lundi 9 août 2010

Les pays occidentaux comptent-ils honorer les promesses d'aide humanitaire faites à Haïti et annoncées en fanfare?


Emcee

Probablement pas. En tous cas, c'est mal parti. Comme je l'ai signalé précédemment, malgré six mois déjà écoulés et la saison des pluies qui menace gravement les réfugiés, seulement 2% des aides promises ont été versées par les principaux pays occidentaux, dont les US et … la France, acteurs majeurs à Haïti. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir joué des coudes pour se presser devant les caméras et verser des larmes de crocodile sur le sort de ces "pauvres Haïtiens". Une fois encore, la communauté internationale prouve sa totale lâcheté et sa mesquinerie face aux malheurs des populations en détresse par sa faute. Dans l'article qui suit, l'auteur Ashley Smith, enfonce à nouveau le clou et dénonce le cynisme des puissants de ce monde. Haïti est une chasse gardée des États-Unis, qui punissent les Haïtiens de vouloir s'émanciper en les maintenant dans la misère et en réprimant violemment toute rébellion. Tout cela avec l'aide active de la communauté internationale, dont la Mission de Stabilisation de l'ONU à Haïti (MINUSTAH). N'oublions pas Haïti.

Source: The Betrayal of Haiti, par Ashley Smith / 2 août 2010

La trahison des promesses faites à Haïti

Six mois après le tremblement de terre dévastateur qui a frappé Haïti, les promesses des gouvernements les plus puissants du monde de verser des milliards de dollars d'aides à un des états les plus pauvres et les plus faibles du monde n'ont toujours pas été tenues.
A la suite du tremblement de terre à Haïti, le 12 janvier de cette année, il y a eu un immense élan de solidarité, et des particuliers depuis les US jusqu'en Palestine et ailleurs ont donné aux ONG et aux organisations caritatives, même s'ils ne possédaient pas grand-chose eux-mêmes.
Fin mars, les Nations-Unies tenaient une conférence internationale pour que des donateurs financent la reconstruction d'Haïti, où des dizaines de pays avaient promis près de 100 milliards de dollars pour les prochaines années et plus de 5 milliards de dollars pour les 18 premiers mois de la reconstruction d'urgence.
Mais la réponse des grandes puissances mondiales est inversement proportionnelle à la générosité de leurs citoyens. Les États-Unis, la France, le Canada et les Nations-Unies - sans parler d'une série d'organisations non-gouvernementales (ONGs) qui ont des liens avec les milieux hauts placés, n'ont pratiquement rien fait pour reloger les réfugiés. Ils n'ont pas fait enlever les gravats, a fortiori commencé la reconstruction, et ont trahi leur promesse de distribuer des aides.
Au lieu de cela, le tremblement de terre d'Haïti sert de prétexte pour accélérer la mise en place d'un programme néolibéral et pour renforcer l'occupation du pays par l'ONU qui dure depuis six ans pour réprimer toute opposition.
Pendant ce temps, la situation à Haïti reste catastrophique. Le tremblement de terre a tué plus de 300.000 personnes, dont un quart environ d'agents de l'État. Il a détruit d'innombrables habitations, privant de toit 1,5 millions de personnes, et il a démoli le palais national et anéanti une majorité de bâtiments publics. Globalement la Banque Inter-American Development estime que le tremblement de terre a causé entre 8 et 13 milliards de dollars de dégâts.
Six mois plus tard, le million et demi de personnes sans abri ne sont toujours pas relogées, luttant pour survivre dans 1300 camps de réfugiés.
Curieusement, d'après certains témoignages, 232.000 personnes parmi ces sans-abri ne disposent même pas de tentes ou de bâches. Seul un quart des camps est géré soit par l'État soit par des ONG.
D'après le récit sinistre paru dans la Gazette de Montréal, Port-au-Prince ressemble encore à une zone de guerre … les camps dressés par des centaines de milliers de Haïtiens dans les heures qui ont suivi la tragédie qui a brisé leurs vies deviennent des taudis permanents.
Les pluies torrentielles de fin d'après-midi détrempent leurs affaires et laissent des flaques grandes comme des lacs où se reproduisent les moustiques qui répandent ensuite la malaria. On entend partout des toux rauques. La gale et d'autres infections attaquent la peau fragile des enfants couverte de cloques rouges irritantes. Les ventres sont gonflés et les cheveux virent à l'orange à cause de la malnutrition. Les vomissements et la diarrhée sont aussi courants que les mouches.
Alors que les blessures subies à la suite du séisme sont devenues des cicatrices, d'innombrables accidents surviennent à cause des conditions de vie épouvantables – des petits enfants qui tombent dans des cuves de riz ou de haricots bouillantes, des gens qui se cassent un bras ou une jambe sur des plaques de béton et de fil de fer, des familles entières qui sont empoisonnées par le monoxyde de carbone en faisant la cuisine dans leurs tentes. Dans toute la ville, la puanteur de corps en décomposition a été remplacée par la puanteur des tas d'ordures en décomposition.
Ni les gouvernements, ni les institutions internationales, ni les ONG n'ont levé le petit doigt pour construire des logements pour remplacer ces camps.
D'ailleurs, le seul camp de remplacement important qui a été créé montre clairement comment la caste au pouvoir à Haïti exploite la crise pour réaliser des profits.
Le gouvernement haïtien, en collaboration avec l'armée U.S., a commencé la reconstruction à Corail Cesselesse, à près de 25 km de Port-au-Prince dans le but de créer une nouvelle ville de 300.000 habitants. Il a nommé Gerard Emile “Aby” Brun, le président de Nabatec Development, pour superviser le transfert sur le site de quelque 7.000 personnes qui étaient installées dans un camp illégal sur le golf de Petionville.

