vendredi 19 juillet 2013

Antarctique : échec pour la création d’une nouvelle aire marine protégée

Pew             

Alors que la mer de Ross, qui jouxte le continent antarctique, est une des dernières régions du monde non altérée par l’humanité, la communauté internationale a échoué le 16 juillet à en faire une zone protégée.

Bremerhaven, Allemagne – La réunion spéciale de 24 pays et de l’Union européenne n’a pas permis de créer les réserves proposées dans les écosystèmes marins fragiles de l’Antarctique. La Russie, avec un soutien relatif de l’Ukraine, a remis en question la base juridique qui permettrait la création de grandes réserves marines dans l’Antarctique.
La Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR) avait convoqué une réunion spéciale du 11 au 16 juillet pour revoir les mesures de protection marine suite à l’échec de leur adoption lorsqu’elles ont été proposées pour la première fois en octobre 2012. La CCAMLR n’a convoqué des réunions spéciales qu’à deux reprises en trente ans d’existence, et la présente réunion l’a été à la demande de la délégation russe.
« Les actions de la délégation russe menacent la coopération et la bonne volonté de la communauté internationale, qui sont pourtant les deux éléments incontournables de la conservation des océans au niveau mondial », a déclaré Andrea Kavanagh, directrice du projet de sanctuaires dans l’océan Austral de Pew Charitable Trusts. « Le fait d’avoir manqué une occasion unique de protéger certaines des zones océaniques jusqu’ici les mieux préservées de la planète représente une grande perte à la fois pour l’écosystème et pour la communauté internationale. Nous encourageons vivement les dirigeants mondiaux à demander à la Russie de collaborer avec les autres pays, et il est impératif que chaque pays renvoie ses représentants à la table des négociations dans trois mois afin de trouver un consensus pour protéger les eaux de l’Antarctique. »

Moins de 1% de la superficie des océans est protégée

Les mesures de protection proposées pour l’océan Austral comprenaient une réserve marine en mer de Ross représentant 1,6 millions de kilomètres carrés – où aucune pêche ne serait autorisée – au sein d’une aire marine protégée de 2,3 millions de kilomètres carrés, ainsi que sept aires marines protégées le long des côtes de l’Antarctique de l’Est, couvrant 1,6 millions de kilomètres carrés supplémentaires. Le plan pour la mer de Ross était proposé par les États-Unis et la Nouvelle-Zélande ; les mesures de protection en Antarctique de l’Est étaient défendues par l’Australie, la France et l’UE.
La CCAMLR a été créée en 1982 pour gérer les aspects de protection et d’utilisation durable de la vie marine dans l’océan Austral. Elle prend ses décisions par consensus.
Moins d’1 % des océans de la planète – soit une superficie d’environ 2,2 millions de kilomètres carrés – bénéficie d’une protection complète. En comparaison, près de 12 % de la surface terrestre de la planète fait l’objet de mesures de protection, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature.
La protection de l’océan Austral dans l’Antarctique aurait des conséquences considérables. Des remontées d’eaux riches en nutriments provenant de ses profondeurs sont transportées le long d’immenses courants océaniques dans toute l’hémisphère Sud et jusque dans l’océan Atlantique Nord. Les scientifiques estiment que les trois-quarts de l’ensemble de la faune et de la flore marines sont alimentés par ce courant. La protection d’aires majeures de l’océan Austral produira des bénéfices très importants pour la faune et la flore marines et pour ceux dont l’alimentation dépend des océans.

La mer de Ross est l’écosystème marin le moins modifié de la planète

Une étude publiée en 2011 dans la revue Biological Conservation qualifiait la mer de Ross d’« écosystème marin le moins modifié de la planète », avec des espèces d’oiseaux et de mammifères marins dont les populations atteignent une taille exceptionnelle et interagissent étroitement.
L’océan Austral abrite des milliers d’espèces uniques, parmi lesquelles la plupart des espèces mondiales de manchots, de baleines, d’oiseaux marins, ainsi que le calmar colossal ou les remarquables légines australe et antarctique dont les stocks sont fortement exploités. La région est essentielle à la recherche scientifique, à la fois pour étudier la manière dont fonctionnent des écosystèmes marins intacts et pour déterminer l’accélération des impacts du changement climatique mondial.

« Il nous reste une occasion cette année de préserver l’intégrité de ces derniers espaces sauvages », a déclaré Andrea Kavanagh. « Les gouvernements doivent prendre cette décision importante en vue de coopérer à la protection et à la conservation de la vie marine dans les océans du monde. Il est essentiel qu’ils le fassent correctement. »

Source : Communiqué de presse de Pew
Photo : Pew



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