Le fruit fait l'objet d'une lutte acharnée
entre Palestiniens et colons israéliens qui détruisent les arbres. Cette
situation handicape encore l'économie de la Palestine, très dépendante de
l'huile d'olive.
La scène s'est déroulée en octobre dernier en Cisjordanie. Des hommes masqués
se sont introduits dans des champs d'oliviers palestiniens avec un objectif:
détruire le plus d'arbres possible. Pris en flagrant délit, leurs photos ont
fait le tour de la toile et suscité une vive émotion. D'après l'autorité
palestinienne et les ONG présentes sur place, il s'agirait de colons, venus
semer la terreur chez leurs voisins. Ces scènes auraient lieu régulièrement au
moment de la cueillette de l'olive qui débute en octobre. L'olivier, symbole de
paix, devient alors symbole de la lutte entre les deux camps.
Depuis le début de l'année, 9400 oliviers auraient été déracinés, brûlés ou
empoisonnés dans « des incidents avec les colons » selon le décompte du Bureau de la coordination des
affaires humanitaires (Ocha). C'est 1000 de plus qu'en 2012. Les fermiers
victimes de ces attaques ne prennent plus la peine d'aller se plaindre. D'après
l'ONG israélienne Yesh Din, 97% des
plaintes déposées de 2005 à juin 2013 ont été classées sans suite par les
autorités israéliennes. Quatre seulement ont abouti à des inculpations.
Ces raids, régulièrement dénoncés par les organisations internationales,
viennent compliquer le travail des agriculteurs palestiniens, déjà rendu
difficile par les restrictions imposées par Israël. La grande majorité des 8
millions d'oliviers plantés sur les terres palestiniennes se trouvent en
Cisjordanie. Or, la barrière construite en bordure de ce territoire depuis
2002-et qui a nécessité l'arrachage de nombreux arbres- a coupé l'accès de
centaines de fermiers à leurs champs. Ces derniers doivent obtenir des
laisser-passer que les autorités israéliennes délivrent au compte-goutte. En
2011, 42% des demandes de permis réclamés avant la saison des récoltes
ont été rejetées, déplore l'Ocha. « Ceux qui obtiennent leur permis doivent
utiliser des ‘portes agricoles' construites le long de la barrière qui, pour la
plupart, ne sont ouvertes que pour un temps très limité pendant la période de
récolte. Cela empêche les fermiers d'entretenir correctement leurs terres »,
constate l'Ocha.
Cette situation freine considérablement l'économie palestinienne. L'olivier
est en effet une manne importante : l'arbre couvre près de 50% des terres
agricoles des territoires palestiniens. L'industrie de l'huile d'olive
représente environ 14% des revenus agricoles dans un pays où l'agriculture
représente 25% du PIB. Très pessimiste, le ministère palestinien de
l'Agriculture a affirmé en octobre dernier que la production atteindrait environ
15.000 tonnes, moitié moins qu'en 2012. La production en baisse impactera
directement les 80.000 familles qui dépendent de cet or vert. Elle risque
également d'entraîner une hausse des prix difficilement supportable pour la
population alors que l'huile d'olive fait partie intégrante de l'alimentation
palestinienne: près de la moitié de la production est consommée localement.
Des difficultés à l'export
Dans le même temps, la production ne parvient pas à se faire une place à
l'international malgré ses qualités reconnues (les olives sont cultivées et
récoltées à la main sur des arbres souvent âgés de plusieurs centaines
d'années). En novembre dernier, la Palestine s'est vu fermer les portes du Conseil oléicole international (COI), l'Opep de l'huile
d'olive, qui regroupe les 17 principaux producteurs de la planète (dont Israël).
La délégation européenne, Allemagne et Royaume-Uni en tête, a bloqué cette
adhésion, rappelant à la Palestine les promesses faites pour ne pas faire
dérailler les négociations avec Israël. Les autorités s'étaient engagées à ne
pas demander d'adhésion à une organisation internationale en échange de la
libération de prisonniers par Israël. Or le COI a été fondé sous l'égide de
l'ONU…
En attendant un éventuel déblocage, certaines ONG travaillent avec les
agriculteurs et les instances internationales pour tenter de faire pénétrer
l'huile d'olive palestinienne sur les marchés du bio et de l'équitable. L'une
d'entre elles, l'ONG Oxfam, soutient des coopératives locales depuis plusieurs
années. Une entreprise de négoce britannique, Zaytoun, s'est déjà engagée à acheter leur huile à des
agriculteurs du village cisjordanien de Beni Zeid.

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