Selon Jonathan Katz, de l'Associated Press, Brun “est également un des principaux négociateurs qui traitent actuellement avec des entreprises du textile sud-coréennes pour construire des usines qui, selon les autorités haïtiennes, vont probablement s'installer à Corail Cesselesse. Le camp qu'il a aménagé servira éventuellement de vivier de main d'œuvre pour ces usines, qui pourront bénéficier de la généreuse législation américaine sur les importations de textiles assemblés à Haïti (loi Hope NDT)".

Toutefois, ce camp est situé sur une zone inondable sans végétation pour se protéger du soleil brûlant ou des pluies torrentielles pendant la saison des ouragans. Un travailleur humanitaire d'Oxfam a expliqué au New York Times que le projet pour Corail Cesselesse:

"ne représente pas une vision stratégique claire de la part de l'Etat. C'est comme le Soudan. Il n'y a pas un arbre à l'horizon. Les habitants ont le sentiment d'être pris dans un piège. Ils ont des difficultés à trouver une activité génératrice de revenus et ils ne vont pas tarder à avoir du mal à se nourrir".

En attendant, à Port-au-Prince et dans les villes alentour, malgré les promesses, les maisons, les hôpitaux et les immeubles en ruines sont dans l'état où ils étaient à la suite du tremblement de terre.
Jusqu'à présent, seuls 5% des 26 millions de mètres cubes de gravats ont été déblayés. Le New York Times écrit: "les spécialistes indiquent qu'il faudrait un millier de camions pendant 3 à 5 ans pour arriver à déblayer les dégâts, alors qu'il y en a moins de 300 à l'œuvre sur le terrain en ce moment". Les pays donateurs, les ONGs et le gouvernement haïtien n'ont réussi à construire que 5500 abris résistant aux ouragans.
Les personnalités de premier plan chargées des opérations humanitaires, comme Bill Clinton, co-président de la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH)– prétendent que les promesses de reconstruction non tenues sont dues à l'ampleur énorme de la catastrophe et à la crise internationale qui a épuisé tous les fonds disponibles pour Haïti.
Mais ce ne sont que des prétextes. Si Haïti était une priorité, les grandes puissances trouveraient l'argent.
Comme ce n'est pas le cas, elles n'ont promis que la somme dérisoire de 10 milliards de dollars. Comparez cela avec les sommes que dépensent les US pour leurs véritables priorités – par ex, avec les 663 milliards de dollars destinés au Pentagone pour l'année 2010.
Et l'ampleur de la catastrophe, plutôt que d'être un prétexte pour ne rien faire, devrait inciter à une mobilisation massive des ressources pour la reconstruction.
Au lieu d'intensifier les opérations de secours, les pays donateurs – avec l'aide des médias occidentaux – se servent du gouvernement haïtien comme bouc émissaire pour détourner l'attention sur le peu qu'ils ont accompli.
Par exemple, ils accusent le président haïtien René Préval de n'avoir pas su régler les problèmes de régime foncier et de n'avoir pas obtenu de terrains pour la construction de logements neufs. Mais la plupart des grands propriétaires terriens sont des alliés des États-Unis. Le gouvernement US est dans une meilleure position que l'impuissante administration Préval pour obliger les propriétaires à donner des terrains destinés à la construction de logements.
Ce qui ne veut pas dire que Préval n'a pas de torts. Il s'est conduit de façon pathétique, se volatilisant à la suite du séisme, et tout en maugréant sur la violation de souveraineté, il servait de caution haïtienne à la trahison de l'empire.
Par exemple, le 12 juillet, six mois jour pour jour après le tremblement de terre, alors que la capitale était encore en ruines – et la population toujours dans de vastes taudis de toile – Préval distribuait des médailles en l'honneur de représentants de pays et d'ONG qui avaient fait si peu la reconstruction de Port-au-Prince. Mais il est absurde d'accuser Préval d'être la raison majeure des dysfonctionnements de l'État haïtien. Les États-Unis, la France et le Canada, ainsi que l'ONU sont directement responsables d'avoir empêché le gouvernement haïtien d'organiser la reconstruction, à fortiori du futur développement du pays.
Cette déloyauté envers Haïti dure depuis des siècles. Après la révolution des esclaves de cette colonie française, qui a abouti à l'indépendance en 1804, les puissances européennes ont déstabilisé toute tentative du pays d'adopter une nouvelle forme de politique dans l'intérêt de sa population .
