jeudi 24 mai 2012

Les nonnes de Bethléem en lutte contre la barrière en Cisjordanie

Yolande KnellBBC News - 


Les Pales­ti­niens de Beit Jala ont entamé une action juri­dique pour empêcher qu’ils soient coupés de la terre de Cremisan…Pour les Pales­ti­niens, la bar­rière n’est qu’un vol de terre et ils pensent que cette vallée est promise à la colonisation.
 
La bar­rière qu’Israël construit à l’intérieur et autour de la Cis­jor­danie va priver une com­mu­nauté chré­tienne de sa terre et semble avoir causé un sacré tumulte entre des moines et des Soeurs -qui pour­raient bien se retrouver de chaque côté du mur.
Dans la verte vallée de Cre­misan, à l’ouest de Bethléem, un berger est appuyé contre un rocher tandis que son troupeau paît sous les oli­viers et les figuiers.
Tout près, une route étroite ser­pente sur la colline jusqu’à un couvent du 19 ème siècle qui est le seul établis­sement vinicole pales­tinien, tenu par les moines.
Pour la ville, essen­tiel­lement chré­tienne, de Beit Jala, c’est un superbe site local. Les habi­tants viennent s’y pro­mener ou pique-​​niquer au week-​​end. Beaucoup y pos­sèdent un lopin de terre agricole.
Ils envoient aussi leurs enfants à l’école du couvent et ils visitent le monastère où ils achètent raisin et vin.
C’est pourquoi le projet du gou­ver­nement israélien de construire un mur qui coupera la vallée et leur en interdira l’accès est accueilli avec beaucoup d’inquiétude.
Dans une démarche inha­bi­tuelle, des prêtres comme le Père Ibrahim Shomali s’expriment publi­quement. "Quand les gens souffrent, l’église doit être près d’eux. Ce n’est pas de la poli­tique. Ce sont des droits humains et ce sont des chré­tiens que nous devons défendre," dit-​​il. Ici, 57 familles chré­tiennes vont perdre leur terre. Et perdre leur terre c’est perdre l’espoir."
Chaque semaine, le Père Ibrahim invite les membres de la com­mu­nauté à par­ti­ciper à une messe en plein air, qui est une forme de pro­tes­tation pacifique.
De larges por­tions de la bar­rière israé­lienne en Cis­jor­danie sont déjà construites. De la vallée de Cre­misan, le haut mur de béton qui sépare Bethléem la Pales­ti­nienne de Jéru­salem est bien visible au loin. Quand il arrivera jusqu’ici, l’objectif sera de séparer Beit Jala de deux colonies juives-​​ Har Gilo et Gilo – qui se trouvent sur des sommets opposés. Alors que le droit inter­na­tional considère que ces colonies sont illé­gales, Israël dit que non.
Pour les Pales­ti­niens, la bar­rière n’est qu’un vol de terre et ils pensent que cette vallée est promise à la colo­ni­sation. Les res­pon­sables israé­liens affirment qu’ils se pré­oc­cupent seulement de sécurité. "Le tracé de la bar­rière de sécurité répond à des consi­dé­ra­tions sécu­ri­taires spé­ci­fiques dans la zone. Dans la région de Beit Jala, son seul but est d’éloigner la terreur de Jéru­salem," dit Joshua Hantman, porte-​​parole du ministère israélien de la Défense [1]. Il ajoute que pendant la deuxième intifada, il y a 10 ans, il y avait des ten­ta­tives régu­lières de tirs sur Gilo à partir de Beit Jala [2].
Les Pales­ti­niens de Beit Jala ont entamé une action juri­dique pour empêcher qu’ils soient coupés de la terre de Cre­misan. C’est l’un des dizaines de cas qui font que la construction du mur, com­mencée en 2002, n’est qu’au deux-​​tiers achevée [3].
Ce qui fait la dif­fé­rence dans ce cas, c’est la pré­sence du couvent et du monastère.Il y a deux ans, les Soeurs salé­siennes de Cre­misan se sont jointes à l’action contre le tracé du mur devant un tri­bunal israélien. "Nous voulons construire des ponts, pas des murs," dit leur direc­trice, Soeur Fides, par la voix des avocats, insistant sur l’importance de l’école pri­maire du couvent pour les enfants de Cis­jor­danie. "Notre enga­gement, c’est l’éducation pour la justice, la coexis­tence et la paix entre les gens, sans distinction."
Les der­nières pro­po­si­tions pour la bar­rière la feraient encercler le couvent, le main­tenant du côté pales­tinien mais le coupant du monastère voisin. Les enfants pour­raient continuer à fré­quenter l’école mais il leur fau­drait passer devant les soldats israé­liens à un point de contrôle. Les pro­prié­taires de terres auraient un accès limité par un portail agricole, à l’époque de la cueillette des olives par exemple.
Les moines sont long­temps restés silen­cieux devant ces déve­lop­pe­ments, s’attirant les cri­tiques d’autres membres de la com­mu­nauté chré­tienne. "Il est vital que toutes les parties concernées soient unies contre ce mur parce que ensemble nous sommes forts,"dit Samia Kha­lilieh, qui est partie pre­nante de l’action judi­ciaire. "Que le monastère soit avec nous est très important. Il fait partie de notre héritage." En décembre, les moines ont rendu publique une condam­nation pru­dente du tracé du mur.On y lit qu’ils n’ont jamais demandé "à passer du côté israélien" et que "tout le tracé du mur a été décidé par les seules auto­rités israé­liennes". Le monastère a tenté de se joindre à l’action en justice mais cela leur a été interdit par le tri­bunal. Les nonnes et les habi­tants seront à nouveau devant le tri­bunal en septembre.

Notes
[1] il suffit de regarder atten­ti­vement les cartes de B’Tselem, de Passia ou ou des Nations unies pour com­prendre que le tracé du mur qui coupe tota­lement Jérusalem-​​​​Est de son arrière-​​​​pays cis­jor­danien met en évidence l’objectif réel de cette construction : outre l’appropriation de terre, empêcher que Jérusalem-​​​​Est devienne la capitale de l’Etat de Palestine. (NdT)
[2] Quant à Beit Jala, elle était sous le feu des canons israé­liens et a subi de très graves dégâts, tout comme la ville et les environs de Bethléem ( maisons, écoles, statues reli­gieuses), cibles per­ma­nentes de l’armée d’occupation israé­lienne pendant l’Intifada. ( NdT)
[3] Le mur en Cis­jor­danie
- Lon­gueur totale 708 km, plus de deux fois la lon­gueur de la ligne d’ Armistice de 1949 (ligne verte) entre Israël et la [Palestine]
- Environ 61.8% sont construits ; 8.2% en construction et 30% en projet mais pas construits.
- Quand tout sera construit, seulement 15% sera sur la ligne verte ou en Israël, isolant 9.4% de la Cis­jor­danie Source : UN 2011

Aucun commentaire: