Un bobard diplomatique pour un enfumage médiatique.
Paris – Laurent Fabius, ministre
socialiste des Affaires étrangères, a proposé Lundi 22 octobre à Paris,
la réforme du recours au Droit de véto au sein du Conseil de sécurité de
l’ONU, préconisant que son usage soit réduit au seul cas où un état
détenteur de ce droit était menacé d’une action hostile des instances
internationales.
La France a une «proposition à faire est
que le droit de veto soit utilisable quand il concerne uniquement le
propre pays» dans le débat objet de la résolution, a déclaré M. Fabius
sur le plateau du grand journal, commentant les vetos russe et chinois
en faveur de la Syrie.
À Ecouter à partir de la 6eme minute
Le droit de véto est conféré
exclusivement aux cinq états membres permanents du Conseil de sécurité
(Etats-Unis, France, Royaume Uni, Chine et Russie) et permet à son
détenteur de faire opposition à l‘adoption d‘une résolution qui lui est
hostile, quelle que soit l’opinion majoritaire au Conseil. Les cinq
membres permanents exercent ce droit quand ils votent négativement, mais
une abstention ou une absence n’est pas considérée comme un veto.
Pour les votes concernant les questions
de procédure, le droit de veto ne peut pas être exercé, ce qui permet
ainsi au Conseil de pouvoir débattre d’un projet de résolution même s’il
est fort probable qu’un des cinq y mette son veto.
La France «in due course»
Le système du veto a été établi pour
protéger les intérêts des membres fondateurs de l’ONU sortis victorieux
de la II me Guerre mondiale. À la Conférence de Dumbarton Oaks en 1944
qui a prévalu à la création de l’ONU, il avait été décidé que les
représentants de la République de Chine, des Etats Unis, du Royaume Uni,
de l’Union soviétique, et, «in due course», de la France seraient des
membres permanents.
Afin de maintenir la suprématie
occidentale dans la gestion des affaires du monde, il avait été décidé à
l’époque que la France, même battue et occupée par l’Allemagne nazie,
avait joué un rôle primordial en tant que membre permanent de la défunte
Société des Nations, et, que sa place se justifiait parmi les cinq
grands en tant que puissance coloniale disposant d’un vaste empire.
Depuis la création de l’ONU, la majorité
des veto au Conseil de sécurité ont été exercés par l’Union soviétique.
Toutefois depuis la chute du Mur de Berlin, en 1989, les Etats-Unis se
sont substitués à la défunte Union soviétique dans l’usage du droit de
Veto.
En 15 ans (entre 1989 et 2004), soit de
la chute du Mur de Berlin à l’invasion américaine de l’Irak,
correspondant à quinze ans d’unilatéralisme américain, 19 veto ont été
mis dont :
Etats-Unis: 13 fois (11 fois par rapport à Israël, 1 fois par rapport à la Bosnie-Herzégovine, 1 fois par rapport au Panama)
Union Soviétique puis Russie: 3 fois (2 fois par rapport à Chypre, 1 fois par rapport à la Bosnie-Herzégovine)
À Fin février 2011, le veto a été utilisé 264 fois avec, par ordre d’importance:
-124 fois par l’Union soviétique/ Russie
-82 fois par les Etats-Unis
-32 fois par le Royaume-Uni
-18 fois par la France, particulièrement
lords de la guerre d’Algérie où la France a pratiqué la politique de la
chaise vide, s’abstenant de prendre part à faux débats sur la question.
-6 fois par la Chine
Il en découle que les pays occidentaux
ont fait usage du droit de veto 132 fois contre 124 fois et qu’ils sont
donc bénéficiaires de ce passe-droit, qui leur a permis de bloquer
l’admission de la Palestine en tant que membre de plein droit de
l’organisation internationale, sans le prédécesseur de Laurent Fabius à
l’époque ni probablement son successeur demain juge opportun de soulever
le bien-fondé de l’usage du Droit de véto, particulièrement lorsqu’ll
est le fait des Etats-Unis bloquant, par exemple, une résolution
ordonnant la destruction les colonies israéliennes édifiées illégalement
sur le territoire palestinien.
Qu’un pays repêché in extremis dans ses
droits souverains, de surcroît ayant perdu la justification de ce droit,
l’empire colonial, ait l’outrecuidance de suggérer la modification de
l’usage du droit de veto dont il a été largement et abusivement
bénéficiaire, sans s’interroger sur son propre comportement, sans que la
presse nationale ne pose la question de la pertinence de cette
proposition et le bien-fondé de l’opportunisme de son auteur dénote une
grave altération de la fonction critique de la classe
politico-médiatique.
À l’analyse, la proposition de Laurent
Fabius de reformer l’usage du droit de véto au Conseil de sécurité s’est
révélée être ce que son auteur a voulu qu’elle soit : un bobard
diplomatique pour enfumage médiatique.
Alors Laurent Fabius, cherchez-vous par
ce biais à priver la Russie de son droit de véto en faveur de la Syrie,
et, par ricochet, priver Israël de son bouclier diplomatique américain ?
Chiche, Monsieur le super-capé de la méritocratie française.

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