par Luce Péclard
Renens, le 19 novembre 2009
J’aimerais attirer votre attention sur deux livres, dont le premier, « Consuelo » est signalé au lecteur dans le beau livre de Martine Magnaridès : « DEUX AILES » (Ed. La Bruyère, Paris, 2008)
L’un est une œuvre en deux tomes, resp. de 915 pages et 565 pages (presque 1500 en tout !), qui n’est autre que le maître-livre de George Sand, une véritable somme. D’habitude on évoque ses romans champêtres, mais là il s’agit de bien autre chose. « Consuelo », suivi de « La Comtesse de Rudolstadt » fut longtemps difficile à trouver, avant d’être enfin accessible en format de poche, aux Editions Phébus Libretto, à Paris, dès 1999. Aux côtés de sa Correspondance, c’est l’évident chef-d’œuvre de George Sand, dont on s’obstine souvent à ne parler, à tort, qu’en relation avec Musset et Chopin.
« Le plus russe des romans français », selon Dostoievski. Ecoutons le philosophe Alain à son sujet : « Toute la culture possible tient dans ce livre… Je suis persuadé que le temps de George Sand viendra. Elle est l’auteur, à mes yeux, de deux romans qui comptent parmi les plus grands, les plus ambitieux : Sa Correspondance et Consuelo… C’est le roman de la Musique, par excellence, l’histoire d’un destin de femme, une petite tsigane qui n’a pour fortune que sa voix exceptionnelle. Après Venise et ses fastes rococo, l’on sera transporté à la cour de Vienne à l’époque de Porpora et du jeune Haydn. Puis on côtoyera le despote Frédéric II de Prusse, qui ira jusqu’à emprisonner la cantatrice. Ce récit plein d’aventure, de passion et de fureur, est véritablement hanté par la Musique et la Culture, dans l’Europe cosmopolite du XVIIIe s. Il se termine en Bohême et dans une ambiance mystique. »
Je n’en dirai pas davantage, sinon que quand on en commence la lecture, on ne peut plus le lâcher !
Le 2ème ouvrage est aussi bref que le premier est opulent. Il n’a que 55 pages. C’est le livre de Claudio Magris, auteur de l’inoubliable « Danube », et s’intitule : « Vous comprendrez donc ». Traduit de l’italien, il paraît en 2006 aux Ed. Gallimard, collection L’Arpenteur. Il s’agit du mythe d’Orphée revisité. Moderne avatar d’Eurydice, une femme, par-delà la mort, se confie à un mystérieux « Président ».
Ayant obtenu la permission exceptionnelle de rejoindre l’homme qu’elle aime, avec lequel elle avait partagé sur terre bonheur, plénitude, vide et catastrophe d’être ensemble, elle choisit finalement de ne pas utiliser son ultime chance et s’en explique d’une façon poignante. Tout près des portes qui la rendraient à l’existence ici-bas, elle appelle son époux qui se retourne, et la perd ainsi définitivement. Elle est aspirée en arrière, de plus en plus légère. Et lui, d’abord pétrifié, repart fort vers la vie, ignorant du néant, capable encore de redevenir serein, peut-être même heureux. Et c’est exactement dans ce but que l’Eurydice contemporaine se sacrifie, en véritable héroïne !
Luce Péclard
19.11.09

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