lundi 29 juillet 2013

Optimiste ( ou pas ) ?

Jacques Gaillard                

Et allez ! La canicule promise, finalement, n’a pas vraiment eu lieu. Encore une promesse de Hollande qui passe au trou ? 

Coup de chaud (thermique)

 L’homme antique, on le sait, se guidait en regardant le ciel nocturne. L’espace et le temps étaient balisés par l’apparition (la visibilité) des constellations, ensembles d’étoiles arbitrairement regroupés en « dessinant » un signe, héros mythique, animal fabuleux ou symboles divers. Le ciel, ainsi, ressemble à un zoo. On y trouve une grande Ourse et une petite Ourse. Mais aussi une « petite chienne », en latin canicula, qui « montait » dans le ciel de nos latitudes entre le 21 et le 24 juillet, selon notre calendrier. Et l’homme antique, fin observateur, avait de longue date noté que ces jours-là étaient généralement les plus chauds de l’année. Statistiquement, diraient les modernes. Au point d’appeler du nom de cette constellation une période de forte chaleurs.

Donc, la « canicule » entre le 21 et le 24 juillet, ce n’est pas une info, c’est une habitude. On pourrait le montrer en consultant les relevés de température. Cette année, on est quasiment dans les normes, à un ou deux petits degrés près. La chose est intenable : depuis 2003, il nous faut, chaque année, une menace de canicule pour parler de nos vieux qui ne boivent pas assez (le reste de l’année, ils peuvent se dessécher comme des harengs dans l’indifférence générale) et s’interroger sur la capacité des « pouvoirs publics » de les hydrater convenablement. Certes, on a évalué (à la pelle) le bilan de la canicule de 2003 à 15000 morts. Mais elle était rude (plus de 6° d’excès par rapport à la moyenne des températures) et longue (quinze jours). Là, on a eu des températures banales. Une douche, et hop. Des gosses qui se baignent dans les bassins des jardins publics. Des vieilles qui papotent à la fraîche sur la place de Gassin (vu à la télé !). Comme au temps où l’on s’en tenait à observer qu’il fait chaud l’été et froid en hiver. Avant la privatisation de TF1, en quelque sorte.

Coup de froid (médiatique)

C’est la déception dans les rédactions. On avait déjà dispersé des tas d’ « envoyés spéciaux » dans les maisons de retraite, et mis en boite d’avance des « micros déambulateur » pathétiques. Des professeurs de médecine bien coiffés étaient dans les starting blocks pour exhiber leur expertise, des aides soignantes  généreuses allaient bondir sur nos écrans pour évoquer le manque de moyens, des enfants de vieux se tenaient à disposition pour flétrir l’incurie du gouvernement qui laissait crever le papy qu’ils avaient personnellement mis en dépôt à l’institution des Glycines en allant le voir le moins possible à cause de l’odeur, le pipi de vieux, cela réclame des professionnels. On pensait tenir huit jours au moins, il a fallu plier les gaules en trois. Météo-France n’a même pas joué le jeu en laissant planer des doutes : la température retombait, heureusement, ils « voulaient » des orages, mais après les festivités nautiques de la grotte de Lourdes, l’orage sur le vignoble de Beaune, ça fait pipi de chat, le viticulteur qui a perdu 50% de sa récolte sous des grélons « gros comme des œufs de pigeon » (l’œuf de pigeon est l’unité de mesure médiatique du grêlon), ça ne fait plus pleurer personne.

Bref, si l’on n’avait pas eu le déraillement de Brétigny, juillet était foutu. Il avait mal commencé : après un printemps de merde, on laissait redouter un été pourri, avec des familles en parka fourrée sur la côte Normande et des chutes de neige sur le Tour de France. Pas de pot, le baromètre se tient au grand beau depuis quatre semaines, quelques orages – faut bien payer le prix de la chaleur - mais globalement, on profite bien et même les amateurs de Bretagne ou de Savoie n’ont eu que les averses auxquelles, finalement, ils aspiraient en secret en gagnant ces contrées notoirement humides. Pire : malgré l’annonce maintes fois répétées d’un peuple essoré par le matraquage fiscal et la baisse du pouvoir d’achat, tout est plein partout, les terrasses sur le port, les hotels, les bed and beakfast des englisches de Dordogne, essayez-voir de trouver un mobil home entre Perpignan et Menton. Et il n’y a même pas de méduses. Certes, j’ai entendu une dame parler de « flambée des prix » à tout hasard (il s’agissait des melons…), mais c’était une stagiaire : un producteur a avoué que le problème, c’était qu’ils seraient tous mûrs en même temps, et que les prix allaient au contraire s’effondrer (donc, le ruiner comme tous les ans pour diverses raisons). Shit !

Un, deux , trois, soleil

À force de jouer au bon docteur Coué sur lequel les ignares ironisent bien à tort, Pépère a une fois de plus écorné son contrat : depuis le début, il était prévu pour attirer la pluie, les orages et même la foudre céleste, et le voilà qui nous joue Plein soleil sur les Champs-Elysées, devant l’armée défilant non seulement au pas, mais au sec, et la chaise vide du mec à Duflot (décidément, Cantat, c’est un nom qui tache). Normal ? C’est pas normal, le beau temps, pour Hollande. Il a été élu pour la tempête, où il doit théoriquement sombrer sur son pédalo. Et pour ruiner la classe moyenne, tiens, qui en est à ne plus sucrer le café pour économiser trois sous, et se réfugie dans le Poitou chez mémé au lieu d’aller gaver ses gnards de crêpes à Pornic ou de chichis-fregis dans le Var comme au beau temps de monsieur Sarkozy qui prenait soin des héritières industrielles dévissant raide dans l’Alzheimer (au fait, pour le moment, ce sont ses hausses d’impôt à lui qu’on a payées cette année).


