mardi 16 octobre 2012

Les centrales géantes à biomasse vont ravager les forêts

FRAPNA Drôme                   
 
À Pierrelatte, pour remplacer la production d’eau chaude générée par l’usine d’enrichissement d’uranium, une centrale à cogénération biomasse est mise en service aujourd’hui : la consommation annuelle de cet équipement est de 150 000 t de bois !

L’utilisation de la biomasse pour alimenter les chaufferies et produire de l’électricité par cogénération bénéficie de mesures incitatives importantes qui créent une opportunité financière. En Drôme, une autre grosse centrale est en projet sur Laveyron qui consommera 200 000 t de bois par an… D’autres projets plus gros encore sont prévus autour de ces équipements sur le quart sud-est de la France. Les consommations de bois cumulées de ces centrales ne tiennent aucun compte des potentialités de nos forêts.
La FRAPNA Drôme lance l’alerte. Nous avançons vers une catastrophe écologique à court terme : surexploitations des milieux forestiers, coupes rases, puis transport et importation massive de bois.

Le pillage des territoires au profit des grands groupes industriels

Nous avions avec le bois l’opportunité de disposer d’une ressource énergétique de proximité, générant des emplois, gérée durablement au bénéfice des citoyens des territoires disposant de forêts exploitables. Ces mégacentrales viennent en concurrence avec les chaufferies communales : elles enrichissent les grands groupes industriels en pillant la ressource locale avec l’aide de financement public.
Les citoyens payent pour que leur environnement soit détruit, leur territoire dévalorisé, et leurs ressources dévalisées ! Après le pétrole, puis le nucléaire, voilà le gaz de schiste et les mégacentrales biomasse : des choix énergétiques non-durables et non équitables pour continuer à nier l’urgence d’une transition vers un autre modèle de société.

Menace sur la forêt drômoise ?

La forêt est une ressource pour l’homme : sa préservation passe par une politique de gestion préservant les grands équilibres planétaires et la biodiversité de chaque territoire. Dans ces conditions, l’utilisation de la biomasse comme ressource énergétique présente de nombreux avantages, mais ne remplacera jamais les énergies fossiles ou nucléaires pour continuer à alimenter notre gaspillage énergétique.

Le projet de centrale biomasse de Pierrelatte

Sur Pierrelatte, l’usine Eurodif d’Areva enrichit de l’uranium pour EDF : cette activité génère de l’eau chaude issue de son système de refroidissement, qui est en partie valorisée dans un réseau local. Ce réseau de chaleur est utilisé pour chauffer des logements sociaux (environ 2400 foyers) à Pierrelatte, et en retour, des serres agricoles (41 hectares) ainsi qu’un élevage de crocodiles. La gestion de ce réseau a été confiée au SMARD (Syndicat Mixte d’Aménagement Rural de la Drôme), une collectivité territoriale créée en 1971 par le Conseil Général et la Chambre d’Agriculture.
Mais, à partir de 2012, Eurodif utilisera une nouvelle technologie d’enrichissement d’uranium par centrifugation qui ne produira plus d’eau chaude valorisable. Cette ressource va donc disparaître, le réseau reste et les utilisateurs aussi.
Pour trouver rapidement une solution permettant de continuer à fournir de la chaleur à prix bas, il a été décidé de remplacer l’eau chaude fournie par Eurodif par celle fournie par une centrale de cogénération biomasse à construire.
Pour les responsables, il existe une réelle opportunité économique, puisque l’installation bénéficiera d’un tarif préférentiel d’achat d’électricité pour une durée de 20 ans, ce projet étant soutenu par l’Etat dans sa politique de renouvellement énergétique.
Cette centrale de génération biomasse serait associée à une chaufferie gaz auxiliaire. Elle devrait utiliser 50% de plaquettes forestières sur une consommation totale de 150 000t de bois.

Des questions

Le permis de construire de cette centrale a été accordé par le préfet de la Drôme le 2 mai 2011.
La FRAPNA Drôme se pose les questions suivantes :
- D’où viendra ce bois ? Les filières locales sont-elles en capacité de fournir une telle quantité de combustible ? Si ce n’est pas le cas, quel sera l’impact du déplacement de la matière première vers la centrale ?
- Quel sera l’impact de cette demande sur l’organisation de la filière ? Cette demande de bois vient en concurrence avec les acheteurs du marché actuel (producteurs de piquets du nord-Drôme, papeteries…).
- Quelle sera l’incidence sur les autres acteurs économiques dépendant de cette filière ? Quel sera le mode d’exploitation des massifs boisés (coupes à blanc) ?
- Ce projet ne risque-t-il pas de bloquer la réalisation de petites unités locales de production de chaleur écologiquement souhaitables ? La combustion du bois dans un équipement de cette importance ne générera-t-il pas des pollutions difficilement gérables ? Comment sera traité le volume important de cendres ?
- Au regard de l’histoire et du coût financier du réseau d’eau chaude existant, cette nouvelle unité de production ne risque-t-elle d’être une nouvelle fuite en avant ? Avec quel bilan pour les forêts drômoises l’environnement et les contribuables ?

Photo :  Pierre Ballouhey


FRAPNA Drôme

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