Où l’on voit que mettre une étoile jaune à l’anus de Mahomet n’est pas le bon moyen de calmer les esprits. Dur, pour Charb et Riss, Nouveaux patrons du nouveau Charlie Hebdo, d’admettre qu’ils se sont trompés et, comme ce sont deux têtes de lard, ils ne l’admettront pas.
Pourtant, se situer à l’extrême gauche et s’entendre dire pas le NPA qu’on « participe à l’imbécilité réactionnaire du choc des civilisations », se définir écologistes et être traités de « cons » par Daniel Cohn-Bendit, ça devrait donner à réfléchir. Surtout quand dans le même temps on est applaudi par la famille Le Pen, Rioufol du Figaro et le premier ministre de Sarkozy. Cher Charb, cher Riss, ne seriez-vous pas tombés dans un piège, par hasard ? Ce ne serait pas la première fois, n’est-ce pas.
De quoi s’agissait-il ? De tenir son rôle de journal satirique, statut qu’on s’est donné et derrière lequel on s’abrite. Alors, de quoi fallait-il rire et faire rire cette semaine-là, sachant qu’on paraissait le 19 septembre ? Un sujet s’imposait : cette vidéo, diffusée par le Net, qui avait été le prétexte au meurtre de l’ambassadeur Américain en Libye, au saccage de l’ambassade de France à Tunis, et qui laissait des dizaines de morts derrière elle. Elle était l’œuvre d’un copte américain, originaire d’Égypte, où les coptes sont sujets à des pogroms à la moindre occasion. Bref, c’était riche, il y avait de quoi, sous plein d’angles, faire rire.
Le copte, un chrétien, donc, sans le moindre talent, avec une virulence d’une rare vulgarité, des images indigentes, s’en était pris à Mahomet dans ce qu’il présentait comme un extrait de film de cinéma. De quoi fournir aux agitateurs musulmans du monde entier une occasion de provoquer des massacres en rameutant des foules indignées. Il le savait, c’était d’ailleurs exactement ce qu’il voulait. Charlie Hebdo, qui fait profession d’athéisme, ne risquait pas de se ranger derrière ce chrétien. Du moins pouvait-on le penser. Hélas, mille fois hélas, notre Charb et notre Riss de s’engouffrer derrière le copte pour outrager la mahométan au lieu de l’outrager, lui, le copte pousse-au-crime. Il avait lancé un pseudo film sur le Net où tout finit par se retrouver, il se lance, en dessins, en pseudo films, destinés à outrager eux aussi le mahométan, le comble étant atteint, sous le titre «Mahomet : une étoile est née», avec un Mahomet nu, vu de trois quarts dos, en position de prière, couilles pendantes et vit goûtant, en noir et blanc mais avec une étoile en jaune à l’anus. Tournez-le dans tous les sens, en quoi est-ce drôle, spirituel ?
Voilà toutes nos réserves de flicaille d’investir Paris et les grandes villes, voilà nos ambassades, dans les pays musulmans de se calfeutrer derrière des chars et des barbelés hérissés, nos expatriés de ne plus se sentir en sécurité. Voilà, en France, les premiers aspirants égorgeurs arrêtés sur le chemin de Charlie Hebdo. Charb, déclencheur de tout ça ? Même pas peur. Il plastronne devant le journaliste du Monde : « Je n’ai pas de gosses, pas de femme, je préfère mourir debout que vivre à genoux. » D’ajouter : « c’est peut-être un peu pompeux ». Ça l’est, et beaucoup. C’est surtout d’une désinvolture phénoménale. Depuis bientôt un an et l’incendie de son local, Charlie Hebdo a son siège dans un immeuble où sont abrités plusieurs services de police. Dès que Charb en sort et où qu’il aille, il est accompagné par deux policiers.
Mais les autres de son journal, ceux qui ne sont pas protégés et dont il n’a pas demandé l’avis, si égorgement il devait y avoir, croit-il que les égorgeurs iraient regarder s’ils sont pour quelque chose dans cette publication inopportune de dessins idiots, la situation dans le monde étant ce qu’elle est ?
Delfeil De Ton
Le Nouvel Observateur N° 2499 du 27 septembre 2012

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