Traditionnelle série noire d’été. Les Roms se font expulser, dans
l’agglomération lyonnaise notamment. Les expulsions de squats et bidonvilles se
sont multipliées en ce début du mois d’août, comme cela a été le cas sous l’ère
Sarkozy. Environ 300 personnes se sont retrouvées à la rue et cherchent à
nouveau à se loger.
Ce vendredi, au petit matin, un squat du 7e arrondissement de Lyon, pourtant
bien
accepté dans le quartier, devrait être expulsé. Une soixantaine de personnes
se retrouvera à nouveau à la rue après plus d’un an d’occupation de cet immeuble
qui devrait subir des travaux en 2014.
Plus tôt dans la semaine, les évacuations de terrains squattés par des Roms
de Roumanie se sont multipliées dans l’agglomération lyonnaise, suite à des
décisions de justice. Et comme l’avait promis
Manuel Valls, le 25 juillet dernier, le préfet du Rhône a envoyé la force
publique pour déloger les squatteurs.
De sources associatives, la liste s’allonge :
- Vendredi 3 août déjà, une maison de Saint-Fons a été
évacuée par la police de ses neuf occupants.
- Lundi 6 au matin, l’ancien
atelier dans le quartier de la Rize à Vaulx-en-Velin était expulsable.
Pourtant, les quelque 150 occupants n’ont pas attendu les forces de l’ordre et
avaient préféré partir dans la nuit.
- Mardi 7, c’était le tour d’un bidonville de Villeurbanne,
installé sur un terrain propriété de la ville, à proximité de l’avenue Salengro.
Cette fois, les 90 habitants ont été délogés par les forces de l’ordre. Et ont
été expulsés dans la matinée. Dans le calme. Si des contrôles d’identité ont été
effectués, aucune OQTF (obligation de quitter le territoire français) n’aurait
été distribuée.
Toujours à Villeurbanne, dans des garages de la rue Léon Blum, la
cinquantaine d’occupants était partie avant l’arrivée des forces de l’ordre.
Seule une famille restait.
L’errance, c’est
maintenant
Environ 300 Roms se sont retrouvés sur le trottoir cette semaine. Une fois
chassées de leurs habitations de fortune, ces familles SDF n’ont nulle part où
aller. Elles doivent se mettre en quête d’un nouveau lieu à squatter.
Car les sans-abri ne peuvent pas compter sur les foyers d’hébergement
d’urgence. Comme dans la plupart des grandes villes de France, le dispositif
lyonnais mis en place par la préfecture du Rhône affiche complet. Le 8 août, 298
personnes avaient appelé le 115 et se trouvaient sans solution. Ce qui a valu à
Baptiste Meneghin, du réseau des professionnels de l’urgence sociale, ce
commentaire sur la « politique saisonnière » menée par le gouvernement :
« Les structures ouvertes pour le plan froid sont aujourd’hui toutes fermées.
L’Etat héberge l’hiver et maintient à la rue l’été. Et ceux qui avaient trouvé
des abris précaires sont expulsés ».
Pour les Roms, trouver un nouveau lieu à squatter n’est pas simple. Se
déplaçant en grands groupes familiaux, ils sont rapidement repérés par la police
qui les chasse de leur point de chute. Dans les 48 heures suivant une
installation illégale, le propriétaire peut en effet directement faire appel à
la police pour déloger les occupants. Au-delà, les forces de l’ordre ne pourront
intervenir sans une décision de justice.
Cette semaine, selon des témoignages associatifs, dans les heures et les
jours qui ont suivi les démantèlements de squats, les familles roms ont connu ce
sort. Ainsi, plusieurs personnes délogées mardi, qui avaient trouvé un nouveau
refuge à Saint-Fons, ont aussitôt été chassées, raconte Gilberte Renard, une
militante associative du collectif Rom.
Idem, ce jeudi 9 août, une soixantaine d’anciens squatteurs
de Vaulx-en-Velin ont été délogées jeudi matin «pour des raisons» de sécurité
par la police bien qu’ils se seraient installés sur ce terrain de Villeurbanne
depuis plus de 48 heures. Ils sont actuellement à proximité du périphérique, sur
un autre terrain, et reçoivent régulièrement la visite de la police. Pour
l’instant sans conséquence.
Retours « volontaires » en
Roumanie
Certains choisissent le retour dans leur pays d’origine.
Lors des différents passages de la police de cette semaine, l’OFII (Office
français de l’immigration et de l’intégration) accompagnait les forces de
l’ordre pour proposer le versement de 300 euros par adulte et 100 euros par
enfant, afin que les familles puissent rentrer « volontairement » dans leur
pays. Ce que l’on nomme l’« aide au retour humanitaire ».