On se souvient que la France avait exigé qu'Haïti verse la somme de 21 milliards de dollars (en monnaie actuelle) de dommages et intérêts pour les pertes infligées aux propriétaires des esclaves.
Depuis les années 1980, les États-Unis imposent une politique néolibérale – ce que les Haïtiens appellent le "programme de la Mort" – qui empêche le gouvernement de contrôler l'économie du pays. Par exemple, les États-Unis ont forcé l'ancien président Jean-Bertrand Aristide et Préval, son allié de l'époque, à privatiser des compagnies publiques et de baisser les tarifs douaniers sur les importations de riz. Cette politique a augmenté le chômage parmi les salariés des villes et concurrencé la production de riz haïtienne au point que le pays aujourd'hui est tributaire du riz américain subventionné.
En conséquence, le revenu par personne a baissé de 20% – de 600 dollars en 1980 il est de 480 aujourd'hui. Parallèlement, les États-Unis et leurs alliés internationaux collaboraient pour neutraliser toute tentative d'Haïti d'utiliser les fonds publics pour améliorer les conditions de vie des pauvres dans les campagnes et dans les villes. Par exemple, Aristide a été destitué de ses fonctions de président deux fois par des coups d'état en 1991 and 2004 pour empêcher une réforme sociale dans l'intérêt des paysans, des ouvriers et des pauvres. Depuis le second coup d'état, le gouvernement haïtien ne contrôle plus du tout le pays.
Les États-Unis et les autres puissances impériales, et les institutions financières internationales dirigent l'économie d'Haïti, et l'ONU, grâce à la mal nommée "Mission de Stabilisation à Haïti" (MINUSTAH), occupe le pays depuis 2004, le dirigeant dans la tradition néocoloniale.
Et donc, ces pouvoirs ont besoin de se trouver des boucs émissaires parce qu'après tout le battage qui a accompagné les conférences des donateurs, ils n'ont pas tenu leurs promesses.
Seuls le Brésil, la Norvège, l'Estonie et l'Australie ont versé tous les dons qu'ils avaient promis à la CIRH. Le Washington Post écrit que les donateurs n'ont versé que 2% des 5,3 milliards de dollars promis pour les 18 premiers mois critiques de la reconstruction d'urgence. Selon le PNUD, Programme des Nations Unies pour le Développement, la CIRH elle même n'a redistribué que 506 millions de dollars – à peine 9% des fonds prévus pour le budget pour 2010 et jusqu'au milieu de l'année 2011.
Les États-Unis ont joué un rôle essentiel pour paralyser l'attribution des fonds à Haïti. Le Sénat a barré la contribution de 28 milliards de dollars, à la suite de manœuvres orchestrées par le sénateur républicain Richard Lugar pour bloquer cette offre d'aide financière.
Lugar exige que les États-Unis ne donnent pas toute leur contribution tant que Préval ne cherchera pas à organiser des élections libres et équitables – traduction: des élections que les candidats pro-U.S. seront sûrs de gagner– et tant qu'il ne réduira pas les barrières pour les investissements privés.
C'est à cause de ces manœuvres que la CIRH n'a dans ses coffres que 90 millions de dollars.
Ne comptez pas sur l'arrivée de nouveaux fonds. Les principaux gouvernements de la planète ne tiennent guère leurs promesses vis-à-vis d'Haïti. Une précédente conférence de donateurs réunie à l'ONU sur Haïti en avril 2009 avait obtenu des promesses de dons totalisant 400 millions de dollars, mais le pays n'a vu la couleur que de 15 % de cette somme.
Ce qui a été dépensé par la CIRH montre que les états les plus puissants de la planète préfèrent bourrer les poches de leurs propres entreprises.
Beverly Bell de l'"Institute for Policy Studies" a constaté que d'énormes sommes d'argent sont retournées aussitôt dans les poches des pays donateurs, comme avec les 40 cents prélevés par l'état US sur chaque dollar destiné à l'aide humanitaire pour payer la présence militaire à Haïti, cela pendant au moins les deux premiers mois qui ont suivi le tremblement de terre. Les groupes privés US empochent des sommes considérables, comme l'industrie agroalimentaire avec les excédents de riz achetés par USAID (l'Agence Américaine pour le Développement International) pour être distribués dans le cadre de l'aide alimentaire.
Il y a aussi les honoraires payés à une multitude de consultants qui travaillent pour les gouvernements étrangers et les agences internationales …
Ensuite, il y a la corruption et la mauvaise planification qui détournent également des survivants du séisme qui en ont terriblement besoin les fonds affectés aux secours.
