par Esther Vivas, Josep Maria Antentas
Le sous-commandant Marcos *
Ce 1er janvier 2009 a été le 15e anniversaire de l'insurrection zapatiste au Chiapas, au moment où entrait en vigueur le Traité de Libre Commerce (TLC) entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. L'irruption de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) avait ébranlé l'ambition du gouvernement néolibéral corrompu de Carlos Salinas de Gortari de présenter ce TLC comme «l'intégration définitive» du Mexique dans la «modernité». Le soulèvement a galvanisé l'opposition à un Traité qui avait déjà suscité au cours du processus de négociations de vastes campagnes de protestation ainsi qu'une dynamique intéressante et innovatrice de coordination des luttes entre syndicats, mouvements sociaux et organisations diverses des trois pays concernés.
Le soulèvement zapatiste a marqué symboliquement le début d'un nouveau cycle international de luttes et de contestation du «nouvel ordre mondial» proclamé par Bush père en 1991 pour définir la réorganisation du monde consécutive à la chute du Mur de Berlin en 1989 ; à la première guerre du Golfe en 1991 et la désintégration de l'URSS à la fin de cette même année.
Les zapatistes ont été les premiers à codifier un discours général, critique et cohérent du nouvel ordre mondial, en plaçant d'emblée leur combat particulier dans le cadre d'une remise en question globale de cet ordre, au nom de la «défense de l'humanité et contre le néolibéralisme». Selon les propres termes du Sous-Commandant; «Marcos est un gay à San Francisco, un Noir en Afrique du Sud, un Asiatique en Europe, un Chicano à San Isidro, un anarchiste en Espagne, un Palestinien en Israël, un Indigène dans les rues de San Cristobal, un Juif dans l'Allemagne nazie, une féministe dans un parti politique, un communiste dans l'après-guerre froide...». La révolte zapatiste combinait de manière particulière le neuf et l'ancien, la défense des droits indigènes et l'utilisation des nouvelles technologies dans le cadre d'une habile politique de communication. Bien qu'elle n'était pas exempte de limites et de contradictions, cette révolte s'est dotée d'un langage et d'objectifs stratégiques innovants dans un moment de crise et de désorientation dans toute la gauche.
Les zapatistes ont également été pionniers dans les tentatives d'articuler à l'échelle internationale les résistances contre le nouvel ordre mondial, notamment avec l'organisation de la Première Rencontre Intercontinentale pour l'Humanité et contre le Néolibéralisme dans la Selva Lacandona en 1996. Ils ont donné une impulsion décisive à l'émergence de ce qui deviendra le «nouvel internationalisme des résistances», qui aura son heure de gloire à partir de la mobilisation de Seattle en novembre 1999 contre le sommet de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), un événement qui marque l'irruption du mouvement dénommé à l'époque «anti-mondialisation», puis «alter-mondialiste» (notamment dans le monde francophone).
Mais à l'aube du nouveau siècle, la visibilité spécifique du zapatisme a justement commencé à perdre sa force avec l'essor du mouvement alter-mondialiste, avec sa longue liste de splendides mobilisations internationales à l'occasion des sommets officiels entre 1999 et 2003 ; avec la naissance du Premier Forum Social Mondial à partir de 2001 ; avec le mouvement contre la guerre en Irak en février 2003 ; et avec l'accélération des résistances contre le néolibéralisme dans toute l'Amérique latine, initiée symboliquement avec la «guerre de l'eau» à Cochabamba (Bolivie) en avril 2000 et la consolidation et la radicalisation d'expériences de gouvernements progressistes au Venezuela, en Bolivie, en Equateur et au Paraguay.
Malgré tout, le zapatisme a encore connu des moments importants de visibilité et de centralité politique à l'occasion de quelques initiatives importantes telles que la «Caravane zapatiste» vers Ciudad Mexico en février-mars 2001 qui a culminé avec un meeting de masse de Marcos sur la Place du Zocalo, ainsi qu'avec «L'Autre campagne» en 2005 et 2006. Le zapatisme est ainsi parvenu à rester une référence pour les mouvements de résistance au capitalisme global.
