
Patrick Mignard
Avec la crise, la mondialisation du capital, la trahison de la social-démocratie, la décadence des syndicats, on avait cru avoir atteint le point ultime de la dégradation du rapport salarial,… on avait tort… le patronat anglais, toujours en avance dans ce domaine, a fait beaucoup mieux en matière de cynisme : les « zéro hours contracts » (contrats zero-heure).
Le principe est fort simple : un contrat est signé, mais il est en grande
partie vide. L’employeur n’est pas obligé d’offrir un travail régulier, de même
que l’employé n’est pas obligé de travailler aux heures proposées. On peut
difficilement faire mieux en matière d’escroquerie contractuelle. Mais alors,
allez vous logiquement dire : pourquoi
signer un tel contrat ? Là est toute l’astuce.
Un tel contrat laisse une liberté totale à l’employeur :
il a à disposition des salariés vis-à-vis desquels il n’a aucun engagement,
aucune obligation.
La soi-disante liberté du salarié n’est qu’un paravent : a-t-on déjà vu la masse des salariés, surtout en période de crise, faire la « fine bouche » sur un travail qu’on lui propose, même si celui-ci est plus que précaire et aléatoire ? Ce « contrat » instaure ce que le patronat rêve depuis toujours : une flexibilité intégrale de la force de travail.
Flexibilité intégrale, chantage permanent envers le
salarié, pas de salaire minimum, plus d’heures supplémentaires et taux de
chômage artificiellement réduit… Que peut demander de plus le
patronat ?
Ce type de contrat est en pleine expansion outre Manche et dépasse aujourd’hui le million. Pour les salariés, plus d’avenir professionnel, plus de stabilité… C’est l’instauration de la précarité généralisée. Imaginez un seul instant ce que sera la retraite de ces salariés, dans 30, 40, 50 ans !
Jusqu’à présent les salariés avaient le couteau sur la gorge, désormais on commence à leur trancher !
Un tel dispositif est mieux que l’esclavage ou le
servage, en effet il a l’avantage de maintenir l’illusion de la relation contractuelle entre deux volontés
libres – l’employeur et l’employé. Il est en passe de devenir la relation
de travail idéale – pour le Capital - dans une société dite démocratique. Le
salarié garde toujours le droit d’élire celles et ceux qui couvrent par leur
pratique politique ceux qui mettent en place de tels dispositifs,… et les
entérinent en droit. Les apparences démocratiques sont sauves et les intérêts du
Capital protégés.
C’est peut-être à ce dispositif que pense le Président
de la République quand il parle d’inversion
de la courbe du chômage. Le Changement aurait alors un drôle de
goût !

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