Certains arguments pour
ou contre le nucléaire peuvent être défendus par les citoyens indépendamment de
leurs opinions politiques. Par contre, ce débat prend une dimension particulière
lorsqu'on se reconnaît dans les valeurs de gauche. Petit
inventaire…
Le nucléaire a été imposé
par la violence et la répression
La construction de toutes les
installations nucléaires, principalement dans les années 70 et 80, a été
contestée par d'importantes manifestations populaires. Ces dernières ont été
violemment réprimées par l'Etat français, à grands renforts de compagnies de CRS
et de gendarmes mobiles, y compris sous des gouvernements de gauche (après mai
1981). Continuer aujourd'hui à justifier l'existence et le fonctionnement de ces
installations revient à tirer parti du fait accompli et à justifier de la
violence utilisée à l'époque.
Le nucléaire se maintient
par la répression et l'intimidation
Aujourd'hui encore, en France comme dans
les autres pays nucléarisés, les citoyens qui s'opposent à l'atome sont fichés,
surveillés, espionnés, perquisitionnés, arrêtés. Puisque le nucléaire est trop
dangereux pour laisser les citoyens s'y intéresser (au risque de favoriser les
desseins malveillants de fous ou de terroristes), alors, au nom des valeurs de
gauche, il faut renoncer à cette énergie.
Les alternatives créent
beaucoup plus d'emplois que le nucléaire
Après avoir longtemps soutenu le
nucléaire, le grand syndicat allemand IG METALL a totalement changé de position
au nom de l'emploi, après avoir constaté les résultats des plans
alternatifs (économies d'énergie, énergies renouvelables) lancés en 2000 en même
temps que la sortie du nucléaire. Le nucléaire est finalement assez peu créateur
d'emplois, et il faut aussi se poser la question de la qualité de ces emplois
(voir point suivant).
Des salariés sont
obligatoirement irradiés pour la maintenance des
centrales
La maintenance des centrales nucléaires
implique nécessairement que des salariés aillent dans des zones irradiantes au
détriment de leur santé. Même s'ils sont "bien suivis" (ce qui n'est pas
toujours vrai), ces irradiations ont des conséquences inévitables à court ou
moyens terme. Il est incompatible avec les valeurs de gauche que des salariés
soient irradiés pour simplement gagner leur vie.
Le nucléaire implique une
politique néocoloniale et des relations avec les
dictateurs
La France importe 100% du combustible
qu'elle utilise pour faire fonctionner ses réacteurs nucléaires, l'uranium. Les
mines d'uranium causent des dommages dramatiques à l'environnement
(contaminations, assèchement de nappes phréatiques, etc) et les premières
victimes sont les populations autochtones : Touareg au Niger, Indiens au
Saskatchewan (Canada), Aborigènes en Australie, etc. La France impose d'ailleurs
une politique néocoloniale au Niger d'où elle puise la majorité de "son"
uranium. D'autre part, la France vient de passer des accords avec Nazarbaev, le
dictateur du Kazakhstan, pour accéder à ses réserves d'uranium.
Les populations des pays
pauvres rejettent le nucléaire
Certains tentent de justifier le
nucléaire par le fait que des millions de gens n'ont pas accès à l'électricité,
en particulier dans les pays pauvres. Or, tout en réclamant l'accès à
l'électricité, les populations pauvres rejettent le nucléaire. C'est par exemple
le cas actuellement en Inde ou les populations locales se mobilisent contre des
projets de centrales nucléaires à Jaitapur (projet du français Areva !) et dans
le Tamil nadu. La police indienne réprime violement ces mobilisations : il y a
déjà un mort (à Jaitapur) et des manifestants arrêtés et menacés de prison à
vie. C'est encore plus intolérable quand on se revendique des valeurs de
gauche.
Le démantèlement et les
déchets nucléaires sont légués aux générations futures
Ceux qui construisent et exploitent des
centrales nucléaires ne sont plus là le moment venu pour assumer, face aux
générations futures, le démantèlement de ces centrales et les déchets
radioactifs qu'elles ont produit. Par exemple, 10 réacteurs nucléaires de
première génération sont arrêtés depuis plus de 20 ans en France, et attendent
toujours d'être démantelés. Risques environnementaux, financements toujours
sous-estimés… il est injustifiable de laisser ces graves problèmes à nos
enfants. Prétendre que "la recherche trouvera bien des solutions" est une
façon de se dédouaner à bon compte avec des promesses plus qu'incertaines. Les
gens qui consomment de l'électricité aujourd'hui doivent assumer sur une
génération les conséquences de cette consommation, et ne pas laisser le problème
aux générations futures.
Les plus faibles sont les
principales victimes des accidents nucléaires
Comme le
montre hélas le drame de Fukushima, les gens les plus faibles et les plus
pauvres sont les principales victimes des catastrophes nucléaires : ceux qui en
ont les moyens peuvent aller s'installer ailleurs mais, de nombreux reportages
le prouvent, beaucoup de personnes âgées et de familles pauvres restent dans les
zones contaminées, avec de graves conséquences à court ou moyen terme sur la
santé des enfants. Il serait totalement dérisoire à répondre à ce problème en
promettant : "En cas de catastrophe nucléaire, nous évacuerons tout le monde,
même les pauvres et les personnes âgées".
Il est finalement clair que le nucléaire
est par nature incompatible avec les valeurs de gauche.
Stéphane Lhomme ( 10-4-2012 )


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