Par Jean Dornac
Humeurs de Jean Dornac
le 15 février 2010
J’ai reçu, il y a quelques jours, un courrier d’Abderrahmane Zakad. Je pense que beaucoup ont compris en quelle estime je le tiens. Si je vous parle de lui, aujourd’hui, c’est parce qu’il a subi une inacceptable agression de la part de son éditeur. Je le considère comme un ami, un homme profondément respectable. Mais c’est aussi un excellent poète et écrivain qui tient la rubrique « Nouvelles Culturelles d’Algérie », une rubrique qui me tient à cœur.
Abderrahmane Zakad est également un humaniste qui ne cultive pas la haine en lui. Ainsi, ne souhaite-t-il pas que j’écrive le nom de son agresseur ni celui de la maison d’édition. C’est tout à son honneur. S’ils étaient plus nombreux, les humains, à agir comme lui, cette terre serait moins tourmentée, et la vie serait un peu plus légère à vivre.
En quelques mots, les faits :
Abderrahmane Zakad a signé un contrat avec cette maison, il y a un an, pour son dernier livre. Or, depuis cette signature, il n’a jamais été reçu par l’éditeur et, plus grave encore, ce dernier a refusé d’exécuter les termes du contrat. Une dizaine de lettres n’ont rien changé. Comme le dit A. Zakad, c’est un mépris total.
Mon ami, par conséquent, a pris contact avec le Directeur du livre et des arts du ministère de la Culture qui l’a conseillé d’écrire à l’office des droits d’auteur et aussi à ses services. C’était là la seule voie légale.
Paniqué, l’éditeur accepte de recevoir A. Zakad, à partir du 2 février, suite à un nouveau courrier avec copie à l’ONDA. Il accepte de se rendre dans un café appartenant également à l’éditeur, mais trouve plutôt inconvenant qu’une discussion aussi importante se déroule devant tant de monde. L’éditeur s’énerve et lui demande de le suivre dans une petite cuisine ou un apprenti lavait des verres. A. Zakad, lui dit alors qu’il entend être reçu dans un bureau et non pas dans une cuisine pour discuter de l’importante affaire du contrat.
Ceci n’était pas du goût de l’éditeur qui s’est vite énervé, les cris montent, les « bras parlent » comme le dit Abderrahmane. Mon ami, très vite, s’est retrouvé au sol, évanoui, non plus dans la cuisine, mais sur le trottoir ! Une heure plus tard (mais pourquoi si tard ?!) les pompiers évacuent la victime à l’hôpital. Bilan : visage tuméfié, nez cassé, risque d’une opération chirurgicale nasale… L’affaire est désormais aux mains de la justice.
En forme de conclusion
Quel que soit le pays où peut se passer une telle agression, cela reste inacceptable et profondément choquant !
Ensuite, par le courrier manuscrit qui précisait la date de rendez-vous qui a si mal tourné, l’éditeur reconnaissait que le contrat n’avait pas été exécuté. Je laisse la parole à Abderrahmane. Voici l’extrait : « L'éditeur m'a écrit à la main sur un papier libre ( en blanc ) sans entête, sans cachet, sans date, papier envoyé par poste en recommandé. Date de la poste le 24 janvier 2010 - Il m'écrit de passer à partir du 2 février pour, je cite : " Monsieur Zakad, vous pouvez passer aux Editions X à partir du 02 février 2010 pour exécution pleine et conforme au contrat qui nous lie - Salutations - Signature." Suite à cela, je me présente le jeudi 4 février à 12 heures au siège de la maison d'édition et c'est là que la secrétaire m'envoie à son café..... ensuite la fessée ! « Quand, je voie ma figure, me dit-il, je ne m’empêche pas de penser à un combat de boxe poids lourds en 15 rounds au Madison Square Garden ». C’est ce que je dis à mes petits enfants pour sauver… la face ! Ils sont tout heureux et en parlent à leurs copains. Hélas ! Ah, si les boxeurs étaient des poètes. »
Première question : En quoi cela justifie-t-il une telle violence de la partie n’ayant pas fait ce qu’il fallait ?
