À quoi sert l'armée française ? Voilà
une question qui n'encombre guère le débat public. Pourtant, à un moment
où l'on ne parle que de discipline budgétaire, il n'est pas superflu de
rappeler que l'État consacre 30 milliards d'euros chaque année à
l'entretien d'une armée dont les missions sont franchement détestables.
En complicité avec celle des Etats-Unis,
cette armée est essentiellement employée à des opérations de combat
et de subversion contre des pays qui n'ont souvent comme seul tort celui
de posséder des ressources naturelles convoitées.
La doctrine officielle voudrait que
l'armée française soit destinée à la défense du territoire, ce qui est
parfaitement contradictoire avec le fait que ses effectifs, notamment
ceux de l'armée de terre, sont en constante diminution. En réalité, les
unités opérationnelles qui sont au centre de l'attention de l'État sont
les forces spéciales auxquelles on confie à l’extérieur « des missions
qu'on ne peut confier aux autres unités ». Elles comptent aujourd'hui
près de 4.000 hommes. [1]
Quant à la coûteuse force nucléaire,
dont la destination stratégique reste ambigüe, elle n'a pour seule
finalité que de permettre au complexe militaro-industriel d’engranger
des superprofits de monopoles avec la construction de tout un arsenal de
sous-marins, missiles, porte-avions et autres chasseurs-bombardiers
Rafale… [2]
Pour ajouter à la confusion qui entoure
les questions militaires, Hollande parle de « défense européenne »,
alors que celle-ci n'existe pratiquement pas et que le peu qui a été mis
en place se trouve sous la dépendance stratégique des Etats-Unis.
Dépendance des États-Unis qui, pour la France, s'est confirmée avec sa
réintégration, en 2009, dans le commandement intégré de l'OTAN. [3]
La rhétorique républicaine de « défense
nationale » est un leurre. La France, par les intérêts de sa classe
dirigeante, appartient à la triade impérialiste Etats-Unis/Europe de
l'Ouest/Japon qui n'a de cesse d'assurer ou de consolider sa domination
économique et politique sur les pays de sa périphérie.
Au service d'une telle politique,
l'armée se verra toujours confier des missions de police et de
répression aux conséquences sanglantes pour les peuples concernés, comme
elles l'ont été hier au Vietnam et en Algérie, et comme elles le sont
aujourd'hui en Afghanistan, en Libye ou en Côte d'Ivoire...
Amédée Dunois
écrivait en 1921 : « Nous ne pouvons renoncer à la propagande
antimilitariste. Capitalisme, impérialisme, militarisme - en d'autres
termes, Capital et État - forment un tout indivisible ». [4]
Notes
[1] Déclaration du général Bertrand Ract Madoux, chef d'état-major de
l'armée de terre. Ce sont des éléments de ces forces spéciales qui sont
intervenus secrètement sur le terrain en Libye pour aider les «
rebelles », contrevenant ainsi à la résolution de l'ONU.
[2] Ce complexe, avec ses pratiques mercantiles et opaques, dispose
d'ailleurs de son représentant au sein même du ministère avec la
présence du délégué général pour l’armement. Ce poste est actuellement
occupé par Laurent Collet-Billon qui, en 2006, a rejoint Alcatel comme
conseiller pour les affaires de défense et de sécurité du groupe.
Conflit d’intérêts ?
[3] Un coût d'environ 175 millions d'euros par an pour le
contribuable français, mais l'assurance d'emplois de prestige pour
quelques centaines d'officiers « OTAN-compatibles ».
[4] Amédée Dunois, Bulletin communiste n° 27 (deuxième année), 30 juin 1921. http://www.marxists.org/francais/dunois/works/1921/06/con...
Adhérent du Parti socialiste (SFIO) en 1912, Amédée Dunois intègre la rédaction de L'Humanité
et devient un proche de Jean Jaurès. Opposant à la guerre de 14-18 et à
son acceptation par la majorité de son parti, il milite avec différents
minoritaires pacifistes, comme Pierre Monatte, Alfred Rosmer, Boris
Souvarine. En décembre 1920, il participe à la création du Parti
communiste - Section française de l'Internationale communiste (SFIC)
dont il devient membre du comité directeur.
Photo : Deux d'un coup !... C'est superbe ! Tu auras la croix !
(Henri Gustave Jossot - 1902)
Le Petit Blanquiste


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