Philippe Alain
C’est un campement géant en plein centre-ville de Lyon, à deux pas de la
gare de Perrache. 300 demandeurs d’asile dont une centaine d’enfants occupent
120 tentes. La scène est incroyable, il faut le voir pour y croire. Mercredi 16
octobre, le Grand Lyon assigne les familles au tribunal pour demander leur
expulsion immédiate.
L’expulsion : une priorité électorale
Gérard Collomb est candidat à sa propre succession à la mairie de Lyon.
Expulser de leur lieu de vie 300 demandeurs d’asile semble constituer pour lui
une priorité absolue dans sa pêche aux voix. Pour ceux qui en doutent, il suffit
de regarder le bond spectaculaire de la côte de popularité de Valls chez les
électeurs UMP et FN. Collomb fait le même calcul. Plus je tape sur les étrangers
et les pauvres, plus j’ai de chance de gagner des voix chez les électeurs de
droite. Il singe même son idole : « ces populations n’ont pas vocation à
s’intégrer » déclare-t-il à propos des Roms et des demandeurs d’asile. (1) Pour
les électeurs de gauche, il doit les croire suffisamment dociles pour se
permettre de s’asseoir à ce point sur tout ce qui différenciait le PS de l’UMP,
Hollande de Sarkozy et Valls d’Hortefeux ou Guéant… Mais çà, c’était avant.
Avant mai 2012. Collomb est donc prêt à tout, même à s’inventer des titres de
propriété pour pouvoir expulser des pauvres.
Femmes de ménages, grâce à Collomb, vous êtes riches
Pour demander l’expulsion d’occupants sans droit ni titre, encore faut-il
être propriétaire des lieux occupés. Naturellement me direz-vous. Et bien non.
Pas pour Gérard Collomb. Nos 300 demandeurs d’asile occupent un lieu improbable,
en pente, situé sous l’autoroute A6 qui traverse Lyon. On a beau chercher dans
tous les sens, on ne voit pas comment on pourrait inclure cette parcelle dans le
domaine public routier qui relèverait de la compétence du Grand Lyon.
Autoroutier à la limite, mais routier certainement pas. C’est mal connaître
notre Gérard et ses avocats. Quoi ? Ce n’est pas moi le patron ? Je n’ai pas de
titre de propriété ? Attendez, je vais trouver quelque chose. Voilà, j’ai trouvé
la preuve : « Ce qui démontre notre qualité pour agir, c’est le fait qu’on
assure l’entretien. On n’entretient pas ce qui nous appartient pas » clame haut
et fort l’avocat.
Elle est pas bonne celle-là ? Faites gaffe. Demain, votre femme de ménage
pourrait très bien, au nom de la jurisprudence Collomb réclamer votre expulsion
sous prétexte qu’elle assure l’entretien de votre appartement.
Avant on disait : « possession vaut titre ». Maintenant, grâce à Collomb, on
dira : « entretien vaut titre ». Faire des ménages va devenir une profession
extrêmement lucrative. Merci Gégé de revaloriser ainsi les métiers de pauvres.
Ca c’est du socialisme.
Plus sérieusement. Cette affaire nous démontre jusqu’où un élu dit
socialiste est prêt à aller pour récolter quelques voix supplémentaires. A moins
que ce ne soit une manœuvre pour éviter à son copain le préfet d’avoir à monter
en première ligne. Si le Grand Lyon n’a en effet aucune qualité pour assigner
les demandeurs d’asile, c’est le préfet qui devra le faire. Mais là, se pose un
autre problème.
Un préfet qui viole les droits des plus démunis
Le préfet est responsable de la situation à 3 titres. Si 300 demandeurs
d’asile sont en train de pourrir dans la rue en attendant des mois, voire des
années, qu’on statue sur leur demande d’asile, c’est parce que le préfet en a
décidé ainsi. En leur qualité de demandeurs d’asile, ces personnes devraient
être en CADA (Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile) et non sous un pont. Le
préfet a beau nous expliquer en pleurant qu’il n’a pas de moyens suffisants pour
les héberger, on sait qu’il en trouve pour mettre à l’hôtel des citoyens
communautaires en attendant de les expulser. (2) En leur qualité de sans-abri,
ces personnes en situation de précarité ont droit à un hébergement d’urgence.
C’est l’article L 345-2-2 du code de l’action sociale et des familles qui
précise que « toute personne sans abri en situation de détresse médicale,
psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement
d'urgence ». Enfin, et ce n’est pas une blague, si ces personnes sont là
aujourd’hui, c’est parce qu’elles y ont été conduites par la police début
juillet 2013, suite à leur expulsion de la place Carnot, située à quelques
centaines de mètres de là.
On attend donc avec impatience de voir le préfet demander à la justice
l’autorisation d’expulser des familles dont il viole tous les jours les droits
en refusant de les héberger.
Où est passé l’argent ?
