Patrick Mignard
Tous
les « gens de gauche », mis à part les militants godillots du Parti Socialiste
et les « arrivistes écolos »,
complices des précédents, l’attendent. On peut même dire que toutes et tous ont
voté Hollande pour ça avec, pour les uns un espoir un peu fou, pour les autres,
sans se faire beaucoup d’illusions.
Qu'est-ce qu'une politique de gauche ?
Il faut bien commencer par ça et savoir exactement de
quoi on parle.
Traditionnellement et dans l’imagerie politico-populaire, une politique de droite est/serait une
politique favorable aux patrons, aux actionnaires, à la finance, aux trusts
industriels et serait fondée sur un conservatisme en matière de valeurs
morales…
Une politique « de gauche » est/serait une politique
favorable aux salariés, à la protection sociale, aux services publics et
progressiste sur le plan moral…
Une politique de gauche remet-elle en question les
« fondamentaux » du système
capitaliste ?
Là, les difficultés commencent car « à gauche » il y
a des nuances,… certaines modérées : faire du social mais en conservant le
système capitaliste, d’autres, plus radicales : faire payer les riches, confisquer les
grandes entreprises, enfin les « révolutionnaires » qui veulent abattre le système.
Les choses ont évolué depuis quelques décennies : ce
qui domine à gauche, aujourd’hui… et même dans les « esprits de gauche » de
l’opinion publique, c’est une forme de réformisme politique : On conserve l’économie de marché mais on
supprime, ou on essaye de supprimer, les aspects les plus favorables aux riches,
aux actionnaires, aux marchés financiers,…
Ceci est ce que l’on trouve dans le discours de
gauche dominant. La réalité est en fait complètement
différente.
Une faillite de la pensée stratégique
Le modèle
standard du changement de système était fondé depuis le 19e
siècle sur la croyance que le capitalisme
se développant et exploitant la classe ouvrière, celle-ci l’abattrait – et en
priorité dans les pays développés. Rien de cela ne s’est
produit !
La création et la faillite de l’empire soviétique a
eu trois conséquences majeures :
- le « communisme » ou ce qui en
tient lieu, apparaît dans un pays industriellement sous développé – ce qui est
contraire au schéma standard ;
- il ne s’est jamais imposé comme
régime économique, historique, dominant, et est devenu au fil des ans plus un
repoussoir qu’un modèle,
- sa faillite surdétermine, dans
les faits et les consciences, l’hégémonie du capitalisme.
De ce triple constat, il n’a été tiré aucune leçon.
La voie était alors toute tracée pour que s’impose la vision « social démocrate » de la lutte politique
et du pseudo « changement » économique… la majorité des tenants du « modèle
standard » s’y ralliant.
La possibilité qu’ont eu, un temps, les salariés,
d’améliorer leurs conditions de vie et de travail dans le capitalisme, les a
fait opter pour une compromission entre
le capital et leur travail. Dés lors un autre facteur a joué, et joue, un
rôle considérable.
Le poids du système marchand
L’explosion de la pensée libérale en matière de
gestion du capital a fait sauter tous les verrous qui entravaient, au bénéfice
des salariés, les intérêts du capital.
L’anti interventionnisme, l’anti keynésianisme, tapis
dans l’ombre du développement du capital depuis la fin de la 2e
Guerre mondiale, à la faveur de la décolonisation et des difficultés du
capitalisme américain, qui structurait le modèle marchand (domination du
dollar), a permis une dérégulation
économique source de tous les excès.
Ceci a entraîné une déliquescence du capitalisme
industriel dans les bastions du capitalisme développé, affaiblissant la classe
ouvrière et ses principaux instruments de lutte.
La réal
politique, tant de droite que de gauche a fait sienne, comme un fait
naturel, l’économie de marché, le salariat et a agi selon ses critères
fondamentaux : rentabilité, compétitivité,…
Le contexte économique actuel, surdéterminé par la
puissance financière d’une économie mondialisée, verrouille toute tentative de
se dégager des contraintes imposées par le capital. La droite a fait sienne
cette situation. La Gauche y a perdu, et y perd, son âme et sa
crédibilité.
Aucune
pratique politique et sociale progressiste, actuellement en vigueur, n’est
capable de « mordre » sur le système capitaliste au point de le mettre en
péril.
L'illusion d'une " vraie politique de gauche "
Les Gauches au pouvoir gèrent le système, c’est
aujourd’hui un fait indéniable,… et elles le gèrent exactement comme le ferait
une Droite.
Il n’y a donc plus ce que l’on pouvait entendre comme
une « politique de gauche ». Seule la
magie des mots peut aider les politiciens manipulateurs à tromper et faire rêver
leurs adeptes et sympathisants.
Pourtant, le mythe de la gauche rédemptrice existe encore et
déplace les foules et les électeurs. Et plus la Gauche s’enfonce dans la
compromission, plus jaillit une « nouvelle gauche », « une gauche radicale », une « vraie gauche »,…. qui « pourrait »
reprendre le flambeau du « vrai
changement ». Se recyclent dans ce mouvement des reliquats des partis
révolutionnaires, ou se croyant l’être, des convertis opportunistes et des
politiciens en manque de reconnaissance populaire.
Le charisme des tribuns fait fortune (électorale)
devant des masses déboussolées et sans perspectives. Les discours enflammés, les
déclarations tonitruantes devant des foules en transe tiennent lieu de stratégie
bon marché. « On n’y croit pas trop, mais
ça fait du bien de l’entendre ». Ce n’est plus de l’engagement, c’est de la
thérapie.
Dans cette frange, le discours est d’autant plus
radical que l’on est sûr de ne pas être obligé de faire concrètement ses
preuves.
Car, au-delà des discours et des effets de tribune
qu’y a-t-il ? Rien ou pas grand-chose :
- des appels au peuple, mais ça veut dire
concrètement quoi ?
- des référendums, dont on sait bien que l’on
ne les aura pas et que l’on a aucun moyen pour les imposer,
- des réformes radicales que l’on sait
inapplicables, dans le contexte international.
Tout cela, les « responsables politiques de cette
vraie gauche » n’osent pas l’avouer publiquement… Ils préfèrent rester dans le
flou pour conserver leurs places de leaders, un peu comme les « écologistes » qui
se sont ralliés à la social démocratie pour « occuper des
places ».
Ainsi l’ « opposition radicale » fait son trou dans
les institutions, occupe des sièges dans les assemblées (« pour évidemment porter la voix du
peuple »), bat la campagne (électorale), s’agite dans les médias et dans la
rue, mais n’a pas l’ombre de la moindre proposition stratégique à faire, pas
l’ombre de la moindre analyse sérieuse.
La Droite et la Gauche gestionnaires se satisfont
parfaitement de cette « opposition » qui occupe spectaculairement le terrain
politique et fait rêver le bon peuple à des « lendemains qui
chantent ».
Et pendant ce temps, l’extrême droite attend que le
fruit pourri d’une société en décomposition tombe dans son escarcelle… Alors,
comme au siècle précédent, on se rendra compte des erreurs, des manquements et
viendra l’heure des regrets.

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