samedi 13 octobre 2012

Terrorisme en France : des indignations à géométrie variable

Sébastien Fontenelle          

Où l’on entrevoit que les pouvoirs publics et la presse dominante s’accommodent mieux des bombes corses que des « cellules islamistes »…
Après le démantèlement d’une « cellule terroriste » islamiste dont les membres sont notamment soupçonnés d’avoir lancé une grenade à plâtre contre un supermarché de Sarcelles , le gouvernement français et ses journalistes d’accompagnement se sont campés dans des poses guerrières.
Jean-Marc Ayrault a par exemple « réaffirmé la détermination de l’État de combattre le terrorisme », et Christophe Barbier, directeur débondé de l’hebdomadaire L’Express, a exigé : « Réarmons-nous contre le terrorisme » ! (Liste non exhaustive.)
Et certes : ces fières proclamations peuvent impressionner.
Mais elles révèlent surtout l’étonnante versatilité des proclamateurs. Puisqu’en vérité : le terrorisme, lorsqu’il n’est pas imputable à de présumés « djihadistes », semble soudain beaucoup moins les préoccuper.
Point n’est besoin, pour le vérifier, de procéder à de longues et difficultueuses investigations - il suffit de se pencher d’un peu près sur ce qui se passe, quotidiennement ou presque, dans deux départements français : la Haute-Corse, et la Corse-du-Sud, qui sont assurément les endroits les plus dangereux du monde occidental (1).

Plusieurs dizaines d'attentats par an
En 2010, par exemple : plusieurs dizaines d’attentats à la bombe y ont été perpétrés, dont la liste exhaustive peut très facilement être consultée.
En 2011 : même chose. Dès le 1er janvier : trois engins de chantier appartenant à un entrepreneur italien (dont la résidence avait déjà été visée quelques jours plus tôt par un attentat) ont été détruits. Le 3 janvier : c’est un magasin de l’Île-Rousse qui a été visé. Puis, le 11 janvier : la voiture d’un artisan d’Aregno. Puis, le lendemain : un camion. Puis, le 17 janvier : la villa – en construction – d’un retraité. Puis, le 19 janvier : deux bars d’Ajaccio. (Deux blessés légers, plusieurs voitures et les façades des immeubles environnants ont été endommagées.) Puis, le 20 janvier : une villa, un camping, et deux voitures. Puis, le 24 janvier : une résidence secondaire appartenant à des Allemands. Puis enfin, le 30 janvier : c’est le véhicule d’un gendarme, qui a été détruit dans une explosion.

Matignon sous pression

Après l’installation de Jean-Marc Ayrault à Matignon, au printemps dernier : tout le truc a continué.
Et tout cela fait, à bien y regarder, une statistique un peu inquiétante. Surtout lorsqu’on la juxtapose à celle, non moins alarmante, des assassinats commis depuis trois décennies dans les mêmes parages, qui ont fait que « le taux de meurtre par habitant en Corse est devenu le plus élevé d'Europe ».
Mais pour le coup : Matignon se tait, et Christophe Barbier bride sa prolixité. Et s’il arrive – le moyen de faire autrement - que la presse dominante évoque les « nuits bleues » corses - et autres spécialités de la pyrotechnie insulaire - ce n’est jamais dans les termes dont elle use pour dénoncer le « terrorisme islamiste ».
Des médias très discrets

En vérité, force est de le constater : l’attaque contre un supermarché de Sarcelles, attribué à des «djihadistes », suscite, dans les hiérarchies politico-médiatiques, infiniment plus de réactions que le plastiquage, en Corse, de sept grandes surfaces.
Dans le premier cas : des dizaines d’articles - et autres commentaires enflammés - sont immédiatement publiés, pour interroger « l’islam de France ». Mais quand des artificiers mettent le feu à « l’île de Beauté » : Jean-Marc Ayrault se tient coi et l’éditocratie néglige de s’offusquer.

Et il serait intéressant de s’interroger sur ce qui motive cette différence de traitement : cela pourrait même, pourquoi pas, faire l’objet d’un édifiant éditorial de Christophe Barbier.
Mais, curieusement : il tarde à venir.

Note
 
(1) En 2009, la voiture de notre journaliste Enrico Porsia, qui habite en Corse et dont les enquêtes irritent grandement quelques éminences locales, a été détruite dans un attentat : les défenseurs de presse de la liberté d’expression ne s’en sont que peu formalisés.

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