Al-LoufokLa première dynastie qui s'installe en Espagne (ou al-Andalus) est celle des Omeyyades d'Espagne. Comme son nom l'indique, cette lignée descend de celle des grands Omeyyades de Syrie, décimée au IXe siècle. Elle est remplacée après sa chute par différents royaumes autonomes, les Reyes de Taifas (1031–1091) mais la production artistique à cette période ne diffère pas fondamentalement après ce changement politique.
À la fin du XIe siècle, deux tribus berbères prennent successivement la tête du Maghreb et de l'Espagne, alors en pleine Reconquista : les Almoravides et les Almohades qui apportent des influences maghrébines dans l'art. Cependant, peu à peu conquise par les rois chrétiens, l'Espagne islamique finit, au XIVe siècle, par se réduire à la ville de Grenade avec la dynastie Nasride (1238) qui parvient à se maintenir jusqu'en 1492[1].
Au Maghreb, ce sont les Hafsides (1230), les Zianides (1235) et les Mérinides (1258) qui reprennent le flambeau almohade. Les Mérinides, depuis leur capitale de Fès, participent à de nombreuses expéditions militaires tant en Espagne qu'en Tunisie dont ils ne peuvent pourtant déloger les Hafsides, une dynastie solidement implantée. Les Zianides eurent des échanges intenses avec l'Émirat de Grenade, il signeront ainsi des alliances contre la Couronne d'Aragon et les Mérinides[2]. Les Mérinides voient leur pouvoir décroître à partir du XVe siècle et sont définitivement remplacés par les Sharifs en 1549. Les Hafsides subissent quant à eux la conquête des Turcs Ottomans en 1574[3].
L’al-Andalus est un lieu de grande culture à la période médiévale. Outre de grandes universités comme celle d'Averroès qui permettent la diffusion de philosophies et de sciences inconnues du monde occidental, ce territoire est également très foisonnant pour l'art. On pense évidemment, en architecture, à la grande mosquée de Cordoue mais elle ne doit pas occulter d'autres réalisations comme le Bab Mardum de Tolède ou la ville califale de Madinat al-Zahra. À l'autre extrémité de la période, on trouve notamment les palais de l'Alhambra à Grenade. Plusieurs traits caractérisent l'architecture espagnole, dont les formes d'arcs : ceux en plein cintre dérivent de modèles wisigothiques voire romains[4], mais les polylobés, également très usités, semblent plus typiques de la période islamique. Le traitement du mihrab comme une petite pièce est également un trait assez caractéristique de l'Espagne[5].
Parmi les techniques qui sont alors employées pour la confection des objets, l'ivoire est très utilisé pour la confection de boîtes et de coffrets. La pyxide d'al-Mughira en est un chef d'œuvre, qui présente de nombreuses scènes figurées à l'iconographie délicate à interpréter[6].
De grandes rondes-bosses, habituellement plutôt rares en terre d'Islam[7], voient également le jour. En métal, elles servent d'aquamaniles ou de bouches de fontaines[8]; en pierre, elles soutiennent par exemple la fontaine aux lions de l'Alhambra.
Les tissus, soieries notamment, sont en grande partie exportés ; on en retrouve beaucoup dans les trésors d'églises occidentaux, enveloppant les ossements des saints personnages[9]. En céramique, les « techniques traditionnelles » sont maîtrisées, en particulier le lustre métallique, utilisé sur des carreaux, ou dans la série des vases de l'Alhambra[10]. À partir du règne des dynasties maghrébines, on note aussi un goût pour le travail du bois, sculpté et peint : le minbar de la Mosquée Koutoubia à Marrakech, daté de 1137, en est l'un des meilleurs exemples[11].
L'architecture d'Afrique du Nord est assez méconnue par manque de recherches depuis la décolonisation. Les dynasties almoravide et almohade, qui importent des nouveautés en Espagne, se caractérisent par une recherche d'austérité qui transparaît par exemple dans des mosquées aux murs nus. Les dynasties mérinide et hafside parrainent une architecture importante mais très méconnue et un remarquable travail sur le bois peint, sculpté et incrusté[12].
Notes
1/Boswrth, Clifford Edmund. Les dynasties musulmanes [trad. Yves Thoraval]. Actes Sud, ed. Sindbad, 1996. p. 37 - 48
2/Orientalia Hispanica: Sive Studia F. M. Pareja Octogenario Dicata, Felix M. Pareja Casanas, F. M. Pareja, J. M. Barral.Collaborateur F. M. Pareja. Page 34. Publié par Brill Archive, 1974.ISBN 90-04-03996-1
3/Boswrth, Clifford Edmund. Les dynasties musulmanes [trad. Yves Thoraval]. Actes Sud, ed. Sindbad, 1996. p. p. 49 - 71
4/« [...] cette forme de construction est attestée, entre Ebre et Duero, dès 661 (église de San Juan de Baños) [...]. On peut même affirmer que l'origine de l'arc outrepassé est antérieure et se situe en pleine époque impériale romaine. » Stierlin, Henri. Islam, de Bagdad à Cordoue, des origines au XIIIe siècle Taschen, 2002. p. 113
5/Stierlin, Henri. Id. p. 100
6/Œuvre choisie du site du musée du Louvre
7/« La ronde bosse est très rare dans le monde islamique. » Bernus-Taylor, Marthe. Les Arts de l'Islam. Paris : RMN, 2001. p. 59
8/Voir par exemple la biche de la collection Doha du Qatar qui provient de la fontaine de Madinat al-Zahra ainsi que le paon aquamanile MR 1569 et le lion bouche de fontaine OA 7883 du musée du Louvre
9/Les textiles espagnols sont produits dans des ateliers royaux qui en ont le monopole, nommés tiraz. Grabar, Oleg et Ettinghausen, Richard. Islamic art and architecture, 650 - 1250. New Haven and London : Yale University Press, 2001. p. 97
10/Bernus Taylor, Marthe. « L'art de l'Islam » in Moyen âge, chrétienté et Islam. Paris : Flammarion, 1996. p. 513
11/Grabar, Oleg et Ettinghausen, Richard. Islamic art and architecture, 650 - 1250. New Haven and London : Yale University Press, 2001. p. 278.
12/Blair, Sheila S. ; Bloom, Jonathan M. The art and architecture of Islam. New Haven et London : Yale University Press, 1994. p. 114 à 123
Photo : Grande mosquée de Cordoue, salle de prière.
Al-Loufok

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