L'ONU a également laissé tomber Haïti tout le long de la crise. Les hauts responsables de l'ONU vivent dans un luxe relatif séparés de la population haïtienne. Commettant une erreur de communication désastreuse mais révélatrice, les Nations Unis ont déboursé 10 millions de dollars pour la location de deux bateaux de croisière, l'Ola Esmeralda et le Sea Voyager– surnommé par le personnel de l'ONU le "bateau de l'Amour" – destinés à loger des responsables du Programme Alimentaire Mondial (PAM) et de la MINUSTAH.
Edmond Mulet, ancien diplomate guatémaltèque qui dirige la mission de l'ONU, a expliqué aux journalistes que les bateaux étaient destines à récompenser le personnel de l'ONU pour leur travail. "C'est le moins que nous pouvions faire pour eux", a-t-il déclaré. Ils travaillent 14 à 16 heures par jour. La région était en ruines. Les conditions de vie sont épouvantables".
(…)
La MINUSTAH, pendant ce temps, occupe le pays depuis 2004, les soldats venant du Brésil et de plusieurs autres pays, dont Israël. À eux trois, Mulet, Ban Ki-moon, le Secrétaire Général de l'ONU et le général brésilien Luiz Guilherme Paul Cruz ont fait grimper les effectifs des forces d'occupation de l'ONU à 8.940 soldats et 4.391 policiers.
L'occupation du pays par les Nations Unies revient à plus de 51 millions de dollars par mois. Les soldats de l'ONU ne parlent pas le créole haïtien. Conjointement avec la police haïtienne formée par les US, ils patrouillent dans les quartiers pauvres, arrêtant les opposants politiques pour les incarcérer et réprimant la contestation.
Tout comme ils l'ont fait sitôt après le séisme, les gouvernements étrangers et les médias ont monté en épingle les menaces de violences dans les camps de réfugiés pour justifier une augmentation de la présence militaire. Les exemples de viols et de violences sexuelles envers les femmes sont, certes, un véritable problème. Mais ni les troupes de l'ONU ni la police haïtienne ne sont aptes à les régler.
En fait, un tas d'enquêtes sur les droits humains ont révélé des violations des droits humains commises à la fois par la police haïtienne et les forces de la MINUSTAH. En 2007, la MINUSTAH a expulsé 114 soldats sri-lankais après qu'ils ont été accusés de viol et de mauvais traitements sur les enfants. Au cours de la crise actuelle, des femmes haïtiennes ont accusé des soldats de l'ONU et des policiers de leur avoir imposé des rapports sexuels en échange de nourriture et d'aide humanitaire.
Pour traiter véritablement les causes de la violence et des viols dans les camps, les grandes puissances devraient résoudre les conditions de vie épouvantables dans les camps – cela même pour quoi elles se sont défilées. Dépenser 51 millions de dollars pour l'armée et la police ne peut qu'accroitre la violence – la violence de forces de répression sur des populations excessivement pauvres – surtout quand elles protestent contre la détérioration de leurs conditions de vie.
En juin denier, des manifestations ont eu lieu partout à Haïti pour protester conte l'occupation de la MINUSTAH et l'administration Préval. Des graffiti peints sur les ruines de Port-au-Prince dénoncent l'ONU, les U.S., les ONG et Préval.
De nombreuses manifestations et de nombreux graffiti réclament le retour d'Aristide. Ils protestent également contre les membres de la commission électorale de Préval triés sur le volet, qui vont sans doute exclure le parti politique le plus populaire dans le pays, le Fanmi Lavalas d'Aristide, ce qui truquerait ainsi les élections prévues pour le 28 novembre.
Les hauts responsables de la MINUSTAH ont dit clairement que leur principal souci était la résistance croissante et leurs soldats s'en sont pris aux manifestants. Par exemple, le 23 mai, les soldats de l'ONU se sont déchaînés dans l'énorme camp de réfugiés installé face au Palais National, lançant de gaz lacrymogènes et tirant des balles de caoutchouc pendant des heures. Le jour même, des soldats de la MINUSTAH envahissaient l'Université d'Haiti lançant également des gaz lacrymogènes et tirant des balles en caoutchouc sur une manifestation d'étudiants.
L'espoir pour Haïti réside dans sa résistance nouvelle contre l'occupation coloniale. Seule la résistance peut forcer les forces internationales à verser les aides promises – et veiller à ce que les aides servent véritablement les intérêts des paysans, des ouvriers et des habitants des villes pauvres. Comme l'a déclaré Jacqueline Cherilus, une étudiante en médecine de 22 ans à l'Université Lumière :

