dimanche 31 juillet 2011

Les dollars US détournés vers les talibans

Gilles Devers

L’info vient du Washington Post, et elle est croustillante : des millions de dollars sortis direct du budget fédéral et destinés au ravitaillement des troupes US se sont retrouvés dans les poches des talibans.

Chacun sait que la saine guerre lancée par le président tortionnaire Bush contre l’ennemi du mal est une réussite totale, et que les glorieuses troupes US s’apprêtent à rentrer à la maison sous les applaudissements de la foule afghane, avec une démocratie rutilante et des talibans marginalisés au fond des montagnes. Sauf que, semble-t-il, c’est un peu plus compliqué : le pays est à feu et à sang, le pouvoir est corrompu jusqu'à l'os et les talibans, qui étaient hier honnis, ont renouvelés leurs réseaux dans la population et sont aux portes des grandes villes.

C’est dans ce tableau joyeux que prend place l’info du Washington Post. L’Afghanistan est un pays enclavé et l’acheminement du matériel pour les armées est un casse-tête, fort coûteux. Pour nombre de besoin, les US doivent passer par la route, via le Pakistan, et ils ont recours à des entreprises qui les taxe un max. Le programme s’appelle Host Nation Trucking, et il dégage un cout situé entre 2 et 3 milliards de dollars par an. Ce convoyage de grande ampleur a pour pivot un groupe de huit compagnies, qui ont recours à de nombreux sous-traitants, pour transporter sur les bases US de la nourriture, de l'eau, du carburant et des munitions. Six des huit entreprises sont afghanes, et les deux autres sont US.

Or, si les sous-traitants demandent cher, c’est que pour s’assurer la sécurité ils paient des sommes colossales, en millions de dollars aux talibans. Autre source de dépense, des policiers, qui partagent l’argent avec les combattants rebelles, pour permettre le passage des camions. Et quand il n’y a pas assez d’argent, on pique directement dans la cargaison, ce qui permet aux rebelles d’avoir de très belles armes, modernes et toutes neuves. Le journal, qui fait état d’un phénomène général, décrit deux affaires de 7,4 et 3,3 millions de dollars, arrivés direct chez l'ennemi. L'enquête a mis au jour « des preuves crédibles d'implication dans une entreprise criminelle ou de soutien à l'ennemi », par quatre des huit principaux sous-traitants.

L’incurie US est au top. Les premiers doutes sont apparus dans un rapport du Congrès de l’été dernier, conduisant à l’ouverture de l’enquête que le Washington Post a révélé ces jours-ci. Le porte-parole du ministère de la Défense, le colonel David Lapan, a confirmé ces infos, et pourtant ce printemps encore, les gus à galons du Pentagone ont prolongé de six mois le contrat, pour un montant de 2,16 milliards de dollars. John Tierney, le président démocrate d'une commission de surveillance de la Chambre des Représentants, a déploré des pratiques « au-delà de toute compréhension » estimant que l'armée américaine se rendait ainsi complice d'une vaste opération de racket.

« Mais qu’est ce qu’ils attendent pour se casser ? »

Gilles Devers, avocat

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