jeudi 4 août 2011

Enfin la tête du général libyen Younis !

Alexander COCKBURN

C’est sûrement un des échecs stratégiques les plus marquants de l’histoire pour les experts militaires et ceux des services secrets. En mars, après la seconde résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU utilisée par l’OTAN pour lancer sa campagne de bombardements, ils avaient affirmé que Tripoli et Kadhafi tomberaient dans les deux ou trois semaines. Cela ne faisait aucun doute pour la droite comme pour la gauche, mais pas pour votre serviteur.

Et pourtant le Guide est toujours là et fait des discours à Tripoli à des assemblées, entouré du sixième de la population libyenne, pendant qu’à l’autre bout du pays il semble qu’une faction de Benghazi, celle de Mustapha Abdul Jalil, le chef de Conseil National de Transition rebelle vienne d’assassiner Abdel Fatah Younis, le commandant libyen des forces rebelles.

Il y a plusieurs versions de l’événement mais aucune d’entre elles n’accorde le moindre crédit à la timide suggestion initiale de Jalil selon laquelle les hommes de Kadhafi en seraient responsables. Une version dit que Younis a été arrêté parce qu’il avait ouvert des négociations secrètes avec Tripoli (ce qui est probablement vrai) puis emmené dans le désert pour y être exécuté avec les deux colonels de sa garde ; une autre qu’il a été torturé à mort à Benghazi. D’une manière ou d’une autre cela a rendu caduque la lettre que le sénateur John McCain a écrite à Jalil pour lui dire que les rapports de sérieuses violations des droits de l’homme par les rebelles affaiblissaient le soutien du Congrès pour l’attaque de l’OTAN.

On commence à recevoir des vidéos et des récits qui montrent le vrai comportement des rebelles et leur pratique de la torture et des exécutions de prisonniers et de personnes suspectées d’être loyales à Kadhafi sans parler de la remise en vigueur de l’obligation faite aux femmes de porter la burka et autres manifestations de fondamentalisme fanatique parmi les clients de l’OTAN.

Le jour même où la nouvelles du meurtre de Younis est arrivée, l’Angleterre a reconnu les rebelles comme le gouvernement légitime de la Libye et a donné son accord pour qu’il s’installe dans les locaux du gouvernement libyen à Londres. On dirait qu’il y a aussi une guerre civile à Londres car William Hague, le secrétaire aux affaires étrangères, a cessé de s’opposer catégoriquement à des négociations avec Tripoli. En guise de remerciements pour avoir ordonné à ses hommes de cribler Younis de balles, Jalil s’est empressé de réclamer les 25 milliards de dollars de fonds du gouvernement libyen que l’OTAN avait gelés qui, si on leur donne, ce dont je doute fort, finiront dans les comptes en banque privés des rebelles ainsi sans doute que dans les comptes privés de l’OTAN ; tout cela était prévu depuis le début et c’est pourquoi Benghazi a ouvert une "banque centrale libyenne".

C’est une des grandes humiliations de l’histoire de l’OTAN (et aussi pour être mesquin, un coup terrible porté à la réputation de perspicacité analytique et politique du meilleur agent de propagande des cercles progressistes en faveur des rebelles, le professeur Juan Cole, dont les blogs sur la Libye ont pris un tour de plus en plus dément au fil des événements). Incidemment ils continuent d’appeler Kadhafi à "se retirer".

Sur le plan constitutionnel que l’OTAN se doit de prendre en considération, je pense qu’il l’a fait il y a quelque temps.

Alexander Cockburn.

Pour lire le reste du journal de Counterpunch et consulter l’original : http://www.counterpunch.org/cockburn07292011.html

Traduction : Dominique Muselet pour LGS.

Le Grand Soir

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