Azzedine GACIL’islam occupe le devant de la scène depuis des années en France. Les journaux en profitent pour gonfler leurs tirages et les émissions de télévision sur l’islam se multiplient. Les hommes politiques en panne d’idées novatrices trouvent dans ce climat une véritable aubaine pour mobiliser leur électorat. De nombreux français s’inquiètent de « l’excès de visibilité » de l’islam en France. Si ces inquiétudes sont en partie le fruit du travail de sape politico - médiatique, il y a des questions légitimes que se posent certains non musulmans et auxquels les musulmans devraient répondre de façon responsable.
Cela étant dit, il n’est pas juste d’imputer les peurs des Français à l’islam. La mondialisation qui a fait disparaître les frontières économiques, culturelles et humaines en Europe et la crise économique avec son lot de licenciements et la paupérisation croissante des ménages ont engendré une crise d’identité chez les français. Tout cela coïncide avec une présence musulmane de plus en plus visible et c’est autour du foulard islamique, la burqa ou la prière dans la rue que vont se cristalliser les interrogations et les oppositions parfois violentes. Les raccourcis sont vite empruntés pour lier l'insécurité, le chômage ou le trou de la sécurité sociale à la présence des étrangers notamment musulmans en France. C’est dans ces conditions que le débat sur l’identité nationale a été lancé il y a tout juste une année. On connait le résultat. Aujourd’hui, on fait exactement la même chose en voulant lancer un débat sur l’islam en France.
Si les non musulmans ont peur, les musulmans vivent eux aussi dans l’angoisse et se posent beaucoup de questions ? Pourquoi on n’accède pas aux mêmes responsabilités selon sa couleur de peau ou la consonance de son nom ? Pourquoi on persiste à parquer les musulmans dans des ghettos sociaux ou s’accumule les problèmes de chômage, d’insécurité et de marginalité avec les conséquences que l’on connait? Devant ces injustices, les musulmans ont souvent droit à de grands discours sans portée pratique. Cela doit changer car s’ils ne doivent pas avoir plus de droits que les autres, il faut veiller à ce que les musulmans de France n’aient pas moins de droits que les autres. Ils doivent pouvoir prier dans des conditions dignes et pour ce faire, ils demandent ni plus ni moins, une application stricte et égalitaire de la Loi 1905 et non sa révision. Très souvent, ce sont les permis de construire et les lenteurs administratives qui freinent la construction de mosquées quand ce n’est pas le maire lui-même qui est poussé par les riverains à préempter des terrains que les musulmans étaient prêts à racheter. Pour financer la construction de lieux de culte plusieurs pistes sont possibles : les baux emphytéotiques, les emprunts à taux zéro et les avantages fiscaux prévus par la Loi.
Il y a aussi le dossier des Imams sur lequel les musulmans de France se sentent particulièrement lésés. Les 1800 imams que compte la France ne disposent pas d’un statut juridique qui leur confère une stabilité sociale et économique et beaucoup d’entre eux n’ont pas une formation leur permettant de maîtriser aussi bien les disciplines islamiques et d’inscrire l’islam dans l’environnement socioculturel national. Les responsables politiques connaissent depuis longtemps tous ces problèmes. Malheureusement quand ils ouvrent ce dossier, c’est souvent pour marquer les esprits, occuper l’espace médiatique ou servir des arrières - pensées électoralistes. Des universitaires de renom ainsi que des responsables musulmans n’ont eu de cesse d’insister sur la nécessité de doter la France d’un institut de formation des imams avec une participation financière de l’État. Pour ne pas enfreindre la Loi 1905, ils proposent de l’implanter à Strasbourg à côté de la faculté de théologie catholique et la faculté de théologie protestante. Pourquoi continuer à refuser aux Français de confession musulmane ce qu’on accorde aux autres ?
Reste les financements qui viennent de l’étranger et qui inquiètent de façon démesurée certains hommes politiques comme si les lieux de culte musulman étaient les seuls édifices religieux à pouvoir en bénéficier. Il suffit juste de transiter ces dons qui restent très minimes par la fondation pour les œuvres de l'islam de France, créée par décret en Conseil d'État du 31 mars 2005.
Si les responsables politiques se préoccupaient moins de leur réélection et s’intéressaient un peu plus à ce qui se passe chez les français de confession musulmane, ils verraient que l’islam de France est devenu une réalité sociale, culturelle et religieuse. Les musulmans, dans leur immense majorité pratiquent un islam apaisé, moderne, ouvert enraciné dans la culture Française et respectueux des Lois de la République dans une France profondément attaché à la laïcité. Bref, l’islam est désormais une religion Française. Toute initiative qui prend acte des changements qui traversent la société Française, réaffirme l’importance du principe de la laïcité et donne le droit aux musulmans d'être des citoyens à part entière, de vivre leur foi avec la même dignité que les autres Français ne peut que servir les intérêts de la République.
Tout débat qui instrumentalise les peurs, entretient l’amalgame et oppose les français les uns contre les autres, ne concourt pas à l’apaisement et desservira la République.
jeudi 17 mars 2011
Azzedine Gacci, président du conseil régional du culte musulman (CRCM) de Rhône-Alpes

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