Le monde d'aujourd'hui est assez différent de celui du d'il y a 15 ans. Le «nouvel ordre mondial» annoncé par Bush père bat de l'aile. Si, à l'époque, les Etats-Unis incarnaient l'unique et indiscutable superpuissance, ils apparaissent aujourd'hui comme une puissance en déclin qui lutte afin de maintenir son hégémonie mondiale. Si le néolibéralisme, codifié dans le dénommé «Consensus de Washington» se présentait comme l'unique politique possible et se trouvait alors à son apogée historique, il souffre aujourd'hui d'un fort discrédit et d'une remise en question. Et, enfin, si le capitalisme sortait à l'époque victorieux de la «guerre froide» et apparaissait comme un système économique sans rival promettant la prospérité pour le monde entier, aujourd'hui, son caractère destructif est de plus en plus mis en évidence avec la grave crise qu'il traverse. Non seulement il s'est révélé incapable de satisfaire les besoins élémentaires de la majorité de l'humanité, mais il menace de plus la survivance elle-même de l'espèce humaine du fait de la crise écologique globale qu'il a provoqué.
Depuis le soulèvement zapatiste, les politiques néolibérales se sont approfondies, accélérées et généralisées, mais ses propres contradictions ont provoqué à leur tour de croissantes et multiples résistances, bien qu'insuffisantes que pour les mettre définitivement en déroute et imposer un changement de paradigme.
«Ya Basta» («Ca suffit!»), tel a été le cri de rage et d'indignation lancé par les insurgés zapatistes. Ya Basta, tel est le sentiment, pensé et exprimé par les millions de personnes qui au cours de ces 15 dernières années se sont rebellées contre l'ordre actuel des choses et qui, avec leur pratique, ont définitivement enterré la thèse de la «fin de l'histoire» proclamée peu de temps avant le soulèvement zapatiste par Francis Fukuyama et par tous les idéologues néolibéraux. L'histoire ne s'est jamais terminée et le résultat de la partie est encore indéterminé.
- Josep Maria Antentas enseigne la sociologie à la Universitat Autònoma de Barcelona (UAB) et est membre de la rédaction de la revue Viento Sur. Esther Vivas est auteur de "En campagne contre la dette” (Syllepse, 2008), co-coordinatrice des livres en espagnole "Supermarchés, non merci" et "Où va le commerce équitable?" et membre de la rédaction de la revue Viento Sur (http://www.vientosur.info/).
Article paru au quotidien de l'État espagnol Público 31/12/2008.
http://alainet.org/active/28803&lang=es
* Source photo : http://cogneras.canalblog.com/albums/references/photos/30647821-s_commandant_marcos.html
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Mexico
Chiapas, 15 años después
Josep Maria Antentas, Esther Vivas
Este 1 de enero se cumplen quince años del alzamiento zapatista en Chiapas coincidiendo con la entrada en vigor del Tratado de Libre Comercio (TLC) entre Estados Unidos, Canadá y México. La irrupción del Ejército Zapatista de Liberación Nacional (EZLN) desbarató de un plumazo las pretensiones del gobierno corrupto y neoliberal de Carlos Salinas de Gortari de presentar la puesta en marcha del TLC como el ingreso definitivo de México en la “modernidad”. Galvanizó la oposición a un Tratado que había suscitado ya durante su proceso de negociación considerables campañas de rechazo y una innovadora e interesante dinámica de coordinación transfronteriza entre movimientos, sindicatos y organizaciones de los tres países concernidos.
El alzamiento marcó simbólicamente el inicio de un nuevo ciclo internacional de contestación al “nuevo orden mundial” proclamado por Bush padre en 1991 surgido de la reorganización del mundo posterior a la caída del Muro de Berlin en 1989 y a la primera guerra del Golfo en 1991 y en vísperas de la desintegración de la URSS a finales del mismo año.
Los zapatistas fueron los primeros en codificar un discurso general de crítica al nuevo orden mundial situando su lucha particular en un marco de cuestionamiento general del mismo y de defensa de “la humanidad y contra el neoliberalismo”. En palabras del mismo Subcomandante: “Marcos es gay en San Francisco, negro en Sudáfrica, asiático en Europa, chicano en San Isidro, anarquista en España, palestino en Israel, indígena en las calles de San Cristóbal, chavo banda en Neza, rockero en CU, judío en la Alemania nazi, ombudsman en la Sedena, feminista en los partidos políticos, comunista en la posguerra fría...”. La revuelta zapatista combinaba de forma peculiar lo nuevo y lo viejo, la defensa de los derechos indígenas con el uso de las nuevas tecnologías y una hábil política de comunicación, y se dotó de un lenguaje y de un planteamiento estratégico innovador, aunque con límites y contradicciones, en un momento de crisis y desconcierto de la izquierda.
Los zapatistas fueron también pioneros en los intentos de articular la incipiente resistencia internacional contra el nuevo orden mundial con la convocatoria del I Encuentro Intercontinental por la Humanidad y contra el Neoliberalismo en la Selva Lacandona en 1996. Dieron un impulso decisivo a la emergencia de lo que luego vendría a llamarse el nuevo “internacionalismo de las resistencias” y que tendría su mejor expresión en la abrupta entrada en escena del movimiento “antiglobalización” a partir de las protestas en Seattle durante la cumbre de la Organización Mundial del Comercio (OMC) en noviembre de 1999.