La circulaire du 26 août 2012, relative à « l’évacuation des campements »
prévoit explicitement que tous les campements doivent faire l’objet d’un
diagnostic sanitaire, social, médical avant de procéder à leur évacuation. Cette
circulaire, signée par 7 ministres, dont Valls, devrait donc être appliquée ici
comme ailleurs. Le campement existe depuis juillet 2013. On veut bien que le
préfet et Gégé partent en vacances, mais au bout de 3 mois et demi, il faudrait
peut-être vous réveiller les gars.
Sur le terrain, mais comme partout ailleurs dans l’agglomération lyonnaise,
personne n’a vu la moindre association mandatée pour appliquer le volet
prévention et diagnostic de cette fameuse circulaire qui reste lettre morte à
Lyon. Le cabinet du Préfet Régnier a pourtant dégagé des moyens financiers
importants : 4 millions d’euros au niveau national. À Lyon, personne ne sait où
est passée l’argent. Gégé, si tu as une idée ? Monsieur le préfet ?
Expulser pour leur plus grand bien
Alors, maintenant que personne n’a respecté la loi (obligation d’héberger
des demandeurs d’asile) ni la circulaire (aucun diagnostic individuel), Gérard
Collomb, par la voix de son avocat, vient supplier le juge de lui accorder «
l’expulsion » en urgence. Au passage, il faut voir avec quelle insistance
l’avocat de Gégé explique au juge qu’il s’agit d’une demande d’expulsion et non
d’évacuation… Et oui, évacuation on applique la circulaire, expulsion on tire la
chasse. D’habitude c’est l’inverse, mais sur ce coup, ça n’arrangeait pas notre
socialiste lyonnais en chef. Voilà donc l’avocat du Grand Lyon en train
d’expliquer le caractère d’urgence absolue : « il est impossible et impensable
de maintenir ces personnes dans de telles conditions de dénuement, d’insalubrité
et d’insécurité »… Donc … je demande leur expulsion immédiate. La logique est
imparable, n’est ce pas ? 300 personnes dont 100 enfants sont sous un pont dans
des conditions déplorables depuis plus de 3 mois, alors pour leur bien, on va
les mettre… à la rue, sous la pluie sans le pont pour les abriter… Et en
urgence s’il vous plait. On a attendu 3 mois, mais là, on peut plus. C’est beau
le socialisme à la sauce lyonnaise, non ?
La mafia des poubelles
Le plus croustillant, c’est que, histoire d’améliorer leurs conditions de
vie « abominables », les demandeurs d’asile ont demandé des barrières de
sécurité et des poubelles. Devinez la réponse du Grand Lyon. Allez-vous faire
foutre. Pardon, ça c’était le fond de la pensée. La réponse a été : ah ben non,
si on vous met des poubelles et des barrières on va pérenniser le campement… Et
« favoriser le trafic de poubelles »
On a du mal à rester sérieux, non mais franchement, Gégé, qu’est ce que tu
vas nous chercher là ? Les pauvres se revendent entre eux tes poubelles ? Ils
font quoi avec ? Ils dorment dedans ? Ils foutent un moteur et les font passer
pour des 4 x 4 ? Ils les transforment en bateau pour naviguer sur la Saône ? Non
mais arrête de nous prendre pour des débiles. Il y a des limites quand
même.
Non seulement Collomb favorise et entretient la misère pour mieux nous
expliquer ensuite qu’il est urgent, pour le plus grand bien des personnes, de
les jeter à la rue dans des conditions encore plus abominables, mais en plus il
nous fait le coup des mafias. La mafia des poubelles… On aura tout vu.
La chasse aux pauvres et aux étrangers
Jeudi 17 octobre, c’est la journée internationale du refus de la misère.
Sur le site de la ville de Lyon on peut trouver la promotion de cette journée.
(3) Le thème choisi cette année : « la discrimination fondée sur la précarité
sociale ». On croit rêver. Ces élus socialistes détiennent vraiment la palme de
l’hypocrisie. La veille, Gérard Collomb réclame à un juge l’autorisation de
jeter à la rue 300 personnes dont 100 enfants. Aujourd’hui, il organise avec
des associations bienveillantes un grand débat sur la discrimination et la
précarité sociale.
À Lyon, comme partout ailleurs en France, on prétend combattre la pauvreté
en pourchassant les pauvres.
Les municipalités socialistes mettent les bouchées doubles en stigmatisant
les étrangers et en soutenant les déclarations racistes de Manuel Valls. Gérard
Collomb, maire de droite dans un ville de droite vient d’obtenir l’investiture
du Parti Socialiste pour porter ses valeurs, pardon ses couleurs.
Avec leur politique raciste et discriminatoire à l’encontre des pauvres et
des étrangers, les socialistes sont devenus les principaux vecteurs des idées
d’extrême droite. Ils s’évertuent un peu plus chaque jour à dérouler le tapis
rouge au Front National qui n’en demandait pas tant. À Lyon, Gérard Collomb joue
avec le feu. Il reprend les thèses du Front National dans l’espoir de le faire
grimper suffisamment pour battre le candidat UMP dans une triangulaire.
Hier, il nous a servi une nouvelle recette de quenelle lyonnaise : la mafia
des poubelles. Avec une telle stratégie, on peut être certain que les
municipales seront sanglantes. Du sang bleu Marine partout.
Notes

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