En presque
environ deux siècles d’existence, ce rapport social, le salariat, est «devenu», perçu, comme
une véritable nature de nos sociétés…
surtout dans les pays industriels développés. Le salariat apparaissait, et
apparaît encore pour beaucoup, comme le top du top de l’organisation
sociale.
Pourtant, depuis presque deux décennies, le doute
s’installe. La mondialisation
marchande a jeté un doute sérieux sur la stabilité et l’efficacité d’un tel
lien social.
À y regarder de près, il n’y a pourtant rien de
surprenant et rien de nouveau.
La mondialisation comme
révélateur
Tant que le monde a été dominé, aux 19e et
20e siècles par des pays
industriels qui détenaient l’essentiel des facteurs de production : capitaux,
technologies, force de travail, marchés de consommation et sources d’énergie,…
le lien social salarial qui les constituait,
quoique contradictoire et conflictuel, représentait une forme de stabilité
certaine au point qu’il n’a jamais été remis véritablement en question dans ces
pays.
La valorisation du capital et son
corollaire, le salariat, s’étaient
fondés dans, et par, une identité géopolitique , l’état-nation, qui garantissait une
relative stabilité. C’est sur ce modèle, avec quelques variantes que se sont
constitués les grands états industriels.
La mondialisation, c'est-à-dire l’expansion des
activités de production au-delà des frontières de ces pays, les facilités de
communications et de transports, l’accession de nouveaux états à une relative
indépendance par rapports aux anciennes métropoles coloniales, a rompu cet état
de relative stabilité économique, sociale et politique.
Le délabrement politique et social de nos sociétés
n’est donc pas surprenant, on peut même dire qu’il était inscrit dans
l’existence et la dynamique même de la valorisation du capital, du
capitalisme.
Rappel de quelques fondamentaux
Une entreprise est faite avant tout pour valoriser le capital que l’on y
investit…pas pour créer des emplois. La production n’est qu’accessoire… la
preuve, on l’arrête quand ce n’est plus rentable de produire.
Le salarié n’est qu’un facteur de production. Il crée la valeur, par son travail, mais est rémunéré à la valeur de sa force de
travail (ce dont il a besoin pour vivre). Son salaire est un coût de
production.
Le capital technique, les machines, permet
au salarié d’être efficace dans son acte de production. Le progrès technique en
augmentant la productivité du travail humain, relativise, quantitativement, sa
présence dans la production. Plus la
machine est performante, moins on a besoin du salarié.
Le profit, la part de la valeur produite par le salarié, mais qui
ne lui est pas restituée, appartient exclusivement aux propriétaires du capital
(les actionnaires). Notons que les salariés n’ont aucun droit sur lui
puisqu’ils ont été rémunérés à la valeur de leur force de travail (marché dit
« du travail », en fait « de la force de
travail »).
La gouvernance de l’entreprise est
constituée par l’assemblée générale des actionnaires (les propriétaires du
capital). Notons que les salariés n’ont
aucun droit dans ce domaine.
Le droit – social - des salariés n’est que
le produit de leurs luttes. Rien n’a été
accordé par le capital, tout a été conquis soit par la force soit par la
peur.
Ces quelques fondamentaux, on les a oubliés, ils se
rappellent aujourd’hui à nous.
Les luttes sociales ont permis aux salariés d’obtenir
des avantages substantiels au travers d’une législation du travail : conditions de
travail, garantie contre les licenciements, conventions collectives, salaire
minimum, hygiène et sécurité, retraites, protection sociale… Tous ces acquis ont
transformé la condition salariée grâce au rapport de force instauré,… et ils ont
été garantis et maintenus grâce au même rapport de forces… on les a cru
éternels ! Erreur !
L’effondrement actuel de ce rapport de force remet en
question tous ces acquis.
Une remise en question générale
Ces acquis – certainement pas définitifs
contrairement à ce que beaucoup de salariés croyaient et croient – ne tenaient
que parce que le rapport de forces salariés/capital était en faveur des premiers… le capital ayant alors,
encore, peu de marges de manœuvre. Mais le capital ne connaît pas les
frontières.
Une des caractéristiques de la mondialisation
marchande est évidemment la mondialisation des marchés, aussi bien
ceux des matières premières, que
celui des capitaux, de la consommation et même ceux de la force de
travail.
Cette mondialisation, et en particulier, celle de la
force de travail a des conséquences
prévisibles sur le rapport des forces entre salariés et
entrepreneurs/actionnaires.
Le chef d’entreprise et les actionnaires ne sont plus
limités au territoire national (l’Etat-nation berceau du capitalisme)
pour produire et donc valoriser leur capital. Les salaires plus bas à l’étranger les
incitent logiquement à délocaliser.
De même que l’ouverture des
frontières à la circulation de la force de travail leur permet d’embaucher à
des salaires plus bas que ceux
habituellement versés.
Cette nouvelle situation se double d’une
caractéristique déterminante : l’Etat, dans son désir de libéraliser et de déréglementer, se tient en retrait et n’est plus le garant des conditions
d’existence des salariés.
Dés lors, on assiste à une remise en question totale
des acquis :
- les salariés en concurrence sur le marché
international de la force de travail ne peuvent plus exiger le maintien, et
à fortiori, l’augmentation de leurs salaires,
- l’entreprise, lieu essentiel
pour les salariés (pas pour les actionnaires) peut quitter le territoire
national, voire disparaître,
- tous les acquis sociaux sont
remis en question et les syndicats n’y peuvent rien,
- l’exclusion remplace l’exploitation dans la conscience des
salariés et le « couteau sous la
gorge », ceux-ci sont prêts à tous les sacrifices pour défendre leur emploi.
Une prise de conscience bien tardive
Sont totalement incongrues au regard des principes de
fonctionnement de la gestion du capital, ces idées et déclarations que l’on
entend couramment dans les médias :
L’idée qu’il serait scandaleux que l’entreprise (les
actionnaires) imposent une rentabilité fondée sur la maîtrise du coût de la main d’œuvre (les
salaires),
L’idée qu’il serait scandaleux que l’entreprise (les
actionnaires), licencie pour accroître sa
rentabilité ( la force de travail
variable d’ajustement),
L’idée qu’il serait scandaleux et inhumain, de liquider une entreprise, et de licencier
son personnel, pour des questions de rentabilité financière (liquidation pour
spéculer sur les marchés financiers),
L’idée qu’il serait scandaleux que l’entreprise
privilégie les actionnaires au
détriment des salariés.
Ces idées, émises, véhiculées, proclamées par les
salariés licenciés, ou en voie de licenciements, montrent à quel degrés
d’incompréhension, ceux-ci sont en matière de connaissance de ce qu’est
véritablement ce système.
Les salariés, la classe ouvrière (comme on disait),
l’ensemble des citoyens ont eu cent cinquante ans pour se rendre compte de ce
qu’était le capitalisme. Des millions d’articles, des tonnes d’ouvrages, des
années de discussions ont dénoncé ce système… pour rien,… ou encore pas
grand-chose.
L’immense majorité a cru, et croie encore, qu’il
était/est réformable, que les acquis chèrement arrachés à la rapacité du
capital, seraient définitifs… elle s’est trompée.
L’immense majorité a cru en la parole des
bonimenteurs politiciens qui promettaient, et promettent toujours d’humaniser le capitalisme, de faire des
réformes, de défendre l’intérêt du peuple,... et vote pour
eux.
Aujourd’hui il est trop tard, l’édifice s’écroule sur
nous. Il va falloir faire preuve d’une grande imagination et d’une pratique
efficace pour ne pas y laisser notre peau.
Patrick MIGNARD

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