Avec humour, A. Zakad précise : « je vous le donne en mille et sur feuille, devinez, lecteur, le titre du livre à l'origine de ce contentieux qui se termine en match de boxe :... « Le Terroriste » !
Deuxième question : Pourquoi ce déchaînement de violence gratuite et absurde ? Abderrahmane donne une piste qui me semble importante.
« L'important, Jean est de rester dans la vérité. C'est ce que je tente de faire sans porter préjudice à la personne qui m'a frappé ni à la culture, ni aux éditeurs surtout. Il ne faut ni charger ni en rajouter. Mais, comme le dit Tahar Djaout, il faut dire. »
La personne en question, je crois qu’elle aussi est victime de son inconscience et de la société qui ne met pas les garde-fous de contrôle pour qui fait quoi. Voilà trois ans, elle n'était rien, simple petit libraire, puis avec peut-être la chance d'éditer un, ou deux auteurs que le hasard lui a peut-être fait rencontrer, la voilà qui se lance dans l'édition : sans niveau intellectuel ni universitaire, sans amour pour le métier, croyant que c'est une affaire comme une autre, etc..etc..
Tout le mal est là : il n’y a pas de contrôle par un syndicat fort ou un ordre de la déontologie. (problème de nos pays du sud). »
Pour rendre un bel hommage à Abderrahmane, je publie, ci-dessous, l’un de ses poèmes, « Femmes ».
Femmes !
Femmes ! Vous vous donnez
Tant de mal
A nous sortir du néant
Femmes ! Vous nous surprenez
D’amour et d’océans
Femmes ! De chair et de cris
De pétales essentielles
Femmes ! De seins isocèles
De quiétude et d’aromes
Femmes ! D’abîmes et de limon
Fleurs de notre imagination
Femmes d’argile génésique
De la genèse de notre jeunesse
Femmes des îles et des continents
Kikuyus esquimaudes et ninons
Faites faites faites encore
Vos poèmes en giboulée
Nous venons en votre Pythie
Vous implorer en somme
Femmes! Riches de nos ombres
En vous nous nous amarrons
La rime tendue la peur au ventre
Dans votre caurissante vallée
Femmes aux parfums entêtants
A la véhémente présence
Femmes poissons ! Femmes tortues
Vous réglez nos migrations
Et de male en femelle
Pour l’éternité d’un instant
Comment ne pas vous aimer
En d’intimes avalanches.
© C - Abderrahmane Zakad – Alger – nov 2009
Enfin, je vous laisse découvrir ce que mon ami a écrit sous la photo montrant les effets de l’agression (et comme il le dit une fin de combat de boxe de poids lourds en 15 rounds).
UN ECRIVAIN AGRESSE PAR SON EDITEUR.
J’ai protesté auprès de mon éditeur de l’inexécution des termes de mon contrat d’édition. Sur la photo, voyez les résultats de la rencontre.
Ancien officier de l’ALN et de l’ANP, ingénieur-urbaniste ayant formé des générations de techniciens civils et militaires, j’ai eu la satisfaction d’avoir été utile à mon pays qui m’a beaucoup donné. Dans ma retraite heureuse, je me suis consacré à l’écriture afin de continuer, d’une autre façon, d’aimer mon pays.
A 73 ans, mon sablier se vide. Le vôtre va encore longtemps couler. Je ne vous souhaite qu’une chose : c’est de sortir sain et sauf du mauvais monde qui se profile.
Quand un poète est agressé par son éditeur, il est prudent de garder les enfants à la maison.
C’est avec regret que vous ne m’entendrez plus. Sans doute Malek Haddad avait-il raison, comme lui je brise mon stylo !
Abderrahmane Zakad (Alger, le 7 février 2010)
Et il ajoute cet avertissement que je partage en totalité :
« L'histoire n'enseigne-t-elle pas que quand la tribu est perdue seul le poète peut la sauver ? »
Vous pouvez découvrir le livre sur Google ou sur dzlit.free.fr
Et pour plus d' infos, voir ses écrits sur : dzlit.free.fr ..... cliquer sur TOP50 ... puis sur abderrahmane Zakad.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire