Dominique de Villepin
L'ancien premier ministre Dominique de Villepin
privilégie une action à caractère humanitaire pour protéger les
populations.
L'indignation sur les massacres au gaz perpétrés en
Syrie est unanime. Il n'y aurait pas de pire politique que de ne rien faire.
Mais ce serait faire la politique du pire d'ajouter la guerre à la guerre sans
preuve irréfutable et sans stratégie. La détermination du président Hollande et
de nos partenaires est louable.
Mais que voulons-nous vraimen t?
Punir ? Ce n'est pas le rôle d'une armée, mais d'un tribunal international.
Soulager notre conscience ? Le faire au risque d'aggraver encore la situation des civils serait cynique.
Changer le régime ? Ce n'est pas à nous d'en décider, d'autant plus en l'absence d'alternative crédible.
Non, protéger les civils est la première tâche de la communauté internationale. Comment protéger doit être son seul débat. Cela suppose de réfléchir aux expériences passées.
Mais que voulons-nous vraimen t?
Punir ? Ce n'est pas le rôle d'une armée, mais d'un tribunal international.
Soulager notre conscience ? Le faire au risque d'aggraver encore la situation des civils serait cynique.
Changer le régime ? Ce n'est pas à nous d'en décider, d'autant plus en l'absence d'alternative crédible.
Non, protéger les civils est la première tâche de la communauté internationale. Comment protéger doit être son seul débat. Cela suppose de réfléchir aux expériences passées.
La
stratégie occidentale au Moyen-Orient est une impasse fondée sur l'illusion de
la force, que je n'ai cessé de dénoncer. Elle oscille en effet entre la guerre
au terrorisme et la guerre aux tyrans. Elle voudrait que les deux objectifs n'en
fassent qu'un, mais elle a appris à ses dépens que ce n'était pas le cas.
L'occupation de l'Irak a nourri un terrorisme sans fin. L'opération en Libye a
armé directement ou indirectement tous les djihadistes du Sahara, conduisant à
une nouvelle guerre, au Mali. Le cercle vicieux ne s'arrête pas là. Inquiets de
l'islamisme en Égypte, nous laissons faire de nouveaux coups d'État qui, depuis
toujours, sont le terreau des tyrans de demain.
Tirons enfin les leçons des recours à la force. Partout, en Libye, en Irak, en Afghanistan, se sont produits l'effondrement de la nation et la déstabilisation de la région.
Tirons enfin les leçons des recours à la force. Partout, en Libye, en Irak, en Afghanistan, se sont produits l'effondrement de la nation et la déstabilisation de la région.
Il y a un second
piège, c'est la fragilisation de l'ordre international fondé sur des principes
communs d'humanité. C'est le débat, depuis la guerre d'Irak, entre la légalité
et la légitimité. Nous avons d'un côté le cynisme de ceux, à l'instar des Russes
ou des Chinois, qui plaident pour la légalité sans légitimité, autant dire le
retour à l'avant 1945. Il y a de l'autre côté l'idéalisme douteux de ceux qui
choisissent la légitimité sans la légalité, créant de ce fait une morale du plus
fort qui mine les principes même de l'action menée.
Mais alors que faire? La
situation politique paraît, faute d'initiative, bloquée. Genève II, réunissant
les interlocuteurs syriens et régionaux, est enterré, avant d'avoir commencé,
par l'ampleur du crime commis. Aucune des deux parties ne veut d'accord et il
n'est pas sûr qu'aucune d'elles soit encore capable d'en imposer un à ses
zélateurs. L'accord entre Russes et Américains n'a jamais semblé aussi
difficile. Il y a les voies de la force, qui sont toujours les pires.
L'expédition punitive symbolique qui se profile aujourd'hui prendrait beaucoup
de risques d'engrenages régionaux impliquant le Liban, l'Iran, Israël, pour bien
peu de bénéfices pour les Syriens. L'avenir de la Syrie après une nouvelle
aventure militaire, ce serait, à son tour, la fragmentation ethnique et
territoriale et la surenchère politique des plus radicaux. La Syrie n'existerait
plus. Les attaques de drones sur des personnalités responsables du massacre
seraient dans la logique de la nouvelle guerre contre le terrorisme de
l'Amérique d'Obama. Mais peut-on assassiner les assassins sans mettre à bas
l'idée même de justice internationale ? Une large offensive, avec pour objectif
le changement de régime ? Les états-majors occidentaux eux-mêmes ont cessé d'y
croire. La guerre par procuration en armant davantage l'opposition ? Mais comment
savoir contre qui se tourneront ces armes demain ?
Reste une dernière solution,
celle d'une action à but humanitaire, mêlant les outils militaires et politiques
au service d'une stratégie durable : corridors humanitaires, zones-tampons aux
frontières et surtout zone d'exclusion aérienne, seule solution pour prévenir
des massacres et signifier la responsabilité de protéger de la communauté
internationale. En réduisant les violences, nous réunirons les conditions d'une
nécessaire interposition. Parfois il faut savoir mener la politique du « moins
pire ». Aujourd'hui, elle pourrait se traduire par une résolution des Nations
unies, appuyée par des pays du Sud et donnant mandat pour la mise en œuvre d'une
zone d'exclusion aérienne, voire la création d'une force internationale de paix.
Je crois que c'est possible, les Russes pourraient l'accepter quelles qu'en
soient les raisons. Forte de ces outils, la communauté internationale se
donnerait ainsi les meilleures chances de relancer une négociation politique
aujourd'hui dans l'impasse en impliquant les puissances régionales, la Ligue
arabe, la Turquie ainsi que l'Iran et les monarchies du Golfe.
Ne cédons pas
aujourd'hui aux illusions du raccourci militaire qui accroîtra les problèmes de
la région. Choisissons au contraire la voie de la paix et de la responsabilité
collective.
Le Figaro

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