lundi 27 janvier 2014

La rosée volante

Gaëtan Pelletier       

J’ai demandé à la neige d’où elle venait.

-          Si tu réussis à extraire le froid de ce que je suis, je serai l’eau.
J’ai alors demandé à l’eau d’où elle venait. Il a fallu me déplacer, car elle courait partout. Quoique parfois, elle semblait morte en des flaques. Et la croyant morte, je me mis à la recherche de la vivante.
Et je la rencontrai.
Elle me répondit :
-          Je viens des nuages.
Je suis demeuré perplexe. J’ai levé les yeux vers le ciel pour constater qu’il fallait aller bien haut pour comprendre ou du moins questionner les nuages. Mais un jour, pendant que je me promenais, dans une brume froide, je reconnus un nuage à flanc de montagne.
-          D’où viens-tu?
-          Je l’ignore. Mais on m’a dit que j’étais un nuage qui était venu frôler la terre, la nourrir.
Je suis alors allé interroger la rosée afin de savoir d’où elle venait. Je n’eus de réponse qu’en la voyant, rampante, accolée aux  feuilles, aux plantes, frileuse. Et j’en conclus qu’elle venait du sol.  Mais je pense m’être trompé.
Elle me dit toutefois être née de la pluie.
Il a fallu qu’il pleuve pour que je comprenne. Une pluie pourtant chaude qui pénétrait le sol et semblait sortir aux aurores de par la chaleur du soleil.
Ainsi, pendant des saisons de vies, je cherchai ma soif de comprendre. Par un matin d’automne, les perles se transformèrent en givrures,  une sorte de glaçage  revêtant les plantes qui s’affaiblissaient, transformant  le tout en un mélange de pluie, de neige, de verglas.
Peu  avant Noël descendirent  du ciel ces premières neiges qui recouvrirent toute forme de vie. Comme si tout était mort… Et que plus rien, jamais, ne reviendrait à la vie.
J’ai fini par comprendre un peu comment l’eau fabriquait ses nuages.
Longtemps j’avais cherché. Si longtemps… Je ne savais plus à quelle saison j’étais. Mais au moins, je devais être égal au flocon. Tout était illusion. La seule fixitude était l’arrêt de mon esprit. Du moins ce que je croyais arrêté, mort.

À partir de ce jour, je ne vis plus la vie de la même manière. Je ne sais toujours pas si les nuages vont plus loin que mes yeux.
Mais je sais que mon regard et mes questionnements vont plus loin que tout ce que je peux imaginer ou entrevoir.
Je me suis dit qu’il n’y avait rien qui disparaissait vraiment.
Et  je profitai de ma forme actuelle, étant constitué d’au moins 70% d’eau.

Gaëtan Pelletier

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