Al-Loufok Avec le déplacement des centres de pouvoir vers l'est, deux villes qui servent successivement de capitales entrent sur le devant de la scène : Bagdad et Samarra en Irak. La ville de Bagdad n'a pu être fouillée, car elle est recouverte par les maisons contemporaines. On la connaît par plusieurs sources, qui la décrivent comme une ville ronde, au centre de laquelle s'élèvent grande mosquée et palais. Samarra, quant à elle, a fait l'objet de plusieurs campagnes de fouilles, en particulier par Ernst Herzfeld et plus récemment, Alastair Northedge. Créée quasiment ex-nihilo par al-Mutasim en 836, elle s'étend sur une trentaine de kilomètres, et comporte à la fois de nombreux palais, deux grandes mosquées et des casernements. Abandonnée définitivement à la mort d'al-Mutamid en 892, elle offre un jalon chronologique fiable[1].
Samarra a fourni un grand nombre de mobiliers, en particulier des stucs qui servaient de décor architectural, et dont les motifs permettent plus ou moins la datation des bâtiments[2] et se retrouvent dans l'art mobilier depuis l'Égypte tulunide jusqu'en Iran, notamment dans le bois[3].
L'art de la céramique connaît quant à lui deux innovations majeures : l'invention de la faïence et celle du lustre métallique qui se retrouveront longtemps après la disparition de la dynastie[4].
En Islam, on nomme « faïence » une céramique à pâte argileuse, couverte d'une glaçure opacifiée à l'oxyde d'étain, et décorée sur glaçure. Les imitations de porcelaines chinoises[5] se multiplient alors, grâce à de l'oxyde de cobalt, utilisé dès le VIIIe siècle à Suse[6] et qui permet des décors bleus et blancs. Le répertoire de motifs reste assez restreint : motifs végétaux, épigraphie[7].
Le lustre métallique, quant à lui, serait né au IXe siècle, peut-être par transposition en céramique d'un produit déjà existant dans le verre[8]. La chronologie de cette invention, et des premiers siècles, est très délicate et donne lieu à de multiples controverses. Les premiers lustres seraient polychromes, totalement anicôniques, puis deviendraient figuratives et monochromes à partir du Xe siècle, si l'on en croit l'opinion la plus couramment admise, qui se base en partie sur le mihrab de la mosquée de kairouan[9].
Du verre, transparent ou opaque, est également produit, décoré par soufflage dans un moule, ou ajouts d'éléments[31]. On connaît plusieurs exemples de verres taillés, dont le plus célèbre est sans doute le bol aux lièvres, conservé au trésor de Saint-Marc de Venise[10], et des décors architecturaux dans ce matériau ont été mis au jour à Samarra.
Notes
1/Voir les différentes publications d'Alastair Narthedge, en particulier : « Samarra », in Encyclopédie de l'Islam. Brill, 2e édition. « Remarks on Samarra and the archaeology of the large cities ». Antiquity, mars 2005
2/Herzfeld, Ernst. Der Wanndschmuck der Bauten von Samarra. Berlin, 1923
3/Voir par exemple le panneau à l'oiseau stylisé OA 6023 du musée du Louvre
4/Grabar, Oleg ; Ettinghausen, Richard. Islamic art and architecture 650 - 1250. New Haven et London : Yale University Press, 2001. p. 68 - 69
5/Les relations avec la Chine sont à cette époque complexe, mais existent. Des céramiques chinoises ont été retrouvées dans plusieurs sites, comme Suse et Siraf. Voir par exemple Soustiel, Jean. La céramique islamique. Fribourg, office du livre, 1985.
6/Selon les recherches de Monik Kervran, publiées dans les cahiers de la Délégation Archéologique Française en Iran
7/D'après Grube, les épigraphies serviraient de reconnaissance pour des pièces de collections. Grube, Ernst J. Islamic Pottery of the Eight to the Fifteenth Century in the Keir Collection. Londres, 1976.
8/Pour le verre lustré, voir Carboni, S. Glass of the sultans. [Expo . Corning, New York, Athènes. 2001 - 2002] New York : Metropolitan museum of art, 2001. Deux datés 772-773 et 779 ont été retrouvés dans les fouilles de Scanlon à Fustat
9/Lane, Arthur. Early islamic pottery. Londres : Faber et Faber, 1947
10/Hasson, Rachel. Early Islamic Glass. Jérusalem, 1979.
