jeudi 28 juillet 2011

Les Arabes... des cultures et des peuples : Les Arts (18/30)

Al-Loufok

Sous les Omeyyades, l'architecture religieuse et civile se développe avec la mise en place de nouveaux concepts et de nouveaux plans. Ainsi, le plan arabe, à cour et salle de prière hypostyle, devient véritablement un plan-type à partir de la construction, à l'emplacement le plus sacré de la cité de Damas – sur l'ancien temple de Jupiter et à la place de la basilique Saint-Jean Baptiste – de la Grande mosquée des Omeyyades. Ce bâtiment majeur servira de repère aux bâtisseurs (et aux historiens de l'art) pour la naissance du plan arabe. Néanmoins, les récents travaux de Myriam Rosen-Ayalon semblent indiquer que le plan arabe est né un peu avant, avec le premier état en dur de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem[1].

La coupole du Rocher à Jérusalem est sans conteste l'un des bâtiments les plus importants de toute l'architecture islamique, marqué par une forte influence byzantine (mosaïque à fond d'or, plan centré qui rappelle celui du Saint-Sépulcre) mais comportant déjà des éléments purement islamiques comme la grande frise d'inscription[2]. Son modèle n'a pourtant pas essaimé, et celui qu'Oleg Grabar considère comme « le premier monument qui se voulût une création esthétique majeure de l'Islam »[3] est resté sans postérité[4].

Les châteaux du désert de Palestine nous offrent quant à eux de nombreux renseignements sur l'architecture civile et militaire, quoique leur fonction exacte soit soumise à caution : caravansérails, lieux de villégiature, résidences fortifiées, palais à visées politiques, permettant la rencontre entre le calife et les tribus nomades ? Les spécialistes ont du mal à trancher, et il semble d'ailleurs que leur usage ait varié selon le site[5]. Anjar était ainsi une ville entière, qui nous informe sur un type d'urbanisme encore très proche de la Rome antique, avec cardo et decumanus, comme Ramla[6].

Outre l'architecture, les artisans travaillent une céramique, souvent non glaçurée[7], parfois à glaçure monochrome transparente verte ou jaune, ainsi que le métal. Il reste très délicat de différencier ces objets de ceux de la période préislamique, les artisans réutilisant des éléments occidentaux (rinceaux végétaux, feuilles d'acanthes, etc) et sassanides (motifs d'ailes qui reprennent celles des casques)[8].

Dans l'architecture comme dans les arts mobiliers, les artistes et artisans umayyades n'inventent pas un vocabulaire nouveau mais réutilisent volontiers celui de l'Antiquité tardive méditerranéenne et iranienne, qu'ils adaptent à leur conception artistique en remplaçant par exemple dans la grande mosquée de Damas les éléments figuratifs des mosaïques byzantines qui servent de modèles par des arbres et des villes. Les « châteaux du désert » témoignent particulièrement de ces emprunts. En mélangeant les traditions et en réadaptant motifs et éléments d'architecture, ils créent peu à peu un art typiquement musulman[9] palpable notamment dans l'esthétique de l'arabesque, présente aussi bien sur les monuments que les objets ou dans les Corans enluminés[10].

Notes

1/Rosen Ayalon, Myriam. Art et archéologie islamiques en Palestine. Paris : PUF, 2002
2/O. Grabar. Le dôme du Rocher, joyau de Jérusalem. 1997
3/Grabar,Oleg. La formation de l'art islamique. [trad. Yves Thoraval] Paris : Flammarion, coll. Champs, 2000. p.72.
4/Hillenbrand, Robert. Islamic architecture, form, function and meaning New York : Columbia University Press, p. 20. Celui-ci remarque néanmoins que, selon des travaux récents, le plan du dôme du Rocher serait reproduit dans la Grande Mosquée de Kairouan, par l'agencement des colonnes et des chapiteaux de remploi.
5/Hillenbrand, Robert. Islamic architecture, form, function and meaning New York : Columbia University Press, p. 384 - 390.
Grabar, Oleg. La formation de l'art islamique. [trad. Yves Thoraval] Paris : Flammarion, coll. Champs, 2000. p. 193 - 236
6/Bernus-Taylor, Marthe. « L'art de l'Islam » in Moyen âge, chrétienté et islam. Paris : Flammarion, 1996. p. 456 - 457.
7/Makariou, Sophie. suse, terres cuites islamiques. Snoeck, 2005
8/« If the production of objets d'art during the first one hundred and twenty-five years of Muslim rule is discussed at all it is usually with the suggestion that the material culture chaged very little during the first century and a quarter after the Muslim conquest » Grabar et Etinghausen, Islamic art and architecture, 650 - 1250. New Haven and London, : Yale university Press, 2001. p. 39.
9/« Dans un pays riche de traditions antiques, tourné vers la Méditerranée mais relié par les voies fluviales (l'Euphrate, puis l'océan Indien) et les routes terrestres au monde iranien et extrême oriental se juxtaposent et s'interpénètrent les éléments chrétiens, hellénistiques et sassanides qui se fondent peu à peu en un art rapidement original » Bernus-Taylor, Marthe. Les arts de l'Islam. Paris : RMN, 2001. p.9
10/Grabar,Oleg. La formation de l'art islamique. [trad. Yves Thoraval]. Paris : Flammarion, coll. "Champs", 2000. p. 291 - 299

Photo : Coupe du dôme du Rocher à Jérusalem est sans conteste l'un des bâtiments les plus importants de toute l'architecture islamique

Al-Loufok

Aucun commentaire: