Aujourd’hui, les ami(e)s : nous allons, si tu veux bien, mesurer le taux de félonie des «socialistes» français.
Plus précisément : nous allons vérifier si ces personnages sont vraiment d’impénitents renégats – ou si c’est encore pire que ça.
Pour cela, nous allons nous replonger, 32 ans après sa publication, dans un livre écrit par quelques-uns d’entre eux, et paru en 1980 - sous le titre : L’Agression. L’État-Giscard contre le Secteur public [1].
Il s’agit, comme tu l’auras probablement deviné, d’une dénonciation au vitriol des menées antisociales de la droite régnante d’alors (au pouvoir depuis 1974).
Ses auteurs, manifestement pris de bolchevisme, constatent que « l’oligarchie au pouvoir préfère la régulation globale par les multinationales à la dialectique de la démocratie », que « la multinationalisation sauvage de l’économie et de la culture ébranle les fondements » d’une « société française » construite pourtant sur les « conquêtes de la République, du Front Populaire, de la Libération », et que, « placé au cœur de cette crise, le secteur public constitue l’enjeu d’un choix de civilisation : atomisation de la communauté nationale et exacerbation des inégalités ou recomposition d’une société solidaire ».
Et d’insister : « Le secteur public doit être défendu » contre « l’agression » capitaliste.
La préface de ce dense ouvrage est d’un certain François Mitterrand, qui semble presque manquer de mots assez durs pour fustiger « le système qu’incarne M. Giscard d’Estaing », et qui se résume, expose-t-il, à une terrifiante « quête du “marché parfait“ » où « le libéralisme économique présuppose que le seul moteur de la vie économique et sociale demeure le profit » et que « ce qui est bon pour l’entreprise serait nécessairement bénéfique pour la société ».
Ce répugnant « système », explique le futur chef de l’État français, « est fondé sur quelques idées simples » et odieuses (selon lesquelles « les plus riches sont les plus dynamiques ; la puissance revient aux plus habiles ; les inégalités sociales résultant du profit sont légitimes ») mises au service d’un « retour au capitalisme sauvage et à l’individualisme bourgeois » qui « se traduit » principalement, « dans la politique gouvernementale, par la réduction du rôle protecteur et redistributeur de l’État et des institutions collectives ».
Et de fait : les auteurs de L’Agression montrent, au terme d’une méticuleuse enquête, et dans une démonstration qui vaut d’être citée un peu longuement, que le giscardisme est d’abord - et avant tout – une entreprise de destruction concertée de l’État social, et des solidarités y afférentes.
Par exemple, les PTT ne sont plus ce qu’elles étaient, et cette « décadence a une origine bien précise : l’abandon par le gouvernement des principes du service public, qu’on remplace par un raisonnement financier axé sur le court terme ».
Puisqu’en effet : « Les critères de gestion des entreprises privées sont progressivement appliqués à la poste, au détriment des usagers ».
(Ainsi : « À Rieumes, petite commune de Haute-Garonne, le volume du travail a doublé, alors que les effectifs du bureau de poste du village ont augmenté de 30 % seulement ».
Et « dans le même temps : l’espace réservé à la partie service du bureau a été diminué, ce qui contraint à certaines heures de la journée quinze personnes à évoluer dans douze mètres carrés ».)
De même : le « téléphone public » est soumis à une écœurante « concurrence débridée », qui est « à l’opposé de ce que devrait être la mise en œuvre planifiée d’une grande mission de service public ».
Autre exemple : la bande à Giscard prépare une « mercantilisation » générale « de l’audiovisuel » où, déjà, « les publicitaires commencent à faire la loi » à la télévision « en dénaturant totalement » sa « mission de service public » - mais cette première « privatisation » n’est qu’un zakouski, avant le « très probable développement rapide de télévisions privées » qui « renforceront la standardisation culturelle des programmes », dans un mouvement de « colonisation culturelle qui menace toute l’Europe ».
De sorte que : « On peut malheureusement craindre que tous les secteurs qui se situent dans le cadre du service public soient, peu à peu, investis par les groupes privés constructeurs ou producteurs d’audiovisuel ».
Et tout ça fait gravement flipper les socialistes (sans guillemets, à l’époque) entrés en résistance contre « l’État-Giscard » - mais ce qui vraiment les plonge dans une affliction abyssale, c’est « l’offensive des nantis » contre la Sécurité sociale.
Et de fait : il y a de quoi (très) salement déprimer.
Car « le patronat pèse chaque année plus lourdement dans le sens de l’austérité sociale et de la privatisation », et « le gouvernement suit », dans une course folle où ces « deux complices trouvent constamment une justification » de leurs viles intentions « dans un thème idéologique à grand succès : “le déficit de la Sécurité sociale“ ».
Contre cette éhontée propagande, les socialistes rétablissent la vérité, qui est que s’« il est vrai que la Sécurité sociale “perd“ de l’argent certaines années », c’est « pour des raisons qui ne sont pas celles qu’invoquent généralement les pouvoirs publics »…
…Mais bien plutôt, par exemple, parce que les patrons doivent « en permanence huit milliards de francs à la Sécurité sociale en cotisations non-payées ».
Mais le dit-on ?
Que non : « ces pertes de recettes sont généralement passées sous silence » par des « commentateurs » aux ordres qui « préfèrent mettre l’accent sur les dépenses dont la progression trop rapide serait la seule cause du déséquilibre des comptes sociaux du pays » - à l’inique fin de mieux exiger un « freinage des prestations, grâce à une réforme d’ensemble du système débouchant progressivement sur l’assurance individuelle ».
Et bien sûr : le patronat, de son côté, « ne manque pas une occasion d’enfoncer le clou » en psalmodiant qu’« il faut limiter le poids des charges sociales pour assurer la compétitivité des entreprises » - car il souhaite « favoriser le transfert au secteur privé de certains services de la Sécurité sociale », et (surtout) « mettre certains secteurs à la charge des contribuables et non plus des entreprises ».
Pour les socialistes (dont le diagnostic est d’une impressionnante sûreté), ces procédés participent d’une gigantesque « intoxication », où le patronat et ses complices du gouvernement fondent une insupportable « culpabilisation des Français » pour mieux parachever « l’affaiblissement d’un véritable système de protection » sociale.
Mais heureusement : la gauche est là – qui entend bien résister aux menées de la possédance.
Les auteurs de L’Agression promettent : « Sauvegarder et restaurer le service public de l’audiovisuel constituera un des axes primordiaux de l’action des socialistes », si les Françai(se)s leur font la grâce de voter pour eux en 1981.
De même : ils sauveront la poste et le « téléphone public ».
Et la Sécu, bien sûr – « enclave » d’humanité dans la sauvagerie de « la société capitaliste ».
Car en effet : rien n’est si laid, jure Mitterrand, que « le déclin » de l’État, que « l‘abandon de l’intérêt général » - et que la soumission de « secteurs entiers de l’économie » aux diktats du « capitalisme multinational ».
Nous sommes alors, insistons-y, en 1980.
Un an plus tard : les socialistes s’hissent aux affaires.
Et là – sous les hourras d’une éditocratie barbichue qui n’a de cesse que de mettre du « capitalisme dans la gauche » : ils cèdent la télévision à de mafflus groupes privés.
Berlusconi en rit, et Bouygues en fait une gigue.
Après quoi, récitant que « ce qui est bon pour l’entreprise sera nécessairement bénéfique pour la société », ils planifient la privatisation de France Telecom – puis celle, aussi, de La Poste.
(Liste non exhaustive.)
Et bien sûr : ils chantent les beautés de la « réforme » du système français de sécurité sociale – nécessaire, disent-ils, et tellement urgente.
(Vous ne voudriez tout de même pas que nous laissions filer ce « déficit » ?)
Et Laurent Joffrin bat des mains – car ces agressions où le gouvernement suit le patronat lui donnent l’impression de baigner dans la modernité.
Ça fait trente-deux ans que ça dure, et un jour, peut-être : un quelconque ministre « socialiste » des finances trouvera dans un placard de la rue de Solférino un exemplaire jauni du livre où son parti a mis naguère ses menteries.
Mais il est douteux qu’il rougisse, au souvenir de trois décennies de monstrueuses trahisons.
Car les « socialistes », c’est prouvé, ne savent pas ce qu’est la honte.
Plus précisément : nous allons vérifier si ces personnages sont vraiment d’impénitents renégats – ou si c’est encore pire que ça.
Pour cela, nous allons nous replonger, 32 ans après sa publication, dans un livre écrit par quelques-uns d’entre eux, et paru en 1980 - sous le titre : L’Agression. L’État-Giscard contre le Secteur public [1].Il s’agit, comme tu l’auras probablement deviné, d’une dénonciation au vitriol des menées antisociales de la droite régnante d’alors (au pouvoir depuis 1974).
Ses auteurs, manifestement pris de bolchevisme, constatent que « l’oligarchie au pouvoir préfère la régulation globale par les multinationales à la dialectique de la démocratie », que « la multinationalisation sauvage de l’économie et de la culture ébranle les fondements » d’une « société française » construite pourtant sur les « conquêtes de la République, du Front Populaire, de la Libération », et que, « placé au cœur de cette crise, le secteur public constitue l’enjeu d’un choix de civilisation : atomisation de la communauté nationale et exacerbation des inégalités ou recomposition d’une société solidaire ».
Et d’insister : « Le secteur public doit être défendu » contre « l’agression » capitaliste.
La préface de ce dense ouvrage est d’un certain François Mitterrand, qui semble presque manquer de mots assez durs pour fustiger « le système qu’incarne M. Giscard d’Estaing », et qui se résume, expose-t-il, à une terrifiante « quête du “marché parfait“ » où « le libéralisme économique présuppose que le seul moteur de la vie économique et sociale demeure le profit » et que « ce qui est bon pour l’entreprise serait nécessairement bénéfique pour la société ».
Ce répugnant « système », explique le futur chef de l’État français, « est fondé sur quelques idées simples » et odieuses (selon lesquelles « les plus riches sont les plus dynamiques ; la puissance revient aux plus habiles ; les inégalités sociales résultant du profit sont légitimes ») mises au service d’un « retour au capitalisme sauvage et à l’individualisme bourgeois » qui « se traduit » principalement, « dans la politique gouvernementale, par la réduction du rôle protecteur et redistributeur de l’État et des institutions collectives ».
Et de fait : les auteurs de L’Agression montrent, au terme d’une méticuleuse enquête, et dans une démonstration qui vaut d’être citée un peu longuement, que le giscardisme est d’abord - et avant tout – une entreprise de destruction concertée de l’État social, et des solidarités y afférentes.
Par exemple, les PTT ne sont plus ce qu’elles étaient, et cette « décadence a une origine bien précise : l’abandon par le gouvernement des principes du service public, qu’on remplace par un raisonnement financier axé sur le court terme ».
Puisqu’en effet : « Les critères de gestion des entreprises privées sont progressivement appliqués à la poste, au détriment des usagers ».
(Ainsi : « À Rieumes, petite commune de Haute-Garonne, le volume du travail a doublé, alors que les effectifs du bureau de poste du village ont augmenté de 30 % seulement ».
Et « dans le même temps : l’espace réservé à la partie service du bureau a été diminué, ce qui contraint à certaines heures de la journée quinze personnes à évoluer dans douze mètres carrés ».)
De même : le « téléphone public » est soumis à une écœurante « concurrence débridée », qui est « à l’opposé de ce que devrait être la mise en œuvre planifiée d’une grande mission de service public ».
Autre exemple : la bande à Giscard prépare une « mercantilisation » générale « de l’audiovisuel » où, déjà, « les publicitaires commencent à faire la loi » à la télévision « en dénaturant totalement » sa « mission de service public » - mais cette première « privatisation » n’est qu’un zakouski, avant le « très probable développement rapide de télévisions privées » qui « renforceront la standardisation culturelle des programmes », dans un mouvement de « colonisation culturelle qui menace toute l’Europe ».
De sorte que : « On peut malheureusement craindre que tous les secteurs qui se situent dans le cadre du service public soient, peu à peu, investis par les groupes privés constructeurs ou producteurs d’audiovisuel ».