11/Carboni, S. Glass of the sultans. [Expo . Corning, New York, Athènes. 2001 - 2002] New York : Metropolitan museum of art, 2001.
Photo : Grande Mosquée de Kairouan, architecture et décoration du IXe siècle, Kairouan, Tunisie
Al-Loufok
Samarra a fourni un grand nombre de mobiliers, en particulier des stucs qui servaient de décor architectural, et dont les motifs permettent plus ou moins la datation des bâtiments[2] et se retrouvent dans l'art mobilier depuis l'Égypte tulunide jusqu'en Iran, notamment dans le bois[3].
L'art de la céramique connaît quant à lui deux innovations majeures : l'invention de la faïence et celle du lustre métallique qui se retrouveront longtemps après la disparition de la dynastie[4].
En Islam, on nomme « faïence » une céramique à pâte argileuse, couverte d'une glaçure opacifiée à l'oxyde d'étain, et décorée sur glaçure. Les imitations de porcelaines chinoises[5] se multiplient alors, grâce à de l'oxyde de cobalt, utilisé dès le VIIIe siècle à Suse[6] et qui permet des décors bleus et blancs. Le répertoire de motifs reste assez restreint : motifs végétaux, épigraphie[7].
Le lustre métallique, quant à lui, serait né au IXe siècle, peut-être par transposition en céramique d'un produit déjà existant dans le verre[8]. La chronologie de cette invention, et des premiers siècles, est très délicate et donne lieu à de multiples controverses. Les premiers lustres seraient polychromes, totalement anicôniques, puis deviendraient figuratives et monochromes à partir du Xe siècle, si l'on en croit l'opinion la plus couramment admise, qui se base en partie sur le mihrab de la mosquée de kairouan[9].
Du verre, transparent ou opaque, est également produit, décoré par soufflage dans un moule, ou ajouts d'éléments[31]. On connaît plusieurs exemples de verres taillés, dont le plus célèbre est sans doute le bol aux lièvres, conservé au trésor de Saint-Marc de Venise[10], et des décors architecturaux dans ce matériau ont été mis au jour à Samarra.
Notes
1/Voir les différentes publications d'Alastair Narthedge, en particulier : « Samarra », in Encyclopédie de l'Islam. Brill, 2e édition. « Remarks on Samarra and the archaeology of the large cities ». Antiquity, mars 2005
2/Herzfeld, Ernst. Der Wanndschmuck der Bauten von Samarra. Berlin, 1923
3/Voir par exemple le panneau à l'oiseau stylisé OA 6023 du musée du Louvre
4/Grabar, Oleg ; Ettinghausen, Richard. Islamic art and architecture 650 - 1250. New Haven et London : Yale University Press, 2001. p. 68 - 69
5/Les relations avec la Chine sont à cette époque complexe, mais existent. Des céramiques chinoises ont été retrouvées dans plusieurs sites, comme Suse et Siraf. Voir par exemple Soustiel, Jean. La céramique islamique. Fribourg, office du livre, 1985.
6/Selon les recherches de Monik Kervran, publiées dans les cahiers de la Délégation Archéologique Française en Iran
7/D'après Grube, les épigraphies serviraient de reconnaissance pour des pièces de collections. Grube, Ernst J. Islamic Pottery of the Eight to the Fifteenth Century in the Keir Collection. Londres, 1976.
8/Pour le verre lustré, voir Carboni, S. Glass of the sultans. [Expo . Corning, New York, Athènes. 2001 - 2002] New York : Metropolitan museum of art, 2001. Deux datés 772-773 et 779 ont été retrouvés dans les fouilles de Scanlon à Fustat
9/Lane, Arthur. Early islamic pottery. Londres : Faber et Faber, 1947
10/Hasson, Rachel. Early Islamic Glass. Jérusalem, 1979.
11/Carboni, S. Glass of the sultans. [Expo . Corning, New York, Athènes. 2001 - 2002] New York : Metropolitan museum of art, 2001.
Photo : Grande Mosquée de Kairouan, architecture et décoration du IXe siècle, Kairouan, Tunisie
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