Et ce jeudi matin, quatre cars d’une soixantaine de places ont conduit des
Roumains vers l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry. Direction la Roumanie par vol
charter.
Les associations considèrent que ces retours « volontaires » sont des expulsions du territoire déguisées
permettant de « faire du chiffre ».
Selon un militant associatif présent sur les lieux de rendez-vous, il y avait
parmi ceux qui prenaient le car, des personnes issues des squats évacués les
jours précédents.
« Certains profitent de l’effet d’aubaine et ont promis de revenir à la
rentrée », affirme-t-il.
Ce n’est pas le premier charter de ce type. De septembre à décembre 2011, on
en a compté quatre et l’ONG Médecins du Monde, estime que depuis le début de la
présidence Hollande il y en a eu un le 10 mai et un autre le 5 juillet
vers la Roumanie.
Valls, Sarkozy, même combat
?
Dans une lettre adressée au collectif Romeurope, le 27 mars 2012, le candidat
Hollande avait pris position contre la politique de Nicolas Sarkozy en la
matière :
« Je souhaite que, lorsqu’un campement insalubre est démantelé, des solutions
alternatives soient proposées. On ne peut pas continuer à accepter que des
familles soient chassées d’un endroit sans solution. »
Se rappelant cette promesse, le ministère de l’Intérieur a publié un communiqué le 8 août, dans lequel il a
affirmé :
« Les préfets ont reçu pour instruction de mener systématiquement un travail
de concertation préalable avec les élus locaux et les associations, afin de
procéder à un examen approfondi des situations individuelles et de proposer des
solutions d’hébergement, prioritairement pour les familles et les personnes les
plus vulnérables ».
Pourtant, dans l’agglomération lyonnaise, aucune solution de relogement n’a
été proposée cette semaine, même aux familles ayant des enfants en bas âge ni
même à l’une des mères expulsées qui venait d’accoucher d’un prématuré. Et les
associations se plaignent de ne pas avoir été « concertées » en amont.
Aurélie Neveu, coordinatrice de Médecins du Monde à Lyon «ne voit pas la
différence avec l’été dernier» :
« Il n’y a eu ni concertation, ni proposition de relogement. Cet été est
comme l’été précédent : on expulse les squats sans relogement, en ne proposant
comme solution qu’un « retour volontaire » en Roumanie. Or, on sait pertinemment
qu’ils vont revenir en France ».
« C’est dans le droit fil de Sarkozy et Guéant », affirme Gilberte Renard
:
« S’ils avaient voulu, ils auraient pu arrêter une politique aussi inhumaine
qu’inutile ».
Marie Higelin, une « indignée » de Vaulx-en-Velin, qui aide les Roms du
secteur va plus loin. Pour elle, c’est même « pire qu’avant » :
« L’année passée, quand ils se faisaient expulser d’un squat, ils pouvaient
au moins trouver un autre endroit pour squatter. Là, dès qu’ils se posent la
police arrive et les chasse systématiquement ».
Un changement de
discours
Si sur le terrain les associations ne voient pas de grand changement, le
propos n’a toutefois plus rien à voir avec celui du discours
de Grenoble.
Quelques jours après l’annonce de la poursuite des démantèlements de Manuel
Valls, le collectif Romeurope avait été reçu par le cabinet du ministre. Malik
Salemkour vice-président de la Ligue des Droits de l’homme et animateur du
collectif Romeurope, avait apprécié le changement de discours, dans Libération
:
« Durant deux heures et demie de réunion, il n’a jamais été question de
délinquance, nous avons parlé de logement, de scolarisation, des mesures
transitoires. C’est une rupture de ton considérable par rapport au précédent
gouvernement. On n’est plus dans la stigmatisation, on remet le sujet à sa juste
proportion ».
Aurélie Neveu de Médecins du Monde « prend note de cette volonté d’ouvrir une
réflexion large ».
Dans son communiqué, le ministère a annoncé que feront l’objet d’une
réflexion:
- les « conditions de l’aide au retour proposées lors des éloignements des
personnes ne remplissant pas les conditions du séjour ».
- les « mesures transitoires », restreignant l’accès au travail des citoyens
roumains et bulgares.
- les « expérimentations d’accompagnement sanitaire et de scolarisation des
enfants menées dans plusieurs villes de France, en lien avec les collectivités
et le milieu associatif [qui] sont en cours d’évaluation ». Comme à Lyon, où une
centaine de roms a été régularisée
discrètement
Photo : À Lyon, le 9 août, des Roms montent dans le
car pour un charter en direction de la Roumanie. Crédit : Laurent
Burlet


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