"Aux US-américains et à tous ceux qui ont envoyé des tentes : on en a marre de tout ça, des sempiternelles tentes et des sempiternelles bâches. Ce qu'il nous faut, c'est la reconstruction. Vous voyez la force des pluies actuellement? Les tentes ne peuvent pas résister contre cette pluie. Combien de temps encore pouvons-nous vivre dans des tentes. On ne peut pas vivre deux ou trois ans sous des bâches. Il nous faut des maisons. Bientôt il va y avoir des ouragans et des inondations. L'aide humanitaire est mal organisée et mal répartie. Il y a des tas de gens qui ne reçoivent aucune aide. Pour avoir une aide véritable, il faut un changement social.

En dehors d'Haïti, les militants doivent exprimer leur solidarité envers le mouvement de protestation naissant contre l'occupation et pour le développement dans l'intérêt des paysans, des ouvriers et des habitants pauvres des villes.
Nous devons présenter diverses revendications: d'abord, nous devons soutenir le droit d'Haïti à l'auto détermination.
Ce sont les Haïtiens et leur gouvernement qui doivent contrôler la reconstruction de Port-au-Prince et du reste du pays, et non pas les puissances impériales, leurs entreprises privées, l'ONU et les ONG.
Nous devons réclamer les aides promises à l'état haïtien afin qu'il puisse mieux répondre aux besoins de logements, de soins médicaux et d'éducation.
Nous devons également appeler à la fin de l'occupation du pays par l'ONU et à la fin de son interdiction du retour de Jean-Bertrand Aristide. De plus, le parti d'Aristide, Fanmi Lavalas, la force politique la plus populaire du pays, doit être autorisée à participer aux prochaines élections.
Outre les aides dérisoires qu'ils ont promises, les États-Unis, la France et le Canada doivent payer des dommages et intérêts pour les préjudices qu'ils ont fait subir à Haïti. La France peut commencer à rembourser les 21 milliards qu'elle a extorqués au pays quand il a obtenu son indépendance.
Ce n'est que quand les Haïtiens auront le droit de décider de leur propres choix économiques et politiques qu'Haïti pourra les mettre en œuvre dans l'intérêt de sa population.


