Gilles Devers
Chirac s’avance vers la barre, entouré de ses douze médecins et de ses huit infirmières.
- Nom, prénom, qualité.
- Chirac Jacques, futur président de la République.
- Vous voulez dire « ancien » président de la République…
- Pas du tout, mon cher ami… euh Monsieur le président. En 2017, je serai le seul à pouvoir me présenter contre DSK, qui essaiera de prendre la succession de Sarkozy.
- Bon, admettons. Mais, c’est grave ce que vous avez fait il y a vingt ans, comme Maire de Paris. Vous ne referez plus ?
- Ah bon ? Le sang a coulé ? Comme en Irak où je me suis opposé aux US, comme en Afghanistan où je me suis opposé aux US, comme en Libye, où ce freluquet de Sarko fait de la gonflette quand les US financent 80% de la guerre injuste menée à un peuple souverain ? De partout et de tout temps, ces lascars suscitent les extrémistes et les terroristes pour conforter leur pouvoir. C’est quand même plus grave que le marché des ascenseurs sur les HLM de Paris.
- Les HLM, ce n’est pas notre procès. Ca, c’est le procès de Nanterre, qui va suivre.
- J’avoue que je m’y perds. De toute façon, c’était tout la même magouille.
- Vous passez aux aveux ?
- Aveux de rien du tout mon chouchou, …euh Monsieur le président. Vois-tu, je vais t’expliquer comment çà marche. Pour faire de la politique, il faut des sous, et je préciserais des sous de source autonome. Autrement, tu te retrouves comme mon ami le nain, qui est allé faire la manche au Maxim’s le soir de sa victoire aux présidentielles.
- Quoi ! Mais pas du tout, Monsieur le Président … euh Monsieur le prévenu. L’action politique peut être conduite avec des convictions et de l’argent propre… Hier encore, je relisais Platon et Socrate…
- Oui, vous êtes bien sympathique. Mais à ce rythme, je serais encore président du conseil général de la Corrèze.
- Pardon ?
- Mais, oui, mon cher ami. Ce sont les grands groupes industriels et financiers qui dominent un pays. Regardez le joyeux Obama tellement heureux d’être président parce qu’il a accepté de ne pas gouverner. C’est le VRP des grands groupes, et il n’aura pas de soucis : il sera réélu. Le Tea Party chauffe l’ambiance, mais il n’apporte rien au chiffre d’affaires des grands groupes. C’est sans espoir pour eux. Je n’ai jamais voulu çà, et mon ami Mitterrand non plus. Les élections se gagnent par le fric, et si vous tenez bien l’affaire, le reste suit. Donc à l’époque, chacun se démerdait pour faire le plein, sinon la voiture ne démarrait pas.
- Je ne peux laisser dire cela. Actuellement, tout ceci a pris fin.
- Les partis et les campagnes sont financées par l’impôt, oui, mais par des lois malheureuses que mon ami Mitterrand et moi-même nous avons été obligés de faire voter pour ne pas nous faire scalper par Edwy Plenel et Hervé Gattegno. Je n’en veux pas à ces deux rigolos tristes : ils m’ont permis d’être réélu avec 80% des voix en 2002.
- Que voulez-vous dire par-là ?
- Ils ont alimenté à fond de berzingue le truc du « tous pourris », alors qu’ils étaient bien incapables de proposer quoi que ce soit. Tout est parti chez Le Pen, et ces héros intellectuels ont appelé à faire des manifs…
- Vous n'avez pas tort...
- Aujourd’hui, il n’y a plus d’infractions pénales, mais il a de graves infractions politiques. C’est pire, et il n'y a pas de sanction. Les partis ont juste de quoi vivre, et le pouvoir passe par les médias. Ce ne sont plus les partis qui font le jeu, mais les agences de com’.
