Patrick Mignard
En ce temps de vacances et d’envoi de cartes
postales, prenons un simple exemple : le courrier. De tout temps, l’amélioration
des conditions du courrier – sécurité, rapidité – a été perçue à juste titre
comme un progrès.
Tout a été fait
pendant longtemps par l’Administration des Postes pour accélérer l’acheminement
des lettres et colis, en particulier au cours de la deuxième moitié du 20e siècle afin de gagner la bataille du
J+1 (une lettre distribuée le lendemain de son dépôt). La technologie a permis
cette performance. On aurait pu imaginer avoir atteint définitivement ce but,
celle-ci s’améliorant sans cesse.
L’article 1 du Code des postes et des
communications électroniques est très clair sur ce point ; « Les envois prioritaires relevant du service
universel postal sont distribués le jour ouvrable suivant le jour de leur
dépôt »
Or il est de notoriété publique que ce n’est
plus comme cela que ça se passe ! Dans de nombreux cas, cette règle n’est plus
respectée…Négligence et réduction de moyens peuvent être évoquées… mais il y a
plus grave : devant cette situation régressive, on assiste à la création de
services beaucoup plus onéreux pour l’usager, qui devient alors un client, assurant, en principe ce service
de j+1. Il y a là un véritable détournement de la contrainte de service public, doublé de la mise en place
de services mercantiles, rapaces, souvent privés.
On peut bien sûr contester ce non respect de
la règle, mais qui va entamer une procédure pour une lettre qui a 36 heures de
retard ? L’administration compte sur cette situation pour, impunément, grignoter
ce qui reste du service public…
Il n’est question ici que de courrier…
Appliquez la même logique aux médicaments, qui aujourd’hui, pour certains, se
raréfient et l’on voit l’ampleur du désastre qui se profile. 80% des médicaments
utilisés en France sont produits en Chine et en Inde. Pourquoi ? Devinez !...
Appliquez la même logique aux transports
ferroviaires, aux prothèses médicales, aux accouchements … vous avez tout de
suite sous vos yeux les effets de la marchandisation rampante qui est en train
de détruire l’essence même du service
public. Aujourd’hui, l’important n’est plus de satisfaire un besoin –
souvent vital – mais de faire de l’argent dans la production de ce bien ou de ce
service.
La marchandisation nous ramène non seulement
à des conditions qui sont celles du 19e siècle, mais en plus annihile tout
progrès. Le progrès n’est plus au service de l’humanité, mais au service du
capital, des financiers qui en font l’instrument exclusif de leur
enrichissement.
Et dire que l’on nous avait prédit le changement ! Le vrai changement il est à
faire là, pas dans les discours !

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