Danièle Sallenave
Chronique de Danièle Sallenave France culture 16 février 2010
Bonjour tous ! je ne vais pas y aller par quatre chemins.
Il se passe aujourd'hui quelque chose d'intolérable c’est notre incapacité à endiguer et même tout simplement à comprendre à expliquer à penser la violence actuelle chez les adolescents, particulièrement à l'école… Agressions contre les enseignants et les élèves à l'intérieur même des établissements. Sortons un peu de l'école : agressions commises contre un homme de 55 ans par des adolescentes qui l’ont torturé pour s'acheter des fringues.
Et qu'est-ce qu'on entend ? à chaque fait nouveau…. le soir aux 20 h, c’est tantôt un inspecteur d'académie qui déclare : c'était un lycée sans histoire. Un sociologue qui déclare : de tout temps les adolescents ont eu des attitudes violentes, d'autres : ce sont des gamins, il faut bien qu'ils s'amusent. Ou encore un pédopsychiatre il y a deux jours : Oh ! Ces jeunes filles très jeunes n'ont pas conscience de leurs actes. Je rappelle que l'une sera majeure l'année prochaine, elle a 17 ans !. De qui se moque-t-on ? on croirait être dans une séquence de la journée de la jupe. On n'a pas oublié l'attitude réjouissante du proviseur lapin qui détale devant les problèmes. On fait tout pour minimiser les choses ; on entend même parfois dire que c'est la faute de l'école et de la violence qu'elle exerce sur les enfants.
Ce qui me frappe c’est dans tous ces cas un point commun : la préméditation, la froideur et je dirais même la lâcheté avec laquelle ces tortionnaires choisissent leurs victimes par exemple un enfant d'apparence délicate dans la cour de l'école, une jeune femme professeur un peu timide, un homme un peu « retardé ». Dans tous les cas il y a un calcul, une mise en scène qu'on photographie ou qu'on filme. Ce qui me frappe aussi c’est le manque de regrets ensuite et le manque de ce qu'il faut bien appeler pitié pendant. On sait que c'est mal, qu'on inflige le mal, on fait du mal mais cela vous est parfaitement égal. Ce qui est effrayant c'est cela, que des jeunes ne supportent pas de s'ennuyer, ne s’occupent que la satisfaction de leur moi et soit prêts à détruire pour cela tous ce (ux) qui les dérange (nt). Des jeunes en proie à un double fantasme : un fantasme d'irréalité et de toute-puissance. D'où cela vient-il ?
Est-ce qu'il serait patent de chercher des causes : la démission des parents, la délégitimation de l'école sciemment entretenue et notre propre responsabilité dans la fabrique d'adolescents violents ?
J'ai eu une hypothèse et elle est confirmée par un rapport venu d'Allemagne dont on ne va pas pouvoir nier les conséquences qu'il développe. Il s'agit des effets de certains jeux vidéo violents. Les études sont sans appel, elle porte sur un nombre d'années suffisantes pour que les conclusions ne puissent pas être discutées. « Les jeux informatiques qui contiennent des scènes violentes – je cite - encourage des sentiments de haine, de force, d'irréalité et de toute-puissance ». Et cela a même une conséquence sur l'expression orale ou écrite.
Mais aucune mesure n'a été prise, au contraire, la croissance annuelle des jeux informatiques - toujours selon ce rapport - est pronostiqué en Allemagne de 10 % par an dans les quatre années à venir sur un marché de 4,5 milliards de dollars. Voilà les faits, voilà comment des multinationales, uniquement guidées par le profit, mettent en danger, en toute impunité l'équilibre mental de générations entières et transforment en enfer la vie quotidienne de centaines de professeurs.
Je terminerai par ces mots : solidarité entière avec les professeurs du lycés Adophe Cheriou de Vitry…
sites.radiofrance.fr/.../france-culture/podcast/
Chronique de Danièle Sallenave France culture 16 février 2010
Bonjour tous ! je ne vais pas y aller par quatre chemins.
Il se passe aujourd'hui quelque chose d'intolérable c’est notre incapacité à endiguer et même tout simplement à comprendre à expliquer à penser la violence actuelle chez les adolescents, particulièrement à l'école… Agressions contre les enseignants et les élèves à l'intérieur même des établissements. Sortons un peu de l'école : agressions commises contre un homme de 55 ans par des adolescentes qui l’ont torturé pour s'acheter des fringues.
Et qu'est-ce qu'on entend ? à chaque fait nouveau…. le soir aux 20 h, c’est tantôt un inspecteur d'académie qui déclare : c'était un lycée sans histoire. Un sociologue qui déclare : de tout temps les adolescents ont eu des attitudes violentes, d'autres : ce sont des gamins, il faut bien qu'ils s'amusent. Ou encore un pédopsychiatre il y a deux jours : Oh ! Ces jeunes filles très jeunes n'ont pas conscience de leurs actes. Je rappelle que l'une sera majeure l'année prochaine, elle a 17 ans !. De qui se moque-t-on ? on croirait être dans une séquence de la journée de la jupe. On n'a pas oublié l'attitude réjouissante du proviseur lapin qui détale devant les problèmes. On fait tout pour minimiser les choses ; on entend même parfois dire que c'est la faute de l'école et de la violence qu'elle exerce sur les enfants.
Ce qui me frappe c’est dans tous ces cas un point commun : la préméditation, la froideur et je dirais même la lâcheté avec laquelle ces tortionnaires choisissent leurs victimes par exemple un enfant d'apparence délicate dans la cour de l'école, une jeune femme professeur un peu timide, un homme un peu « retardé ». Dans tous les cas il y a un calcul, une mise en scène qu'on photographie ou qu'on filme. Ce qui me frappe aussi c’est le manque de regrets ensuite et le manque de ce qu'il faut bien appeler pitié pendant. On sait que c'est mal, qu'on inflige le mal, on fait du mal mais cela vous est parfaitement égal. Ce qui est effrayant c'est cela, que des jeunes ne supportent pas de s'ennuyer, ne s’occupent que la satisfaction de leur moi et soit prêts à détruire pour cela tous ce (ux) qui les dérange (nt). Des jeunes en proie à un double fantasme : un fantasme d'irréalité et de toute-puissance. D'où cela vient-il ?
Est-ce qu'il serait patent de chercher des causes : la démission des parents, la délégitimation de l'école sciemment entretenue et notre propre responsabilité dans la fabrique d'adolescents violents ?
J'ai eu une hypothèse et elle est confirmée par un rapport venu d'Allemagne dont on ne va pas pouvoir nier les conséquences qu'il développe. Il s'agit des effets de certains jeux vidéo violents. Les études sont sans appel, elle porte sur un nombre d'années suffisantes pour que les conclusions ne puissent pas être discutées. « Les jeux informatiques qui contiennent des scènes violentes – je cite - encourage des sentiments de haine, de force, d'irréalité et de toute-puissance ». Et cela a même une conséquence sur l'expression orale ou écrite.
Mais aucune mesure n'a été prise, au contraire, la croissance annuelle des jeux informatiques - toujours selon ce rapport - est pronostiqué en Allemagne de 10 % par an dans les quatre années à venir sur un marché de 4,5 milliards de dollars. Voilà les faits, voilà comment des multinationales, uniquement guidées par le profit, mettent en danger, en toute impunité l'équilibre mental de générations entières et transforment en enfer la vie quotidienne de centaines de professeurs.
Je terminerai par ces mots : solidarité entière avec les professeurs du lycés Adophe Cheriou de Vitry…
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