
Situation inédite ce jeudi matin à la Cour d’Appel de Montpellier, devant
laquelle comparaissaient Jeanne, Yamina et Bernard, trois militants appelant au
boycott des produits israéliens, et relaxés le 14 août dernier par le tribunal
de Perpignan.
L’audience s’est en effet tenue en l’absence de toute plaidoirie des avocats
représentant les officines israéliennes en France, et dans la confusion la plus
totale au niveau de ce qui est censé être le droit.
Beau cafouillage dès l’ouverture à 8 H 30 : pas d’avocat, ni de conclusions
écrites de la part de l’Association France-Israël, d’ "Avocats sans Frontières"
et de la Chambre de commerce France Israel, qui fait savoir qu’elle se désiste.
Seul le BNVCA de Sammy Ghozlan a transmis ses conclusions, mais aucun avocat
n’est là pour le représenter.
Un jeune avocat présent déclare néanmoins vouloir représenter tout ce beau
monde, et s’engage auprès du tribunal à aller à la recherche des conclusions
absentes.
Qu’à cela ne tienne, le président du tribunal accepte, et l’audience est
repoussée à 11 H, heure à laquelle le jeune avocat revient avec des fax mais
sans être autorisé par les officines à plaider !
Le président du tribunal n’accepte pas, en revanche, que les deux témoins de
la défense, dont l’une venue d’Israël, puissent déposer. Ils n’auraient pas été
cités dans les délais. (Tiens, les délais sont pris en compte dans ce cas…). Et
le tribunal fait savoir que « de toute façon que les inculpés n’ont pas besoin
de témoins de moralité », car " leur moralité est irréprochable ".
On est content de le lui entendre dire, car ils sont tout de même poursuivis
par le gouvernement (eh oui, c’est le gouvernement qui a fait appel de la
décision du tribunal de Perpignan, et aux frais du contribuable comme
d’habitude) pour " discrimination, incitation à la haine et à la violence "….
Donc « irréprochables ». La greffière aura noté, on espère.
Mais nos trois inculpés irréprochables vont tout de même être soumis à un feu
roulant de reproches plus étranges les uns que les autres, tant de la part des
juges que du procureur :
- « Avez-vous demandé une autorisation avant de vous introduire dans le magasin Carrefour ? » (sic)
- « Pourquoi ne vous êtes vous pas contentés de vous plaindre aux autorités comme la direction générale des fraudes et de la concurrence de la présence de produits sans traçabilité, au lieu d’aller en discuter avec la direction du magasin et d’en informer les clients ? »
- Le procureur : « Pourquoi boycottez-vous tous les produits israéliens alors qu’il y en a sans doute une partie qui doit provenir d’Israël dans ses frontières internationalement reconnues ? »
Le même procureur ne sachant pas dire au demeurant comment il fait pour
reconnaître les uns des autres !
Les trois militants doivent donc garder leur sang-froid pour expliquer que
les pouvoirs publics ont bel et bien été interpellés à maintes reprises sur la
présence de produits illicites dans les grandes surfaces, mais que le
gouvernement français ne respecte pas les directives européennes exigeant le
marquage de tous les produits provenant des colonies installées dans les
territoires palestiniens occupés. En tant que citoyens soucieux du droit
international, ils doivent donc intervenir eux-mêmes face à cette impunité.
Comme l’explique Yamina : « Quand il s’agit de produits soupçonnés de
contrefaçons, il y a bien des mécanismes de contrôle aux douanes. Pourquoi n’est
ce pas le cas pour les produits illégaux exportés par Israël ? »
Il est clair par ailleurs que non seulement le magasin Carrefour a refusé de
porter plainte, mais que sa direction a même déclaré dans un rapport à la police
que la discussion avec les militants BDS venus à sa rencontre avait été très
courtoise, et qu’il n’y avait pas eu la moindre violence, ni insulte.
Mais cela n’empêche pas les magistrats de s’acharner, en essayant d’être plus
royalistes que le roi, le pompon revenant tout de même au procureur. Celui-ci
déclare qu’il n’y a certes rien à reprocher à Yamina, Jeanne et Bernard (relaxés
de ce fait par le tribunal de Perpignan), mais qu’en vertu d’une
« responsabilité collective » (sic) d’appel au boycott des produits israéliens,
il requiert une amende de 300 euros par inculpé (et laisse le tribunal décider
si l’amende doit être assortie d’un sursis ou pas).
