Dans un article que vient de publier le quotidien Haaretz, Gideon Levy
écrit : « Quiconque s’inquiète réellement de l’avenir du pays doit maintenant
être en faveur du boycott économique ».
Quiconque s’inquiète réellement de l’avenir du pays doit maintenant être en
faveur du boycott économique.
Une contradiction dans les termes ? On a examiné les alternatives. Le boycott
est le moindre mal et il pourrait avoir des effets bénéfiques de portée
historique. C’est l’option la moins violente et celle qui a le moins de chances
d’aboutir à un bain de sang. Elle serait douloureuse, comme les autres, mais les
autres seraient pires.
Avec l’entrée d’Israël dans une nouvelle série d’inertie diplomatique,
l’appel au boycott économique devient une exigence patriotique.
Si l’on convient que le statu quo actuel ne peut durer toujours, c’est
l’option la plus raisonnable pour convaincre Israël de changer. Son efficacité a
déjà été prouvée. De plus en plus d’Israéliens ont pris conscience récemment de
la menace que représente le boycott. Lorsque la ministre de la justice, Tzipi
Livni alerte sur son développement et appelle, en conséquence, à sortir de
l’impasse diplomatique, elle apporte une preuve de la nécessité du boycott. Elle
et d’autres rejoignent ainsi le mouvement boycott, désinvestissement, sanctions.
Bienvenue au club !
Le changement ne viendra pas de l’intérieur. C’est clair depuis longtemps.
Tant que les Israéliens ne paient pas le prix de l’occupation, ou tout du moins
ne font pas le lien entre la cause et l’effet, ils n’ont aucune raison d’y
mettre fin. Et pourquoi le résident lambda de Tel Aviv devrait-il se soucier de
ce qui arrive dans la ville de Jénine en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza ?
Ces endroits sont très éloignés et pas particulièrement intéressants. Tant que
l’arrogance et l’auto-victimisation continuent au sein du Peuple Elu, le plus
élu du monde, toujours la seule victime, la situation réelle du monde n’y
changera rien.
Nous disons que c’est de l’antisémitisme. Le monde entier est contre nous,
sans que nous ne soyons responsables de son attitude à notre égard. Et par
dessus le marché, en dépit de tout, le chanteur anglais Cliff Richard est venu
se produire ici. L’opinion publique israélienne est pour l’essentiel coupée de
la réalité – la réalité dans les territoires et à l’étranger. Et il y a ceux qui
veillent à ce que cette déconnection dangereuse se maintienne. Parallèlement à
la déshumanisation et à la diabolisation des Palestiniens et des Arabes, les
gens ici sont trop soumis à un lavage de cerveau nationaliste pour retrouver
leurs esprits.
Le changement ne viendra que de l’extérieur. Personne, y compris bien sûr
l’auteur de ces lignes, ne souhaite un nouveau cycle sanguinaire. Un soulèvement
palestinien non-violent est une possibilité mais il est peu probable à court
terme. Ensuite, il y a la pression diplomatique américaine et le boycott
économique européen. Mais les Etats Unis ne vont faire aucune pression. Si
l’administration Obama n’en a pas fait, aucune autre Administration n‘en fera.
Et puis l’Europe. La ministre de la justice Tzipi Livni dit que le discours en
Europe est devenu idéologique. Elle sait de quoi elle parle. Elle a aussi dit
qu’un boycott européen ne s’arrêterait pas aux produits des colonies de
Cisjordanie.
Il n’y a aucune raison qu’il s’y arrête. La distinction entre les produits de
l’occupation et des produits israéliens est une création artificielle. Ce ne
sont pas les colons qui sont les principaux coupables, mais plutôt ceux qui
cultivent leur existence. Tout Israël est immergé dans l’entreprise de
colonisation, alors tout Israël doit en assumer la responsabilité et payer le
prix pour cela. Tout le monde est impliqué dans l’occupation, y compris ceux qui
ont envie de regarder ailleurs. Nous sommes tous des colons.
Le boycott économique a prouvé son efficacité en Afrique du Sud. Quand les
milieux d’affaires du régime d’apartheid ont interpellé les dirigeants du pays
en leur disant que la situation ne pouvait pas continuer comme cela, le sort en
a été jeté. Le soulèvement, la stature de leaders tels Nelson Mandela et
Frédérik de Klerk, le boycott des sportifs sud-africains et l’isolement
diplomatique du pays ont bien sûr contribué à la chute de l’odieux régime. Mais
le ton a été donné par les milieux d’affaires.
Et cela peut arriver ici aussi. L’économie israélienne ne résistera pas au
boycott. Il est vrai qu’au début cela va accroître le sentiment de
victimisation, d’isolement et le nationalisme, mais ce ne sera pas le cas à long
terme. Le boycott pourrait donner lieu à un changement majeur d’attitude.
Lorsque les milieux d’affaires s’adresseront au gouvernement, le gouvernement
écoutera et peut-être agira. Quand la détérioration touchera le porte-monnaie de
chaque citoyen, davantage d’Israéliens se demanderont, peut-être pour la
première fois, de quoi il s’agit et pourquoi cela arrive.
Il est difficile et douloureux, presque impossible pour un Israélien qui a
passé toute sa vie ici, qui n’a pas boycotté le pays, qui n’a jamais envisagé
d’émigrer et qui se sent de tout son être attaché à son pays, d’appeler à un tel
boycott. Je ne l’ai jamais fait. J’ai compris ce qui motive le boycott et j’ai
pu y trouver des justifications. Mais je n’ai jamais appelé d’autres à faire ce
pas.
Néanmoins, Israël s’engageant dans une nouvelle phase de paralysie profonde
tant diplomatique qu’idéologique, l’appel au boycott est une exigence, dernier
refuge d’un patriote.
(Traduction Sonia Fayman)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire