es un árbol», el último libro de Marcos Ana; obra que recorre el mundo con sus memorias de la prisión y de la vida, flameantes de humor, de la poesía de su prosa y del sentido de la existencia como un hecho trascendente.
¿Cuántos filmes podrían hacerse con cada latido de este Quijote? En cualquier caso, Almodóvar eligió tomar la historia de Marcos, «un superviviente», cuando era ya un pájaro en vuelo libre que surcaba cielos a la salida del infierno. Al cineasta le impresiona que, después de haber respirado tanta muerte, el poeta sepa de justicia y paz, de fraternidad y siembra, de imaginación y esperanza, y no de rencor. Le sorprende su pasión por la vida del prójimo. Se emociona porque en «Decidme cómo es un árbol», nuestro autor cuenta que —a causa de un compañero que lo denunció— recibió una de sus dos condenas a muerte; y, aun así, no da su nombre para evitar un daño a la posible familia del traidor.
Curiosa audacia la de Almodóvar, artista de un lenguaje cinematográfico barroco y brillante, cuyos temas habían sido hasta ahora el amor por su madre y por las mujeres, la sexualidad, el maridaje entre el amor y la muerte, y la transmutación del alma. Y si bien algunos hechos de la historia que filmará justifican a primera vista su elección —ya se verá— hay algo central, más novedoso que todo. «Marcos Ana es lo más parecido a un ángel —explicó el director—, no he conocido a nadie tan bueno». A partir de esta experiencia, ¿podremos sumar entre sus razones para elegir un guión el valor infinito de la Bondad?
La mirada azul
Decidme cómo es el beso / de una mujer. Dadme el nombre
del amor: no lo recuerdo.
Marcos Ana
Después de 23 años tras los muros, lo más difícil fue la libertad. Aprender a ser libre. Marcos sabía vivir en la cárcel, donde el cariño hacia (y de) sus camaradas fue su sostén y su motor. Aunque fue torturado hasta casi morir; aunque vio asesinar tantas vidas y también su juventud, tiene grabadas en la piel y en todo su ser las risas de sus amigos y su generosidad. Con ellos compartía el hambre y el pan, los sueños y los homenajes con que —en las sombras de la sombra y con ingenio— honraban a los grandes poetas. La cárcel era una «universidad democrática», un hogar. Marcos fundó las tertulias literarias, a pesar de que la imaginación era salvajemente perseguida. Los guardias debían evitar la fuga física de los prisioneros; y el capellán, la fuga espiritual. Había que impedir la poesía, pues era enemiga del sistema, era un ser más a encarcelar. ¿Encarcelar el sol? ¡Vaya!
En la década de los ’50 y a una celda de castigo infrahumana sus compañeros le acercaron, ellos sabían cómo —¡oh, qué gracia la imaginación!—, una lapicera y poemas de Neruda y de Rafael Alberti. Los leyó más de mil veces y... ¡empezó a escribir! Pero... ¿cómo guardar su palabra escrita? Y aquí otra vez la creatividad. Sus «colegas» de prisión aprendían de memoria sus versos, y los que recuperaban la libertad eran poemarios parlantes de Marcos Ana, conocido aún como Fernando Macarro Castillo. Tiempo después, recibió un librito impreso con sus poemas... ¡Hombre, qué felicidad! Eran las dos primeras ediciones de «Te llamo desde un muro», publicado entonces en México y en el Perú.
Como un juego interminable de espejos reflejados en sí mismos para multiplicarse, la cámara de Almodóvar mostrará a los espíritus inquietos del mundo, la vida de nuestro personaje y conciudadano suyo... ¡sí! Vaya sucesión de casualidades: el cineasta nació en La Mancha, igual que la obra suprema de la literatura universal: «El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha»; igual que Don Miguel de Cervantes Saavedra, su autor, quien había abierto los ojos a la vida en Alcalá de Henares, ciudad de la famosa región, donde Marcos vivió desde sus nueve años y padeció su primera prisión... ¿Es que existe el azar?
Virgen hasta los 42, para Fernando Macarro el mundo exterior era una leyenda, una fábula, una ficción. No había muros sino cielo; ¡había tocino! —tocino, aquel sueño suyo de hambreado durante los 9.000 días y noches de su encierro—; había coches, carteles luminosos, tiendas... ¡mujeres! Había una vida «normal» y él la había olvidado después de tantos años tras los muros. Habituado al horror y a la necesidad, las luces lo mareaban, devolvía la comida que había ansiado: se sentía en otra galaxia... hasta que llegó su noche azul.
Ella. Ella creía que él estaba borracho e intentó devolverle el dinero; el que él debía pagarle, como prostituta que era la muchacha. Fernando Macarro no sabía qué hacer, a solas con una mujer y en un hotel; se sentía torpe, extraño, desorientado, hasta que le contó la verdad: los 23 años de cárcel y su inexperiencia sexual. Y ella se dedicó a él con amor: lo llevó a pasear por la Gran Vía de Madrid y fueron a cenar, mientras él hablaba y hablaba, como una semilla que encuentra tierra fértil después de la sequedad.
La mirada azul lloró. Lloró tanto, al tiempo que él le contaba el único mundo que conoció. Lloró por todas las cosas que merecen lágrimas (Jorge Luis Borges). Isabel Peñalba —era ella, sí— lo llevó después al hotel y logró que Fernando hiciera el amor. Quería renacerlo, inaugurarlo. Ya en la mañana, chocolate con churros juntos en la cama, y cuando el poeta amanecido «varón» llegaba de vuelta a su casa encontró en el bolsillo las quinientas pesetas de la paga que ella no cobró. Y un papel, un llamado, una solicitud de amor: «para que vuelvas esta noche».
