lundi 13 août 2012

L’enfer et le paradis…

Gaëtan Pelletier

Voici une histoire que j’avais postée sur mon autre blog. Non pas que je fasse de la récup., mais je l’aimais bien et elle reflète bien ma façon de voir la vie. Alors la voici.

Lors d’un de mes innombrables voyages en Asie, je suis tombé un jour sur un vieux businessman chinois à l’Holiday Inn de Beijing. Comme il était féru de français, qu’il maîtrisait d’ailleurs parfaitement, je n’ai pas eu de problèmes pour lier la conversation avec lui.
Autour d’une table garnie d’échantillons délicats de la cuisine orientale, à la saveur aigre-douce (doux au palais, aigres lors de la rédactoin de ma note de frais), il me raconta un jour l’histoire suivante :
- Vous savez, j’ai toujours apprécié la gastronomie. J’aime la cuisine française également, mais je trouve notre cuisinie beaucoup plus parfumée et raffinée.
- Personnellement, j’apprécie toutes les saveurs de la planète avec le même appétit, lui répondis-je (toi qui commence à me connaître, cher lecteur, tu ne me contrediras pas!)
- Ho, votre cuisine est beaucoup trop riche pour nous !
- En effet, on risque moins l’infarctus avec vos plats qu’avec nos plats en sauce !
- Ne croyez pas cela ! J’ai eu personellement à souffrir de mes excès de fourchette !
- Ha oui ?
- Triple pontage coronarien, et une semaine dans le coma !
- Ho ? Vraiment ? Un coma ?
- Oui, j’ai cru ma dernière heure arrivée, à tel point d’ailleurs que je me suis retrouvé au ciel.
- …
Je me suis alors tu, laissant mon ami poursuivre son récit.
- Figurez-vous qu’en face de moi se trouvait un être merveilleux. Un être semblant être fait totalement de lumière. “Suis-je au paradis, lui demandais-je ?"
- Non, tu n’es ni au paradis, ni en enfer me répondit-il. Tu es dans les limbes, car ton sort n’est pas encore fixé. On ne sait pas encore si tu vas vivre, ou mourir. Mais les chirurgiens qui s’occupent de toi en ce moment y mettent tout leur coeur. Je pense que tu vas vivre.
- Quelle chance ! Je vais pouvoir retrouver mon épouse bien aimée”.
Il me confia plus tard que son mariage n’était pas une réussite, et qu’il fallait prendre cette déclaration avec toute la subtilité orientale de l’expression de l’ironie. D’ailleurs l’être de lumière, étant par définition parfait, avait lui saisi cette nuance. Mais laissons-le continuer.
- L’ange (car que pouvait-ce être d’autre qu’un ange) me regarda avec l’air mystérieux d’un sphinx. “Mais puisque tu es parmis nous, je vais t’emmener et te montrer ce qu’est VRAIMENT l’enfer !” me glissa-t-il doucement à l’oreille.
Et là, l’ange m’emmena dans une caverne où des milliers d’hommes et de femmes étaient rassemblés. Il étaient tous horriblement maigres, ce qui ne les rendait pas moins colériques. Ils se battaient continuellement. À un moment, une cloche retentit, et une immense table apparut au milieu de la pièce. Elle était garnie de plats tellement somptueux mon ami, que les plats qui sont là devant nous conviendraient à peine à nos chiens et chats.
- Ces plats ne conviendrait pas à vos chiens et chats, mais vos chiens et chats conviendraient à vos plats hasardais-je témérairement, je n’ai jamais résister à faire un bon mot, même si je risquais là de froisser mon hôte. Il ne m’en tint pas rigueur et poursuivit avec un sourire en coin.
Mais l’accès à la table était interdit par une barrière située à un mètre. Aussi chacun d’entre eux était muni d’une paire de baguette de deux mètres de long. Ils saisissaient des morceaux dans les bols, mais aucun n’arrivait à les porter à sa bouche. Ils pestaient, juraient, et finalement toute la nourriture se retrouvait gaspillée et inutilisable.
Voilà l’enfer”, sussura l’ange.
- Et le paradis ?
- L’ange m’amena alors dans une autre pièce, toute semblable à la première. Dans cette pièce se trouvaient également des gens, mais beaucoup moins nombreux. Cependant, ils étaient tous replets et heureux. Tous se saluaient poliment et devisaient gentiment. Soudain, la même cloche retentit et la même table, avec les mêmes plats et la même barrière apparût. Munis des mêmes baguettes de deux mètres de long, ils saisissaient la nourriture, mais au lieu d’essayer de l’avaler, ils l’amenaient à la bouche d’un de leurs compagnons situé à deux mètres d’eux, et tous faisaient de même. Aucun n’avait à souffrir de la faim.
- "Ca alors !" M’exclamais-je. Et je restais un instant pensif.
Le repas et le reste de la soirée se poursuivit, mais comme je ne veux pas abuser de ton temps, je te raconterais plus tard d’autres histoires qu’il me confia pendant ce repas.

Mais je voulais te raconter ça, parce qu’à bien y réfléchir, l’enfer, ou le paradis d’ailleurs, ça n’est pas les autres, mais son point de vue par rapport aux autres. Même si il n’y avait qu’un seul pigeon en enfer pour nourrir tous les autres, l’enfer ne serait plus l’enfer. Certes, ça serait toujours le pigeon de service, mais comme j’imagine l’organisation bien faite là-haut, je suis sûr que ce brave type irait au paradis.

Source : News of Tomorrow

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