vendredi 29 novembre 2013

Aspects mercantiles des évolutions sur le web

Jean-Jacques Rey         


En suivant Google, Facebook et compagnie, on sert la société de la marchandise, encore et toujours. Les « Réseaux sociaux » et autres usurpateurs sur le Net signifient d’abord détournement d’usage à des fins de mercantilisme.
Par exemple, ces "délirants" de Google, ils prétendent gérer les relations humaines avec des robots…et par là-même définir ce qui relève de la création culturelle et plus généralement intellectuelle, avec des critères techniques et statistiques mettant en valeur des outils informatiques et non les œuvres de l’esprit dans ce qu’elles ont d’unique : le fait de procéder de concepts émergeant d'ipséités. À la clef, ils ont une méthode tout à fait ridicule, basée sur la sociologie de groupe, pour établir la notoriété d’un intervenant sur le Net ; tout ça pour favoriser l’approche du marketing...
Soyons clairs, Google et consort ne comprennent rien à la création culturelle, ils n’y voient que des supports et prétextes à faire du fric, basé sur la pub ; or la création culturelle ne doit pas être l’otage du monde des affaires.
Je dirai même que ces gens portent atteinte à la neutralité du Net selon leurs considérations commerciales et projettent de le dénaturer, en se rendant incontournables (jusqu’à la Commission Européenne qui dénonce un abus de position dominante de Google).
Notamment pour les recherches d’infos, les petits malins de Google veulent décourager les façons ou minorer les possibilités de se passer de leurs services comme les liaisons directes de site à site ou les transferts par messageries ; jusqu’au SEO (Search Engine Optimisation) : le référencement naturel, qui serait en ligne de mire ! C’est évidemment le moyen par la suite de faire payer des recherches sur le Net… Ainsi par exemple ils se permettent de « pénaliser » des sites non adaptés aux mobiles ou ceux qui refusent de désapprouver des liens URL qui leur déplaisent. Aussi, ils considèrent les sites d’annuaires thématiques comme non pertinents et sources de liens artificiels... Dans la foulée, soi-disant, les pages Web qui auraient plus de 30 liens URL « non justifiés » (pour eux !) seraient écartées des résultats de requête. Etc. En outre ils auraient l’intention de présenter un système pour faire payer les commentaires sur blog ou forum, en particulier ceux tenus par des personnalités (ou leurs sous-fifres) ; donc ils sont suspectés là aussi de vouloir réinstaurer de la hiérarchie par les moyens financiers…
En fait, les dirigeants de cette entreprise Google commencent à prendre un peu, beaucoup, le Net pour leur propriété privée, et actuellement ils font payer un prix fou (notamment avec « Adwords » : un système d’enchères…) les idiots qui acceptent de payer pour être bien placés dans leurs résultats de recherche. À ce sujet et pour l'anecdote, un "caniche" à Google m'a proposé tout récemment une offre promotionnelle, personnelle, pour l'ouverture d'un compte « Adwords » qui aurait triplé mon investissement publicitaire de 25 euros, en m'offrant en prime un accompagnement d'une valeur de 500 euros...
Dans la même optique, ils favorisent ceux dont les réalisations sur le Web leur servent de support publicitaire (notamment en greffant les annonces par « Adsense » sur leur site) auxquels ils distribuent quelques miettes au clic ; mais alors vraiment des miettes : de l’ordre de 20 ou 30 euros pour 100 000 visites par mois et encore je suis optimiste ! Ces derniers temps, ils vont jusqu’à promettre de mettre en avant ceux qui ouvriront un compte Google+ : leur essai de réseau « social » ; d’ailleurs, ce critère de présence sur les réseaux « sociaux » est aussi un motif pour favoriser ou saquer une présence sur Internet, sans parler de satisfaire aux demandes gouvernementales… Vous comprenez bien, à ce petit jeu-là, que la qualité ou le contenu d’un site sont devenus accessoires et les caractéristiques techniques, des prétextes… Au train où vont les choses, nous assisterons bientôt à du racket en règle, et pas qu’au détriment de la création culturelle !
Alors je dénonce explicitement ces tendances qui participent grandement à une aliénation de masses et incidemment à corrompre ou démoraliser nos jeunes les plus lucides et prometteurs pour l'avenir :
- En France particulièrement, il est privilégié l’aspect économique dans les nouvelles technologies. Il y a un tas de vieux…qui ne voient pas l’importance des transformations sociétales, des évolutions de pouvoir en cours et des enjeux politiques actuels, tout cela induit par la « Révolution du numérique » : Internet au premier chef.
C’est pour cela, d'une manière générale, pour ce qui concerne les usages du grand public, que nous sommes à la remorque des Anglo-saxons et devenus dépendants de leurs nouvelles majors du Net qui vont jusqu'à défier ouvertement les autorités : donc pointons ici les Google, Apple, Amazon, Facebook et tutti quanti. C’est pour cela aussi que la « médiacratie » (devenue « merdiacratie » !) et les drageons de l’industrie culturelle, locale (j’ai bien dit -drageons- et non pas -dragons- !) ont embrayé rapidement, appuyant « haut le pied » pour promouvoir la culture du terminal : (portable, tablette, etc.) où l’on déverse ce que l’on veut, sous contrôle et moyennant finances…