Et tout ça fait gravement flipper les socialistes (sans guillemets, à l’époque) entrés en résistance contre « l’État-Giscard » - mais ce qui vraiment les plonge dans une affliction abyssale, c’est « l’offensive des nantis » contre la Sécurité sociale.
Et de fait : il y a de quoi (très) salement déprimer.
Car « le patronat pèse chaque année plus lourdement dans le sens de l’austérité sociale et de la privatisation », et « le gouvernement suit », dans une course folle où ces « deux complices trouvent constamment une justification » de leurs viles intentions « dans un thème idéologique à grand succès : “le déficit de la Sécurité sociale“ ».
Contre cette éhontée propagande, les socialistes rétablissent la vérité, qui est que s’« il est vrai que la Sécurité sociale “perd“ de l’argent certaines années », c’est « pour des raisons qui ne sont pas celles qu’invoquent généralement les pouvoirs publics »…
…Mais bien plutôt, par exemple, parce que les patrons doivent « en permanence huit milliards de francs à la Sécurité sociale en cotisations non-payées ».
Mais le dit-on ?
Que non : « ces pertes de recettes sont généralement passées sous silence » par des « commentateurs » aux ordres qui « préfèrent mettre l’accent sur les dépenses dont la progression trop rapide serait la seule cause du déséquilibre des comptes sociaux du pays » - à l’inique fin de mieux exiger un « freinage des prestations, grâce à une réforme d’ensemble du système débouchant progressivement sur l’assurance individuelle ».
Et bien sûr : le patronat, de son côté, « ne manque pas une occasion d’enfoncer le clou » en psalmodiant qu’« il faut limiter le poids des charges sociales pour assurer la compétitivité des entreprises » - car il souhaite « favoriser le transfert au secteur privé de certains services de la Sécurité sociale », et (surtout) « mettre certains secteurs à la charge des contribuables et non plus des entreprises ».
Pour les socialistes (dont le diagnostic est d’une impressionnante sûreté), ces procédés participent d’une gigantesque « intoxication », où le patronat et ses complices du gouvernement fondent une insupportable « culpabilisation des Français » pour mieux parachever « l’affaiblissement d’un véritable système de protection » sociale.
Mais heureusement : la gauche est là – qui entend bien résister aux menées de la possédance.
Les auteurs de L’Agression promettent : « Sauvegarder et restaurer le service public de l’audiovisuel constituera un des axes primordiaux de l’action des socialistes », si les Françai(se)s leur font la grâce de voter pour eux en 1981.
De même : ils sauveront la poste et le « téléphone public ».
Et la Sécu, bien sûr – « enclave » d’humanité dans la sauvagerie de « la société capitaliste ».
Car en effet : rien n’est si laid, jure Mitterrand, que « le déclin » de l’État, que « l‘abandon de l’intérêt général » - et que la soumission de « secteurs entiers de l’économie » aux diktats du « capitalisme multinational ».
Nous sommes alors, insistons-y, en 1980.
Un an plus tard : les socialistes s’hissent aux affaires.
Et là – sous les hourras d’une éditocratie barbichue qui n’a de cesse que de mettre du « capitalisme dans la gauche » : ils cèdent la télévision à de mafflus groupes privés.
Berlusconi en rit, et Bouygues en fait une gigue.
Après quoi, récitant que « ce qui est bon pour l’entreprise sera nécessairement bénéfique pour la société », ils planifient la privatisation de France Telecom – puis celle, aussi, de La Poste.
(Liste non exhaustive.)
Et bien sûr : ils chantent les beautés de la « réforme » du système français de sécurité sociale – nécessaire, disent-ils, et tellement urgente.
(Vous ne voudriez tout de même pas que nous laissions filer ce « déficit » ?)
Et Laurent Joffrin bat des mains – car ces agressions où le gouvernement suit le patronat lui donnent l’impression de baigner dans la modernité.
Ça fait trente-deux ans que ça dure, et un jour, peut-être : un quelconque ministre « socialiste » des finances trouvera dans un placard de la rue de Solférino un exemplaire jauni du livre où son parti a mis naguère ses menteries.
Mais il est douteux qu’il rougisse, au souvenir de trois décennies de monstrueuses trahisons.
Car les « socialistes », c’est prouvé, ne savent pas ce qu’est la honte.

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