Eldon
Les portiques écotaxe relève d’un « système orwellien » qui… ne sert
à rien, leur objectif n’étant pas de calculer ni de facturer la redevance, mais
de repérer les éventuels fraudeurs, révèle aujourd’hui le Canard
Enchaîné, qui titre : « Officiel : l’écotaxe n’a pas besoin des portiques ! »
Pis : ils n’en prennent pas moins en photographie l’intégralité des
véhicules (et pas que des poids lourds), au nom d’une logique qui
relève plus d’une usine à gaz shadockienne que d’un système conçu pour être
efficace à moindre coût.
C’est un petit détail, passé inaperçu mais que révèle la consultation de
la délibération de la CNIL portant sur la création du fichier
associé à l’écotaxe, parue au JO le 9 juillet dernier, à l’occasion de la
parution de l’arrêté autorisant
la création d’un traitement automatisé dénommé « taxe poids lourds »
(TPL).
Les commissaires s’y
étonnaient en effet de découvrir que « tous les véhicules sont
photographiés par le dispositif de contrôle automatique, qu’ils soient ou non
assujettis à la taxe (notamment les véhicules légers) et qu’ils
circulent sur le réseau taxable ou non taxable (pour les portiques installés aux
frontières)« .
Un « rapport de passage » est ainsi systématiquement ainsi généré
pour tous les véhicules, assujettis ou non, contenant « une image de
contexte et une image de la calandre, dont est extraite l’image de la plaque
d’immatriculation » et ce, afin de permettre aux autorités
compétentes de vérifier l’assujettissement à la TPL.
Un « dispositif de reconnaissance de forme » permet ensuite de
« déterminer les caractéristiques du véhicule, et notamment de distinguer
les véhicules légers des poids lourds« .
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
Interrogé sur ce que la CNIL avait
alors qualifié de « collecte d’une grande quantité d’information non
justifiée par rapport à la finalité poursuivie« , le ministère
avait alors indiqué qu’ »il n’était plus, à ce stade, possible de modifier
le dispositif technique et qu’il n’était pas techniquement envisageable de
déclencher le dispositif de reconnaissance de forme avant la prise de
photographies. »
« En effet, il a précisé que la prise de vue de contexte doit se faire avec la distance la plus longue, donc en premier dans l’ordre chronologique, alors que la reconnaissance de forme se fait au niveau du portique (détection latérale). »
Rappelant que « le dispositif ne doit avoir ni pour objet, ni
pour effet de prendre des photographies permettant d’identifier le conducteur ou
les passagers des véhicules empruntant le réseau taxable« , la
CNIL écrivait dès lors ne pouvoir « que regretter que la contrainte d’une
solution technique permettant d’éviter la collecte d’une grande quantité de
données non pertinentes n’ait pas été introduite par le ministère au stade de la
conception du système« .
Dès lors, et ne pouvant « considérer que les données collectées sont
adéquates, pertinentes et non excessives », la CNIL réclamait une
« suppression immédiate » des photographies des véhicules
légers, tout en validant cette usine à gaz, n’ayant pas réalisé
qu’un autre système, bien plus simple et bien moins coûteux, aurait été
possible.
Ces portiques étaient « totalement inutiles », dixit Ecomouv
MaJ, pointée par
Hervé Chambonnière : le Télégramme soulignait en
effet début novembre que « les portiques, faut-il le rappeler, ne servent
pas à calculer l’écotaxe. Ce sont des « mouchards » chargés de repérer les
camions qui ne seraient pas équipés du boîtier réglementaire qui, par satellite,
fixe le montant d’écotaxe dû par l’entreprise. Autrement dit, même sans ces
portiques, l’écotaxe peut être prélevée si le véhicule est équipé du boîtier.
C’est ce qu’a récemment indiqué Michel Cornil, vice-président d’Ecomouv’, dans
une interview au Télégramme » :
« Les portiques, a-t-il rappelé, ne servent pas à collecter l’écotaxe, mais seulement à contrôler que les poids lourds sont équipés. Abattre les portiques n’empêchera pas la collecte de la taxe. Si le contrôle n’est plus fait par les portiques, il pourra être fait par la gendarmerie. Les hommes et les véhicules peuvent être équipés. Cela ne pose pas de problème ».
Mediapart révélait lui
aussi récemment que « les membres du consortium Ecomouv’ auraient
insisté sur le fait que ces portiques étaient totalement inutiles pour la
perception de l’écotaxe » :
« De fait, tous les repérages sont réalisés par GPS et satellite, les portiques ne servant qu’à repérer les camions qui ne seraient pas équipés de boîtier et chercheraient à frauder l’écotaxe. Malgré toutes les mises en garde, le ministère de l’écologie alors dirigé par Jean-Louis Borloo a imposé les portiques.
Motif : il était bon de donner de l’emploi aux entreprises locales de BTP. »
De même que les poids lourds doivent utiliser des chronotachygraphes, ils
doivent aussi aujourd’hui disposer d’un boîtier équipé d’un traceur GPS et d’un
émetteur radio permettant de collecter l’écotaxe. On aurait pu confier à
la gendarmerie le soin de faire des contrôles comme elle le fait pour les
chronotachygraphes.
Borloo a préféré soutenir le BTP en passant un appel
d’offres estimant le montant total du dispositif à 1,9 milliards d’euro
(hors TVA), marché
attribué à Ecomouv pour un montant de… 1 918 028 400 EUR.
Un portique écotaxe coûte, selon la largeur de la route, entre 500
000 et 1M d’euros : 173 ont d’ores et déjà été déployés, à quoi il
convient de rajouter 130 bornes mobiles, qui ressemblent à des radars fixe, mais
qui coûtent la bagatelle de 250 000 euros. Au bas mot, l’Etat a donc
dépensé quelques 150 millions d’euros pour un système qui ne sert qu’à détecter
les éventuels fraudeurs.
Plus de 150 M€ claqués pour rien
En comptant les 4 portiques et 11 bornes détruits ou dégradés, la facture
grimperait donc d’ores et déjà de 4,7 à 6,7 millions d’euros. Sachant que le
démontage préventif du portique de Pont-de-Buis, dans le Finistère, a coûté 130
000 euros, le coût pourrait dépasser,
d’après les calculs d’Europe 1, les 20 millions € si, d’aventure, il fallait un
jour retirer tous les portiques…

Ce cadeau empoisonné du gouvernement Fillon a non seulement contribué à
gaspiller de l’argent public, permis aux « bonnets rouges » de se
déchaîner contre le gouvernement Ayrault, qui a décidé de reporter l’application
de la taxe en question, entraînant la mise
au chômage partiel de 210 salariés d’Ecomouv (voir ce poignant article
sur Les oubliés
de l’écotaxe), mais… néanmoins mis en place des centaines de caméras conçues
pour prendre en photographie l’intégralité des véhicules circulant sous ces
« mouchards d’assaut », pour reprendre l’expression
du Canard.
Blogapares

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