Él pensó en ella todo el día con deseo y emoción, pero el miedo de ofenderla con la paga —que además era dinero de la joven— se mezclaba con su deseo viril y con el temor de destrozar el recuerdo de aquella noche de pureza y magia. No sabía si ir o no, y otra vez fue una flor la que lo salvó de nuevo, para decidir. Compró docenas de flores tan luminosas como aquella que, nacida en el muro más cruel, había adoptado como a un bebé. Las 500 pesetas —el precio de la paga— se convirtieron en un bouquet de pimpollos con orquídeas y magnolias. Las dejó en la conserjería del hotel, con una tarjeta: «Para Isabel, mi primer amor».
Franz Kafka escribió que cuando uno se empeña en subir, los escalones brotan debajo de los pies, anhelantes. Isabel fue el escalón al amor.
Almodóvar se regocija en este recodo de alba y de tal embeleso de ternura que su cámara ansía traducir.
Antes, mucho antes, el faro de Marcos había sido el cariño absoluto hacia sus padres, en quienes pensó para elegir el seudónimo con que lo conocemos. Escogió Marcos, por su papá: ¡ay!, aquella imagen de una gorra solitaria prendida en la rama de un árbol roto, cuando un bombardeo lo asesinó; los ojos desolados del hijo tenían 17 años. Decidió apellidarse Ana, por la mamá. Abnegada bajo su siempre pañuelo negro en la cabeza, ella había ido a verlo a la cárcel, una vez más, pero no la dejaron entrar. Con su calvario interior por haberse enterado de que el hijo estaba condenado a muerte, comenzó a volver sobre sus pasos. Mamá Ana cayó al suelo, los guardias la golpearon y humillaron y ella murió en una zanja, en aquella Navidad de 1943: «...que murió de rodillas, me contaron / crucificada en un leño de llanto, / con mi nombre de hijo entre sus labios / pidiendo a Dios el fin de mis cadenas»
Candilejas
Mi pecado es terrible; / quise llenar de estrellas / el corazón del hombre
Marcos Ana
Desde su liberación en 1961, gracias a la presión internacional, pues estaba condenado a sesenta años de rejas, recorrió Europa y gran parte de la América morena. Conoció a Louis Aragon, Pablo Neruda, por fin a Rafael Alberti y María Teresa León, a Salvador Allende, Nicolás Guillén, Picasso, Yves Montand, Michel Piccoli, Prévert, Jean-Paul Sartre, Joan Báez, Miguel Ángel Asturias, Pedro Vianna y tantos más. Convirtió su vida en una defensa de la libertad, en contra de todo autoritarismo. Fundó y dirigió en París, hasta el final del franquismo, el Centro de Información y Solidaridad con España (CISE), que presidió Picasso. Y cada persona que lo entrevistaba, y aún hoy, le repite una pregunta: ¿Vio en prisión al enorme poeta, alma de cristal, Miguel Hernández? Sí, lo había visto. Al «Fuego azul de la poesía» —como lo llamaba Neruda—, el franquismo lo había asesinado a los 31 años, con una tuberculosis ponzoñosa a la que sus verdugos jamás atendieron.
A los dos años de su libertad, Marcos conoció a Vida Sender, quien fue su mujer por muchos años. Hoy están separados, pero conservan una amistad cada vez más honda y el amor de los dos hacia «Marquitos», con quien vive. Es el hijo de ambos —hoy camarógrafo, fotógrafo y documentalista—, la ofrenda mayor que recibió de la libertad.
Pero hubo otras más. Como el reencuentro con aquella música de acordeones y violines que, de una orquesta lejana, había escuchado en la cárcel de Burgos en la Navidad del ’60. Nunca supo el nombre y, aunque la buscó con obsesión, sin ese dato y sin poderla tararear, no era posible hallarla.
Después, el vértigo de los viajes lo llevó a Copenhague, donde le habían asignado para hospedarse la casa de… Karen. Alta, bella, fascinante, la diosa nórdica no podía entenderse con él más que por señas. Marcos no hablaba una palabra de inglés, y ni pensar en el danés. Desde un sillón, la miraba, cohibido —más aún cada minuto—, sin poder pronunciar una palabra; y ella lo percibió: lo acomodó en el canapé, apagó las luces para crear un ambiente tenue que ayudara al reposo, puso cierta música en el tocadiscos y se dispuso a dejarlo descansar.
Entonces, la sonrisa de la vida. El milagro. La melodía que el poeta estaba escuchando era la de la película «Candilejas», la misma de aquella Navidad; la que tanto había buscado. La música le provocó un sobresalto que hizo a Karen volver, inquieta, y sentarse con él, casi en él. El resto fue el abrazo en silencio, la vibración al unísono, y el lenguaje del amor y la pasión. En los cinco días de su permanencia en Dinamarca y en tantos otros de su vida libre, el encantamiento pobló de estrellas al héroe que llena de estrellas el corazón del hombre.
«Decidme cómo es un árbol», clamaba Marcos Ana en el poema que dio el nombre al último libro. Hoy, ya todos los bosques, todos los pájaros y todos los ríos le contaron su historia. Hoy se reconoce como un «árbol milagroso», porque sigue dignificando la condición humana. Y se abraza a la palabra de su admirado Paul Éluard: «Y serán recompensados los que ríen de horror».
Cristina Castello
Poeta y periodista


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