Après la suspension des forages par Shell puis par Gazprom ces dernières
semaines, Total fait aujourd’hui une annonce fracassante en matière
d’exploitation du pétrole en Arctique.
Dans le Financial Time,
quelques heures seulement après la confirmation de la condamnation de
Total par la Cour de cassation dans l’affaire Erika, Christophe de
Margerie explique que «Les industriels devraient s’abstenir de
chercher du pétrole dans ces eaux car les risques liés à l’environnement
y sont trop élevés ». Le PDG de Total souligne ensuite qu’une « marée noire ferait trop de dégâts pour l’image de la compagnie».C’est
un message clair lancé par l’une des plus grandes compagnies
pétrolières au monde qui pourrait sonner comme un coup de semonce dans
le milieu des investisseurs : forer en Arctique est risqué. Pour
l’environnement, mais aussi pour des questions de réputation,
d’assurances, de financements.
La prospection pétrolière en Arctique est hautement risquée pour la région et aurait des répercussions sur toute la planète : 84 % des réserves que renferme l’Arctique se trouvent en mer. Or, d’après les estimations de l’agence américaine Minerals Management Service,
il existe une possibilité sur cinq pour que les blocs de concession
situés dans l’océan Arctique ou à proximité de l’Alaska soient à
l’origine d’une marée noire importante au cours de leur durée
d’exploitation. Températures glaciales, conditions climatiques extrêmes
et éloignement géographique constituent de sérieux obstacles aux
interventions de dépollution. Ron Bowden, haut responsable d’une
entreprise canadienne spécialisée dans les interventions port
marées-noires, a d’ailleurs souligné à ce titre qu’il n’existait à
l’heure actuelle « aucune solution ou méthode qui nous permettrait de récupérer du pétrole en cas de marée noire en Arctique. »
Forer en Arctique est également un investissement à haut risque. Cet
été, 3 projets majeurs ont été pour le moins repoussés jusqu’à l’année
prochaine. Après avoir dépensé 4,5 milliards de dollars, Shell a du
jeter l’éponge pour cette année pour ses forages en Alaska. Shell a
subit déconvenue sur déconvenue et a finalement renoncé à ses projets de forages pour 2012.
De l’autre côté de l’océan arctique, c’est Gazprom qui a également
reporté à l’année prochaine ses forages sur son projet de Prirazolmnaya
pour des raisons de sécurité. Enfin, la presse annonce l’abandon
(momentané ?) du projet gazier Shtokman pour cause de difficultés
financières. Ce projet pharaonique a été réévalué à 30 milliards en
2012. Total s’est investi dans ce projet et les compagnies préparent un
autre tour de table pour refinancer le projet…
Ne nous voilons pas la face, cette déclaration n’est pas dénuée
d’intérêt stratégique : si Total n’a pas investi dans les forages
pétroliers en Arctique, l’entreprise suit de très près les projets
gaziers. Et si M. De Margerie annonce qu’une marée noire ferait vraiment
désordre sur la glace immaculée de l’Arctique, il n’a pas les mêmes
préoccupations pour ce qui est du gaz, dont les fuites sont
effectivement moins visibles, mais dont les projets ne sont pas
acceptables pour la préservation du climat.
Il est aujourd’hui
inconcevable de vouloir continuer à exploiter les dernières réserves
d’énergies fossiles que renferme la planète dans un contexte de
dérèglement climatique croissant, et alors que la fonte de la banquise a
atteint des records il y a quelques jours seulement.
L’Arctique a besoin de nous. L’Arctique a besoin de vous.

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