Ya en el nuevo siglo, la visibilidad específica del zapatismo perdió fuerza precisamente por el ascenso del movimiento “antiglobalización”, con su estela de movilizaciones internacionales durante las cumbres oficiales que tuvo su máximo momento de esplendor en el periodo 1999-2003, la irrupción del proceso del Foro Social Mundial a partir del año 2001, el movimiento antiguerra en 2003, y el auge de las resistencias al neoliberalismo en el conjunto de América Latina, iniciadas simbólicamente con la “guerra del agua” en Cochabamba (Bolívia) en abril del 2000, y la consolidación de las experiencias de gobiernos progresistas en Venezuela, Bolivia, Ecuador y ahora Paraguay. A pesar de ello, el zapatismo ha tenido importantes momentos de visibilidad y centralidad política en ocasión de sus principales iniciativas, como la “Caravana a la Ciudad de México” en febrero y marzo del 2001 que culminó con la multitudinaria llegada de Marcos al Zócalo y la “Otra Campaña” en 2005 y 2006. Ha seguido siendo uno de los componentes de referencia de los movimientos de resistencia al capitalismo global.
El mundo actual es bastante distinto del de hace quince años. El “nuevo orden mundial” anunciado por Bush padre se tambalea. Si entonces los Estados Unidos se presentaban como la única superpotencia indiscutible, hoy aparecen como una potencia en declive que lucha por mantener su hegemonía mundial. Si el neoliberalismo, codificado en el llamado “Consenso de Washington”, se postulaba como la única política posible y se encontraba en su momento de mayor apogeo histórico, hoy sufre un fuerte descrédito y cuestionamiento. Y si el capitalismo salía victorioso de la “guerra fría” y aparecía como un sistema económico sin rival y prometía prosperidad para todo el mundo, hoy se hace más evidente que nunca su carácter destructivo. No sólo es incapaz de satisfacer las necesidades básicas de la mayoría de la humanidad, sino que amenaza a la propia supervivencia de la especie debido a la crisis ecológica global que ha provocado.
Desde el alzamiento zapatista las políticas neoliberales se han profundizado, acelerado y generalizado, pero las propias contradicciones que éstas han causado han engendrado crecientes y múltiples resistencias, aunque todavía sin la fuerza suficiente para derrotarlas y provocar un cambio de paradigma.
“Ya Basta” fue el grito que mostraba la ira y la indignación de los zapatistas insurrectos. “Ya Basta” es lo que han sentido, pensado y expresado los millones de personas que en estos quince años se han rebelado contra el actual orden de cosas y que, con su práctica, han enterrado la tesis del “fin de la historia” proclamada, poco antes del alzamiento zapatista, por Francis Fukuyama y abrazada por los entonces muy confiados ideólogos neoliberales. Muy a pesar de algunos, la historia no terminó, y el resultado de la partida aún está por determinar.
- Josep Maria Antentas es profesor de sociología de la Universitat Autònoma de Barcelona y Esther Vivas es miembro Centro de Estudios sobre Movimientos Sociales (CEMS)-Universitat Pompeu Fabra. Artículo aparecido en Público, 31/12/08.
http://alainet.org/active/28235
Este 1 de enero se cumplen quince años del alzamiento zapatista en Chiapas coincidiendo con la entrada en vigor del Tratado de Libre Comercio (TLC) entre Estados Unidos, Canadá y México. La irrupción del Ejército Zapatista de Liberación Nacional (EZLN) desbarató de un plumazo las pretensiones del gobierno corrupto y neoliberal de Carlos Salinas de Gortari de presentar la puesta en marcha del TLC como el ingreso definitivo de México en la “modernidad”. Galvanizó la oposición a un Tratado que había suscitado ya durante su proceso de negociación considerables campañas de rechazo y una innovadora e interesante dinámica de coordinación transfronteriza entre movimientos, sindicatos y organizaciones de los tres países concernidos.
El alzamiento marcó simbólicamente el inicio de un nuevo ciclo internacional de contestación al “nuevo orden mundial” proclamado por Bush padre en 1991 surgido de la reorganización del mundo posterior a la caída del Muro de Berlin en 1989 y a la primera guerra del Golfo en 1991 y en vísperas de la desintegración de la URSS a finales del mismo año.