Me Antoine Comte et Me Yann Meric vont donc devoir sérieusement recadrer ces
messieurs de la justice et rappeler :
1) qu’ils ont l’obligation de s’en tenir aux faits reprochés aux inculpés, et
qu’en l’occurrence il n’y a, concernant l’action qui s’est déroulée le 15 mai
2010 dans ce magasin Carrefour de Perpignan, aucune précision, ni imputation des
faits à propos de « discours proférés » de « tracts distribués » ou encore de
« placards affichés ».
« Il y a 100 ans de jurisprudence de la Cour de Cassation dans ce domaine.
Les convocations, citations… doivent obéir à un certain nombre de normes sinon
elles entraînent la nullité de l’action, comme l’a reconnu le tribunal de
Perpignan », soulignera Me Comte, en rappelant l’existence de l’article 53 de la
loi du 29 juillet 1881. « Les personnes poursuivies doivent savoir de quoi elles
doivent répondre précisément ».
2) que la « responsabilité collective » n’existe pas en matière de droit de
la presse
3) que si l’on doit condamner l’appel au boycott des produits israéliens en
raison de la politique de l’Etat d’Israël, il faut également condamner les très
nombreuses personnalités qui y ont appelé publiquement, y compris dans des
publications comme « Le Monde » , et pas seulement les 3 militants présents à la
barre.
Et condamner aussi plus largement tous les citoyens qui appellent au boycott
d’autres Etats, de la Chine aux Jeux olympiques en Russie, en passant par le
Mexique ou le Canada qui maltraiterait les bébés phoques.
4) que la France a été condamnée en janvier 2013 par la Cour européenne des
droits de l’homme pour non respect de la liberté d’expression, qui permet à
toute personne d’agir pacifiquement en sa qualité de citoyen contre la politique
d’un Etat.
« Israël, qui ne respecte aucune des résolutions de l’ONU et qui a même été
rappelé à l’ordre par l’Europe, mais aussi par les USA récemment pour sa
poursuite de la colonisation de la Palestine, n’a aucune raison d’échapper à
cette règle » remarque Me Comte. « On ne voit pas pourquoi on pourrait moins
boycotter des poivrons exportés par Israël que des jouets chinois ou des
vêtements thaïlandais », ajoute Me Meric. « Dire : achetez en toute conscience
n’a aucun rapport avec une incitation à la haine ou à la violence ».
Le jugement sera rendu le 19 mai. Quatre mois pour délibéré sur une
réquisition ubuesque dans un contexte qui ne l’est pas moins :
- une condamnation à une amende ridicule de 300 euros s’appuyant sur un article de loi punissant les discriminations à l’encontre des personnes (et non des produits) à raison de leur appartenance à un ethnie, une religion, une race, une nation, à des peines allant jusqu’à 45.000 euros d’amende et 2 ans de prison. Pour de l’incitation à la haine et à la violence, c’est pas cher payé !
- pas d’avocats présents du côté de ceux qui ont réclamé à cor et à cris ce procès (sur la base d’une vidéo qui est un montage d’incrustations diverses et variées)
- pas de conclusions remises aux avocats de la défense de la part de M. William Goldnadel, « France Israël » et « Avocats sans frontières » étant apparemment dispensés de respecter des procédures contradictoires
Dans la même veine on peut s’attendre à ce que ces derniers réclament tout de
même des dommages et intérêts, et pourquoi pas des frais d’avocat ?
Pourquoi se gêner quand on voit que la Cour d’Appel de Colmar a demandé aux
militants de payer 28.000 euros aux représentants d’Israël en France, et zéro
centime à l’Etat français, qui a pourtant engagé toutes les procédures
policières et judiciaires — à nos frais, on ne le dira jamais assez ?
Mais ne soyons pas mesquins ! Il faut bien verser un peu d’argent à
l’occupant israélien pour entretenir son armée d’occupation, ses colonies et ses
gardiens de camp de concentration.
La justice indépendante de Hollande, Valls et Taubira, dans toute sa
splendeur !
Cela n’est pas passé inaperçu à l’extérieur du Palais de Justice non
plus :
Et cela n’a pas empêché les militants de Montpellier d’appeler au boycott des
produits israéliens juste avant le procès : http://www.youtube.com/watch?v=Jpet...

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