Ashley Smith est un écrivain et militant de Burlington, Vermont. Ses articles sont souvent publiés dans Socialist Worker et l' International Socialist Review.

Note perso

Rien n'a été fait de la part de ces gouvernements escrocs. Evidemment.
Pourtant, il y avait une véritable volonté de la France de s'intéresser à Haïti, puisque le sous-ministre de l'époque n'avait pas hésité, pour se rendre en Martinique en mars dernier à une conférence sur Haïti, à affréter un jet privé pour la modique somme de 116.500 euros ….
Il s'est depuis "démissionné". Sait-on seulement qui le remplace? Encore un fainéant qui aime le confort de la soie et les voyages exotiques sans doute …
Quant à son président, sa lâcheté, sa duplicité et son mépris du peuple n'ont jamais failli. Rien de bon ne peut venir de ce côté-là. Et encore moins tenir une promesse envers les manants, surtout quand il s'agit de lâcher 21 milliards de dollars qui peuvent s'utiliser à bien meilleur escient.
Voilà ce qu'ils feront sans doute aux Cubains s'ils arrivent à mettre la main sur l'île: ils les puniront impitoyablement pour leur avoir résisté.
Vous allez me dire: c'est déjà le cas. Certes, mais pas au point de ce qu'ils ont fait aux Haïtiens depuis que ceux-ci ont proclamé leur indépendance.
Pour l'instant, les Cubains sont protégés et se protègent entre eux. Mais la cruauté du camp adverse n'a plus de limites. Il ne faut tout de même pas oublier qu'ils ont participé, d'une façon ou d'une autre, à un bon nombre de guerres, voire de génocides, sur toute la planète.

Donateurs

Autre problème soulevé et dont on ne parle pas assez (si ce n'est jamais): ce sont les soi-disant "dons" des états occidentaux. Ces dons ne sont qu'un leurre: ce qui est donné d'une main sur les fonds publics va être récupéré de l'autre main par leurs entreprises privées, en particulier US, qui "aideront" à la reconstruction moyennant finances, qui seront dégrevées d'impôts, etc. Rien ne se perd chez ces gens-là.
Et plus la catastrophe est médiatisée, plus les prédateurs se frottent les mains.

Les ONG

L'aide humanitaire est donc payée par les dons des particuliers via les ONG (qui commencent par en ponctionner une partie pour leurs "frais de gestion") et les impôts des travailleurs que les gouvernements utilisent pour l'envoi d'aide humanitaire et pour payer les entreprises.
Tout le système caritatif est basé sur la publicité, l'argent récolté et la charité et géré par des sociétés privées à peine contrôlées par des organismes indépendants (si certaines têtes tombent, parfois, le système perdure). Pour les catastrophes très médiatisées, comme le tsunami, des dizaines d'ONG jouent au coude à coude, chacune voulant occuper le terrain, tout près des médias qui leur servent d'agents de relations publiques.

Concurrence et manque de coordination

À la suite du tsunami de 2004, alors que les ONG avaient abondamment rempli leurs caisses, qu'ont-elles fait de l'argent inutilisé pour les secours d'urgence et qui était arrivé en abondance? Elles l'ont, pour certaines, réaffecté à d'autres actions (avec l'accord des donateurs, apparemment), et pour d'autres, placé en attendant de pouvoir l'affecter à la reconstruction ou autres "besoins". (Tsunami/ dons en sommeil : les ONG s'expliquent).
Pourtant, quand MSF avait tiré la sonnette d'alarme, disant qu'il ne fallait plus envoyer de dons, les autres ONG se sont insurgées. On ne ferme pas le robinet des dons.
Quand il s'agit des dons en nature, la gabegie peut être encore plus grande. Que ce soient des médicaments, du linge ou des vêtements inappropriés pour fournir une aide aux sinistrés. (Les ratés de l'humanitaire).