- L’Internet libre, indépendant ; celui qui véhiculait des valeurs de partage et d’échange, dans un état d’esprit bon enfant aussi bien que libertaire, qui bénéficiait aussi d’une énorme pépinière de talents, d’un vivier de créativité, etc. ; hé bien ! cet Internet-là, il ne les a jamais intéressé tous ces maquignons, mercantis et marchands du temple, je dirai même qu’il les dérange salement (on comprend pourquoi…) ! L’Internet premier, à l’état brut, il était l’objet d’exécration et de peur de tout ceux qui n’y comprenaient rien comme de ceux qu’il dérange, dérangeait, et il y en a un paquet, conservé au gros sel ! Si bien que ceux qui veulent le défendre maintenant, doivent se baptisaient « pirates » et jouer les politiciens ; alors qu’ils sont des sortes de justiciers du peuple, plutôt intéressés par l’évolution du genre humain, même si certains poussent le bouchon un peu trop loin, entraînés par leurs défis et l’espièglerie.
Vous comprenez bien, tous ces intermédiaires qui ont creusé leur niche dans les structures traditionnelles des médias et de la Culture (mais pas seulement)  ils ont la hantise de perdre leur rôle et influence et incidemment leurs rentes et revenus. Ils ne sont mis sur Internet qu’à contrecœur, en voulant y importer leurs méthodes, y imposer leur logique, le tout pour des enjeux de pouvoir. De ce fait ils encouragent, militent à tout-va, font pression jusqu’à irriter les pouvoirs étatiques, pour obtenir un usage contrôlé à des fins commerciales du Net : des usages à enfoncer dans les esprits par la peur du gendarme (comme HADOPI par exemple) !
- Ensuite et ainsi, nous en sommes venus au dit Web 2 qui prétendrait changer la nature du Net (rien que ça !) essentiellement en développant des outils pour renforcer l’interactivité en ligne (mais qui en fait ont pour objet principal, de faire travailler gratuitement les internautes et de récupérer leurs données dans l'objectif d'un juteux business) : donc des outils maîtrisés sur des plates-formes privées -qui squattent le Web ou cela revient au même- et au détriment d’autres applications d’Internet comme les messageries qui, elles, permettent des liaisons directes, de particulier à particulier sans passer par d’autres intermédiaires que les F.A.I. et, le cas échéant, des hébergeurs pour le webmail (vous comprenez maintenant pourquoi nous devons supporter à longueur de temps les « chiures de mouches » des spammeurs qui visent entre autres à décourager l’usage des courriels et qui sont payés pour ça) ; et ; bientôt on va nous seriner -on commence déjà- avec un Web dit 3, qui, en fin de compte, a comme particularité fondamentale, de s’appuyer sur ces fameuses technologies du Cloud : outils informatiques et bases de données en « nuage » ; c’est à dire qui ne sont plus stockés sur des serveurs placés à un lieu déterminé avec précision (comme les installations domestiques d'une entreprise ou les disques durs d'un équipement personnel), donc plus soumis à des contraintes territoriales et par contre très favorables aux prestataires de service informatique… Ainsi on ne contrôle plus rien sans être contrôlé et, dans la pratique, on est dépossédé de ses données, sans parler des problèmes de sécurité… Après, il n’y aura même plus besoin de s’emmerder à faire des programmes du genre PRISM de la NSA et aucune garantie ne nous mettra vraiment à l’abri.
Ainsi la Finance, l’industrie culturelle, et tous les agents de contrôle de l’opinion : « médiacrates » et « marketeurs » en tête évidemment, ont uni leurs efforts pour « domestiquer » le Net, en pressant ou investissant les centres et organes de contrôle : Etats, Europe, etc. L’issue est incertaine, si les défenseurs de l’Internet libre et indépendant et de sa neutralité ont la jeunesse d'esprit, la créativité et l’énergie pour eux, les autres : (les conservateurs au gros sel !) ont le fric pour eux et l’absence de scrupules ; quant à parler de morale dans cet affrontement, je vous laisse seuls juges ! ..
Internet, ce n’est plus la « lutte finale » mais la bataille finale contre les marchands… Qui gagnera à votre avis, de beaucoup au sein des jeunes générations (et de quelques aînés) qui portent d’autres aspirations à travers le globe que le mercantilisme ou des vieux C… et de leurs épigones qui mènent une guerre de tranchées à retardement contre l’Évolution, au risque de tout faire péter avec eux ?
Ne voyez-vous rien venir ? Moi, si : plus que des troncs d'arbre, la montée des eaux, et les « rats » ont intérêt à quitter la cale du navire à temps ; parce que cette fois-ci la plongée risque d’être profonde, même en étant équipé pour les grands fonds ! … (Et la Mère Nature illustre cette métaphore avec force virulence en ce moment...)


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