Survie
L’association Survie a déjà largement dénoncé la tenue à l’Élysée d’un Sommet
pour la paix et la sécurité en Afrique organisé par une ex-puissance coloniale
qui n’a jamais cessé son ingérence sur le continent, et en présence de
dictateurs qui y ruinent tout espoir de paix.
Rien ne pouvait cependant
laisser présager la tonalité de la cérémonie d’ouverture, marquée par l’annonce
du décès de Nelson Mandela. L’hommage rendu à cette icône des résistances
africaines par le Président français et des chefs d’Etat qui méprisent leur
peuple laisse un goût particulièrement amer lorsque l’on s’intéresse aux autres
symboles véhiculés par ce Sommet. Alors que les émissions de
télévision repassent en boucle des images de la libération du héros de la
résistance contre l’apartheid, en 1990, il est intéressant de faire le compte du
nombre de chefs d’États invités à l’Élysée par François Hollande qui étaient
déjà au pouvoir à cette époque. C’est le cas de Paul Biya (Cameroun, depuis
1982), Denis Sassou Nguesso (Congo-B, depuis 1979), Blaise Compaoré (Burkina
Faso, depuis 1987), sans oublier les héritiers des régimes Bongo et Eyadéma au
Gabon et au Togo. C’est en cette même année 1990 que le président tchadien a
accédé au pouvoir par un coup d’État soutenu par la France. La comparaison entre
ce qu’est devenue l’Afrique du Sud et la situation économique et humanitaire de
ces pays du « pré-carré »,
malgré le « soutien »
supposé apporté par la France, paraît bien cruelle. Et sur le plan politique,
combien de militants inspirés par le combat de Nelson Mandela sont passés
eux-aussi par les prisons de ces dictatures ?
C’est pourtant avec le régime
tchadien, notoirement violent et corrompu, mais aussi avec les régimes
camerounais, gabonais et congolais que la France intervient aujourd’hui en
Centrafrique pour contribuer à éteindre un feu qu’elle a largement contribué à
alimenter.
Il est ainsi paradoxal de
constater l’absence à ce sommet de Jacob Zuma, Président sud-africain, alors que
l’événement a justement pour objet de plaider pour la constitution d’une force
inter-africaine, qu’à ce jour seuls les sud-africains seraient susceptibles de
conduire. Jacob Zuma aurait décidé de ne
pas se rendre à Paris pour dénoncer le rôle de gendarme de l’Afrique que s’est
octroyé la France dans des conflits récents (Côte d’Ivoire, Libye, Mali,
Centrafrique). Nelson Mandela n’avait pas participé non plus au Sommet
France-Afrique du Louvre, en 1998, organisé sur le même thème de « la
paix et de la sécurité », avec les résultats (ou plutôt l’absence de
résultats) que l’on connaît.
Outre les 50 années
d’ingérence militaire et de soutien à des dictatures, peut être que ces deux
présidents ont gardé en mémoire les longues années de coopération économique et
militaire de la France avec le régime de l’apartheid, quand malgré les sanctions
internationales, les gouvernements français successifs, y compris sous la
présidence socialiste de François Mitterrand, fournissaient en armes l’État qui
maintenait Nelson Mandela dans ses geôles, en utilisant les ports gabonais ou
comoriens. Le 29 mars 1988, c’est même avec la complicité supposée des services
secrets français que la représentante de l’ANC Dulcie September était assassinée
à Paris alors qu’elle enquêtait sur les ventes d’armes entre la France et
l’Afrique du Sud.
Les Français et les Africains
qui défendent la justice et la fraternité entre les peuples garderont longtemps
en eux le souvenir de Nelson Mandela et de nombreux héros sacrifiés, souvent
remplacés par des tyrans, en espérant pouvoir tourner rapidement la page sombre
de la Françafrique et du néocolonialisme.

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