Los zapatistas fueron los primeros en codificar un discurso general de crítica al nuevo orden mundial situando su lucha particular en un marco de cuestionamiento general del mismo y de defensa de “la humanidad y contra el neoliberalismo”. En palabras del mismo Subcomandante: “Marcos es gay en San Francisco, negro en Sudáfrica, asiático en Europa, chicano en San Isidro, anarquista en España, palestino en Israel, indígena en las calles de San Cristóbal, chavo banda en Neza, rockero en CU, judío en la Alemania nazi, ombudsman en la Sedena, feminista en los partidos políticos, comunista en la posguerra fría...”. La revuelta zapatista combinaba de forma peculiar lo nuevo y lo viejo, la defensa de los derechos indígenas con el uso de las nuevas tecnologías y una hábil política de comunicación, y se dotó de un lenguaje y de un planteamiento estratégico innovador, aunque con límites y contradicciones, en un momento de crisis y desconcierto de la izquierda.
Los zapatistas fueron también pioneros en los intentos de articular la incipiente resistencia internacional contra el nuevo orden mundial con la convocatoria del I Encuentro Intercontinental por la Humanidad y contra el Neoliberalismo en la Selva Lacandona en 1996. Dieron un impulso decisivo a la emergencia de lo que luego vendría a llamarse el nuevo “internacionalismo de las resistencias” y que tendría su mejor expresión en la abrupta entrada en escena del movimiento “antiglobalización” a partir de las protestas en Seattle durante la cumbre de la Organización Mundial del Comercio (OMC) en noviembre de 1999.
Ya en el nuevo siglo, la visibilidad específica del zapatismo perdió fuerza precisamente por el ascenso del movimiento “antiglobalización”, con su estela de movilizaciones internacionales durante las cumbres oficiales que tuvo su máximo momento de esplendor en el periodo 1999-2003, la irrupción del proceso del Foro Social Mundial a partir del año 2001, el movimiento antiguerra en 2003, y el auge de las resistencias al neoliberalismo en el conjunto de América Latina, iniciadas simbólicamente con la “guerra del agua” en Cochabamba (Bolívia) en abril del 2000, y la consolidación de las experiencias de gobiernos progresistas en Venezuela, Bolivia, Ecuador y ahora Paraguay. A pesar de ello, el zapatismo ha tenido importantes momentos de visibilidad y centralidad política en ocasión de sus principales iniciativas, como la “Caravana a la Ciudad de México” en febrero y marzo del 2001 que culminó con la multitudinaria llegada de Marcos al Zócalo y la “Otra Campaña” en 2005 y 2006. Ha seguido siendo uno de los componentes de referencia de los movimientos de resistencia al capitalismo global.
El mundo actual es bastante distinto del de hace quince años. El “nuevo orden mundial” anunciado por Bush padre se tambalea. Si entonces los Estados Unidos se presentaban como la única superpotencia indiscutible, hoy aparecen como una potencia en declive que lucha por mantener su hegemonía mundial. Si el neoliberalismo, codificado en el llamado “Consenso de Washington”, se postulaba como la única política posible y se encontraba en su momento de mayor apogeo histórico, hoy sufre un fuerte descrédito y cuestionamiento. Y si el capitalismo salía victorioso de la “guerra fría” y aparecía como un sistema económico sin rival y prometía prosperidad para todo el mundo, hoy se hace más evidente que nunca su carácter destructivo. No sólo es incapaz de satisfacer las necesidades básicas de la mayoría de la humanidad, sino que amenaza a la propia supervivencia de la especie debido a la crisis ecológica global que ha provocado.
Desde el alzamiento zapatista las políticas neoliberales se han profundizado, acelerado y generalizado, pero las propias contradicciones que éstas han causado han engendrado crecientes y múltiples resistencias, aunque todavía sin la fuerza suficiente para derrotarlas y provocar un cambio de paradigma.
“Ya Basta” fue el grito que mostraba la ira y la indignación de los zapatistas insurrectos. “Ya Basta” es lo que han sentido, pensado y expresado los millones de personas que en estos quince años se han rebelado contra el actual orden de cosas y que, con su práctica, han enterrado la tesis del “fin de la historia” proclamada, poco antes del alzamiento zapatista, por Francis Fukuyama y abrazada por los entonces muy confiados ideólogos neoliberales. Muy a pesar de algunos, la historia no terminó, y el resultado de la partida aún está por determinar.
- Josep Maria Antentas es profesor de sociología de la Universitat Autònoma de Barcelona y Esther Vivas es miembro Centro de Estudios sobre Movimientos Sociales (CEMS)-Universitat Pompeu Fabra. Artículo aparecido en Público, 31/12/08.
http://alainet.org/active/28235


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