ALOUFOKPrisonnier depuis le 25 mars 1986, Walid Daqqa mène toujours son combat pour connaître enfin le nombre total des années qu’il lui reste encore à purger en prison et pour avoir le droit de procréer un enfant avec sa femme. Les autorités israéliennes continuent à lui refuser ce droit pour des « raisons de sécurité ». à l’occasion de ses 25 ans de détention, il écrit cette lettre.
J’écris pour un enfant qui n’est pas encore né.
J’écris pour une pensée, pour un rêve qui terrorise le geôlier, avant même sa réalisation.
J’écris pour un enfant à naître, qu’il soit fille ou garçon.
J’écris pour mon fils qui n’est pas encore de ce monde.
J’écris pour la naissance d’Avenir, car c’est ainsi que nous le nommerons et c’est ainsi que je voudrais que l’avenir nous connaisse.
Mon enfant bien-aimé,
Aujourd’hui s’achève ma vingt-cinquième année en prison – neuf mille cent trente et un jours et un quart (9131). C’est un chiffre qui ne veut pas s’achever. C’est mon âge carcéral qui n’est pas encore fini. J’ai atteint la cinquantaine et j’ai vécu la moitié de ma vie en prison. Les journées ont serré leur étau sur les journées. Chaque jour passé en prison repousse un jour passé dans la vie. C’est comme un sac retourné, essayant de vider la mémoire qu’il contient encore. La prison est comme un feu qui se nourrit des vestiges de la mémoire. Et ma mémoire, ô mon enfant bien-aimé, n’est plus que cendres et débris, je l’écris, je la fais passer en fraude sur le papier pour la préserver des flammes de la prison et de l’oubli. Alors que toi, tu es la plus belle fraude de ma mémoire, tu es mon message d’Avenir alors que les mois ont extrait le nectar des mois, alors que les années se sont partagées à moitié avec les années.
Mon enfant bien-aimé, est-ce que tu me considères comme un fou d’écrire à un être qui n’est pas encore né ?
Qu’est-ce qui est plus dément : un État nucléaire s’attaquant à un bébé pas encore né en le considérant comme un danger sécuritaire et qui s’incarne en tant que tel dans les rapports des services secrets et dans les réquisitoires de procès ? Ou est-ce moi, rêvant d’avoir un enfant ? Qu’est-ce qui est plus dément : écrire une lettre pour un rêve ou le rêve qui devient un dossier dans les services de sécurité ?
Mon enfant bien-aimé, sais-tu que tu possèdes déjà ton dossier aux archives du Shabak israélien ? Que dis-tu de cela ?
Devrais-je cesser de rêver ?
Non, je ne cesserai jamais de rêver malgré l’amère réalité !
Je continuerai à chercher le sens de la vie malgré toute la vie que j’ai perdue !
Eux, ils fouillent les tombes de leurs grands-parents pour tenter d’y chercher une légitimité illusoire, alors que nous, nous cherchons pour nos petits-enfants un Avenir meilleur, un Avenir espéré !
Je te salue mon bébé… Je te salue, mon enfant bien-aimé !
Traduction : Rania SAMARA
Aloufok

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