- Ce que vous dites est grave…
- Nous étions gavés de fric, et ça assurait notre indépendance. Nous, la Droite, nous avions les mairies, et les gaullistes sont disciplinés. Donc on faisait venir l’argent en direct, ce qui me vaut d’être devant vous aujourd’hui. Les socialistes avaient juste les villes de Lille et Marseille, et ils devaient gérer plein de petits ruisseaux. Alors, ils ont créé une société, Urba-Technic, pour collecter les pots de vin, mais sur le principe, c’était kif kif.
- Heureusement tout ceci a pris fin.
- Ah, ah, ah… Voyez-vous, mon jeune ami, la réalité est peu plus compliquée. Nous, nous pouvions financer des événements, et on dirigeait vraiment la politique. Maintenant, il faut tout régler au jour le jour avec les boss des médias. Par exemple vous avez la soit-disante grosse fâcherie de mon Raffarin, et tous les médias qui suivent, ce pour le voir rentrer dans le rang en 24 heures. Le but du jeu est que tout le monde comprenne que l’UMP est une grande famille. Et le plus incroyable, c’est que ça marche.
- On s’égare.
- À qui le dites-vous… Bon, alors vous me condamnez ou non ?
- J’hésite.
- Ah non, pas çà. Faites application de la loi que j’ai faite voter contre moi, et basta.
- Monsieur le prévenu, pouvez-vous vous approcher un peu ?
(Le président-prévenu s’approche, et le président-juge lui parle à voix basse)
- Dites donc, cette histoire de se présenter dans cinq ans, c’est sérieux ?
- Oui,… enfin… Pour tout vous dire, c’est maman qui décide. Mais elle s’est représentée aux cantonales en Corrèze, et elle m’a dit « Chirac, vous ferez comme moi ». Ca ne me laisse pas beaucoup de marge.
- Je comprends. Bon, mais si vous êtes élu en 2017 contre DSK, ce sera quoi votre programme ?
- Je n’ai jamais eu de programme, et je ne vais pas commencer à mon âge !
- Bien sûr... On ne change pas une méthode qui gagne. Mais tous les trucs à la sauce xénophobe, les rooms et leurs maisons détruites, les objectifs chiffrés d’expulsion, les quotas d’étrangers, les salades sur les résultats scolaires des enfants étrangers, l’hystérie anti-musulmane…
- Ah, ça ce n’est pas le genre de maison ! D’ailleurs, maman est collée à la messe tous les dimanches, et elle ne voudrait pas.
- Et l’intégration du commandement de l’OTAN, les dictateurs qui en quelques mois sont promus au statut de grand ami de la France, puis se font lyncher, les guerres de conquête, BHL sinistre-bis des affaires étrangères…
- Bush et Blair ont été des voyous. Je regrette juste qu’ils ne se retrouvent pas devant un tribunal.
- Monsieur le prévenu, reprenez place à la barre. Le tribunal va rendre son jugement.
* * *
Le tribunal,
Vu la loi,
Vu l’actualité,
Lu et relu « Ubu Roi » d’Alfred Jarry,
Attendu que Chirac Jacques a piqué dans la caisse,
Attendu que tout le monde le sait, et qu’il n’entre pas dans la fonction du tribunal d’enfoncer les portes ouvertes,
Attendu que la France qui pue la xénophobie, ça commence à bien faire,
Attendu que dans ces regrettables affaires financières, le sang n’a pas coulé, ce qui n’est pas le cas en Irak, en Afghanistan et en Libye,
Attendu que Chirac Jacques a reconnu ses fautes en faisant voter des lois pour être sur de ne pas recommencer,
Attendu que la Gauche avait fait comme la Droite, et qu’il y a donc zéro / zéro, balle au centre (enfin, c’est une manière de dire, mais pitié surtout pas çà)
Attendu que le remède a été pire que le mal, car Sarko a été élu et sera réélu
Attendu que le cyclone qui devait s’abattre sur Manhattan en 2011 pourrait d’abattre sur Paris en 2017,
Attendu que quand il ne reste plus rien, il reste le principe de précaution
Par ces motifs
Renvoie l’affaire Chirac à l’automne 2017.
Gilles Devers, avocat.
Actualités du Droit

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