Mais là où une fois de plus notre Pépère dérape, c’est dans la communication. Faut bien comprendre que, pour la médiasphère dans laquelle nous barbotons, une nouvelle, c’est une mauvaise nouvelle. Une bonne nouvelle n’est qu’une fausse nouvelle, je veux dire par là que si on l’examine de près, elle n’est pas si bonne que ça, ou bien, c’est pas la peine d’en parler. Surtout pas en entrée de JT. Est-ce que vous vous souvenez d’un JT commençant par une bonne nouvelle (l’élection d’un pape n’est une bonne nouvelle que pour les culs bénits, soit 12% grand max de la population) ? Tenez, alors même que notre Président exhibe son optimisme (et se fait ramasser pour cela), qu’apprend-on ? Un accident de bus en Guyane fait un mort. Il y a dix ans, on n’en aurait même pas parlé. Il y a cinquante ans, personne ne l’aurait su. Et on ne s’en portait pas plus mal. Mort du matin n’arrête pas le pèlerin, dit sagement le dicton, et le reste du patronage est actuellement à Rio pour remercier le Seigneur d’avoir si bien protégé leur bus. L’optimiste dira : tout le bus aurait pu y passer. Le pessimiste dira : ils ne sont pas à l’abri d’un cyclone tropical. J’imagine des gus, dans les rédactions, qui rêvent en secret de voir François (l’autre, celui qui en a dans la calotte) pris en toupie dans une tornade, façon Magicien d’Oz, dans un Maracana local bourré de fidèles hallucinés par une frénétique samba céleste. 

Le réalisme, c’est de dire que médiatiquement, le pessimisme va dans le sens du boulot, et l’optimisme casse le coup. Mais en politique, est-ce répréhensible d’être optimiste ? Posons le problème à l’envers : je n’ai jamais vu un type aux manettes se tailler un succès en bavant : « les mecs, tout part en vrille, j’ai pas de remède, d’ailleurs y a pas de remède, si vous avez l’occasion de vous suicider avant d’être chômeurs, ne la laissez pas échapper, dès le mois prochain l’arsenic façon Bovary sera remboursé par la Sécu, en attendant, je baisse le prix du gaz, bon, maintenant, on relit Cioran et Pessoa pour ceux qui ont encore la lumière chez eux, puis tout le monde au lit, demain est un nouveau jour, enfin, c’est pas  sûr et ça changera que dalle, ciao et bons cauchemars ! ». 

Même Churchill, quand il n’avait n’avait que des canettes de bière à balancer sur les Schpountz, garantissait la victoire finale ! Et Churchill, c’est pas de la merde, non ? Regardez Mandela, il lui a fallu un sacré blindage d’optimisme pour mener sa barque au port ! Et même Sarkozy, en 2007, il annonçait l’abolition du chômage, en 2008, il dénonçait la crise, en février 2009, il mettait le livret d’épargne à 1,25% (sa majorité y voyait une énorme victoire sur l’inflation), en 2010, il voyait la fin du tunnel et celle de Fillon en même temps, et en 2012, s’il avait été pessimiste, il serait parti pouponner avec Carla au lieu de creuser les déficits de l’UMP. Parce que pour flirter avec Kadhafi en 2007 et cracher sur son cadavre en 2011, il faut une vision optimiste de l’histoire. Le pessimiste se serait dit : un, jour, Kadhafi me crachera dessus, et il aurait refusé la mallette. Résultat, aujourd’hui, l’UMP logerait sous les ponts.

Allez, restons sérieux. Voyez le Tour de France : les pessimistes pensent que le vainqueur s’est chargé comme deux mules, les optimistes pensent qu’une mule, c’est déjà beaucoup. Les réalistes constatent que les mules coûtent trop cher pour le modeste budget des coureurs tricolores. Et puis dopage, c’est un mot anglais, non ? Les British, en voilà des optimistes : en pleine crise, ils entretiennent une reine d’un modèle dont on ne trouve plus les pièces, ils financent ses galures à la Nothomb et ses corgis boudinés, et avec ça, toute une basse-cour de vieux beaux et de rombières rances, sans compter les derniers pondus de la Diana, qui sont désormais en âge de pondre. Et qui ne s’en privent pas. Sympas, au demeurant, Stéphane Bern y voit un « couple normal » (qu’est-ce qu’il connaît au normal, lui ? est-ce qu’un mec normal emploie l’expression « ceindre la couronne » et sait ce qu’est une « princesse morganatique »?) parce que papa conduit l’auto, mais attention si les souverains deviennent « normaux », on se demandera fatalement à quoi ça sert de payer le canigou royal de ces « normaux ». Du côté des anglais, pas de risques de révolution, ils sont dans une merde royale, mais hilares. Tout est au top, la dette publique au dessus de 90% du PIB, les déficits (6,7% contre 3,7% chez nous), le chômage réel (évalué à 13% par les analystes sérieux, vu l’absence de chiffres concrets…), la pauvreté (23% de la population selon les critères OCDE). 

Mais on pleure de joie sur le royal baby. 
Une belle leçon d’optimisme, les copains : on est moins dopé que les anglais, c’est sûr !

Bakchich

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