lundi 26 septembre 2011

La privatisation du rail a déjà commencé!

Internationalnews

Le principe appliqué au rail est simple et tient en une phrase : de l’argent public est investi dans un projet ferroviaire dont le chantier est attribué à un privé (au choix: Eiffage, Vinci, Bouygues), puis celui-ci se voit attribuer la concession de l’ouvrage. C’est-à-dire des péages dont devront s’acquitter les trains roulant sur la future ligne. En général pour une durée de 50 ans.

Ce type de contrat est déjà bien connu dans le milieu hospitalier. Le hasard faisant bien les choses, Gaël en parle aujourd’hui sur son blog.

À l’heure actuelle, la totalité des projets de LGV sont à ma connaissance financés sur cette base. Au public les risques, au privé les bénéfices, renforçant le TGV dans sa position de cheval de Troie de la marchandisation du rail en France. Pour mémoire, la fin du tarif kilométrique des billets et son remplacement par des offres commerciales opaques ainsi que le yield-management ont été imposés d’abord sur les TGV avant de s’immiscer petit à petit sur les trains classiques.

L’interview de Marc Fressoz parue le 19 septembre sur le site du Nouvel Observateur vous apportera quelques précisions.

Dans la lignée de « La Fracture Ferroviaire » de Vincent Doumayrou, le nouveau livre de Marc Fressoz « F.G.V : Faillite à grande vitesse » analyse l’évolution de 30 ans de politique ferroviaire à grande vitesse.

Nos amis Bretons, Poitevins, Orléanais et Auvergnats se réjouiront d’apprendre que le futur massacre de leur région et fermeture de leur gare locale soutiendra le cours des actions des grands groupes de BTP Français…

Vous trouvez le prix des billets de train SNCF souvent trop élevé? Pas d’inquiétude, les prix vont continuer à augmenter et pas qu’un peu! C’est une des premières conséquences de l’ouverture à la concurrence du trafic voyageurs…

C’est le Figaro qui nous le dit et il s’y connaît en matière d’ouverture à la concurrence et de libéralisation des marchés. En vertu d’un décret publié cet été en toute discrétion, la SNCF pourra désormais fixer ses tarifs beaucoup plus librement.

«Le décret permet d’adapter l’encadrement des tarifs de la SNCF à la faveur de l’ouverture progressive à la concurrence du marché ferroviaire», précise le texte. En clair, pour doper l’attractivité et la rentabilité de l’établissement public dans le cadre de l’ouverture à la concurrence du réseau européen, la SNCF devrait pouvoir proposer à ses clients une palette de tarifs beaucoup plus large, élaborée en fonction de l’offre et de la demande.

C’est donc très clair, avant la privatisation inéluctable de la SNCF, il s’agit de tout faire pour rendre la mariée plus présentable pour de futurs actionnaires avides de profits et de rentabilité…

Au passage, admirons la litote du Figaro quand il s’agit de la question des conséquences pour l’usager: « Le gain pour le consommateur sera contrasté ». En effet, il sera plus que « contrasté » dans la mesure où toutes les lignes bénéficiant des plus forts trafics verront les tarifs augmenter au-delà des prix actuels en heure de pointe…

Le résultat global pour l’usager? Payer plus pour voyager moins, peut-être le nouveau slogan sarkozyste pour l’élection présidentielle de 2012… Car vu le prix actuel du train, une augmentation débridée dans le cadre de l’ouverture à la concurrence risque de refréner sérieusement les envies de train de certains usagers. Qu’ils prennent la voiture! dira sans doute Marie-Carla…

C’est quand même un mystère assez merveilleux que je soumets à tous les apôtres du libéralisme: l’ouverture à la concurrence est souvent présentée comme le sésame vers un monde meilleur, le paradis du consommateur où les prix baissent du fait d’une concurrence exacerbée. Le problème, c’est qu’à chaque fois, les prix augmentent! Quel que soit le secteur (eau, téléphonie, déchets, transports, etc.), toute ouverture à la concurrence se traduit par une augmentation des tarifs.

Sauf que le mystère n’a rien de vraiment bien mystérieux: avec l’ouverture à la concurrence apparaît un parasite glouton que l’on nomme l’actionnaire et qui exige des taux de rentabilité de 15% par an. Il va donc falloir les faire cracher les usagers consommateurs!

Et ce n’est pas tout, la SNCF qui, rappelons-le, veut dire Société Nationale des Chemins de Fer, s’est lancée dans le même temps dans une politique d’acquisition tous azimuts de sociétés de transports, y compris à l’étranger, pardon, à « l’international ». Et il faut bien le financer le développement international de la Société Nationale des Chemins de Fer !

Ainsi, le 23 août dernier, la SNCF annonçait sa prise de participation dans une société autrichienne et sa volonté de concourir à l’appel d’offres pour la construction de la ligne à grande vitesse Moscou-Saint-Pétersbourg. (Source:La Croix)

Donc, si on résume, les prix du train vont augmenter en France pour rassurer les futurs actionnaires de la SNCF® et pour financer le futur TGV Moscou-Saint-Pétersbourg.

Personnellement, j’aurais préféré que la Société Nationale des Chemins de Fer développe sa participation dans le fret ferroviaire en France et construise des lignes de train, pas forcément à grande vitesse d’ailleurs, pour désenclaver les nombreuses régions françaises dépendantes à la voiture… Oups, cela s’appelle s’appelait le « Service Public ». Désormais la SNCF a, « avec une présence dans 120 pays », des perspectives autrement plus enrichissantes que de transporter Monsieur Martin entre Trifouilly-les-Oies et Perpète-les-Andouillettes…

Et puis franchement, vendre des billets de TGV Moscou-Saint-Pétersbourg, ça a quand même une autre gueule que de vendre des billets de train Corail entre Vierzon et Saint-Pierre-des-Corps…

Maigre consolation, Monsieur Martin pourra toujours rêver, quand il sera coincé en voiture dans les embouteillages, au voyage Moscou-Saint-Pétersbourg en « ligne à grande vitesse » qu’il ne pourra jamais se payer.

Internationalnews

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