dimanche 20 mars 2011

Zélium, "Les trous noirs de l'info" et le saccage de l'école

Olivier Bonnet

Nous avons désormais le plaisir et l’avantage de tenir une chronique intitulée Les trous noirs de l’info à bord de l’illustre Zélium, nouveau mensuel satirique propulsé par des anciens de Siné Hebdo, Hara-Kiri, L’Echo des savanes, Psikopat ou Bakchich. Un pari : pas de salarié, pas de chef, pas de bureaux, et pas de salaire si le journal ne dégage pas de bénéfices. Direction le kiosque donc pour cette acquisition très recommandable. Voici notre page de publicité en couleur.

Les trous noirs de l’info, donc : des sujets qui ne sont pas forcément totalement occultés, mais auxquels la hiérarchie médiatique ne donne que peu d’échos, bien insuffisants à notre sens. Dans Zélium, nous abordons la formidable « Révolution des casseroles » islandaise, mais ce n’est pas ce dont nous allons vous parler aujourd’hui – puisque vous allez acheter Zélium ! C’est une information qui date du 12 février, dans le Journal des femmes de L’Internaute : « Parmi les 34 pays de L’OCDE, la France est l’un de ceux qui possède le nombre le plus faible de professeurs par élève. C’est ce que révèle une note du Centre d’Analyse Stratégique (CAS, institution rattachée à Matignon) : 6,1 enseignants pour 100 élèves ou étudiants seulement, tandis que le Portugal, La Grèce, Le Danemark, la Suède ou l’Italie comptent plus de 8 enseignants pour le même nombre d’élèves. » Nous avons effectué une recherche et la note du CAS est également mentionnée par L’Humanité, en conclusion d’un article de terrain : « À Vaulx-en Velin, depuis la rentrée scolaire de septembre 2010, nos élèves ont perdu plus de 400 journées de classe, faute de remplacements. Cela demande un effort aux parents qui doivent s’organiser au pied levé pour faire garder leurs enfants, ou aux enseignants qui doivent accueillir ces élèves. Les conséquences de cette situation insensée sont : des classes surchargées, des apprentissages malmenés, des enseignants débordés, des parents en colère. Les directeurs et les parents perdent leur temps à quémander des remplaçants auprès de l’Inspection Académique du Rhône, qui les traite avec cynisme et indifférence. L’inspecteur d’Académie par intérim, sous la pression des mobilisations (blocage d’écoles par des parents d’élèves à Bron, prise en charge d’une classe par la maire de Vénissieux) a décidé dans l’urgence de suspendre la formation des enseignants stagiaires et de les renvoyer devant les élèves, d’interrompre la formation des professeurs débutants, de modifier les missions des enseignants en poste REP en leur demandant d’assurer le remplacement d’un enseignant absent. Si nous en sommes là aujourd’hui, c’est parce le gouvernement a supprimé dans l’Éducation Nationale 50 000 postes en 4 ans. Et à la rentrée prochaine ? 16 000 suppressions sont annoncées alors que dans le même temps, un rapport du centre d’analyse stratégique, une institution d’expertise gouvernementale, montre que le taux d’encadrement à l’école primaire est de 5 enseignants pour 100 élèves, soit le taux le plus bas parmi les 34 pays de l’OCDE. » Pas 5 mais 6,1. Ce qui est à peine plus glorieux.

On s’amuse de constater que ce gouvernement, qui n’aime rien tant que s’adonner à des comparaisons internationales la plupart du temps complètement faussées voire mensongères, n’a pas trop insisté sur celle-là. C’est d’autant plus dommage que les médias ne lui aient pas accordée leurs gros titres : « Les petits Français sont les moins bien encadrés de tous les pays développés mais ce n’est pas grave, après 50 000 suppressions de postes depuis 4 ans, le gouvernement en a programmé 16 000 de plus pour septembre prochain ». Signalons tout de même un excellent article des Cahiers pédagogiques qui précise : « Si l’encadrement dans le secondaire est dans la médiane de l’OCDE, la proportion de professeurs en primaire et à l’université est nettement insuffisante. Pour rentrer dans le détail des comparaisons, la France est donc bonne dernière parmi les pays de l’OCDE, loin derrière la Suède, connue pour son fort taux de fonctionnaires, mais aussi très en dessous de la Grèce ou du Portugal, où le taux d’encadrement monte à 9 professeurs pour 100 élèves ou étudiants. Comme nous l’évoquions précédemment, cette analyse contredit fortement le discours officiel destiné à justifier les suppressions de postes et le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux. » C’est le moins que l’on puisse dire : que ne le dit-on pas encore davantage !

Pour être juste, deux jours après le Journal des femmes, Le Monde a également consacré un article au sujet, rappelant la doctrine présidentielle : Lors de ses vœux aux personnels de l’éducation, le 19 janvier, Nicolas Sarkozy a continué de défendre les suppressions de postes, expliquant : « Dans la société française nous devons réfléchir autrement qu’en quantité, mais en qualité ». Selon le chef de l’État, « il y a 600 000 enfants de moins et il y a 45 000 enseignants de plus » qu’au début des années 1990. « La réponse ne peut pas être celle uniquement du nombre des effectifs, la réponse c’est celle de la qualité de formation et de la qualité de rémunération ». Des chiffres relativisés par le même Nicolas Sarkozy lors de son émission sur TF1, le 11 février : « Depuis 20 ans, il y a 500 000 élèves en moins et 34 000 enseignants en plus », avait alors expliqué le chef de l’Etat. Qui n’avait pas souhaité répondre sur ce sujet, se contentant d’expliquer qu’il était temps « d’arrêter de se focaliser sur le quantitatif et de se mettre sur le qualitatif ». Ce qu’on peut avoir envie de les gifler quand ils répètent ça en boucle, ces tartuffes ! Tous dans la rue contre la casse de l’Éducation nationale ! D’ailleurs, « Enseignants, parents, lycéens sont appelés à manifester ce samedi dans toute la France contre les quelque 16 000 suppressions de postes prévues dans l’Éducation à la prochaine rentrée, cette dernière s’annonçant particulièrement difficile, selon les chefs d’établissement, relaie 20 minutes. Rassemblements, manifestations: des actions sont prévues dans une quarantaine de villes, à l’appel d’un collectif de 25 organisations, dont les principales fédérations de l’Education (FSU, Unsa-Education, Sgen-CFDT), les parents d’élèves de la FCPE. » Les manifestants protestent aussi contre le démantèlement de l’ Éducation prioritaire, sujet qui réclame un nouvel article à lui seul, que l’on rangera également dans Les trous noirs de l’info : qui en parle ? Nous avons rencontré trois jeunes enseignants des quartiers difficiles de Marseille en colère : à lire prochainement sur votre blog sabre au clair.

Plume de presse

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