Organisation de l'aide

Il y a donc souvent un manque de coordination des secours et certains sinistrés - moins visibles, plus excentrés - ne voient pas arriver d'aide humanitaire.
Pire, les ONG caritatives décident de ce qui est bon pour les autres à leur place. Les populations locales sont souvent écartées des décisions ou à peine écoutées. Or, d'une part, celles-ci sont victimisées, et donc dépossédées de toute autorité, voire infantilisées et, d'autre part, elles sont contraintes d'accepter ce qu'on leur donne même si cela ne correspond pas à leurs propres besoins.
"Un exemple: à Banda Aceh, après le tsunami de 2004, on a construit des maisons sur le mode urgentiste. Mais on a négligé la question de l'eau, de son évacuation, et on a oublié de créer un jardin par maison, ce dont les habitants ont un besoin vital. Résultat: ces habitations sont abandonnées au fur et à mesure" ("En Haïti, les ONG et les États ont confondu urgence et précipitation)"

Autres liens intéressants

Le 25 janvier 2010, les ONG françaises avaient recueilli 40,5 millions d'euros

Ingérence étrangère ou mobilisation des savoirs locaux ? L’humanitaire, du tsunami à Haïti

Et, pour revenir à Haïti

Le pouvoir local est marginalisé, Préval affaibli et décrédibilisé. Le pays n'ayant pas les moyens financiers pour faire face, il est tributaire des dons extérieurs, et donc des ONG et des pays donateurs. Le président haïtien, lui, est censé cogérer cette crise avec Bill Clinton, imposé par les US avec l'aval de la "communauté internationale". Résultat? Rien n'a bougé pour les populations sinistrées.
Beaucoup de monde, beaucoup de brassage d'argent et pratiquement zéro avancée pour les principaux intéressés.
Parallèlement, le pays prépare les élections de novembre. Et d'ici là, il faut maintenir la population en état de dépendance pour parer à toute rébellion.

Une lueur d'espoir, cependant, dans ce monde de barbares

CRIME et canular : ou comment un groupe activiste inspiré des Yes Men annonce le remboursement par la France du prix payé par Haïti pour son indépendance
jeudi 29 juillet 2010
Au Cap Nègre, ça doit faire des vagues dans la piscine, tout ça.

On aura tout vu: des milliardaires américains s'achètent une concession permanente au paradis

Et puis, dans les niouzes, on apprend que quarante milliardaires américains s’engagent à donner la moitié de leurs richesses à des œuvres caritatives.
Quelle honte! Ces gens - qui ont fait fortune, non pas par la force de leur travail, ni même grâce à une intelligence exceptionnelle, mais par cupidité, en spéculant, en détournant l'argent public, en créant des monopoles, en écrasant la concurrence, en fermant des usines, en supprimant des emplois, en délocalisant pour faire produire leurs marchandises par des esclaves, en brisant des vies … - vont léguer 50% de leur fortune non pas à l'État, pourtant si généreux et compréhensif, pour que l'argent soit redistribué équitablement, mais à des … ONG!
C'est-à-dire qu'ils s'assurent que même après leur mort se perpétuera le système politico-caritatif capitaliste qui consiste, d'abord, à affamer les populations, puis à les maintenir dans la dépendance en leur donnant des miettes - et à choisir les causes qui "méritent" qu'on s'y intéresse.
Scandaleux! Dire qu'il y a une majorité de gens pour les admirer! La bêtise et la servilité humaines sont incommensurables. (Moi, je commencerai à m'intéresser aux généreux milliardaires quand ils feront don immédiat de 90% - allez, on leur en laisse 10 pour vivre - de leur fortune pour que l'argent serve aux soins de santé, à l'éducation, aux emplois et aux logements pour tous et aux infrastructures vitales -avec interdiction de l'utiliser pour l'armée. Bon, là peut-être qu'ils n'auront pas le temps de mettre leur projet à exécution ... on les aura enfermés en HP avant).
Pourtant, ils ne prennent pas beaucoup de risques à léguer la moitié de leur fortune: ils seront morts! Et, jusqu'à preuve du contraire, ils n'auront plus besoin d'argent.
Et même s'ils font ce don de leur vivant, il leur restera encore quelques milliards pour vivre et continuer de racheter des entreprises pour licencier les travailleurs ou aller dépouiller les Africains.
Parmi les signataires, je me demande combien ont mis la main à la poche à fonds perdus pour aider Haïti.
Ou, plutôt, combien ont fait un don pour Haïti qui leur rapportera au centuple.
Là, il y aura peut-être un peu plus de réponses.

http://blog.emceebeulogue.fr/post/2010/08/05/Les-pays-occidentaux-comptent-ils-honorer-les-promesses-d-aide-humanitaire-faites-%C3%A0-Ha%C3%AFti-et-annonc%C3%A9es-en-fanfare

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