dimanche 22 décembre 2013

En 100 ans de gauche, y’a pas eu que du bonheur

Gérard Filoche               

Ce n’est pas d’aujourd’hui que la gauche fait des conneries, hélas

Hélas, la gauche, c’est pas le paradis. Sinon on nagerait dans le jardin des délices depuis mai juin 2012.
La France est de gauche, puisque la gauche dirige 2 villes sur 3, 61 départements sur 100, 20 régions sur 22, l’Assemblée nationale, le Sénat, et la présidence de la République. Jamais la gauche n’a été aussi majoritaire, n’a disposé de tant de pouvoirs…
Mais la gauche n’écoute pas ses électeurs, elle fait cadeaux sur cadeaux aux patrons

Alors est-ce que la gauche est de « droite » ?

Bien sûr que non. Le PS a 100 ans d’histoire, une continuité, les mêmes références, une même base électorale, les mêmes liens syndicaux… même si, en cent ans, il en a fait des « conneries » ! Et des plus grosses qu’aujourd’hui !

La plus grosse, finalement, reste, après l’assassinat de Jaurès, d’avoir voté les crédits de guerre pour la boucherie de 14-18.
Lors du vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain, le 10 juillet 1940, sur les 669 députés et sénateurs présents, 569 votent « pour » les pleins pouvoirs, 20 s’abstiennent et 80 votent contre : parmi eux 36 socialistes mais 170 parlementaires SFIO ont voté « pour ».

Les pleins pouvoirs à Guy Mollet sont adoptés le 12 mars 1956, par 455 voix, y compris celles des 146 députés du Parti Communiste Français, contre 76. Les atrocités de la poursuite de la guerre d’Algérie sont induites par ce vote.

La gauche a t elle cessé d’être de gauche à cause de ses conneries ?

On doit dire non, car alors nous sommes en cause : pourquoi avoir voté pour eux à nouveau en 1981, en 1998, en 1997 et, à nouveau, en 2012 ?

Il existe une explication.

Ce sont ces mêmes partis, qui ont pesé sur le contenu du programme du Conseil national de la Résistance (voir « Les jours heureux » de Gilles Peret) et, lorsqu’ils ont été au pouvoir, ont été amenés à accorder les 40 h, les 39 h, les 35 h, le droit du travail, la généralisation des conventions collectives, les comités d’entreprise, les délégués du personnel, la sécurité sociale, la retraite à 65 puis à 60 ans, les congés payés, 15 jours avec Léon Blum, puis 3 semaines avec Guy Mollet, 5 avec Pierre Mauroy, les CHSCT, l’abolition de la peine de mort, la parité, le remboursement de l’avortement…

Toutes ces conquêtes sociales, l’ont été lorsque la gauche était unie, notamment le PS et le PCF ensemble mais on remarquera que ce fut sous la pression des luttes sociales, et surtout des grèves et occupations d’entreprises.

En dépit des grosses « conneries », ce sont bien ces conquêtes sociales qui attachent le salariat à ces partis. Voilà pourquoi il y a eu 17 millions de voix pour François Hollande dont 70 % du salariat !

Et à nouveau, ça recommence.

Ce n’est pas la « nature » du parti qui change mais le fait que ses dirigeants occupent les fonctions du pouvoir et s’y adaptent. Cessant d’être sous pression de leur base, ils sont sous pression des appareils de l’état. Ils devaient rompre avec la finance, ils s’y plient.

C’est pire en 2013, parce qu’il n’y a pas de conquête sociale. La loi, dite ANI, contre le droit du travail est scélérate. La loi pour la retraite à 66 ans en 43 annuités (arrachée par un vote bloqué faute de majorité le 22 novembre) est une forfaiture. Les principaux dirigeants du PS expliquent « il faut rétablir les équilibres budgétaires » pendant tout le quinquennat comme aux pires heures : on vote les crédits de guerre pour avoir la paix…

Si on veut revenir aux meilleures heures de l’histoire de la gauche, comme en 36, 45, 68, … c’est quand il y a une alchimie entre la puissance des grèves et un gouvernement de gauche, condition pour qu’il y ait moins de « conneries ».
Sinon ce sera à nouveau Copé et le Pen et là, en matière de conneries…

Texte paru dans Siné mensuel de novembre

Gerard Filoche

Hommes d’appareil

Un vieux militant syndical racontait à sa manière ce qu’était un bureaucrate, un homme d’appareil. On peut l’appliquer à des élus de gauche renonçant à leurs idées pour les ors de la République. Dans les chantiers navals à Brest, c’était celui qui aimait par dessus tout « boire le coup avec l’amiral »… Quand le bateau était fini de construire, l’armateur l’invitait à sabler le champagne et il aimait ce moment par dessus tout. Mais pour pouvoir être invité, il faut que le délégué satisfasse à deux conditions. Pas une mais deux conditions. La première c’est qu’il ait suffisamment défendu les intérêts des salariés parce que, sinon, c’est un autre qui est élu à sa place et il ne peut pas boire le champagne. La seconde c’est qu’il n’aie pas trop défendu les salariés parce que sinon c’était l’armateur qui ne l’invitait pas.


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